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Full text of "Wilton Robert Les Derniers Jours Des Romanof"

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ROBL'RT WILTON 




LES DERNIERS JOURS 
DES DOMÀNOF 

Illustré de plusieurs photographies inédites 



Inscription cabalistique relevée dans la chambre du crime 


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CS ÉDITIONS G. CRÉS A C‘% 
UE H A U TE F E LLE, 21 


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’Septième éd- 















« Verhas Andras do garde lo 15- VI 1-1918. » 

Inscription hongroise relevée tur lt. mur de la. terrasse 
de In maison Ipnlief. 


C. —VC 

^ ulr'"’ &. 

■ Dans la même nuit Helsalzar fui assassiné par ses gens. • 
(Tiré du Belsazzar do Henri Heine. 1 

Inscription relevée dans la chambre du crime. 






ROBERT WILTON 


LES DERNIERS JOURS 
DES ROMANOF 

LE COMPLOT GERMAN0-B0LCHÉV1STR 

RACONTÉ PAR LES DOCUMENTS 



UES ÉDITIONS Q. CRES A C". — RUE HAUTEFEUILLE, 21 

PARIS 























Copyright by Le, Édition, Crè, & 
Tous droits de traduction, de reproduction 
réserrés pour tous pays. 


*•, f9fi. 

I d'adaptation 


Au mois de juillet 1016, lors de l’offensive 
contre Baranovilchi, trois divisions russes atten¬ 
daient dans la forêt de Skrobovo, entre Minsk cl 
Wilno, le signal d’attaquer les lignes allemandes. 
A 2 heures du matin, moment fixé pour le départ 
îles vagues d’assaut, un ouragan de mitraille, 
de schrapnells, de pa/. asphyxiants transforma 
la forêt en un enfer. Les halles en frappant les 
arbres produisaient une résonnance qui donnait 
l’impression d’une attaque à revers. Beaucoup 
d’officiers, se trouvant debout pour commander 
leurs hommes, furent atteints les premiers. Les 
soldats à demi protégés par des tranchées de 
fortune qu’ils n’avaient pas encore quittées, sc 
croyaient enveloppés et allaient fuir, compro¬ 
mettant ainsi le sort de 1 attaque. 

Dans l’obscurité, un homme, un civil, se 
dresse, rassure les soldats r les adjure de tenir 
bon. C’était un Anglais, correspondant de guerre 
du Times , qui avait voulu être le premier a en¬ 
trer dansles territoires reconquis par les Busses, 
et marchait avec le bataillon d un de ses amis. 

Pendant plusieurs heures il prit le comman¬ 
dement virtuel de ces troupes soumises a une 
effroyable mitraille, et sut si bien leur rendre 
leur sang-froid, que les soldats de son batail¬ 
lon furent les premiers à lui demander de ne pas 
trop s’exposer en restant debout. . 

Lorsqu’un officier d’une autre compagnie \int 
remplacer le Chef de Bataillon mortellement 
frappé dès le début de faction, le Correspon¬ 
dant du Times prit le blessé sur ses épaules et 













6 


LES DEUX IF HS JO U HS DES HOMAXOF 


sous un lir de barrage d’une violence inouïe le 
transporta au loin de la forêt et lui fit donner 
les premiers soins... 

Cité à l’ordre de l'armée, cet Anglais reçut 
la croix de Saint-George ; c’était la première 
fois qu’un civil était honoré de celle distinc¬ 
tion exclusivement militaire, et l’Empereur dut 
modifier en sa faveur les statuts de l'ordre. 

C’est à cause de celte circonstance exception¬ 
nelle, qu’au mois de novembre 1016, l’Empereur 
apprcnaul que Mr. Itobcrt Willon se trouvait 
au Grand Quartier, tint à le recevoir et l’invita 
à déjeuner. 

Ce fut l’unique entrevue entre l’Empereur cL 
le Correspondant du Times . Celui-ci n'apparte¬ 
nait pas ù l’entourage de la Cour. 

Né en Angleterre, élevé en Russie, scs idées 
libérales ne le faisaient pas bien voir des cercles 
réactionnaires. 11 connaissait la Russie comme 
un Russe, mais sa qualité d’étranger le rendait 
indépendant de tous les partis : plus tard il en 
donna la preuve dans un livre remarquable sur 
la Révolution l . 

Lorsque Mr. Robert Willon nous raconte la 
tragédie des Romanof, lorsqu’il nous fait vivre 
heure par heure, minute par minute, le drame 
le plus angoissant des temps modernes, son ré¬ 
cit est empreint d’une telle impartialité que la 
conviction pénètre dans les esprits ; nous ne li¬ 
sons pas, nous voyons ; la famille impériale vit, 
souffre, se résigne sous nos yeux; cl quelle que 
soit notre opinion, nous nous inclinons avec 
respect devant ces martyrs tombés victimes de 
leur fidélité à l’Alliance! 

M. de Vaux Piialipau. 


1. Hutsia's Agony , LooUre», 1918 ; New-York, 1MP. 


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LA FAMILLE IMPÉRIALE 


I 



Portraita de la famille impériale 
trouves dans la maison Ipaticf joù elle fut assassinée. 

En haut : à droite l‘Empereur et le Tsarévitch d'après un portrait à 
l'huile de 1913, à gauche l'Impératrice et Alexis, Alexis et scs cama¬ 
rade» de jeu, la Grande-Duchesse Tatiana, au milieu la Grande-Duchesse 
Marie. En bas : I Empereur entouré de ses fille», le Tsarévitch avect.so» 
épagneul Joy, à gauche le commandant du Palais. {Photo prise probable¬ 
ment pendant la guerre au G. Q. G.) 


A VAXT-PROPOS 


Ce récit a suscité un émoi très vif aussitôt 
après sa publication ci Londres. L’intérêt s’est 
manifesté à l'étranger non moins gu en Angle¬ 
terre : de plusieurs pags on demanda des traduc - 
lions. J'ai lenu à écrire la version française 
moi-même, afin que bon nombre de mes lecteurs 
fassent assurés d'une interprétation fidèle et com¬ 
plète de mon œuvre, fai fait la traduction des 
procès verbaux y confirmant mon récit , d'après 
les originaux russes. L'exactitude du travail a 
peut-être nui à sa forme littéraire. Je demande 
l'indulgence du lecteur français. 

Ce rétif ces documents , représentent assuré¬ 
ment un des chapitres les plus émouvants de lhis¬ 
toire révolutionnaire. La mentalité , les méthodes 
bolchevistes s'g révèlent d'une façon éclatante. 

J'ai fait de mon mieux pour garder te rûlf de 
chroniqueur impartial. La vérité est trop triste 
— trop invraisemblable , dirai-je ,— pour^qu'on 
g ajoute. 

Robert Wilton. 


Londres, novembre, 1920. 



















































/ 




CHAPITRE PREMIER 


PROLOGUE 


La vérité sur la lin cruelle du tsar Nicolas II cl 
de sa famille est fidèlement rapportée ici. 

Ce récit est basé sur l'enquête de l’auteur, sur 
les dépositions des témoins et des assassins, sur 
les données d une instruction, judiciaire approfon¬ 
die et concluante. 

L heure de la justice n’a pas encore sonné, mais 
lorsque les coupables rendront leurs comptes, le 
procès ne pourra ni diminuer les accusations, ni 
infirmer les preuves établies. 

En attendant, on cherche de part et d’autre à 
étouffer ou bien à dénaturer la vérité, car trop d’in¬ 
térêts puissants sont en jeu... 

La Famille impériale, entourée de quelques ser¬ 
viteurs fidèles, était détenue par les Bolcheviks 
dans une maison d Ekaterinebourg, en butte à de 
mauvais traitements, soumise à une véritable tor¬ 
ture morale. 

Dans la nuit du IG au 17 juillet 1918, sans aucun 
simulacre de jugement, tous ces malheureux» — 
onze personnes en tout — furent conduits dans 
une salle basse et tués à coups de revolver; puis les 
cadavres emportés dans les bois et complètement 
détruits. 

Le lendemain, les Grand-Ducs emprisonnés aux 
environs de Perra périrent. Le frère du Tsar avait 
















12 


LES DERXrERS JOUES DES ROMASOF 


déjà disparu. Les autres Romanof, encore prison¬ 
niers à Petrograd, partageaient le sort de Nico¬ 
las II six mois après. 

Le gouvernement des Soviets à Moscou a orga¬ 
nisé et commandé ces boucheries. 

Le massacre des Romanof à Ekalerinebourg se 
produisit neuf jours avant l'arrivée des forces anti- 
bolchevistes. Or, un communiqué des Soviets de 
Moscou en date du 20 juillet annonça « l’exécu¬ 
tion » du Tsar, justifiée, soi-disant, par l’offensive 
des « blancs », tout en affirmant que la Tsarine et 
les enfants étaient en lieu sûr. 

Il est hors de doute. Nicolas lia péri parce qu'il 
tenait à rester fidèle à son peuple et à ses engage¬ 
ments envers les Alliés. Les Allemands lui firent 
les propositions les plus attrayantes, lui assurant 
le salut pour toute la famille Romanof, le trône 

E our son fils. Il devait seulement accepter leur aide. 

es Bolcheviks disparaissaient ainsi, chassés par la 
main qui les avait envoyés détruire la Russie. Ni¬ 
colas II devina le piège; il refusa le salut acheté 
au prix de son honneur. 

Dans ses Souvenirs de Guerre , le maréchal von 
LüdendorlT a souligné le plan allemand : « Nous 
pouvions renverser le gouvernement des Soviets et 
^ider à rétablissement en Russie d’autres pouvoirs. 
C eût été pour l’ensemble de la conduite de la 
guerre un succès important. Avec un nouveau gou¬ 
vernement russe on aurait pu conclure de nouveaux 
arrangements au sujet de la paix de Brest ». On 
comprendra la nature de ces « nouveaux arrange¬ 
ments^» : c était la Russie attelée an char allemand 
pour 1 écrasement de la France ; c’était la victoire 
tudesque inévitable... 

Chargé d une mission en Sibérie, je me suis 


PROLOGUE 


13 


trouvé à Vladivostok, au mois de mars 1919, avec 
le général Diterichs. Il venait de la part de l'amiral 
Koltchak remettre au commodore anglais les reli¬ 
ques (bijoux, vêtements, etc.), provenant de la Fa¬ 
mille impériale, pour être transmis aux parents en 
Europe. Nous étions de vieilles connaissances du 
front russe. Le général avait conduit vers l’est les 
échelons tchèques ; ensuite il avait pris le comman¬ 
dement du front ouralien ; mais par suite d’intri¬ 
gues il avait dû quitter les armées, pour s’occuper 
de l’affaire impériale en simple adjoint du juge 
d’instruction. 

Devenu son compagnon de voyage, j’ai suivi le 
général pendant toute l'année 19 i9 si lourde d’évé¬ 
nements tragiques. 

Un mois plus tard j’étais à Ekaterinebourg. Nous 
y trouvâmes Nicolas-Alexeievitch Sokolof, le juge 
d’instruction nommé récemment. Grâce à ma pas¬ 
sion pour la chasse, qu’il partageait, nous nous 
sommes vite liés. 

La chasse de printemps se pratique chez les Russes 
en petit comité parmi les solitudes des grandes fo¬ 
rêts. Pour Sokolof ces excursions étaient un repos 
salutaire et utile, car souvent il y trouvait les solu¬ 
tions de problèmes accumulés dans son dossier. 
C’est ainsi que j’ai pu suivre pas à pas le lent tra¬ 
vail de l’enquête. 

N.-A. Sokolof — je l’atteste en toute conscience 
— cherchait la vérité et rien que la vérité, èans 
s’occuper des idées préconçues. Car dans cette af¬ 
faire les intérêts de parti étaient fortement.enga¬ 
gés : les uns y voyaient un crime politique, les 
autres prétendaient y voir un simple fait divers ré¬ 
volutionnaire. 

On comprendra l’importance toute particulière 
de la personnalité du juge d’instruction dans un 
procès pareil. 















1J 


LtS DLRSIEHS JO CHS UES HO MASO F 


La première enquête commença à la fin de juil- 
lel quelques jours après l’assassinat. A ce moment 
sokolof s enfuyait de sa maison de Penza pour ne 
pas servir les Bolcheviks, et après de longes se¬ 
maines réussit à traverser à pied l'Oural, avant 
échappe par miracle à mille dangers. Un vieux pay¬ 
san vêtu de loques, se soutenant à peine sur ses 
pieds nus en sang, venait se réfugier chez les 
« blancs »; c était le jeune magistrat de Penza, déjà 
célèbre par le talent aven lequel il instruisait les 
affaires difficiles. 

AA°r\° a Va l< ; n V ,écart ; le gouvernement 
de Koltchak, issu du Directoire socialiste révolu- 
tionnmre d (>ufa, n’avait que faire d’un fonction¬ 
naire qui ne cachait point sa fidélité à la monar- 
chie. 

Pour la plupart des ministres l’assassinat du Tsar 
semblait un événement fâcheux mais sans impor¬ 
tance ; ils souhaitaient voir l’affaire classée sans 
incidents... 

L’enquête fut d’abord confiée à M. Xamëtkine 
juge d instruction se trouvant à Ekaterinebour- Il 
ht preuve d’une perspicacité et d’un zèle par trop 
insuffisants. Le 8 août on lui enleva d’office l'af¬ 
faire pour la confier à M. Sergueief, juge au tri¬ 
bunal. I codant six mois ce magistrat a mené une 
instruction hésitante, se prêtant aveuglément à tous 
es racontars répandus par les agents bolchevistes, 
sans aller une seule fois à l’endroit indiqué par 
maints témoignages comme sépulture des victimes 
— négligence impardonnable qui a failli faire avor- 
ter 1 enquête. 

Lorsque le scandale causé par ces agissements 
devint rop éclatant, Sokolof fut enlm nommé. 

L amiral Koltchak — devenu Directeur Suprême 
au mois de novembre —avait patienté jusqu’au mois 
de lév ner, ne voulant pas donner l’ordre au titulaire 


II 



Nicolas Alexeievitch Sokolof, juge d'instruction charge pat l'ami¬ 
ral Koltchak d'enqueter sur le crime, sous le travestissement qui ui 
permit de traverser les lignes Rouges. 




















III 


r 


LES ASSASSINS ET LEURS 


COMPLICES 



Y AN KF. L 
SVERDLOF 


YANKEL YOUROVSKI 


>CHTCHEKINE 


VOLKOF (?) 


SAFARCF 


PHOLOGUE 


13 


socialiste <iu miuistère de la justice de cesser la comé¬ 
die macabre de l’instruction Sergueief. 

Le dossier de ce magistrat contenait pourtant les 
indices les plus précis pour la reconstitution du 
crime. 11 ne fallait pas longtemps à un esprit im¬ 
partial et compétent pour démêler l'écheveau et 
suivre les bonnes pistes. Sokolof a pu réparer es 
fautes de son prédécesseur. 11 était temps, car les 
« rouges » reprenaient bientôt les lieux du crime, 
et ainsi auraient disparu à tout jamais les dernières 
traces de leurs forfaits. 


Les Bolcheviks craignaient surtout que la vérité 
ne fût divulguée au peuple russe, car ils le con¬ 
naissaient trop bien pour ajouter une foi absolue 
h sa conversion aux idées communistes. Leurs 
agents devaient par tous les moyens dénaturer le 
véritable sens de l’acte commis à Ekaterinebourg, 
afin de détourner la colère du peuple. 

Ayant pris toutes les mesures pour détruire les 
cadavres, ils répandaient assidûment la légende 
d'un jugement populaire condamnant le Tsar à 
mort, soi-disant pour avoir trahi la cause russe, 
tout en insistant sur la survivance des enfants. 

Les traîtres dans l’administration Koltchak ont 
sournoisement encouragé ces manœuvres. On a 
prétendu avoir trouvé à Perm la Grande-Duchesse 
Anastasie vivante 1 ; on a fait circuler des histoires 
équivoques sur les autres filles du Tsar. • 
Plus tard le gouvernement bolcheviste organisa 
un faux procès contre les socialistes révolutionnaires 
coupables, prétendait-il, d avoir massacre la Famille 


1. Cette prétendue survivante, supphcice par les Rouges, fut 
plus tard déterrée, on a reconnu le cadavre d une prostituée 
connue à l’erœ sous le nom de Nastia Vorovka (.Anastasie la 
Voleuse) 1 
























16 


LES DERXIERS JOURS DES ROMAXOF 


impériale, pour en jeter le blâme sur les Bolche 
vi ks. 

J ai longuement étudié les lieux du crime d’Eka- 
tennebourg, commençant par la maison Ipatief 
homonyme macabre du monastère de Kostroma où 
le premier Romanof reçut la nouvelle de son élec¬ 
tion au trône. Sokolof m’y conduisit. 

Il m expliqua avec une précision n’admettant 
aucun doute les péripéties du drame. Sur les murs 
de la chambre basse, j’ai constaté des éciaboussu 
res de sang, oubliées par les Bolcheviks lors du la* 
vage des locaux; j’ai vu les inscriptions obscènes, les 
dessins tracés par les geôliers russes ; j'ai lu d'autres 
inscriptions en allemand, en magyar, en hébreu... 

Autour du puits de mine, à une quinzaine de kilo¬ 
mètres hors la ville, lieu sinistre de l’incinération 
des onze cadavres, j'ai trouvé en grattant le sol 
des pierres précieuses ayant appartenu aux jeunes 
O ra n des- D uchesses. 

Les bois avoisinants avaient été cernés par les 
« gardes-rouges » pendant le travail des croque- 
morts. Des villageois, des citadins en villégiature, 
restes isolés pendant trois jours, ont raconté leurs 
observations aux « blancs ». Les paysans, survenus 
immédiatement après le départ des vampires rouges, 
trouvaient dans l’herbe, dans la cendre des bûchers, 
dans la boue, des bijoux splendides et d’autres 
objets échappés au feu, dont le caractère était tel 
que ces gens simples, qui ne savaient rien de la 
mort des Romanof, s'écrièrent : « C’est le Tsar que 
I on a assassiné et brûlé ici. » Honnêtement ils ont 
rendu les bijoux en faisant leurs dépositions. 

Aametkine so borna à constater l’exactitude de 
ces premiers témoignages ; on l’a destitué... Ser- 
gueiel fuyait cet endroit comme la peste ; il crai¬ 
gnait, disait-il, les rôdeurs qui fréquentaient le bois. 


PROLOGUE 


17 


La chute d'Omsk devenue imminente, Sokolof em¬ 
portait le dossier. Le général Ditenchs qu.ttait son 
commandement bientôt après, parce que koltchak 
avait encore ajourné l'évacuation de la capitale 
demandée par Diterichs. Je partis avec lui quelques 
jours avant l’entrée des rouges 
' Nous retrouvâmes Sokolof a 1 cnila, 
la Transbaïkalie et quartier-général d 
cosaque Semenof, qui cherchait à reconstituer les 
débris du gouvernement de Koltchak sous sa propre 
autorité. Sokolof devint bientôt suspect aux yeux 
des séménovistes. Ces derniers voulaient s appuyer 
sur le prestige des Romanof ; or Sokolof détenait 
les preuves que toute la Famille avait pen. Cela 
gênait leur politique. Le malheureux dut fuir pour 
ne pas compromettre le salut du dossier et de sa 

^A^Harbine nous nous sommes retrouves quel¬ 
ques semaines plus tard. Là un mouvement bol- 
cheviste parmi les cheminots russes amena la grève 
générale. 11 fallait sauver le dossier. On le cachait 
dans mon wagon. Sokolof y venait lui-même Depuis 
la fuite d’Omsk, j’avais garde sur mon wagon le 
drapeau anglais, mais il n’v avait pas de *>Mat 
anglais à Harbine. Nous étions exposes a un coup 
de main ; chaque nuit nous montions la garde... 

Pour le dossier et pour Sokolof il n y avait qu un 
moyen de salut : partir en Europe. Vers la nu- 
mars se sont réunis chez moi les generaux Dite- 
richs et Lohvitskv et N. A. Sokolof. A la suite de 
cette conférence j’ai accepté la mission d aider ce 
dernier pendant son voyage et de prendre sous ma 
sauvegarde un exemplaire du dossier... ' 

Sous sommes partis de Harbine le H mars, sitôt 
la grève terminée. 


capitale do 
i Tatamane 


2 














CHAPITRE II 


LA SCÈNE ET LES ACTEURS 


L assassinat des Romanof n est pas un crime 
ordinaire, il a exigé tout un ensemble de circons¬ 
tances, une réunion de personnalités politiques : on 
ne tue pas un Tsar et toute sa Famille pour des 
raisons accidentelles, ou des intérêts privés. Il faut 
se familiariser avec l’ambiance du crime si Ton veut 
en démêler les motifs. 

Au commencement de l’année 1917, lorsque la 
Russie allait lancer au delà des Carpathes et des 
Balkans huit millions de soldats, fournissant ainsi 
le moyen sûr d’abattre la coalition tudesque, Guil¬ 
laume et LiidendorlT envoyèrent Lénine et sa horde 
semer le désaccord et l’anarchie parmi les Russes 
et sauver ainsi l’Allemagne. 

L’écrasement de l’Entente devait être la consé¬ 
quence de la mission bolcheviste. Ce plan, conçu 
à l’avance, avait entraîné de grosses dépenses, c’est 
aux frais de Berlin (et de Vienne) que Lénine et ses 
acolytes travaillèrent en Suisse près de deux années ; 
des professeurs de l’art delà propagande — spécialité 
allemande — leur apprirent à organiser la conquête 
« paisible » de la Russie. Pensionnaires allemands, 
ils touchent leur solde jusqu’au jour où tous les 
trésors de la Russie dévastée tombent entre leurs 


LA SCÈ.XE ET LES ACTEURS 


19 


mains. La révolution « russe » était menée avec 
l’or allemand '. 

Ainsi le Gouvernement des Soviets n’était autre 
chose qu’une succursale de la Wilhelmstrasse. En 
etîet, la composition de ce gouvernement avait été 
arrêtée à Berlin avant son départ pour Pétrograd. 
Lénine et Sverdlof paraissaient à la tête de cette 
organisation, mais le véritable chef de l’Etat com¬ 
muniste était le comte de Mirbach, ambassadeur 
allemand à Moscou. 

L’œuvre consommée à Brest-Litovsk semblait 
assurer la victoire mondiale aux parrains du bol¬ 
chevisme ; le blé arraché aux paysans de l’Ukraine 
nourrissait la Hongrie, l’Autriche et l’Allemagne ; 
l’or russe allait sous forme d’indemnité de guerre 
alimenter le trésor de Spandau. Le bolchevisme 
rendait des forces à la coalition tudesque en dépouil¬ 
lant l’Entente, et ramenait vers l’orientation alle¬ 
mande les éléments russes restés sains... 

Pourtant les inquiétudes persistaient. Les auteurs 
même du complot craignaient de le voir se retour¬ 
ner contre eux. Voici un passage très significatif 
cueilli du livre de Lüdendortf : « Je ne doutais 
point que la débâcle de l’armée russe et du peuple 
russe ne constituât un danger extraordinaire pour 
l’Allemagne et pour T Autriche-Hongrie... Notre 
gouvernement en envoyant Lénine en Russie avait 
pris sur lui une grande responsabilité ! Le voyage 
était justifié au point de vue militaire : il fallait 
que la Russie succombât. Mais notre gouvernement 


1. Le député nu Reichstag- Eduard Bernstein, socialiste et 
Juir mai» ennemi acharné des Bolcheviks, déclara savoir que 
l'Allemagne avait dépensé 50 millions de marks or pour la 
mission de Lénine. Le gouvernement républicain de Berlin 
évita les explications compromettantes (Voyes n à lu p. 148). 









23 


LÈS DERNIERS JOURS DES ROMANOF 


devait prendre garde que l’Allemagne ne succom¬ 
bât pas à son tour. » 

LüdendorlT, grand stratège, n'avait pas hésité à 
envoyer une trentaine de divisions magyaro-alle- 
mandesen Ukraine au moment même où iî comptait 
porter un coup décisif sur le théâtre de guerre prin¬ 
cipal : c'était « prendre ses précautions car il 
estimait que ces divisions, transférées à Moscou 
pour instaurer une monarchie germanophile, ren¬ 
draient des services plus grands qu'en France. 
Sans doute avait-il raison, mais ses « précautions » 
ne servirent à rien... 

Au moment où se place la tragédie des Roma- 
nof, les Allemands étaient encore maîtres de la 
Russie, Thetman de l’Ukraine était leur protégé; 
leurs troupes occupaient la Finlande, les provinces 
baltiques ; les généraux Alexeief et Krasnof res¬ 
taient neutres ; les débris de la Constituante, dis¬ 
soute par les baïonnettes bolchevistes, se cachaient 
dans le Bas-Volga. Aucune résistance sérieuse 
n'était à prévoir. Le comte de Mirbach dictait 
toujours aux apôtres du marxisme... 

Les dispositions en vue d’une restauration sui¬ 
vaient d’assez près la conclusion du traité de 
Brcst-Litovsk; au mois d’avril. Sverdiof était chargé 
de faire venir Nicolas II et Alexis à Moscou. Une 
restauration, pour être acceptée par le peuple russe, 
exigeait pourtant une certaine mise en scène. 

Deux groupements politiques s'étaient formés 
contre les Bolcheviks : l'Union de la Renaissance 
et le Centre national. Ce dernier, composé de gros 
propriétaires et monarchistes, se prêtait volontiers 
a tous les compromis afin de se débarrasser des 
Bolcheviks; par conséquent il était tout disposé à 
marcher avec les Allemands, les croyant repentants 
de leur aventure bolcheviste. L’Union représentait 


7..1 SCENE ET LES ACTEURS 


21 


."MSSS 325? 

refusaient tout « ^ ? \lexis qui serait 

des Allemands fut le jouvenceau fut 

plus souple k diriger , P d’abdication, 

Michel, héritier recon e . dérobé pendant 
que les agents al ema 1 . d s aNa.ent deroo P« 
fa confusion révolutionnaire à Petrograa 

K rite Ld» d'accord. LW-rtJ pgg; 
7„ΓdTta“ cadcuT, P.-N. Mi.LuU.l-, * V-» 

SKTi bP XX'f» 1 ™ 

marcher à fond ; Berlin ne le ht pas... (v. p . 

C’est de Lüdendorff lui-même qu^défin'iUve- 

J j;.*,..... devait “-rXTbiS™- 

menti oeuvre allemand , pxtp laissons encore 






22 


LES ni,mm,S JOU RS UES rouaxof 


«L Knienteformait des unités tchénim_.i 
composées do prisonnière aÏ lc,1Cf JU°-slov;»(|ue8 
qui se dirigeaient pir la Sih' » uerre autrichiens, 
battre en France te Slbér,e P°“ r nous corn- 
tout en s'appuyant sur ^'ernement des Soviets 

ments... Au commencement dt'moist — a ? ,sse * 
vis au chancelier de l’emnire 2 mols dejum j écri- 
nant du danger nui rJw à 06 SU J et ’ le préve- 

gouvernement des Soviets n * eU&Çmt de ,a parl du 
ÆltSS'« fui!- 

d un arrangement conclu entre \r! ^ en V( r rtu 
dont les Allemands nVn & i ,^ asai 7^ e * Lénine, 

, ■-«< 

Ion nés & ce moment enfrp vin r ar^k, eche- 

z,Z‘? ;°'ï ü i 01 h v«to. 

doiff a beaucoup d'invininai; Europe. Luden- 
<|o l’Entente aidée par^Unine* 1 * 1 °*^ / r°- r la Ulain 
lit une excellente affaire en «ê hü '* ll lénine 
bon compte, des ennemis acharnélte^ 88111 ’ /* S ‘ 
allemands. Mais Lüdonrlnrir °» •* d es mü, trcs 
culion du 

Pr La X lèu P0U [ d , é T Cer S0U '“‘cieum'eTt- ChaqU ° 

~«ïïji^ïïtî LUail ^-—en- 

son premier avêrUssement ZZ ^ C6 n ’ élail P« 
mois de mai les échelons Ichs deja l vers la Un du 

Er si?£? £°> 

kaiseriens en Extrème-Orie'nt" -“Tr* £ SE 
£'e..næ 


LA SCÀWÏ ET LES ACTE U HS 


23 


transmis de Berlin par Moscou — s armaient avec 
les munitions en dépôt à Vladivostok, sous 1 œil bé¬ 
névole des Soviets, et prenaient la campagne contre 
les Tchèques. De concert avec les forçats évades 
et autres héros de la révolution « russe », ils guer¬ 
royèrent vaillamment pour anéantir toute opposition 

aux Allemands. . 

Un simple mortel verrait dans ces incidents une 
preuve nouvelle de la fidélité touchante des Bol¬ 
cheviks envers leurs patrons. Pour Lüdendoru 
c'est tout autre. La mentalité allemande cherche 
dans les actes d’autrui la justification de ses pro- 
près fautes. 


Il écrivit plus tard : « Les troupes tchéquo-slo- 
vaques... furent arrêtées sur le Transsibérien... 
pour combattre le gouvernement de Moscou. L En¬ 
tente. arriva à empêcher le retour de Sibérie de 
nos Prisonniers de guerre. » Selon lui, Lénine pas¬ 
sait au service de l’Entente, tout en provoquant une 
lutte contre lui-même! 

L'Allemagne avait incité 1 attaque contre les 
Tchèques, mais ces agressions malencontreuses 
stimulèrent la lutte des Russes contre les Bolche¬ 
viks et détruisirent h fond le plan d une restaura¬ 
tion germanophile, car l’armée rouge sortie de 
cette guerre, donna au gouvernement des Soviets 
assez de force et d’audace pour se retourner con¬ 
tre leurs maîtres et diriger contre eux les armes 
empoisonnées de la propagande révolutionnaire. 
LesTrotski l’emportaient sur les Sverdlor... 

Au milieu de la lutte déclanchée par l’éxode 
tchèque ont péri les Romanof. On sentira pour¬ 
quoi le gouvernement des Soviets les faisait dis¬ 
paraître à ce moment, pourquoi le Kaiser devenait 
impuissant à les sauver, tout en restant morale- 

















24 


LES DERNIERS JOURS DES ROM A EOF 


SlKeTertprèÎ avoTr lu°£ ré ° c ^ C ° mprendra 
sivemcnt sur la terreur ’ 7 mC rep ° Sa,t exclu ‘ 

n,itr. p ^^”xr s,ire ’ J i <*-* •• 

du régime Ces .sWi.V. ’ 1 parmi les afC,iés 

Les facilenlCnt - 

voyaient que du feu. ù conseil des lgnora . nts \ n - v 
c’est le pouvoir exécutif 

iS?^5SS55IS 

Pour mainlenr les Ilusses en élit d’„k- 

bien redoutable. A côté de foi l e ™E Ï5 ) î?* ,tre 
tsariste paraissait bien incolore kb a 

Lest avec Sverdiof plutôt qu’avec Lénine que 


LA SCÈNE ET LES ACTEURS 


25 


Mirbach traitait les affaires sérieuses. On compren¬ 
dra aisément pourquoi. C’est par lentremise de 
cet ancien salarié du kaiserisme que les plans alle¬ 
mands se réalisaient. Tous les jours Mirbach rece¬ 
vait un rapport détaillé de la commission extraor- 
[dinaire, lui présentant un tableau de tout ce qui 
se passait dans le pays. 

Pourtant l’état-major bolcheviste organisé par 
Berlin-Vienne et lancé sur Retrograd par « train 
plombé » — atin de soustraire le bon peuple alle¬ 
mand à l’influence de leur virtuosité propagandiste 
— s’imprégnait d’autres influences après quelques 
mois de travail en Russie. C’était l’influence «c amé¬ 
ricaine », retour de Chicago, etc., enrégimentée 
sous la direction de Trotski. 

On se rappelle son rôle à Brest-Litovsk. Lénine 
cédait tout ce que les Allemands désiraient, mais 
Trotski tenait bon, « blutîant » à la manière de 
New-York, sa ville de résidence. 11 n’entendait 
pas recevoir les ordres de Berlin ; son orientation 
était plus ambitieuse... 

Le nom de Trotski ne figure pas parmi les as¬ 
sassins des Romanof. Néanmoins, son rôle de « pa¬ 
triote * militant, doublé de « Napoléon » interna¬ 
tionaliste, en troublant profondément l organisation 
allemande représentée par Lénine et Sverdiof, con¬ 
tribua sans doute au revirement féroce contre les 
souverains déchus, que les Allemands avaient voulu 
remettre sur le trône. 

Au cours du récit, on lira souvent les noms de 
Sverdiof, de Golochtehekine, de ^ourovski, de 
Beloborodof ; moins souvent les noms de Safarof, 
de Volkof et de Svromolotof. Ce sont les noms 
des principaux acteurs. Lénine était sans doute au 














26 LES DERNIERS JOURS DES ROllA.XOF 

malS . restait P assif > auss * les autres chefs! 
de la Commission extraordinaire à Moscou. P 

K.. 1 M,V n0nle,U ,°\î? ,P r ° duisit ie massacre de Ja 
I aimlle impériale, Mirbach n’était plus de ce monde! 

fut assassine à coups de bombe et de revolver] 
une semaine avant la mort du Tsar. Les assassinai 
venaient chez lui comme représentants de la Com-I 
mission extraordinaire sans éveiller le moindre! 
soupçon. C étaient les socialistes-révolutionnaires] 
se vengeant de Lénine et O. Le rôle de Mirbach 

fndiqùé d ° TSar reSSOrl du plan al,ema »<l déjà 

r-/’** 1 éjÙ P arIa Sverdlof. Ils étaient plusieurs 

ores, tou . s Bolcheviks et commissaires. Celui-ci 
se nommait Yankel; mais ne voulant pas arborer 

Jacoh^'p a | l ‘°? PSr lr ° P JU ' Ve ’ ' ] P rit le noni de 

Jacob. I endant une année entière il gouverna dos- 
poliquemcnt la Soyiétie C’est lui qui a organisé! 
et ordonne 1 assassinat des Romanof 
isaï Goloclitchekine, Juif aussi, était étroitement 
hé à Sverdlof lis avaient passé ensemble un exil 
politique en Sibérie. Tous les deux, jeunes encore 
•se distinguaient par leur ferveur bolcheviste. Isaï 
dirigeait le Soviet régional de l’Oural. C’est lui qui 
organisa sur place les détails de la boucherie. Il 
ctait (1 un naturel dépravé jusqu’au sadisme, aimant 
a entendre les récits dé taillés, des supplices infligés 

aux victimes de la Commission extraordinaire trou 

poltron pour y assister lui-même. * 1 I 

Ayant comme membre de cette organisation dé- I 

Z é ! é n î"? rt T L \ l ° rlure de quelque malheureux 1 
en butte à la colere bolcheviste, Isaï se mettait dans ] 
son lit et y attendait fiévreusement le retour du I 
bourreau, se tordant dans les convulsions sadiques 1 
pendant qu il écoutait le compte rendu du supplice I 
et demandait encore des détails. 11 “1 

Beloborodof, jeune ouvrier russe, fainéant et hA- I 



< 

LA SC.kSE ET LES ACTEUBS 


blcur, s’était vu élire par ses camarades de fabri¬ 
que, président du Soviet régional h Ekaterinebourg. 
j Bienlftt il puisa trente mille roubles dans la caisse, 
i Les sbires de la commission extraordinaire, ayant 
| les yeux partout, découvrirent le vol. Goloehlche- 
kiné tenait le voleur en son pouvoir ; Beloborodof 
comprenant bien qu’il devait choisir entre les sup¬ 
plices et l'obéissance, devint l’esclave d’Isaï. 

I Ce système d’hommes de paille se pratiquait lar¬ 
gement en Soviétie ; le peuple ignorait toujours 
t qui le gouvernait ; c’était commode et de tout 
repos, surtout dans l’Oural, car les mineurs de cette 
région, gens fort indépendants se croyant égaux, 
sinon supérieurs, aux moscovites, n’auraient certes 
pas toléré une intervention si indiscrète dans leurs 
affaires de la part du gouvernement de Moscou, et 
auraient furieusement rejeté une domination juive. 

Yourovski, c’est l’assassin en chef. Son père llaïm 
lils d’ilsek, pauvre Juif de Poltava, condamné et 
déporté en Sibérie pour vol, s’établit il y a une 
trentaine d’années à Tomsk avec sa femme Esther 
tille de Moïse Varchavski et ses trois tiis : Moïse, 
Pcisakh et Yankel. (Ce dernier est le régicide.) La 
famille s’accrut de trois autres fils : Borukh, Ele- 
Mcver et Leiba, et d’une fille, Perl. 

Yankel fréquenta l’école de synagogue Tahna- 
teiro. Apprenti horloger — le métier paternel — 
il manifesta des ambitions. Brutal et dominateur, 
c’était une forte tête; ses parents le craignaient. 
Il se lança dans la politique, eut des démêlés avec 
la police, puis déménagea à Ekateriuebourg. 

Peu de temps après, il disparut, et revint envi¬ 
ron douze mois avant la guerre, muni d’argent, 
parlant allemand. 11 ouvrit un atelier de photogra¬ 
phie. Ses voisins apprirent qu’il avait passé son 
temps à Berlin. 

On lui connaissait une liaison avec une Aile- 



















LES DEmms JOU RS DES BOUAXOF 

r3£ n S2 pas vou,u ,épouser 

sa rel'gion. Elait-ce pour cette raison, ou bien 

L f?k ,U r 7 W Un mo . ven d'arriver, Yankel 
se fit baptiser luthérien à Berlin. Cela lui permet ! 
tait de prendre orficiellemenl le nom de jLh l' 
convertit le nom de son père en Michel devenant 
ainsi Jacob Mihaïlovitch. Sa physionomie ne pro- 
clamait pas sa race. 11 passait pour un vrai Busse * ! 

Lorsque la guerre éclata, il n’avait pas encore 
quarante ans; afin d’éviter le service des tranchées 
, SU |!a‘ 1 -. M C °. UrS d 'nfirmier ; embusqué dans un 
avee h s P 'f UX * v,lle ' i! vécut là paisiblement ‘ 
ha t f ST*’ sa mère el tro 's enfants. 

Dès le début de la révolution, il partit on ne 

“J od . : P u,s > au moment du coup d'état bolche- 
viste, il reparut et de suite débuta comme chef de 
file, grand orateur et bientôt commissaire au Soviet 
régional et a la Commission extraordinaire 
l; ± 03 , noms de V olkof et Safarof paraissent sur la 
liste des voyageurs du « train plombé » à côté des 
noms de Lemne, Sverdlof et Golochtchekine Bol-I 
clieviks importants, ils devinrent les complices de 
Yo =k , „ .saï. Oü peu. „ di„ « £^3 

Les habitants d’Ekaterinebourg, qui connurent 

£ SoHnZTZf SOnl Piment sé™| 

tes balarof (nom tatare) est sans doute Juif. Le chef! 
de la mission militaire anglaise constatait l’or 1 
gine loi''® de Safarof et Volkof dans unf télégramme 
•WH S k S lenneb0Ur? e " 1919 ' Le capitaine an- 
port U’\\'fr P nfr r Cnv “’ en raai 1917 - un rap- 

port au NV ar Office, constatant que Lénine 
accompagné de « deux Juifs fanatiques Vaincu 
(V amer ou Volkof ?, et Safarof, surTesq’ueU o 
comptait pour exterminer tous les éléments nuisi- 

«. Voir l'interrogatoire de Pro.kouri.kof à la page soi. 




LA SCÈNE ET LES ACTEURS 


blés au programme iuif-allemand ». (Ecrit quatorze 
mois avant la mort du Tsar.) 

Un grand collectionneur de fiches révolution¬ 
naire (V.-L. Bourtsef) prétend que Volkof et Safa¬ 
rof ne sont pas Juifs. Je n'insiste pas. Ce récit s’ins¬ 
pire de considérations historiques et rien d autre. 
Mais, alin de prévenir tout soupçon de parti pris, 
je donne une liste 1 des membres du Comité cen¬ 
tral, de la Commission extraordinaire et du Con¬ 
seil des commissaires en fonctions au moment de 
l’assassinat des Romanof. Sur 02 membres du 
Comité il v avait 5 Russes, 1 Oukrainien, 6 Lettons, 

2 Allemands. 1 Tchèque, 2 Arméniens, 3 Géor¬ 
giens, 1 Karaïme (secte juive) 41 Juifs. La Commis¬ 
sion extraordinaire de Moscou se composait de 
30 membres, dont 1 Allemand, 1 Arménien, 1 l olo- 
uais, 2 Russes, 8 Lettons, 33 Juifs. Le Conseil des 
commissaires du peuple (en tout 22 membres), comp¬ 
tait 2 Arméniens, 3 Russes, 17 Juifs. D après les 
données des journaux soviétistes, sur 550 lonc- 
tionnaires importants deJ Etat bolcheviste, ■ y com¬ 
pris les sus-nommés —, il y avait en 1018-1010 : 
17 Russes, 2 Oukrainieus, 11 Arméniens, 35 Let¬ 
tons, 15 Allemands, 1 Hongrois, 10 Géorgiens, 

3 Polonais, 3 Finnois, 1 Tchèque, 1 Karaïme, 
457 Juifs. 

Si le lecteur s'étonne de trouver, dans 1 assassi¬ 
nat des Romanof, partout la main sémite, qu il se 
rappelle les chitîres formidables de la prépondé¬ 
rance juive dans la Soviétie. # 

Par contre il y avait des Juifs en Russie qui dé¬ 
sapprouvaient l’œuvre des ravageurs venus d-’Alle- 
magne et d'Amérique, parmi lesquels se recru¬ 
taient les cadres bolchevisles. Ainsi le nommé 
Blioumkine, Juif devenu membre de la Commission 













30 


JOURS DUS HOitA.VOF 


Mirbach, au gran^Saîe d 7juillet * »1«, 

ges. Lénine expédia dë suit/ 9 - ermau op fll ies rou-’ 
Berlin porter les * «“.envoyé spécial à 

ment allemand et à la fimill> î ° Vf} 9 au g° u 'erne- I 
un officier d’origine mTëe K» ’’ De I 

en I 








*• H est difficile do fa.,.» i„ 

expressions de regret car i a ,iï ? art d . U mens <>nge dan* ce* I 

Stent ** 1 ? à Berlin ' ,es fanatiques JuTfs^? 1 redevabie de leur I 
«aient bien entendu des amLtinn. * f 1 non-Juif* nourris- I 

O'Zrxî: Air, 1 p~- 

»ur.n a»,„r^é a M i ^doco„^l: i r I 

P'-'-quc, ne reconnm4„Tp n “7C£"u J*" 1 P” «croyant* . I 
moquant de t'exeommunicsîfon lin < oé/r<!lfi fl 

“III», mais jamais ils na molesl.v.nii conlro eut par les liai,- I 1 






CHAPITRE III 


LA HAINE DU PEUPLE 


Si les rôles principaux dans le drame impérial 
étaient joués par des acteurs sémites, la figuration 
était représentée par des Russes, qui prédominaient 
aussi dans l'auditoire. 

f Ceux qui avaient vénéré le « Petit Père » à l’égal 
d un dieu,ne tirent rien pour le sauver du supplice ; 
il s’en est même trouvé parmi les bourreaux. 

L’amour pour le Tsar survivait encore parmi les 
vieux paysans. Des dépositions comprises dans le 
dossier Romanof contiennent de ces preuves de 
fidelité touchante. Souvent ces témoins donnaient 
des indications importantes au juge d’instruction 
au risque de leur vie. 

Dans la maison Ipatief il y eut parmi les geôliers 
un Russe qui laissa sur les murs le témoignage sui¬ 
vant : « Nous sommes dévorés par les commissai¬ 
res juifs. Je te prie, Petit Père, montre-toi au 
peuple, et chasse les usurpateurs. » Quel mélange 
de naïveté et d'astuce î C’est le langage du paysan 
pas encore corrompu par la propagande. 

On lira les soulîrances des souverains déchus. 
Poursuivis par la haine populaiie, ils ne se rendi¬ 
rent jamais compte de ce revirement ; leur existence 
artificielle les privait depuis longtemps de tout 
échange d'idées avec leurs sujets. 










32 


LES DERMERS JO VUS DES ttUMA.YOF 


Atüi paaifi k| 

continuait à sév?r ’ * U dehors la hai H 

i. wéS?r,r,s; ^ 

Si Sverdlof et YoZotZ^teT^ 

cre de toute la Famille ce fut non ^ ““ massa * 

vengeance de race. ^ 

cacher n îe n crime. lüte qU ‘ iCS P ° USSa à ^naturer’et 

leur inquisition s^veHuaît^Sa^x 001 ^ lrahison J 

où elle n’existait 7-1 Z J- ? écouvnr > même là 
aux risques d‘ U ne évasion de?R Surto »‘^nsible, 

fait tous les iouns des coo nl *°™ Do( : annon-j 

prétendues tentatives d'évici' P ° S , 1 -'? a ? 1Da * re8 ' Cesj 
toute mesure de tl r:r^Sl£? njUStifiaientd ’ a vanq 

vrai“e3aS n « m 0 D T Ch l S A teS exislaie “‘> 

la prison imn^ri-de m V PPr ° Cherent *l ue, qucfois do 

f'-té n, 

tait par-dessus tout l'idée d’alh./pn v T; anne re J e " j 
en ce f ,emps-l à la Russie n’oiTraU a^'S^sS 

la TsaHned - 

Pcnt de départ pour le mouvemS ZTuli^ZË 


LA UAINË DU PEUPLE 


33 


Mais sons 1 ingérence d autres éléments, jamais ce 
mouvement n aurait acquis son caractère de viru- 
lence longtemps soutenue. 

On sait combien le rôle de Raspoutine a été déna¬ 
turé pour compromettre les souverains. Plus loin, 
je donnerai un tableau complet de ses faits et ges¬ 
tes et de son véritable caractère. 

| L* 1 presse sémite et russe travaillait de concert 

avec la Douma pour jeter au ruisseau le nom de 
lia Tsarine à cause de Raspoutine — discrédit dont le 
Tsar devait fatalement endosser sa part. On fit à 
ce paysan ignoble les honneurs d’un assassinat prin¬ 
cier. G était le coup de grâce pour Alexandra, le 
signal de la Révolution. 

En quelques mois de Tannée 1910, sous l'effet 
de cette propagande, le peuple perdit tout respect 
Ejtaur 1 Impératrice. C est le nom de Raspoutine que 
J ai vu sur les murs ensanglantés où périrent les 
Romanof, accompagné d'inscriptions ignobles; c'est 
U cause de Raspoutine que les gardes rouges russes 
assistèrent impassibles au supplice de leur Tsar. 

11 m est pourtant difficile de croire que la légende 
de Raspoutine suffit à elle seule pour tuer la foi 
du peuple en Nicolas II. D’autres fautes, plus an¬ 
ciennes, avaient si profondément impressionné la 
conscience populaire, que la multitude resta indif¬ 
férente au sort tragique de son Tsar. 

Je fais un rappel à l’affreux massacre de femmes 
et d'enfants d’ouvriers au jour du dimanche rouge 
en 19Uü. J ai assisté aux scènes uavrantes qui se 
sont passées ce jour-là devant le Palais d'Hiver. 
[ C® crime fut préparé par l’Okhrana avçc ses 
A/.efset Gapons, mais le peuple tenait le Tsar pour 
responsable. 

| Les émissaires de Rerlin avaient bien travaillé, 
mais ils avaient trouvé la partie assez facile, car 
beaucoup de Russes y aidaient. 


3 










3 i 


— JOU RS DES nOitAXOF 


et accumulaTanTu’ e ,M! V V e / erinier d « » terrJ 
tout prêts pour lémeule 17 • f* mecon tents arméi 
comprenaient pas la situaHn emment 1 f s alJi és n« 
raient pas " H 

na!”S phS"' iCÎT Hü** '* T»- 

Lo* gens S .E S votanî “ de ’,‘ rahisSait ,e PvJ 

sait, so croyaient'en Viret vendus s éle, ni * 

leurs propres souverains. d ennemi P°«ï 

v«wi?crréT\£ n à p-f ieDt iDjusle8 ’ °° J 

blic acceptait plus tard la lé^eî^ aUSS1 le P u *l 

‘"Âtïr" 

.»* ss rar fe * »«« j “ *■ —J 

»»«.>. tou,". 0 , 1 d *'• 

r srsurassr - r4> * <* «4 

attention, .feulant ni». _„vn* b °? rg ’ mér ‘to notre 
à l'étranger. P fJU e,,e n est P a * comprise I 

rants », ^Turoaucrat'ie^ 8 «“^tocr ." >0Ujiks igno *| 

S^ < &r Ctère ’ de Ia 

les normand* varég U es rg Mnt é< d/ n t Etat i rUsse P ar f 

ans par leschronioufurs’^J 165 11 v a 4ll. j 
comme on décrirait leurJ nt * ra P ora " ls , exactement 
d’hui. “ ,turs descendants daujour.J 


LA If A IXE DU PEUPLE 


8S 


Hospitaliers, aimant la bonne chère et la boisson, 
c’étaient des natures riches en contrastes, aussi capa¬ 
bles de s’exalter par les vertus que de se dégrader 
par les vices ; expansives et manquant d’équilibre, 
mystiques et ultra-démocrates, passionnées pour 
la discussion abstraite, portées aux extrêmes mais 
.se soumettant à l’autorité imposée du Prince nor¬ 
mand, du Khan tatare et plus tard du Bolchevik 
juif. 

Depuis mille ans les Russes n’ont pas changé ; 
le moujik, le fonctionnaire, le prêtre, le Tsar, tous 
ont les mômes qualités et les mêmes défauts. 

Le régime des Rurik, mélange habile d’autocra¬ 
tie et de démocratie, fit des merveilles. C’était ce 
qu’il fallait au caractère russe pour se développer. 
Malheureusement ce régime dégénéra sous la do¬ 
mination mongole en autocratie orientale. Plus tard 
ce fut un mélange néfaste avec les méthodes prus¬ 
siennes. 

Les leçons de l’histoire oubliées, les Russes étaient 
façonnés en Allemands : il en est sorti une Russie 
dénaturée, cherchant à se retrouv er par des moyens 
de hasard. Mais cette recherche pénible de sa pro¬ 
pre personnalité ne fut comprise que trop tard, — 
tragique malentendu entre le peuple et l’autocrate. 

Le bureaucrate russe et Tintqllectuel étaient 
frères de la même famille ; souvent le fonctionnaire 
était le plus intelligent, le plus capable. 

En haut il y avait la classe dirigeante de la no¬ 
blesse do robe et d’épée, en bas la demi-intelligent¬ 
sia. descendance déracinée de paysans pauvres, de 
Juifs envenimés et de petits bourgeois ambitieux ; 
tout en bas louvrier et le paysan, plus des trois 
quarts de la population, écoutant volontiers la pro¬ 
pagande haineuse des déracinés et des mécontents. 









LES DERNIERS JOURS DES RO MA NO F 


36 


Tous sans exception, par suite du caractère de 
leur race les Juifs aussi — contrecarraient] 
aveuglément chaque tentative de réforme. C’était I 
la revanche du divorce entre le peuple et le pou¬ 
voir suprême, résultat des influences néfastes des 
Mongols, des Grecs et des Allemands. 

L’émancipation des serfs souleva une opposition 
formidable. Les radicaux, aidés par les réaction-] 
naires, assassinèrent Alexandre II, auteur de cette] 
réforme, qui avait déjà signé une constitution, res-1 
tée ainsi lettre morte. 

La constitution de 1905 fut trouvée insuffisante] 
par les uns, nuisible par les autres. Les radicaux 
et les réactionnaires, croyant au mirage slavo-J 
philo que la Russie n était point soumise aux lois! 
immuables de 1 évolution humaine, cherchaient, soit I 
à sauter d’un bond plusieurs siècles, ou bien rester! 
éternellement en place. L’auteur de la constitution! 
(Witte) devait mourir: c’était d usage. On tenta dol 
l’assassiner. Il s’échappa et se sauva à l'étranger» 

Lt la réforme qui seule pouvait encore éviter un! 
cataclysme social, la réforme agraire de Stolypine Æ 
convertissant le paysan en petit propriétaire, créant I 
ainsi un cadre politiquement anti-révolutionnaire, I 
resta irréalisée, parce que d’un côté les « cadets î I 
et les socialistes-révolutionnaires, de l’autre côté! 
les grands agrairiens l’empêchaient ; les premiers» 
pour maintenir intactes les communautés villageoi^B 
ses, mortelles à tout progrès, qu’ils érigeaient en I 
fétiche politique, les autres pour garder leurs pro«3B 
priétés et la main-d’œuvre à bon marché. I 

Le paysan aussi faisait de l’opposition, s’elTra vantai 
grégaire comme tous les Slaves, à 1 idée de vivrefl 
en dehors de son village, écoutant volontiers la pro-fl 
pagande inepte des radicaux le dissuadant de quittes 
son village pour une ferme. 


IA HAINE DU PEUPLE 


37 


Selon la formule consacrée, Stolypine devait pé¬ 
rir... ilfut, en effet, assassiné par un agent de l’Okh- 
rana, affilie aux organisations révolutionnaires. 

La propagande, intensifiée par l’industrialisme 
naissant, inspirait la méfiance et la haine parmi le 
peuple. Les réformes devenaient impossibles. 

Un grand homme à la place de Nicolas, ou bien 
une Catherine à la place d’Alexandra, aurait trouvé 
une solution. Mais Nicolas n’était pas grand, il 
était J>on et faible, conduit par une femme fantas¬ 
que qu’il adorait. 

La guerre provoquée par l’agression allemande 
renouvelait l’espoir d’une réconciliation entre le 
Tsar et son peuple, car jamais les Russes ne fu¬ 
rent aussi unis que devant cette agression, mais 
il y avait trop de rancunes, trop d’obstacles accu¬ 
mulés. 

La propagande, cause partielle de la faillite des 
réformes, attribua la responsabilité de tous les 
malheurs et de toutes les défaites aux souverains. 

Leur grand tort est de lui avoir fourni les armes 
par l’affaire Raspoutine. Mais cette faute ils l’ont 
mille fois expiée. 



















ALEXANDRA INTIME 


39 


CHAPITRE IV 

ALEXANDRA INTIME 


Cherchons h établir le véritable caractère de la 
Tsarine. On comprend l'intérêt immense de cette 
étude tant pour ce récit que pour l'histoire de la 
révolution russe. 

Je puis en parler d’une façon précise, ayant reçu 
les confidences d un personnage initié à toute la 
vio privée d Alexandra. 

!? è | r enfn " eo > ln .princesse Alix de Hesse eut i 
la malchance; elle était bonne, affectueuse, timide 1 
mais manquait du sens du ridicule, devenant pa^ 
lu suite, étroite, intolérante. ” ] 

caHnn t0 pn anC ® S fâ .r |ie J uscs s’aggravaient par l’édu- 1 

frère » • aVa,t d autre compagnon que son 

frere, ses trois sœurs étant déjà trop âgées. Sa 

gouvernante lui donnait une éducation de petite 
bourgeoise, confite en religion, bornée et potinière ! 
aucun correctif à ses défauts. 1 

Sa santé ne fut pas bonne. Elle souffrait de la 
sciatique, accompagnée de douleurs atroces à la 

J cï,»r be î Pend m!f C t 8 elle ne pouvait pas mar- 

cher. Jeune tille, belle de la beauté des Anglaises I 

elle souffrait déjà de ce mal cruel, aigrissant bien- 
tôt son caractère. 6 


avec le Grand-Duc Serge, elle vit le jeune Nicolas, 
héritier du trône de Russie. La passion fut immé¬ 
diate, réciproque, visible. Les jeunes gens se ren¬ 
contrèrent de nouveau chez la Grande-Duchesse. 

Pendant huit ans ils s’aimèrent sans espoir, les 
parents de part et d'autre s'opposant à un mariage 
pour des raisons diverses, intéressantes à rappeler. 

' Le père de la jeune princesse ne voulait pas de 
mariage russe. Il alla en Russie lors de l'assassinat 
d'Alexandre II et en avait gardé un souvenir dou¬ 
loureux. 

« Assez d’une de mes filles dans ce pays tragi¬ 
que. Je n’y laisserai pas aller la deuxième », disait- 
il ; paroles, hélas, prophétiques, car toutes les deux 
périrent iu-bas. 

Puis il ne voulait pas que sa cadette changeât 
de religion. Elizabeth avait gardé sa liberté en ma¬ 
tière de conscience, mais pour Alix, comme femme 
du Tsarévitch, il n'y aurait pas de choix. Or ce 
vieillard si clairvoyant sentait pour sa fille les dan¬ 
gers d’une religion dont plus tard elle devint fana¬ 
tique. 

* Les sœurs aînées ‘ connaissaient trop bien le carac¬ 
tère et la mauvaise santé d’Alix pour ne pas pres¬ 
sentir toutes les difticultés de sa carrière en Russie. 
Elles aussi cherchaient à la dissuader de ce mariage. 

Mais tout fut en vain. 

Alexandre III prévint son héritier qu’il renonçât, 
h une alliance allemande. En empêchant ce ma¬ 
riage, le Tsar voulait maintenir sa politique, car 
fauteur de l’alliance franco-russe entendait Uii 
rester fidèle jusque dans ses alfaires de famille. 


A peine adolescente, elle 
unique roman. Au mariage 


eut son premier, son J 
de sa sœur Elizabeth! 


!. I.;i marquise* tic Milford Haven, jadis princesse de Mallen- 
bcfgju gamdc-duchesfic Serge et la princesse Henri de Prusse 

(Irène). 














40 


LES DERNIERS JOURS DES ROAtANOF 


La situation paraissait sans espoir, mais tout® 
arrive à celui qui sait attendre. Nicolas attendit!! 
refusant tous les partis, affirmant doucement soi» 
incapacité d’épouser ou d’aimer une autre qu’Alix» 
Ole de son côté, ayant une fois voué son jeune! 
amour à Nicolas, le soutenait dans cette lutte dÆ 
patience avec toute la force de son caraclèri» 
exalté. | 

Tant de constance, si rare chez les mortels ct| 
encore plus rare chez les princes, vainquit les! 
résistances. Au mariage de son frère, lorsque louM 
les parents étaient réunis à Darmstadt, le proie» 
de l’union d’Alix avec Nicolas fut approuvé. 1 

Seul le kaiser témoigna une approbation absolue J 
Il voyait sa belle vassale, devenue Impératrice» 
collaborer à ses desseins sur le bon Nicolas ct| 
1 obéissante Russie. Au cours d’une entrevue avec! 
Alix il esquissa le rôle ambitieux qu’elle devai» 
jouer pour le bonheur du Vaterland : avant tout» 
guider le Tsar dans la voie libérale, car Guillaumfl» 
comprenait très bien qu’une politique réactionnaire» 
mènerait la Russie tout droit à l’abîme révolution*» 
naire ; or, à ce moment, il voulait la Russie pros» 
père, pour servir l’Allemagne. I 

Guillaume plaida aussi l’intérêt du pavs en iu*» 
tifiant la conversion d’Alix h l’orthodoxie II lui» 
fit comprendre cm’elle devait se donner entière men» 
a son pays d adoption, afin de mieux servir T Vl^! 
lemagne. Chose assez caractéristique, ce méra® 
Guillaume ne pardonna pas à sa propre sœur, rein® 
de Grèce, lorsqu elle adopta à son tour la ndi do® 
orthodoxe. La Russie valait bien une messe. K 


Le bonheur des jeunes fiancés ne connut plus de] 
bornes. Noyés dans une extase, ils oubliaient les] 
lourdes responsabilités du trône bientôt vaeanl 
par la mort d’Alexandre III. 


ALEXAXDRA TXT LME 


4! 


i Le mariage célébré de suite après ce deuil en 
porta une empreinte de tristesse. Les appréhen¬ 
dions des parents se justifiaient : Alix, devenue 
► Alexandra, n’était pas faite pour le rôle d înapera- 

i ^Aussitôt arrivée dans la capitale russe, la jeune 
Tsarine se trouvait en butte à toute sorte de vexa¬ 
tions, d'abord de la part de sa belle-mère, qui ne 
voulait point abdiquer sa situation d lmperatrice 
i aînée ni son influence sur Nicolas, tenant volontiers 
sa bru dans l’ombre ; ensuite de la société russe, 
voyant dans la jeune femme, gauche à cause de 
sa timidité et de sa maladie, une Anglaise raide et 

V Les mondains, lassés des maladresses d’Alexandra 
' qu’ils prenaient h tort pour un manque de cœur 
et de la hauteur, se laissèrent aller h des boutades 
L nue des commères stupides et méchantes répétèrent 
U l’Impératrice. Naturellement potuuere, celle-ci 
fy attacha de l’importance, et alla tout éplorée se 
plaindre k son mari, qui ne pouvait remédier a 
rien. Bientôt aveuglée par la rancune, elle ne 
trouva que des défauts à la société de Saint-1 éters- 
| bourg. 

Peut-être oc malentendu se serait-il dissipé avec 
le temps. En effet, lorsque le Grand-Duc Serge, 
avant une habitude parfaite du monde, conduisait 
sa jeune* belle-sœur au bal, dansait avec elle, puis 
lui amenait des cavaliers, Alexandra, oubliant pour* 
l'instant ses griefs, s’amusait franchement et répan¬ 
dait autour d’elle la gaîté, la bonne humeur. 

Ce fut le cas lors de sa première visite a Mos¬ 
cou. Elle en fut enchantée, et aussitôt commit la 
maladresse de dire que les moscovites étaient plus 
sympathiques que les Pétersbourgeois. 

I ” Le Grand-Duc la sermonna: « Pas du tout, ce 














LES DE R.ME BS JOURS DES ROMAXOF 


A LEXA NDRA INTIME 


43 


42 


sont les mêmes gens ; il ne faut pas leur faire grise | 
mine, voilà tout. » 

Mais Serge ne pouvait pas venir à la capitale 
— il était gouverneur général de Moscou — cha¬ 
que fois qu Alexandra paraissait en société. Puis 
ses grossesses fréquentes la tenaient isolée, cari 
alors elle souffrait plus encore, la sciatique ne lui 
donnant aucun repos. Lorsqu’elle devait paraître ] 
en public, souvent la douleur diflicilemeut répri-j 
mée lui donnait une expression revêche, attribuée j 
encore à la mauvaise humeur. 

Un hiver seulement la Tsarine n'était pas en- I 
ceinte, mais par malchance elle s'alita avec la] 
rougeole, ainsi la saison se passa sans qu elle put J 
se distraire. Pour ses sujets, elle restait inconnue, I 
inabordable. 

Si Alcxaudra avait eu des amies de son Age, ca- ] 
pables de corriger ses défauts, peut-être encore le j 
fossé profond, qui se creusait entre elle et la société I 
russe, aurait été comblé. Mais elle n’en trouva pas.] 

Sa gouvernante lui avait enseigné qu’une prin-| 
cesse ne devait pas avoir d’amitiés en dehors de sa J 
famille, précepte excellent qu’elle gâtait par unel 
application trop simpliste... 

Il n’y avait pas de princesses du sang de son! 
âge hormis les deux Monténégrines, candidates pré-| 
férées d *Alexandre III pour Nicolas, qui avaient] 
pris époux parmi les Grands-Ducs. Elles témoigné-1 
rent une amitié démonstrative à leur concurrente J 
favorisée, mais ce ne fut pas de longue durée. On 1 
verra pourquoi. 

La seule amitié durable fut celle qui fit un si] 
grand mal à Alexandra et à la Russie. Je parle 1 
d’Anna Vyroubova, la complice de Raspoutine.l 
Quelles circonstances amenèrent ce malheur ? 

M. Taneief, père de Vyroubova, faisait ses rap-] 


poi ls de fonctionnaire de la Cour à la Tsarine. Très 
, musiciens tous deux, il l'intéressa,t par sa virtuo- 
| gîté. Habilement, il amenait sa petite Anna au 


Elle savait très bien seconder les manœuvres 
paternelles. Elle avait des façons d iopn«w,M 
jetant dans les bras des grandes dames qu elle vou¬ 
lait gagner. Elle l'avait essayé auprès de la grande- 
duchesse Elisabeth, mais celle-ci com P^"^ 1 * a 
ruse, la remit aussitôt à sa place. Auprès d Alexan¬ 
dra elle eut un succès immédiat. _ . 

1 Le caractère affectueux, maternel de la Tsarine 
ressortait aussitôt sa timidité naturelle vaincue. En 
se jetant dans ses bras, Anna trouva le chemin de 
son cœur. Et son affection une fois gagnée, lui 
restait acquise. La Tsarine savait être ùdele. 

Renfermée et d’apparence froide, elle se dévouait 
aux malheureux, aux malades, à tous ceux qui fai¬ 
saient appel è sa compassion. Sa correspondance, 
que j'ai dépouillée, respire la pitié. C’était la grande 
maternelle, la sœur de charité... 

Princesse allemande,fille d'une Anglaise, élevée 
h son tour en Angleterre, elle devint Russe par 
toutes ses sympathies, parce que 1 homme qu elle 
aima profondément jusqu à sa mort était Russe, 
parce que devenue orthodoxe ferven e elle acqué- 
n„l le sentiment d’être doublement Russe. Elle 
apprit ii parler et à écrire le russe dans la perfec¬ 
tion. Les préceptes de Guillaume ne comptaient 

: pour rien dans son idéologie de I sanne. * 

P Et. lorsque la guerre éclata, elle oublia entière- 
ment quelle avait été princesse a demande ; elle se 
considérait tellement Russe quelle reçut les dele¬ 
gués de la Croix Rouge allemande sans se rendre 
compte des commérages dangereux qu elle provo- 
Huait, pensant seulement au bieu-etre des blessés 






















44 


LES DERNIERS JOURS DES RO MA NO F 


et prisonniers russes en Allemagne, avantages pan 
son acte de simple politesse. 

Sa gouvernante lui avait aussi appris que les prini 
cesses ne doivent point se mêler à la politique! 
Cet enseignement elle Ta suivi au début avec und 
obstination farouche. 

Nicolas n avait pas les aptitudes nécessaires. S J 
femme, en s’associant avec lui dans les questions! 
politiques, aurait certainement aidé et encoura^l 
le jeune souverain, commençant déjà à se fatiguer! 
de la tutelle de sa mère. j 

Finalement elle céda aux sollicitations des hom-l 
mes d’état et des courtisans lorsque le Tsar s’obsl 
tinait comme il lui arrivait assez souvent de faire! 
A un moment donné, ils découvrirent l’argumeuï 
devant lequel tombaient les hésitations de la Tsal 
rine, ils lui dirent: «le salut de l’Empereur l’exige.® 
Vous devez lui parler, car il vous écoutera». AlexadB 
dra devenait des ce moment l’esclave des polit ieienf 
Obéissante, elle fit ce qu’on lui demandait ; cl la] 
parla a Nicolas, interprète éloquente des argument! 
ministériels. 

Le lendemain elle recevait la visite des méraf 
personnage* ; ils venaient lui confier la tâche 3 
changer la décision quelle avait obtenue sur leujfl 
instances. I 

L’entrevue cette fois fut très pénible. En term« 
amers elle leur reprocha de la compromettre aujl 
yeux de son mari. « J’avais raison de ne pas ntfl 
mêler de politique », déclara-t-elle « et je ne veutl 
plus en faire. Arrangez-vous comme il vous plairfl 
et cessez de m’importuner de vos démarches. » al 
Mais ils avaient appris la formule fatale : < Ittl 
salut de l’Empereur. » Elle céda, fit annuler la dêM 
cision précédente. I 

Alors elle ne connut ni trêve ni repos. Les soH 


ALEXANDRA INTIME 


45 


licitations de part et d’autre pleuvaient sur elle, 
toujours accompagnées de la formule consacrée : 

« le salut de l’Empereur l’exige... » Toujours elle 

cédait... 

Enfin, en désespoir de cause, elle se mit à faire 
de la politique elle-même. 

Les grossesses se succédaient, il fallait un héri¬ 
tier au trône, espoir chaque fois déçu ; la pauvre 
Alexandra souffrait de plus en plus, car la douleur 
sciatique s’était portée sur le nerf du cœur. Mais 
elle se sacrifiait... 

Au milieu de sa solitude, elle trouvait un récon¬ 
fort dans la société des princesses Militza et Stana 
de Monténégro. Très bout en train, gaies et expan¬ 
sives, en vraies méridionales, ces jeunes femmes 
apportaient un intérêt nouveau au palais, s'adon¬ 
nant aux sciences occultes, alors à la mode. 

Un français spirite nommé Philippe, émule du 
célèbre Papus, fut introduit par elles auprès de la 
Tsarine. 11 venait de Lyon « éclairer » par les moyens 
occultes l’espoir d’un héritier. Bientôt les souve¬ 
rains et leur entourage s’occupaient de spiritisme. 
Philippe leur inculqua la doctrine des réincarna¬ 
tions. Puis il repartit en France 4 . 

Plus tard, après la naissance d’Alexis, ces prin¬ 
cesses monténégrines amenèrent au palais un nou¬ 
veau « spirite », le célèbre Haspoutine, alors au 
début de sa carrière. 

Mais s’étant aperçues du véritable caractère de 
cet homme, elles cherchèrent à persuader Alexan¬ 
dra de le chasser; malheureusement elle y tenait à 
cause de son fils. Ce fut l’origine d une brouille en- 


J. Occultiste, théosophe fervent, et parlant désintéressé, il 
refusa les cadeau* superbes envoyés par le Tsar à l’occasion 
do la naissance de l’Héritier, prédite par Philippe. 















40 


tfs DERNIERS jochs des rouaxof 


!c r r.'nïy».'“ 

3"U°, u „d h “‘ *„*■, ?•*<»»«. a. iw 

connue sous le nom d’hémophilie “ a “‘ S 013 6S * 

«iKSS-SfesI 

ne coagule pas du fout. ’ 1 périodej 

tJ'dJ^a^eiufî^ 1 6n J° uant - Une run- 
moindre contusion conséquence de la 

pouvait devenir mortelle 8 ^ pr ° fonde 

■te&SKïï:? t r sses prières ,e P eti ‘ 

lui fit croire aussi que sei/lî'^ 61 ” 6 "^ Raspo . u ti«a 
douleurs cardiauues^ FIIa - *•» pouv ®^ guérir scs 
en cet homme KffB Va “ u " e foi si ahso '™ I 
imposant les mains n 1 ° lv . cl ? le j* *1 pouvait, en lui 
elle souffrait. ’ d 3 dou,eur «tense dont 

v 7 S, t ™^; a ,rf t" 1 ”, d « .a 

Tsarine car A1 ««!j d m,Ue “ TO ™We de la] 

“jr “Ætsr-H 

Même sa sœur EliznhAfh , 

—•<•*- » s ;rr,sl 




AUBXANDHA INTIME 


47 


aussitôt détruit dans lequel les débauches ignobles 
du « saint » étaient détaillées. 

I Alexandra savait très bien les accusations por¬ 
tées contre lui. Rusé paysan, il l’en avait prévenue 
à sa façon, en faisant appel à l’exemple des bien¬ 
heureux qui osuient allronter le péché pour mieux 
le vaincre. Ainsi, les débauches de ce satyre pa¬ 
raissaient h ses veux comme des exploits de sain¬ 
teté. 

Pour elle chacun qui médisait de Raspoutine 
I cherchait à la priver de son seul ami. Aux Mon- 
| téaégrines, elle dit : «c Vous voulez que je nven sé- 
I pare parce qu’il vous a quittées. Vous cherchez à 
me le reprendre. Je ne vous le donnerai pas. » Ai¬ 
mant son mari, craignant tout, Alexandra cherchait 
aussi dans les sciences occultes un moyen de l'in- 
i wesser à elle, pour suppléer à l’amour physique, 
car depuis longtemps elle n’existait plus comme 
[ femme. (Cf. page 212.) Son mari était devenu sou 
lils aussi. 

La timidité d’Alexandra, son esprit étroit, man¬ 
quant d’équilibre, la rendaient de plus en plus in- 
1 tolérante. Elle n’admettait plus une opinion con¬ 
traire à la sienne. 

devint impossible pour une intelligence indé¬ 
pendante de vivre à ses côtés, le vide se fit autour 
d elle. Pourtant elle avait besoin de conseils sages, 
car elle jouait pour de bon le rôle politique qu’on 
lui avait imposé, devenant autocrate h son tour, aux 
dépens de son mari, qu’elle jugeait trop faible, * 
qu avec les conseils de Raspoutine elle seule crovait 
pouvoir sauver, et avec lui la Russie. 

Raspoutine — stylé par les agents de la propa¬ 
gande — lui inspira la théorie appliquée au début 
de la révolution par la création des Soviets. Elle 


















48 


lES HMWIb'HS JOURS DES ROMANOF 


consistait à éliminer la Douma et à établir un lien 
direct entre 1 autocrate et son peuple. L'idée par 
elle-même reposait sur l’enseignement de la psy¬ 
chologie nationale; mais le feu entre les mains in¬ 
conscientes d un enfant, n’était pas plus dangereux, 
car en matière politique, Alexandra était aussi naïvi 
et inexpérimentée qu’un enfant. 

La guerre, tout en la rendant férocement germa¬ 
nophobe ne la détourna point de son idée; au conj 
traire, elle marcha hardiment vers son idéal d’une 
autocratie paysanne, jusqu’au jour où Raspoutim 

révolution 116 ’ ** aprCS même ’ J usr I u ’ au début de la 

Combien les alliés furent mal renseignés en cher] 
chant h séparer les époux 1 Discrètement ils propo-j 
sèrent le départ de la Tsarine en Angleterre, élan J 
e "rayés par sa politique personnelle, la croyant- 
germanophile et défaitiste. Rebutés ils encouragé? 
rent les complots et la révolution 1 Tous étaier 
contre elle. 


CHAPITRE v 

LE VRAI RASPOUTINE 


Grigori Raspoutine avait quarante-cinq ans lors 
de sa mort en décembre 1916. Depuis son entrée 
dans la Famille impériale son nom fut changé par 
ordre* en Novykh (des Nouveaux), car le voyant 
pour la première fois, le petit Tsarévitch s était 
écrié: « c'est l’oncle nouveau ! » Raspoutine son¬ 
nait mal. signifiant « dévergondé », surnom très 
approprié à lui et à sa famille, paysans du village 
Pokrovskoie, entre Tiumen et Tobolsk, villes im¬ 
portantes de la Sibérie occidentale. 

Il C’est là qu’il naquit, c'est là qu’il vécut jusqu’à 
1 Age de trente-quatre ans. Il avait alors une femme, 
trois enfants et un ménage de paysan assez aisé, 
comme il convient en Sibérie. 

[ Vif, hâbleur, paillard, il ne jouissait pas d’une 
réputation sérieuse parmi les gens du village, étant 
généralement désigné sous le diminutif de Grichka, 
sobriquet méprisant. Rien ne le distinguait de ses 
voisins. Il labourait sa terre, moissonnait, buvait 
la vodka, battait sa femme, faisait ses prières et se 
servait de jurons ignobles. C’était toute la vie du 
moujik, et rien n’indiquait un changement Hans 
cette manière de vivre pour l’individu en question 
jusqu\i la fin de ses jours. 

L Pourtant, à l’âge de quatorze ans Grichka avait 
éprouvé momentanément un appel aux instincts 


4 










50 


LES DEHX1EBS JOUIS DES ROMANOF 


mystiques particuliers aux Russes d'élite. Dans la 
forêt avoisinante se trouvait une chapelle. S'y ren*; 
dant un jour, le gamin sur le point de devenir 
homme entendit des « voix », tomba en extase, et 
pendant quelque temps devint très pieux. 

Tourmenté par les instincts charnels, qui lui fai¬ 
saient à ce moment horreur, il s'était mutilé avec un 
canif, mais la blessure n’étant pas grave, il l’oublia J 
Peut-être cette circonstance eut-elle un rapport avecl 
les tendances dépravées qu'il manifesta dans la] 
suite, on ne saurait le dire. 

Ce qui ne laisse aucun doute, c'est que pendant] 
de longues années il ne montra aucun trait anorJ 
mal. Ayant oublié les « voix », il se maria ; soi 
femme, ses enfants lie voyaient en lui qu’un paysan! 
ordinaire. 

Mais voici que vingt ans après, les « voix » sel 
firent de nouveau entendre. Cette fois les conséJ 
quences furent dilîérentes. La responsabilité en in*| 
combe à un autre paysan nommé Dmitri Petcher-I 
kine, grand chercheur de sainteté, ayant déjà visité! 
maints sanctuaires dans tous les coins de la Rus-I 
sie, qui le persuada de sa « vocation », en d’autres! 
mots, qu'il devait renoncer à son existence terre*! 
à-terre et devenir pèlerin. 

En 1905 Raspoutine se sépare de sa famille, lui! 
laissant les soins de sa ferme, et s’en va avec Pet"! 
cherkine, parcourir le monde. Ils visitent les lieux! 
saints, le Mont Athos, Jérusalem, Kief et finale» 
ment la capitale. | 

Je possède un exemplaire du livre publié par! 
l'imprimerie du Saint-Synode à Pétrograd en 19131 
dans lequel se trouvent les Pensées et ré/lexionsu 
de Raspoutine à propos de ses pèlerinages. C'est! 
un amas de dictons rustiques, de versets de la Bi» 
ble, sans suite ni profondeur. En lisant ce fatras,! 
on se demande comment son auteur put exerce» 


LE VRAI RASPOOTIXE 


51 


une intluence sur l’esprit d’une Impératrice et en¬ 
core moin§ sur les alTaires d’un vaste empire. 

Il est admissible qu’aux débuts de sa vie errante, 
Haspoutine fut sincèrement convaincu de sa voca¬ 
tion. L'évêque Théophane l'ayant rencontré à ce 
moment à Pétrograd, le certilia au moins. 

Mais dès l’année 1917 Raspoutine subit un chan¬ 
gement. Petcherkine l'adjure en vain de quitter la 
capitale et, fuyant ses dangers, de s'adonner de 
nouveau aux pèlerinages, ou mémo do se vouer à 
la vie de prières et de méditation dans un monas¬ 
tère. 

Le « frère » Grigori avait trop goûté les plai¬ 
sirs de Babylone, étant devenu un habitué des sa¬ 
lons mondains, faisant maintes conquêtes parmi 
les névrosées à la recherche de l’inédit. 

Les grandes-duchesses Militza et Anastasie, spé¬ 
cialisées dans les questions d’occultisme, ayant 
amené à leur amie la jeune Tsarine plusieurs illu¬ 
minés d’origine étrangère, se faisaient une gloire de 
découvrir un « saint » de nationalité russe. 

P’ Chaperonné par ces princesses, sous les auspices 
de l’évêque Théophane, Raspoutine fit son entrée 
à la cour de Russie. 


Le dossier Romanof renferme les données les 
plus exactes sur la vie du « saint ». J'ai sous la 
main les dépositions très détaillées de sa fille (^. de 
son gendre, ainsique le journal intime de ces deux 
prévenus, où se trouvent inscrits les noms de tous 
les complices de Raspoutine. 

L’aventure extraordinaire du paysan, devenu, 
comme dans les contes des Mille et une nuits, un 
Génie malfaisant, est racontée en toutes lettres. 11 
y manque seulement les scènes d orgie et de dé- 











52 


I.fis ùBHxrsns jouis des eo.va.vof 


" 1 " d '* uto “"«"■H 

Lancé sur le terrain des intrigues de cour mr 
j“‘î e ^ e , sa "««'elle situation, le moujik sc ™itj 
d abord dépaysé, mais vite il s’oriente, en se renj 

l.r.,1 vLS. as pi) 

r»c^"4 

Kic~ ir ■"“« ”«?"SbT“’mi3 

ses nombreuses admiratrices °' rrandes d « 

Son costume symbolisait son existence factice 
Gardant toujours sa préférence pour lêlS' el 

popSe n fl se* Sa cabane , nalale > e ‘ surtout la vodka 

mettait d'appeler « Sachka > r ' ’ 1 VW 




LE VRAI RASPOUTINE 


53 


l Les Pèlerinages furent repris avec des compa¬ 
gnons très différents. A la place de l’ascétique 
Petcherkine se trouvaient des mondaines curieuses. 
Elles étaient attirées par Raspoutine, comme pro- 
lÿÇé de la Tsarine et capable de révéler à son 
sujet des secrets compromettants ; ensuite par la 
réputation considérable que lui avaient value ses 
« doctrines ». 

I^Ces femmes, ces jeunes tilles précoces, espéraient 
au cours du voyage apprendre le mystère du « pé¬ 
ché vaincu par lui-mème ». Raspoutine ne ména¬ 
ge.^ pas les démonstrations. 

MGe fut au cours de ces déplacements qu'il prati¬ 
qua la « tentation du bain». Au village,les pavsans 
prennent le bain de vapeur en se souciant fort peu 
de Ja promiscuité. Raspoutine en avait conçu l’idée 
de surpasser saint Antoine; il se vanta à ses néo¬ 
phytes de ses prouesses de « saint »,en les invitant 
a le mettre à l'épreuve par le bain pris en commun. 

| Parmi les jeunes femmes faisant partie de ces 
pèlerinages était Anna Vyroubova. Bien entendu 
elle ne révéla pas la vérité à la Tsarine. Toutes les 
f * initiées » se taisaient par crainte de se compro- 
I mettre ou de s attirer des désagréments, car Alexan¬ 
dra était impitoyable à tous ceux (pii osaient déni¬ 
grer son « saint ». 

G® paysan illettré, pourri de vice, avait si peu 
^^^^fipQ&iion en dehors de ses dévergondages 
quasi- mystiques, qu’il ne chercha jamais à g'enri- 
[ chir. Il aurait pu se faire des millions, mais était 
- incapable (le songer à de tels chiffres. Pour ses dé- 
^Hrches et ses protections — gràcier un criminel, 
procurer un avancement —il acceptait des cadeaux 
de quelques centaines de roubles 1 ou même une 

au Tsar ’ dont es t résultée la nomma- 
U U uu général Houzsky comme commandant eu chef des ar- 










54 


les ni:nxn:ns jours des homasof 


LE VRAI RASPOUTINE 


55 


chemise—cela lui semblait magnifique, comme s'il 
était encore charretier dans son village natal. 

Par son entremise le personnel du gouverne¬ 
ment et la politique russe se modifiaient selon les 
intérêts de traîtres et d’aigrefins ; il en tirait quel¬ 
ques pots de vin. Sa fortune tout entière au moJ 
ment de sa mort ne dépassait pas 150.000 roubles J 

Les confidences ignobles et mensongères qu'il 
faisait h ses compagnons d’orgie et de débauches] 
mystiques, se répandant dans la société russe, pré¬ 
venue déjà contre l'Impératrice, mettaient d'un 
côté Raspoutine au plus haut rang du pouvoir, del 
l'autre côté détruisaient jusqu'aux racines le presJ 
tige de la monarchie. 

Car effectivement ce rustre était homme puisai 
sant. Tous les gens initiés aux affaires du pays loi 
savaient ; toute la société de la capitale en voyait I 
journellement maintes preuves — aussi les uns 
les autres, mus par le fatalisme des Slaves, laisj 
saient faire, alors que dans un autre pays, parmi! 
d'autres gens, il aurait été abattu depuis longtemps] 
comme une bête malfaisante. 

En effet, comment expliquer autrement la con¬ 
duite des officiers, portant l’uniforme du Tsar,laisJ 
sant passer impunies les vantardises immondes du 
« saint », proférées en leur présence ? 

Bien entendu, son influence s’exerçait dans un] 
sens néfaste pour le pays, car, étant trop ignorant] 
pour se débrouiller dans les questions politiquesj 
toutes ses démarches étaient inspirées soit par sois] 
entourage, soit par la Tsarine, d'un côté des agent*!] 


mé«« do Nord, Hatpoutino reçut cent rouMcs U est A not<4 
que le secrétaire particulier du « «aint » était un Juif, Siina9 
novitch et que l’intrigue Houzsky était ourdie (dans quel but® 

Ç ar un banquier juif Jivotovski, beau-frère du Uolchevfll 
rotski, apparenté ainsi A la haute finance. 


de l’Allemagne ou de la révolution, de l’autre côté 
une malheureuse fanatique. 

Je citerai un cas entre mille. Raspoutine voyait 
non seulement la Tsarine, il rencontrait 1 Empe¬ 
reur. Nicolas 11 crovait-il vraiment en lu».- J en 
doute.. .mais dans tous les cas la Tsarine lui chan- 
tait si souvent les louanges de son «saint » que, 

J malgré lui il lui accordait une considération exa- 

gé A ia fin de 1916, dix jours avant sa mort, Ras- 
poutine exerça son pouvoir d’une façon mouie 
f Toute la Russie s’attendait à voir N^coias II si¬ 
gnaler sa fête, en allant personnellement a ia^ouma 
octrover un ministère responsable, creer ainsi un 
Cabinet de guerre à l’instar des alliés Les paysans 
les bourgeois et les nobles en avaient exprimé la 
prière, même la demande. c . . *r- 

P Ainsi pour le 19 décembre, fête de Saint-Nico¬ 
las le pays tout entier espérait une grande récon 
ciliation avec son souverain pour mieux assurer . 
victoire des Alliés et le bonheur du peuple. 

Eh bien,cet espoir fut déçu... La Tsarine,voy 
ime Nicolas s’émancipait de sa tutelle au G. Q. G-, 
craignant qu’il ne se laissât persuader par les adhé¬ 
rents de la Douma, qu’elle avait en horreur, mé¬ 
nagea au dernier moment un entretien pour lui 
avec le « saint ». Le résultat fut terrible. 

Pourquoi celte fois-ci écouta-t-il les arguments 
frustes du « saint . débauché ? Nous le saurons . 

Raspoutine l’avait fatigué avec son programme 
populiste, bagage politique de la Tsarine : « Chasse 
tes ministres ! » - 11 tutoyait tout le monde a la 
mode de* paysans. — « Los ministres te mentent . 

I. Voir 4 la p^ge 6;. 


- 














50 


USS DlRMtns JOURS DES ROMANOF 


Adresse-toi au peuple. Alors tu sauraTTa vérité! 
et tout ira bien ! » riie * 

à ses ni 1 aiusi , Ras P° utine croyait sans dont» 

c P ? i pa ' r ° es ’ car 11 interprétait les peu-, 

« seigneur/» mou J lks > toujours méfiants^J 

J lc f o1 *? II comprenait mieux que sa femme 1« 
^té faetme de telles conceptions. Lorsque pour f 
r d èm : ^T: lavai ; entendu la chanso^i rustiqc 
votre idée G 'sf;i r S b ' e “’ mîUS COmmcnt la réaliL 

r q ” vo -~ 

SSOA 

SMfta* - ■ “ ».sa 

Quant à la politique étrangère, le point de vu.. 

cl^ P r ne n ° concorda jamais ni avec la psy j 
chologie des paysans ni avec les idées de la TsaJ 
r ne , or comme il était profondément ignoranl .les 
affaires ,n ernationales et même de la °géo'ranlt 
.1 faut crmre que les personnes de son enlôu à3 

s <uu tou i°“.s r.T 

venait Z°TT l °“ 1,1 RUerre éclatait, Raspoutu 
enait de subir une très grave maladie. Une ieuo 

paysanne, Kbiome Gouseva, dont il avait bus. 
pendant un pèlerinage, s’étant trouvée ensuite Liul 
in uence u moine Uiodor, concurrent hostile du 

U S d deT« U8 d t e ei° d U ‘ {•“* pratiqué le, K Æ 


IV 


RASPOUT1NE 

tt PAYJtAN SIIIKIUB^’PT PRETENDU 8AWT, AGENT DE l’aLLBMAONP 
HT PROMOTEUR DR LA DEBACLE ET DE LA REVOLUTION 


I 

<4 ; 






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f/tir 


■ fSOLUL'l 


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/ Ofrov*' é^< 0 

c ‘ ^ ,v< - ' H -' A "-' rn t-'- 'ï z 


L inscription, libellée de sa main, dit : 

Que sera demain ? Tu es notre guide. Seigneur. 

Que de chemins épineux il y a dans la vie ! 

(Allusion probable au couteau que la jeune Khionie Gousset lui avait 
planté dans le corps après qu’il eut abusé d’elle, et de quoi il était alité.) 















LE VRAI RASPOUTINE 


57 


[ « saint *, acquit la certitude qu'elle avait été dupe 
[ d’un mécréant, et décida de se venger de Raspou- 
| line,ce qu elle fit en lui plongeant un couteau dans 
[ le ventre. 

Le blessé, transposé d’urgence au plus proche 
[ hôpital à Tiumen, refusait de mourir, au grand 
l étonnement des médecins. Alexandra tenue au cou- 
| rant heure par heure, voyait ses convictions forti- 
\ fiées : « Décidément c’est un saint ; Dieu ne veut pas 
| nie priver de ses conseils et de ses prières ! », se 
dit-elle. 

Aussi à l’approche de l’heure fatale de la guerre, 

I la Tsarine voulait avoir la bénédiction du «c saint » 

1 homme. L’Empereur lui-même télégraphia au ma- 
I lade pour lui expliquer que la guerre était inévi- 
I table! Le personnel de l’hôpital assistait à la scène : 

K Raspoutine ayant péniblement déchiffré le télé- 
I gramme impérial, se mit dans une rage folle, hur- 
| Tant des menaces contre Nicolas, jurant, s arrachant 
I ses pansements, à tel point que sa blessure se 

§ rouvrit. . , . 

Raspoutine s’obstina quand même a prêcher la 
I paix avec l’Allemagne. Devant les quémandeuses 
[ qui assiégeaient sa demeure à Pélrograd, il main- 
| tenait son point de vue : « L’Allemagne est trop 
! forte pour nous ! Elle ne î.ous fait que du bien ! » 

Voilé pourquoi la Russie et letranger crurent à 
la légende de la Tsarine germanophile, du Tsar 
I cherchant la paix séparée. 

\ Voilà aussi l’explication pourquoi Anna Vyrou^ 
■ bova et toute la coterie de Raspoutine s’accommo- 
I daient si bien avec les Bolcheviks, agents de T Al- 
I lemagne, pourquoi la fille de Raspoutine épousa un 
I agent allemand. 

Les ministres du Tsar savaient que Raspoutiue 
I était tout-puissant, certains avaient été nommés sur 























58 


LES DERNIERS JOURS DES ROMASOF 


LE VR.Xf RASPOUTLXE 


59 


ses instances, mais il s’est trouvé des hommes assefl 
courageux pour tenter d’ouvrir les veux du souve* 
rain. Le Tsar restait réfractaire, mécontent. Outré* 
il dit, une fois : « Plutôt endurer cinq Raspoutin® 
que contrarier une femme..^hystérique. » 

Trop d’intérêts se croisaient autour de cetfl 
homme: la vérité était trop difficile à dégager autfl 
veux des souverains. Par exemple, un ministre da 
l’Intérieur, ennemi acharné de Raspoutine, lui fit 
tendre un piège par des femmes à sa solde. Lcuq 
dépositions concluantes furent soumises à 1 EmpeJ 
reur, qui les remit à sa femme. I m méd ia te me* 
celle-ci ordonna une enquête par la police spéctfl 
du palais, qui constata que les femmes avaient étl 
payées par le ministre. Aussitôt la Tsarine et le; 
Tsar se sont mis dans une violente colère, croyM 
qu’ils avaient été joués par le ministre. Celui-ci fui 
immédiatement chassé et la situation de Raspoifl 
tine raffermie. 

Instruite des dangers que courait son chfll 
« saint » la Tsarine fît venir d’Angleterre deux dé 
tectives privés qoi devaient le garder nuit et joufl 

En quoi consistait le pouvoir guérisseur don! 
Raspoutine lirait sa force principale ? C’était touj 
simplement du charlatanisme. La preuve c’en 
qu’après sa mort la maladie du jeune Alexis pour! 
suivit exactement le même cours qu’avant. Tout au] 
plus, le «c saint » pouvait soulager les douleuffl 
par des passes, mais c’est de l’hypnotisme couranfl 

Il faut toutefois parler d’un complice, peut-être] 
deux, capables de lui avoir prêté un concours ctTecfl 
tif dans ses prétendues cures : la Vyroubova et le 
médecin tibétain Badmaief. I 

Par la première il pouvait savoir le moment ou ■ 
la crise survenait, et par conséquent venir faire ses I 
prières juste avant la guérison; du deuxième 11 ■ 


avait les drogues que la Vyroubova pouvait au be¬ 
soin glisser «h l’enfant. 

ï Anna Vyroubova était devenue l’intime du 
paysan, sa chose. Badmaief fut célèbre déjà au 
temps d’Alexandre llI.Bouriate bouddhiste, il s’ef¬ 
força de nouer les rapports entre la cour de Russie 
et le Dalaï Lama sous le règne de Nicolas IL Un 
des affiliés au service secret de l’Allemagne, il se 
trouva naturellement associé avec Raspoutine. 

Lorsque le scandale Raspoutine devint trop no¬ 
toire par suite de la démission forcée du Procureur 
du Saint-Synode, coupable d’avoir déplu à la Tsa¬ 
rine parce que le haut clergé avait osé parler mal 
du « saint », l’écho en est venu à la Douma. Au 
cours des débats il fut question des « mains igno¬ 
bles, (pii osent salir la fontaine du pouvoir et com¬ 
promettre la sûreté de l’état ». 

La Tsarine, furieuse, en conçut une haine folle 
des parlementaires, mais dut quand même s’incli¬ 
ner devant l’orage. Raspoutine ne vint plus au pa¬ 
lais : elle le voyait chez Anna. 

La mort guettait la Tsarine, son « saint » et 
même le Tsar : ce fut Raspoutine qui mourut le 
premier. Mais sa mort, tout en remettant la fin 
tragique des souverains, rendit la Tsarine encore 
plus résolue à poursuivre son rêve. 

Les détails de l’assassinat de Raspoutine soht 
trop connus... A noter seulement que les conspi¬ 
rateurs s’étaient pourvus de poisons violents, acide 
{trussique et kurare , de revolvers, de casse-têtes ; 
pourtant Us étaient cinq contre un sans compter la 
dame inconnue qui servait d’appât au satyre pris 
au piège... Ils le croyaient plus que mortel, pour¬ 
tant ce n’était qu’un paysan ivre, libidineux... 













CHAPITRE VI 

NICOLAS II DEVANT L’HISTOIRE 


Né bon et faible de caractère, Nicolas II aurai! 
fait un excellent citoyen, car il avait assez d’espril 
de courage et d’honnêteté, pour accomplir son de 
voir dans toutes les circonstances ordinaires de 1; 
vie. Malheureusement pour lui et pour son peupl 
— j’ajouterai, pour l'humanité entière — il devin] 
tsar de toutes les Russies, titulaire de la puissance 
la plus absolue, la plus difticile qu’un hommi 
puisse rêver. 

Nous avons vu, dans les chapitres précédent 
combien la tâche do l’autocratie s’était compliqué 
pendant le règne de Nicolas II ; combien, à défæ 
de capacités de gouvernement, il lui fallait le coi 
cours de grands Jiommes pour éviter un désasti 
nous avons entrevu le dilemme tragique impi 
au Tsar par la faute de bureaucrates égoïstes,; 
courtisans intrigants et, entin, de sa Femme, l 
refusant d’abord tout concours, puis le comproraaj 
tant, entraînée par un aveuglement fou. 

Nicolas était trop doux, trop affectueux, tn 
attaché à la vie de famille pour ne pas être pT 
fondement influencé par sa femme, qui pouvait 
diriger à sa guise. Ainsi son amour passionif 
fidèle à travers les années pour la belle Angl 
de son premier roman, exemple rare de consfi 
dont les époux pouvaient s’enorgueillir, devenai 


KlCOLAS II DEVAIS’T VHISTOIRE 


«1 


au contraire un obstacle au bien-être de ses sujets, 
f Sa vie de souverain ne lui donnait aucun agre- 
ment mais seulement des peines ; son bonheur état 
parmi scs enfants avec sa femme. Le Destin lut 
accorda la plus grande faveur en le laissant mourir 
avec les siens. 

I Les défauts de caractère chez Nicolas devenaient 
[plus marqués par l’éducation. 11 aurait fallu au 
Ueune garçon un régime de grande liberté pour 
développer sa volonté, son initiative ; au lieu do 
Tgrands espaces, de frottements au hasard de la vie, 
nous le vovons attaché aux jupes de sa merc. 

La façon lever les enfants d Alexandre 111 
avait été dénaturée par la crainte d un attentat 
mais même avant le 1" mars 1881, on ava't adopté 
un système d'éducation absolument néfaste pou 
un u arçon et surtout pour un empereur futur. 

L'Impératrice Marie laissait rarement Nicolas 
hors de vue, jusqu’il l’âge où il aurait du avoir 
déjà une certaine expérience de la vie. Elle se m 
lait de régler sa vie même quand il était homme, 
jusque dans des détails du domaine intime. 
[Marié, père de famille. Empereur, il se trouvait 
encore .umis à cette tutelle incommode. Sa mere 
prétendait diriger les affaires d’Etat aussi bien que 
les affaires du jeune ménage, en se faisant in er- 
prète des volontés de l’Empereur déiunt. 

• 

On peut dire que son père l’ayant écrasé de son 
vivant par sa personnalité de géant immobile, con- 
K même après sa mort à le tenir dans une ado- 
ration muette et mystique pour sa mémoire, 
■forsque Nicol e- -ortit.onlm.de et état morbide, 
■trouva les voies d’une politique saine trop ditli- 
ciles U suivre. En cherchant à se faire une person- 












u:s dbbxiehs jo uns des homaxof 


\[COLAS II DEVAXT L'HISTOIRE 


AS 


02 


nalité de souverain, il devint le jouet de son inexJ 
périence, de son manque de volonté... 

Alors, comme font les natures faibles, il cherJ 
cha un refuge dans son obstination. C'est à ce moJ 
ment que ses ministres exigeaient l'intervention de 
la Tsarine, et qu’elle accepta de faire ce quelle 
avait toujours refusé à Nicolas lui-même : mener sa] 
politique... if 

Jeune garçon, Nicolas n'avait pas d’amis, car il] 
ne sorluit pas de la maison paternelle ; ses frères] 
étaient trop jeunes. Certes la Famille était unie et] 
heureuse, les parents étant dévoués et trouvant 
tout leur bonheur chez eux, mais il n’y avait rien] 
pour stimuler la nature trop docile du 61s aîné. | 

Son premier bonheur fut au régiment ; au milieu] 
de ses camarades il trouvait une satisfaction à ses! 
goûts naturels pour la société. Les mois passés au 
service parmi les Preobrajentzy lui laissèrent un I 
doux souvenir. Les exercices au grand air, la réu« 
nion au mess entre « jeunes », avec ses joies 
bruyantes, l’enchantaient. 

Plus tard, lorsque les soucis du pouvoir l’écra¬ 
saient, il aimait a se rappeler ces temps heureux. 

Il disait : « C est au régiment que j’ai appris tout 
ce oue je sais. Les ministres font de moi ce qu’ils 
veulent, car j ignore tout sauf la manœuvre mili- I 
taire. » 

Le voyage au Japon et retour avait failli tour¬ 
ner à mal à cause d’un attentat. Nicolas n’allait 
plus à 1 étranger qu’en courtes visites auprès de sa I 
fiancée ou en tournée officielle. Il connaissait très 
peu son propre pays, et encore moins le monde au ; 
dehors. 

Sa connaissance des hommes se bornait à des 
fréquentations très restreintes, presque toutes soit i 
officielles, soit familiales. Ce qui se passait dans le 


navs et dans le monde, il le savait par les rapports 
des fonctionnaires, dont la lecture absorbait ses 
journées et la moitié de ses nuits, le laissant de 
plus en plus embrouillé au milieu d un amas inex¬ 
tricable de faits, de chiffres, de programmes con¬ 
tradictoires. 

; Grâce à l'esprit dominateur de l’Impératrice Ma- 
rie. ii l'effacement de la Tsarine, à la faiblesse de 
Nicolas 11, les premières années ne furent qu une 
continuation du règne d’Alexandre III, héritage 
redoutable, car depuis 1881. ce monarque avait 
renié toutes les idées éclairées, liberales, de son 
oi-re, préparant ainsi une explosion fatale. 

; Nicolas s’aperçut à la longue que « la mémoire 
bienheureuse », trop souvent invoquée par sa mere, 
ne pouvait arrêter indéfiniment la marche du temps, 
mais, hélas pour lui, il ne savait pas comment y 
porter remède, et tout ce qu'il fit aggrava seule¬ 
ment le mal. . 

Les comparaisons fâcheuses si souvent pronon¬ 
cées entre les deux règnes ne sont point justes. 
Alexandre bénéficiait de la mémoire du Liberateur- 
martvr les grandes réformes sociales et politiques 
de la soixantaine ayant profondément remué le 
pavs ; par contre il léguait à son fils un Vi e mi 
merise qu’il fallait combler au plus vite, sous peine 
de cataclysme, car la Russie avait pris son essor 
dans l’évolution politique. 

• 

Influencé par ses traditions de famille et par son 
entourage. Nicolas avait voué un culte pour 1 auto- 
cratie, craignant avec une ferveur mystique den 
diminuer les cadres divins. Il savait bien que son 
pouvoir était en réalité très restreint, P uis 'l ue le * 
I ministres le contrecarraient h chaque pas, mais le 
fétiche autocratique, importé par une tsarine de 





















LES DBRKIERS JOURS D ES flOMA.VOF 


MCO LAS II DEVANT L'HISTOIRE 


U- •**-» - 

n’osa pas imposer à ses mmistres P jours comme souverain et comme particulier parce 

de leurs actes Ce fut absurde et Ira que.^ ■ ^ ^ Kais( . lui insp i ra it une méhance profonde. 
Car malgré la « constitution » • , l&arf'iitemcnt justifiée du reste, 

tenait la légende autocratique chaque mmBlJ | ‘ ava J ît Guillaume le sentiment d’un 

agissant à sa guise et la responsabilité de ses fautes ge re ,\ (l comp te de son infériorité abso- 

continuant k retomber sur le celte lê I |J Guillaume .faisait 


jntinuant a retomDer sur u- • .. ij 

Kn plus de tous les autres obstacles, cette léj 
gende archaïque, imposée aux souverams et t au peul 
oie russes par une hiérarchie moribonde, paralys.utl 
Fes efforts de Nicolas vers un idéal humain. J 
le peuple russe, si instinctif, sentait en lui S 
bonté la sincérité-. cl <o serait rallié à lul J u ^ U . *| 
dernier moment, mais les influences conlr ®*. !| 
jouaient du fétichisme de l’autocratie ; aussitM 
l'abîme s'ouvrait sous ses pas. 

Tous les racontars au sujet des dispositions ma 
chiavéliques de Nicolas s'expliquent très simple- 
„‘nt ' d ne voulait jamais dire une chose <M 
mcni * • . • iVomicnimn de manauél 


Jue. Guillaume laisait mirouer uevu n J.r' 
éblouis sa maîtrise des questions les plus dif iciles; 
iîl lui donnait tout le temps des conseils de libera- 
Kncit rinsl.tr all.-mand pour résoudre les proble- 
b>ps russes. Nicolas v voyait une allusion blessante 
| l'autocratie. Jamais il ne demanda 1 avis deüml 
ï&mcb mais celui-ci continuait à le bombarder de 

lues lettres. _ . A . 

| Comment expliquer le succès des intrigues du 
Kaiser dans l'affaire de Kiaotchéou et surtout du 
HMc Biorke ? Quant à la première, Nicolas a 
été simplement trompé par Guillaume, qui lui de- 
ELi,. mvmrnp nnr hasard s’il verrait quelque obs- 


chiavéliques oe k. p1iosp t \ ; sa Hé simplement trompe par uumau uu q- ™ r~ 

ment : il ne voulait jamais dire une Lnme par hasard s’il verrait quelque obs- 

gréablc, ce qui lui valait 1 accusation de niampj I ^ fc , à d * un petit dépôt de charbon 

de sincérité, lorsqu en réalité ll e . talt P ’i le» navires allemands. Nicolas, autocrate, se 

faible pour causer une douleur, il cach - de lui répondre que c’était la une affaire a 

sées craignant de les voir méconnues et minKtrfl» et non entre souverains. Il 


*a cs craignant de les voir méconnue» ^ ~TU 
îues mais on en concluait qu’il était mal.natfj 
nu’il défendait ainsi sa propre faiblesse ; il aoM 
jl-, i„ nn ; n t de vue du dernier visiteur, pieuvl 
absolue ^le son défaut de volonté interprété à Urfl 
comme signe de mauvaise foi. . . , JB 

Naturellement il lui fallait un bon ministre-* 
sident. responsable pour ses collègues... mais S 
tb vt n;ut alors l’autocratie *? 1 

Nicolas continuait à nommer les ,mmsl ^* JL 
se nerdre dans le maquis de leurs progrann nf f 
seperareu v son acte d’abdica* 

X S «. premier chef d’un ministère homj 
gène “ponsa P ble. mais à ce moment la nvolil 
lion déjà battait son plein. 


Mitait de lui reponarc que acuui —- ....- 

Irai ter entre ministres et non entre souverains. I 
dit simplement qu’il n’y voyait aucun inconvénient. 
Enillaome basa sur cette parole toute sa politique 
^'accaparements en Extrême-Orient. 

(I. aventure qui amena la guerre avec le Japon 
\t pour origine une parole lancée au hasard par le 
ir en approuvant les concessions forestières du 
palou. indispensables, prétendaient ses ministres, 
fpnur 1- »l• \ • ent du commerce.) 

f traité secret de Biorke, répudié ensuite comme. 
^^Kliablc avec la convention franco-russe tut 
Kahilemcnt imposé à Nicolas par l’homme qui' 
{testait, SOUS forme d’assurance contre la guérie. 


testait. sous forme d’assurance contre la guéri e. 
Guillaume avait su flatter l’amour-propre du l sar, 


s 











66 


LES DE H fERS JOURS DES HÔUAXOF 


tout en jouant de ses instincts humanitaires, à 
ses préjugés autocratiques et de son 
politique. 


, _Je contre sa femme, eut son entretien avec Ras- 
incapaciti poutine, n'alla pas à la Douma...*. 


NICOLAS II DEVANT L’HISTOIRE 


61 


. - On a prétendu qu’à la fin de son régne Nicolas 

Parce que sa femme ne savait pas se rendre po- ^donnait aux drogues pour s'étourdir. Le fait est 
pulaire et en conçut un dégoût profond pour la soulîrant de maux de tête, il prenait des pou- 
société russe, Nicolas aussi devint un reclus dan] V ’ Et a i en t- e lles de Badmaief ? 
son palais, mais il en souffrait, car malgré son at- . p ouric hkevitch, le député qui abattit Raspoutine 
tachement û sa famille, il gardait toujours ses dit de revo i ver , déclare dans les mémoires 

positions sociales, et ne manquait jamais la fêta jL u yj é5 a p r ès sa mort, que Raspoutine vanta les 
de son régiment. . . propriétés miraculeuses des poudres de BadroaieF, 

La politique aux mains de la Tsarine amenait le F B [ upé f ianles ou aphrodisiaques ». 
remplacement du Grand-Duc Nicolas par le Tsai F j e ne crQ - s s ( . uc Nicolas cherchait l’oubli dans 
sous prétexte que le Grand-Duc ourdissait un com- Lj drogues. 11 avait l’air très fatigué, mais il v 

plot. Par le fait, il avait menacé de pendre Ha?- \ S’i1 avait contracté cette habitude, 

poutine, crime impardonnable. . .. Sou l'aurait remarqué pendant son emprisonn ment. 

Nicolas II ne se fit guère prier, la tentation 0r rien ne le dénote, 
était trop grande. Devenu généralissime, il revivaf I 

à la StuvUa les jours heureux de sa jeunesse a# I i.Wendede ses nourparlers secrets avec 

régiment, à tel point qu il oubliait les intrigues Quan a g fausseté a été démontrée ensuite 
politiques de sa femme, entendant pour la premiej lennemi, dont la fausse ^ r * volulionna i re , il 

fois de sa vie la vérité par la voix smeere et lion par 1 ®nq u e g l’ordre du jour d'adieu 

nête de l’armée. 11 fit quelques nominations min| &uflit pour l uvcrnemen t intercepta. Le 

tériolles excellentes. En revanche sa lemme eont] à; son armee, que 0 

nuait avec le concours de Raspoutine à en fau |?‘jM bien-aimés, c’est pour la dernière 

d autres, très mauvaises. 1* wes , s , h vous Après mon abdica- 

Alexandra ne le laissait pas longtemps seul : ell Knis que j mon bis* du trône de la 

arrivait au G. Q. G. avec ses filles. Apres ciiaim jtioti, pour 1 t transféré au gouvernement 

visite l'influence salutaire de 1 armee disparalMU^ Je nniliaüvc de J a Douma Puisse 

88 Au début de décembre 1916 , Nicolas se lais®ieu les £5^“?^ t-U^us* l'd”, soldats 
raconter pour la première fois la vérité sur Rat*et la prospérité. 1 uisse t U nous 

poutine. Cette fois on pensa avoir fait un 

pas en avant. Mois Alexandra déjoua lo complu* , v , olr p M . cf . r> . do W«..m.ky 
en démontrant à son époux que les lemcugnagMtiri», h>h. Mon éminent/^'iSIScSîrtiie et la Monarchie rus- 
contre Raspoutine furent achetés. Nicolas “ *«.1*. K.spouUn. d’un ç6W. >« H é . 

croyant qu'il avait été victime d’une intrigue <lin-§ îolu'ilonnuire» 8 <lc l'autre ont détruit ces belle» espérance . 













«* LES DERNIERS JOURS DES ROMANOF 


vaillants, à défendre fermement le sol natal contr 
l'ennemi méchant. 

« Depuis d<*ux ans et demi vous avez journelleJ 
ment enduré les peines du service actif. Aprèi 
tant de sang verse, tant d’efforts dépensés, l’heurL 
s'approche où la Russie et ses braves alliées attal 
chées par une impulsion commune vers la victoire,! 
briseront les derniers efforts de l’ennemi. 

« Cette guerre sans pareille doit être menée jus- 
qu'à la victoire complète. Celui qui cherche unJ 
paix immédiate vend sa patrie, c'est un traître. J<j 
sais que tous les honnêtes soldats pensent ainsi.L 
Alors, accomplissez votre devoir, défendez vaillamJ 
nu-nt notre pays natal, soumettez-vous au gouverï 
ncment provisoire, obéissez à vos officiers, car le 
moindre relâchement de la discipline donne un 
avantage à l’ennemi. 

« Je crois fermement que l’amour sans bornes* 
que nous inspire notre chère et grande patrie, ne 
s’est pas éteint dans vos cœurs. Que Dieu vouj 
guide. 

«c Nicolas. » 
Contresigné: Général Alexeiep, Chef d'Etat-major, 

Le vrai Nicolas se révèle dans ce document, tou-J 
chant de sincérité, de loyauté, de bonne foi naïve. 
Comme généralissime démissionnaire il avait le. 
droit et le devoir de prendre congé de l'armée, et] 
s imaginait que le nouveau gouvernement approuJ 
verait ; il ne comprenait pas la situation nouvelle, I 
pas plus qu'il n’avait compris les réalités de l’évoT 
lution sociale. 

Or, la horde bolcheviste engagée par l’Allemagni 
dirigeait déjà lo Soviet, constitué avant le minis? 
tère Lvof, et dictait ses volontés destructives au 
pays et à l'armée. L'ordre du jour noble et patria 
tique du Tsar déchu n’arriva pas à destination. 


CHAPITRE VII 

LA PRISON ET L’EXIL 


I Au moment où la révolution éclata, la Isarine 
était plus occupée à soigner ses enfants, tous ma- 
ides de la rougeole, qu’à penser à la politique. Le 
«•finisIre de l'intérieur Protopopof, dernière nonu- 
i nation de Uaspoutine, faisait au palais de Tsars- 
koie-Sélo, de fréquentes apparitions, parlait du 
« saint », dont il prétendait recevoir les directions 
posthumes, affirmait que tout allait pour le mieux. 
X Ce Protopopof représentait fidèlement le régime 
déchu. D’origine noble, devenu fabricant de draps, 
intellectuel jouant un rôle dans les Conseils géné¬ 
raux (zemstvos), arrivé enfin a la vice-présidence 
de la Douma, il n'hésita point de s’aboucher avec 
les émissaires de l'ennemi, pour gagner ainsi les 
bonnes grâces du « saint », afin de trouver dans 
un portefeuille ministériel le moyen de rétablir ses 
affaires qui périclitaient. Badniaief le guérissait,en 
même temps, de la paralysie générale. 

W Lorsque le grondement de 1 émeute arrivait déjà 
au palais, Alexandra s'aperçut que l’homme « jouis¬ 
sant de la confiance du peuple », qu'elle avait im¬ 
posé au Tsar crédule, ne savait rien, n était qu un 
pauvre fou avarié. Elle s affola, fit chercher le 
grand-duc Paul, sortit faire un discours aux régi¬ 
ments de la garde survenus pour protéger le pa¬ 
lais, teuta vainement de se mettre en rapport avec 











:o 


l-KS DERNIERS JOURS DES ROMANOF 


l’Empereur — parti déjà du G. Q. G. — bref sel 
demena pour sortir de l’impasse. | 

Le mars au matin, cinq jours après l’abdical 
tion du Tsar, Alexandra fut mise en état d'arrestaJ 
tion par le général Kornilof, agissant par ordre d j 
gouvernement provisoire. Deux jours après, le TsaJ 
arriva, prisonnier lui aussi. I 

La Famille vécut à Tsarskoie pendant près dJ 
cinq mois, jusqu au moment où il devint trop danl 
gereux de la laisser dans le voisinage de la capitale! 
centre du pouvoir des Soviets, à la veille de devel 
nir ouvertement bolchevisles. 


11 faut constater une étape très importante danJ 
J* travail de la propagande révolutionnaire, dirigé! 
par les agents allemands. Jusqu'au mois de mari 
lJli, son œuvre corruptrice visait la Tsarine. (jJ 
laissait l Empereur de côté, car le peuple et Par J 
méc croyaient toujours en lui. Mais, aussitôt ou’il! 
eut abdiqué le pouvoir, — volontairement et pouiP 
sauver son peuple, pensait-il, - la presse juive ej 
toute la horde révolutionnaire se ruaient sur lui 
seul. 

L’auteur de ce récit, ayant exposé dans ses eorJ 
resnondanees les mobiles très dignes du souverain] 
déchu, fut mis à 1 index par certaines organisations 
de presse de la capitflTe. 

Leurs dénonciations commençaient comme tou¬ 
jours par Raspoutiue, agent de l’ennemi, ami de la 
tsarine et par conséquent de 1 Empereur. Ces eml 
busqués germanophiles, ces salariés du Kaiser 
firent croire à la foule que son souverain avait 
trahi 1 

La ville, la province, l'armée résonnèrent lui 
bruit de ces ignominies. « 11 a trahi ! » criaient leJ 
kamarads de Lénine ; « fl a trahi ! » répétaient lt*| 
parlementaires ineptes ; « il a trahi ! » criaienl 


L.\ PRISON ET L'EXIL 


71 * 


Kerensky et les Soviets. La foule, patriote, s*in- 
fligna. 

Pour Nicolas II c’était pire que la mort ; il l*a 
prouvé plus tard ; il préférait la mort au déshon¬ 
neur. 

Les Alliés savaient pourtant que c’était faux. 11 
fut question de ménager au Tsar et à sa Famille 
une retraite en Angleterre. Puis le plan échoua. A 
Tsarskoie ou délit les malles. La propagande ITas- 
poutine avait pénétré jusqu’en Angleterre. Son in¬ 
fluence néfaste sur l’opinion publique alliéo enle¬ 
vait aux malheureux prisonniers ce dernier moyen 
de salut. 

Certes, la douleur infligée par ces soupçons in¬ 
dignes dépassait tous les autres désagréments de 
la claustration, ce dont les dépositions si détaillées 
faites à A.-N. Sokolof par le colonel Kobylinski, 
commandant du palais, et par MM. Gilliard et 
Gihbes, donnent le récit complet, historique *. 
i On fouillait toutes les lettres, toutes les archi¬ 
ves, pour découvrir la moindre trace de la trahi¬ 
son. Pendant cette opération, méticuleuse et lon¬ 
gue, les époux étaient séparés comme de vulgaires 
malfaiteurs. 

Kerenski se fera pardonner beaucoup par sa 
conduite après l’enquête. 11 fil amende honorable, 
en déclarant solennellement : « Le Tsar est pur ! » 
Pour un ministre révolutionnaire, faire ce geste de 
galant homme exigeait un grand courage. * 

Malheureusement, les soldats de garde, et même 
les ofiieiers, ne se sont pas conduits aussi bien. 
Kerenski les sermonna en vain. L’habitude était 
déjfc prise. 

Les ordonnances du ministre Goutchkof ne 


1. Voir la deuxième pai lle. 















72 LES DERNIERS JOURS DES ROMANOF 

8 'étaient-ils pas permis de crier aux habitants du 
palais : « Vous êtes tous des vendus » ? Les soldats 
qui enlevaient au Tsarévitch ses jouets, qui abat-L 
taient ses petites chèvres, qui volaient les affaire! 
«J s prisonniers, qui se conduisaient en goujalij 
n'étaient pas tellement à blâmer. § 

Un incident tient une place à part. Nicolas allait J 
selon son habitude serrer la main à un officier qui 
faisait son tour de garde. Celui-ci refusa la maita 
tendue. Alors, les larmes aux yeux, mettant sel 
deux mains sur ses épaules, Nicolas lui dit, en sel 
servant d'un mot caressant : « Goloubtchik i pourl 
quoi ?... » lit l’autre, croisant les mains derrière! 
son dos, raide, répondit : « Parce que je suis duj 
peuple, et lorsque le peuple vous tendait la mainl 
vous la refusiez. » f 

Nicolas ne comprenait pas encore tout l’effroya-L 
Lie travail qui s’était fait dans les esprits ; il vivait! 
toujours dans un monde irréel. ■ 

Le départ de Tsarskoie eut lieu la nuit du! 
*3 août. Alexis venait d'avoir treize ans. KerenslJ 
permit au grand-duc Michel de prendre congé doj 
son frère. Le Fstir n a vu aucun autre membre dl 
la Famille. Mais ce n était pas le moment de fairel 
des» politesse s. Kerenski craignait les Soviets, don* 
les Bolcheviks étaient maîtres absolus. Le moindr^ 
retard pouvait devenir dangereux. Déjà les che 
minots cho&haient à arrêter le convoi impérial. m 

Par surcroît de précautions, on ne dit pas aux! 
prisonniers quelle était leur destination. Us appri-| 
rent au dernier moment que c'était Tobolsk. L« 
choix de celte ville paraissait prudent, car, d& 
moment qu il était impossible de transporter les! 
prisonniers a l'étranger, il fallait les éloigner at^ 
tant que possible du centre. 

Tous les égards furent montrés à la Famille. Les 


L\ PRISON ET U EXIL 


iner sonnes qu’elle voulait faisaient partie du 
voyage, hormis la Vyroubova transférée à la lorte- 
resse et certains lâches <iui désertaient leurs mao- 
très On trouvera la liste complété dans les dépo¬ 
sitions du colonel Kobylinski. 11 y fi gureplus de 
(marante noms. Celait excessif. Plus tard ce fut 
lune cause d’embarras. Toujours, les Romanof ne 

| 0 n F v ov'agc a 11 J end e u x trains luxueusement amé¬ 

nagés, s'arrêtant souvent en roule pour donner 
j aux personnes le temps de prendre de 1 exercice .. 

I Au départ, Kerenski avait dit aux soldats de 
[ l’escorte : « Conduisez-vous en hommes et non en 
I goujats ! » S’adressant au commandant, il ajoutait. 
k « N'oubliez pas qu'à vos bons soins est conlie celui 
qui fut empereur, et qu’il ne (Toit manquer de rien . » 

l La route vers Tobolsk mena les voyageurs de¬ 
vant le village natal de Kaspoutine. Alexandra 
appela ses enfants et leur parla du « saint ». ülie 
crovait toujours en lui. La désillusion désormais 
inutile lui fut miséricordieusement épargnée... 
i Arrivée à Tobolsk, la Famille s est .installée le 
2(» août dans le palais du gouverneur, amenage 
confortablement pour elle, tandis que la plupart de 
la nombreuse suite occupait une maison adjacente. 

I II est évident que le gouvernement provisoire, 
(comptant vaincre les Bolcheviks, avait tenu a 
rendre l’exil aussi tolérable que possible. Le train # 
de maison mené à Tobolsk exigeait de grosses de- 
ipenscs. Or Kerenski ne fit pas envoyer les fonds 
promis, étant, lui-même, aux prises avec Kormlot 
i.l, avec les Bolcheviks ensuite. 

Lorsque ces derniers accaparaient le pouvoir, en 
novembre, les soldats, démoralisés par le commis¬ 
saire Pankratof, réclamaient une maison a eux, 
forçant la suite à se caser avec la Famille. 










74 


LES DEUX IEUS J OC ns DES HOMANOF 


B'enlôt, le gouvernement des Soviets réduisail 
es prisonniers à lu portion de famine,avec défe nsÆ 
d y subvenir par le travail. 

On trouvera dans les dépositions de KobvIinsJ 
et des professeurs Gilliard et Gibbes la descri,.lion 

*» “f*—* 

Au début, la vie ne différait pas sensiblement I 

durée r d ° Tsarsk ? ic - Mais - ce üe fut pas de longue 
.“T^ e3 persécutions mesquines des soldats sous 
1 influence de Pankratof, et d'autres propagandistes 
empoisonnaient 1 existence de la Famille et de ses 
serviteurs lidèles. 

Parce qu’un prêtre déséquilibré eut l'imprudence 
de prier pour les souverains déchus, les soldats leur 
refusaient l’accès de l’église, et venaient dans ïa 
maison, surveiller leurs dévotions. 

d a le!mf Chant ph ‘ S f,U . elIc vexation inventer, la sol¬ 
datesque - car ce n’était plus des disciplinés _ 

ex gea que le Tsar enlevât les insigne S P de son! 

hér^s mil, a, r° Ct ? a croix de Saint-Georges. Ces 
hérosrévolumnna.ros taillaient des inscriptions) 
infâmes sur escarpolette des Grandes-Duchesses 
détrmsaient la montagne de glace, unique 
temps des jeunes gens pendant l’hiver sibérien 
Mais lorsque les vieux soldats, démobilisés vc- 

Père » k e T drfi ' aire f ClueUs t ment eon ff é du « Petit 
re » la Tsarine, triomphante, disait : « Vovez 

ds sont tous bons, mais les Juifs les trompent. » 

hile ne pouvait pas comprendre que le terrain révo- 

“ Vi "‘ “ r’” •» p» 


L ordre du gouvernement bolcbeviste, refusant 
tout subside, arriva le 25 février 1918. Depuis 
longtemps, 1 argent faisait défaut. Le prince Dol- 


LA PRISON ET L'EXIL 


75 


gorouki et le comte Tatichtchef, de concert avec le 
brave Kobvlinski, avaient signé des lettres de 
( change aux marchands de la ville pour subvenir 
| aux frais. Ils cachaient au Tsar ces expédients. 
Deux ou trois fois, des olîrandes de donateurs ano¬ 
nymes étaient venues les tirer d’embarras. Mais 
[ on ne pouvait pas cacher au Tsar le nouveau règle- 
Kment. 

Après réduction de la suite trop nombreuse, il 
[fallait aussi réduire la table. La nourriture deve- 
, nant insuffisante. Alexis tomba grièvement ma¬ 
lade, les deux jambes paralysées par son mal. 

Mais tout était supportable pour celte famille si 
croyante, tant qu'elle pouvait s’unir dans la prière. 

Vers la fin de leur séjour à Tobolsk, les Homa- 
nof se rendaient compte de leur situation désespé¬ 
rée. 11 y a, dans le dossier, un manuscrit de la 
Grande-Duchcsse Olga, qui témoigne de leur rési¬ 
gnation. G’est une prière en vers, composition de 
la jeune comtesse Ilendrikova, faisant allusion à la 
mort prochaine de toute la Famille. 

i Des lettres et des journaux arrivaient, assez ré¬ 
gulièrement pendant les premiers mois. Vyroubova 
écrivait souvent de Petrograd à la Tsarine. Ces 
communications se tirent moins nombreuses après 
le coup d’état bolcbeviste, mais, quand même, la 
Famille était au courant des grands événements 
\ de la vie extérieure, notamment du traité de Brest- 
I Litovsk... 



























CHAPiTHE VIII 

ÉMISSAIRE DE MOSCOU-BERLIN 


Nous arrivons à la période où le comte Mirbach 
concluait ses arrangements avec Yankel Sverdlof, j 
pour amener Nicolas II et son fils à Moscou. 

A cet effet un commissaire spécial fut délégué h I 
Tobolsk, chargé de pleins pouvoirs signés par I 
Sverdlof, en qualité de président du Comité cen-« 
Irai exécutif, et contresignés par Avanessof, Armé* f 
nien, secrétaire du Comité. 

La personne choisie pour cette mission ultra-1 
secrète fut un ancien officier de marine russe, ,.ar 
QOaséque&t un noble, Vusili-Vasilievitch ^akovlefJ 
exilé sous l’ancien régime pour une peccadille. II 1 
avait habité Berlin. 

Yakovlef, né h Oufa, connaissait bien l'Oural.! 
Sans doute était-il au courant de l'organisation so-1 
viétiste à Ekaterinebourg, et se méliait-il des en» i 
bûches possibles, car il semble bien qu'il fit escale 
dans cette ville, en se rendant à Tobolsk, retrou- j 
vant une ancienne connaissance* d’Oufa, un ouvrier j 
du nom d’Avdeief, qui avait des attaches dans le j 
Soviet régional, il l'emmena à Tobolsk, comme allié 
utile. 11 emmena aussi une escorte de jeunes gens j 
d'Oufa. 

Yakovlef arriva en pleine nuit du 23 avril, sans ! 
prévenir. Son escorte, ses documents et sa façon de j 


ÉMISSAIRE DE MOSCOU-BERLIN 


77 


se tenir, firent une impression profonde sur le co¬ 
lonel Kobvlinski aussi bien que sur les soldats de 
o-arde I.'obéissance à ses ordres s exigeait sous 
peine de mort. Mais personne ne savait pourquoi 

il était venu. , 

i Le lendemain il eut sa première escarmouche 
| avec le Soviet ouralien en la personne de son délé- 
W, un Juif nommé Zaslavski. Celui-ci tenta 
d’ameuter les soldats contre Yakovlef sous pré¬ 
texte qu'il les trompait ; mais, avant échoué /.as- 
lavski s’en alla îi toute vitesse a Ekaterinebourg, 
répandant le bruit d'une tentative de fuite des Ro- 
manof, sous les auspices de Yakovlef. 11 en con¬ 
vainquit Avdeief qui. plus tard cria encore plus 
fort, que Yakovlef emmenait les Romanof au 
Japon ! ! 1 

I Esquissons les faits et gestes du commissaire 
extraordinaire, racontés en detail par les témoins 
I oculaires Nous y trouverons la confirmation în- 
I directe de la véritable mission dont il était chargé. 

1 Car ces témoins ignoraient toujours ce que 1 ako- 

vlef venait faire. , , . _ 

F Dés son arrivée, Yakovlef alla voir Alexis, ne 
voulant croire h sa maladie. Plusieurs fois ce jour 
jet le lendemain, il arrivait à l’improviste dans la 
chambre de l’er.fant. 

I Finalement, persuadé qu il souffrait gravement. 
Yakovlef se rendit au télégraphe, en referer per- 
sonnellement à Sverdlof. De là il vint annoncée au 
Tsar qu'il l’emmenait seul, cédant apres aux ins¬ 
tances de la Tsarine d'accompagner son époux et de 
prendre sa fille Marie que ses sœurs plaisantaient, 
disant quelle avait du succès auprès des commis- 

saires. 


1. Voir le» dépositions du colonel Kobylinski, etc. 












78 


LES DEH ME HS JOURS DES ROMA\OF 


11 résulte de ces témoignages, que Yakovîef s’in- I 
téressait uniquement au Tsar et à son Fils, qu il I 
avait la mission d’emmener, tous deux, à une des- J 
tination pouvant être seulement Moscou. 

Il est évident que ce n’était pas pour les emme-1 
ner à Ekaterinebourg qu’on aurait pris tant de pré- I 
cautions mystérieuses et hâtives. Le calme absolu 1 
régnait à ce moment en Sibérie, donc, aucune rai- I 
son de craindre un enlèvement. I 

Pourquoi, alors, arracher père et fils a leur pri- I 
son en pleine débâcle printannière des voies et des I 
rivières ? 

Les déclarations faites à ce moment par Nicolas II I 
et la Tsarine ont une importance capitale. « C’est 
pour me faire accepter un traité du genre Brest- J 
Litovsk, qu’on me conduit à Moscou », annonce I 
le Tsar, en ajoutant : « J’aimerais mieux me cou-1 
per la main droite 1 » 

« On cherche à le séparer de moi pour lui faire 
souscrire encore une transaction honteuse ! » dit 
la Tsarine, faisant allusion à l’acte d’abdication. 

Alexandra croyait si profondément au plan conçu , 
par les Allemands, de concert avec les Bolcheviks, 
qu’elle abandonnait son fils malade pour suivre son j 
mari. La mère était oubliée, dominée dans ses sen¬ 
timents les plus tendres, les plus sacrés par 
l’épouse autocrate. 

« J'aime mieux mourir, que d’être sauvée par 
les Allemands », avait-elle déclaré pendant l'exil 
de Tobolsk, comme si des tentatives de là-bas lui 
étaient déjà connues. 

Maintenant, après une scène déchirante, elle 
laissait son fils aux soins de Taliana, sa fille préfé¬ 
rée, et suivait son mari dans l’inconnu, décidée à 
le sauver coûte que coûte d’une transaction avec 
l’ennemi allemand. Elle en signifia l’intention à 


EMISSAIRE DE MOSCOU-BERLIA 


70 


i . . | • i , aA avril dans des voitures de 

Parti le malin du *<> avril, «“ faire , e 

paysan, le convoi nu <]u.' . Tobolsk et Tiumen. 
trajet de 300 kilomètres c "‘ re , T ”„ L » glace, 

U U» ‘"Tïïr ÏÏTÆTÏiSSU £»•- 

b ».« "TbtntïïrÆv.koi.. 

Le convoi traversait. le villag d monde 

Pjfessé d’arriver, ^^^f.^p^éparées'd’avance. La 
dans les voitures de relai prêpar Rg Une .Elle 

ïSÎi.’Sû. a.b»t » '■ **•. 

au courant du rûle de train spécial 

SÆ t-Mtfü Ert-S—*- 

ssÆ-vt ,cv—» rss 

bourg quand meme. U n a qu 












80 


LES DERNIERS JOURS DES ROMANOF 


Pendant quatre jours et quatre nuits, Yakovlef 
ne laissa personne adresser la parole h Nicolas. Il 
monopolisa la conversation. Il craignait surtout laI 
Tsarine. Sans doute, était-il au courant de son in¬ 
fluence sur son époux. 

Pourquoi fallait-il prendre des précautions si exa-1 
gérées ? Evidemment Yakovlef était chargé de dire! 
h Nicolas des choses très importantes, très conli-J 
dentielles, d’un caractère inacceptable à la Tsarine, j 
Faut-il des preuves concluantes ? Lisez la décla¬ 
ration faite par Yakovlef au Tsar devant les témoins! 
cités dans ce livre : « J’avais l'ordre du Comité! 
central de vous emmener tous,mais puisque Alexis* 
Nikolaievitch est malade, je vous emmène seul, u 
Et lorsque Nicolas refuse de quitter sa famille^ 
Yakovlef, déclare : « Alors je dois vous prendre clfij 
force, ou bien en référer à Moscou... Ne soyez pas| 
imjuiet. Je réponds de votre sécurité sur ma tête. J 
Toujours refusait-il d’indiquer sa destination. On! 
comprend la raison. Ekaterinebourg pourrait api 
prendre. Il le craignait. 

Cet homme parlait et agissait de bonne foi. Il 
n’avait pas de mauvaises intentions à l’égard de la 
Famille impériale. Nicolas disait de lui: « C’est lia 
homme sincère, respectable. » 

Rentré plus tard h Moscou, il acquit la certitude 
d’avoir été joué par les Juifs rouges. Sous prétexta 
de prendre du service sur le front ouralien, il viol 
se joindre aux armées de Koltchak. 

Le juge d’instruction Sokolof ayant appris sa 
présence, craignant d’arriver trop tard, envoya d A 
suite un officier de confiance le rechercher. En elïct, 
l’état-major h Omsk, fort au courant, l’avait déjl 
transféré dans les armées du sud de la Russie. Ci 
fut l’œuvre d’un agent ennemi au service des real 
seignements de l’armée. Ensuite, toute trace ds 
Yakovlef se perd. 


ÉMISSAIRE DE MOSCOU-BERLIN 


81 


: L'arrivée à Ekaterinebourg des prisonniers, le 
30 avril, avait été attendue deux jours plus tôt car 
p’est le 27 que l’on donna l’avis au capitaine Ipatief 
•de quitter dans les vingt-quatre heures sa maison, 
réquisitionnée ce même jour par ordre du Soviet. 
I Ainsi, il paraît être établi que le Soviet ouralien 
n’était pas au courant des projets tramés à Moscou 
husqu’au jour où Yakovlef quittait Tobolsk avec 
Qes ex-souverains. Mais, Golochtchekine, on se le 
rappelle, dirigeait cette organisation selon les ordres 
[•qu’il recevait de Sverdlof. Tout devient clair. On 
kxmiprend pourquoi Zaslavski paraissait à Tobolsk 
l«n même temps que Yakovlef, et partait avant lui. 
K Le lecteur comprendra aussi pourquoi on atten¬ 
dait les prisonniers pour le 28. Golochtchekine ne 
s’était pas imaginé que Yakovlef rebrousserait che¬ 
min vers Omsk, et perdrait deux jours en voyage, 
I Sverdlof combine ainsi le moyen de déjouer le 
plan des Allemands en utilisant l’intransigeance 
des rouges de l'Oural. 

L I/idée d’une évasion par le Japon est exclue. 


I Les prisonniers furent conduits par Golochtche¬ 
kine lui-même h la maison Ipatief. 11 leur fit subir 
une perquisition brutale, aidé dans sa besogne par 
un autre Juif, nommé Didkovski, arrivé comme lui 

d'Allemagne. 

I Le prince Dolgorouki, venu avec les souverains, 
fut renvoyé à la prison de la ville par ordre de 
Golochtchekine. Plus tard, il périt, victime de sa 
fidélité à la Famille. 

1 Tout l’argent se trouvait sur sa personne. Les 
prisonniers restaient sans ressources. Il y avait à 
Jfobolsk une grande quantité de bijoux, propriété 
personnelle des souverains. (Les bijoux de la cou- 
Ttonne furent tous remis au gouvernement provi¬ 
soire.) Il s'agissait de sauver ces joyaux. 

6 


I 











LES DE R X FERS JOURS DES ROSfAXOF 


Averties, discrètement, par une lettre de la femi 
de chambre Demidova, les jeunes Grandes-Duches. 
restées à Tobolsk, se mirent à dissimuler les col 
üers de perles, les diamants et autres pierres pr* 
cieuses dans leurs vêtements, les cousant dans 1 
cache-corsets, en forme de boutons, etc. 

On le verra, cette circonstance a beaucoup ai 
dans la suite, à la reconstitution complète du crii 
d’Ekaterinebourg. 

La maladie d’Alexis suivit son cours ordinal 
Il commençait à se remettre un peu, lorsque le ü 
ment vint d’emmener le reste de la famille près 
leurs parents. Certes, cette réunion n’était nu) 
ment motivée par des bonnes dispositions de 
part des geôliers, mais pour simplifier la gardeJ 

Les commissaires affectés h la prison de 1 oboU 
rudoyaient et insultaient les jeunes tilles et le gi 
çon malade. Ils en faisaient de même pendant S 

V °Le^23 mai toute la Famille fut de nouveauté» 
nie à Ekaterinebourg, pour ne plus se quitte! 


CHAPITRE IX 


LE CHEMIN DE LA CROIX 


■ Tout en haut d’une colline, dominant la ville 
M-Ekaterinebourg et l’Oural, se trouve un rassem¬ 
blement d’édifices blancs rangés autour de la place 
PJ l'Ascension. L’église portant ce nom, surmontée 
d'un clocher, se dresse au milieu. Un côté de la 
Mfice est formé par le palais célèbre « d’un roi » de 
lor. Vis-à-vis le porche de l’église, une autre mai- 
■fa, bâtie en contrebas, fait le coin de la ruelle 
woxnesenski (Ascension), descendant vers le grand 
étan^ sis au centre de la ville, c’est la maison 
Ipatief. 


|Un bâtiment assez coquet, se composant d’un 
■is*de-€ haussée et d’un étage, flanqué d une grande 
porte cochère, donnant sur cour et jardin. L’entrée 
du premier étage est en face l’église. Ce côté de la 
puce est le prolongement du Voznesenski prospekt, 
ru<! importante par laquelle on passe de la gare 
principale pour aller dans la ville. L’entrée du 
TO-de-chaussée se trouve du côté de la ruelle. Il y 
• communication entre les étages par un escalier 
intérieur et par les portes donnant sur la cour. 

1 Entre le niveau de la place et le rez-de-chaussée 
jl y a un espace aménagé en descente latérale pour 
voitures, en escalier pour les piétons. 

K*•ménagement de la maison en lieu de déten¬ 
tion fut assez facile : en haut les prisonniers, en 















94 


LES DK R MERS JOURS DES ROXANOF 


bas les gardiens, autour de l’extérieur une barricade 
en planche. Ce fut un travail de quelques heures. 

La (farde, aussi, fut improvisée. On prit, un peu 
au hasard, des ouvriers des usines Issetsk et de la 
fabrique Zlokazof, situées dans les faubourgs. 

Les fonctions de commandant de « La -”‘‘is°n 
au But spécial » ainsi désignée furent confiées à 
Avdeicf, en récompense de sa « fidélité » auprès 
de Zaslavski contre Yakovlef. 

Le Tsar, sa Femme et son Fils, occupaient la 
chambre du coin, ayant deux fenêtres donnant sur 
la place et deux sur la ruelle. La chambre h coté, 
donnant sur la ruelle, servait de demeure aux 
quatre Grandes-Duchesses. 

1 La chambre des jeunes filles communiquait avec 
une autre pièce, et la salle à manger où tout le monde 

Pr Aup l rès deTFamiUe se trouvait le fidèle méde¬ 
cin Botkine. Il vivait dans le salon mitoyen de 
la salle à manger. Au milieu il y avait un arc. Lo 
valet Tchemodourof, admis d’abord à partager la 
prison, dormait aussi dans cette pièce. La lemmej 
de chambre Demidova avait la petite pièce, avec] 
une fenêtre donnant sur la ruelle. Entin, le valet| 
Troupp, le cuisinier Haritonof et le marmiton Leo-rj 
nide Sednef se casaient dans la cuisine et dans une 
chambre attenante. 

La plus belle chambre de 1 étage, celle qui 
communiquait avec l’escalier, servait de demeurel 
au commandant, de sorte que personne ne pouvait 
sortir de chez les Romanof inaperçu. Tous les 
mouvements, toutes les paroles des prisonnier* 
étaient épiés. 

Ipatief ne savait pas pourquoi le Soviet réquisi¬ 
tionnait sa maison. En quelques heures il dut trou- 


MAISON IPATîF.F 


vi 



Eo haut : Vue d'enaemble de U nwii.on p.i.e .u moment où le. p.i.onnie.. I.ouv.ienl. A «nuche : 

co-hèie où le camion vint charger le* cadavre», amenas par la petite porte au fond de U rmu. A droi - . 

de U ruelle. La fenêtre* rilléc du ba» entre le* arbres e*t.celle de la chambre dutcume. 
































LA CHAMBRE DU CRIME 


VII 



En haut : La chambre (dimentions 4 m. 1,2 «ui 5 m. t 1/2). Le revêtement du 
galandage troué de ballet a été enlevé comme pièce à conviction par le juge 
d'instruction. La porte à droite donne sur la chambre de débarras. En bat : 
Inscription cabalistique relevée juste en (ace de l'endroit où le Tsar fut tué. j 




LE CHEMIN DE LA CROIX 


85 


ver asile ailleurs. Un inventaire fut dressé par lui 
de concert avec les représentants du Soviet. Il se 
trouve dans le dossier. 

Les chambres restaient à peu près telles que le 
propriétaire les avait habitées. Les malles et autres 
effets des Ipatief, bourgeois riches restés encore 
indemnes sous le régime rouge, furent déposés 
dans les offices, sous scellés. Par malheur la vais¬ 
selle tout entière et la literie furent aussi cachées. 

La maison était en parfait état, avec salle de 
bain, eau chaude et électricité. Les rouges ne dé¬ 
rangèrent rie/l ; mais, aussi, ils n’apportèrent rien, 
ainsi les prisonniers restèrent sans vaisselle, les 
Grandes-Duchesses sans lits. 

Plus tard, lorsque les effets de la Famille arri¬ 
vèrent de Tobolsk — il y avait plus de cinquante 
malles — on en sortit des lits de camp pour les 
jeunes princesses. En attendant, elles dormaient 
sur des matelas posés par terre. 

Bientôt, une deuxième barricade fut aménagée, 
de façon à complètement cacher toutes les ap¬ 
proches. Les fenêtres, à doubles carreaux, blan¬ 
chis à la chaux, ne permettaient pas aux prison¬ 
niers de voir même le ciel. 

[ Les commissaires bolchevistes avaient prévenu 
la Famille restée à Tobolsk, que le régime à Eka- 
terinebourg serait plus sévère. En effet, après l’ar- 
rivée à la maison Ipatief, la différence fut vite # 

constatée. 

[ Le séjour de Tobolsk, malgré toutes les misères 
endurées pendant les derniers mois, paraissait un 
véritable paradis eu comparaison avec Ekaterine- 
buurg. Là les prisonniers sortaient dans la vaste 
cour quand ils voulaient. Le Tsar sciait du bois, 
s’occupait d’autres travaux, lui permettant de res¬ 
ter en bonne santé. Ici, ils étaient pris comme dans 


















86 


LES DE H NIE US JOUES DES ROMANOF 


LE CHEMIN DE LA CROIX 


87 


un piège, sans droit de quitter leurs chambres, B Bientôt, la maison devint dégoûtamment sale, 
sauf avec la permission de leurs geôliers... B<ar toute la journée les gardes fumaient, crachaient. 

Chaque jour fut un long supplice. La nourriture Blaissant partout des restes de victuailles... 
était infecte. Les geôliers faisaient tout pour pous- B 

ser les malheureux au désespoir. C’étaient des ouvriers russes qui traitaient ainsi 

Le matin, du mauvais thé sans sucre, avec du B leurs anciens souverains. La garde de la maison 
pain noir de la veille. Pour le dîner, de la soupe B Ipatief se composait exclusivement de Russes, sous 
très pauvre et une « côtelette », ayant peu de rap*B les ordres d'un Russe, Alexandre Avdeief, com- 
port avec la viande. ^Bmandant de la maison,d’un autre Russe, Alexandre 

La «cuisine » venait de la popote soviétiste,^Wdochkine, son adjoint, et d’un chef de garde russe, 
dirigée par un Juif, nommé Vilenski, ami de Go-B Paul Medvedef. 

lochtcheKÎne. Ce Vilenski resta à Ekaterinebourg^B Mais, tout comme Beloborodof, — l’ouvrier russe 
après le départ dos rouges, et, lorsque l’arméeB-qui présidait le Soviet — ces gardiens des Romanof 
soviétiste occupa de nouveau l’Oural, partit à B n’étaient que des pions entre les mains des Juifs 
Irkoustk en qualité de commissaire des Affaires^» rouges, des Sverdlof, des Golochtchekine. Plusieurs 
étrangères. ^Kiois par semaine, Golochtchekine passait faire son 

Les domestiques prenaient les repas avec leursB inspection. Beloborodof l’accompagnait. Avec lui 
maîtres. Le Tsar le voulait ainsi. La table, cou^Bvenait aussi Yourovski. Ils ne trouvaient rien à 
verte d’une toile cirée, manquait de tout. Les RoJfl changer. 

manof se servaient dans le plat commun avec desj^B Ainsi se maintint ce régime durant le mois de 
cuillères en bois. B mai et la première quinzaine de juin. Tant que la 

Pendant les repas, la chambre était constam^B garde russe maltraita les prisonniers, rien ne fut 
ment envahie par les gardes, soi-disant pour sur^B changé. L'ivrognerie se compliquait de pillage sys- 
veiller les prisonniers, en réalité pour augmenter^* tématique des effets appartenant aux prisonniers... 
leurs souffrances. |B Golochtchekine fit semblant de ne pas s’en aperce- 

11s s'asseyaient à la table, puisaient de leurflB voir, 
doigts sales dans le plat, s’accoudaient, bouscu^^B Mais voici que les Russes changent de conduite, 
laient le Tsar et la Tsarine, ne se gênant pointl^B On lira dans l’interrogatoire d’Anatole Yakimof 
pour tenir les propos ignobles ; d’autres se te-^^Bcomment ils se laissèrent adoucir sous l’influence 
naient derrière la Tsarine, s’appuyant à sa chaise^B du rapprochement avec Nicolas et sa Famille. # 
se penchant au-dessus d'elle. La piété, la douceur, la simplicité des prison- 

ivres, débraillés, ces hommes trouvaient un véri^B niers désarmaient ces hommes, malgré toute la 
table plaisir à torturer les pauvres prisonnierS^^Kbrutalité de leur éducation et de leur entourage 
chantant à tue-tête des chansons révolutionnaires]^» révolutionnaire. Les chansons obscènes se firent 
se tenant à l'entrée des cabinets, en hurlant des^B^ntendre rarement, puis cessèrent... 
mots obscènes, aussitôt que les malheureuses Prin^^B Aussi, les soulTrances des prisonniers attiraient- 
cesses s'y rendaient. ^B elles la sympathie du dehors. Un monarchiste 









88 


LES DERNIERS JOURS DES RO MA NO F 


LE CHEMIN DE LA CROIX 


8» 


loyal suggéra aux sœurs du couvent d’Ekaterine- 
bourg que peut-être il serait possible d'envoyer 
quelques provisions. Le D' Derevenko, ancien mé¬ 
decin du Tsarévitch, qui avait suivi la Famille à 
Toboisk et s’était installé à Ekaterinebourg, exerça, 
ses bons offices pour faire parvenir cette aide ines¬ 
pérée aux reclus de la maison ipatief. 

Ainsi s’organisa ce secours, sous les yeux incons- I 
cients des Soviets. Evidemment tous les gardiens! 
russes furent de connivence, car il aurait suffi d’un J 
seul pour prévenir Goloc.htchekine. 

D’accord avec Avdeief,les sœurs venaient en cos¬ 
tume laïque afin de ne pas éveiller les soupçons.! 
La Famille recevait du lait, du beurre, des légumes ; j 
le Tsar pour sa part eut un peu de tabac, dont il 
avait été privé depuis longtemps. Peu à peu les] 
sœurs, voyant la douceur des gardiens, s’enhardis-l 
saient à joindre à leurs envois des gâteries : du 
saucisson, des petits pâtés, etc... 

Mais, voici, un jour, en^ arrivant à la porte de la 
maison ipatief, les sœurs remarquent les mines 
confuses des gardiens russes. Bientôt paraît unel 
personne inconnue : c’est le nouveau commandant! 
qui leur demande des explications, puis les effraye, 
en disant qu’elles avaient été coupables d’un crimeJ 
les menace de peines sévères si elles osent en¬ 
freindre le règlement. Puis, faisant mine de s’adou-j 
cir, il leur donne la permission d’apporter du lait J 
seulement. . I 

Dès ce jour les sœurs ne virent plus ni Avdeief ni 1 
Mochkine. Toujours Yourovski sortait prendre le 
lait pour les prisonniers. 

Voici l'explication : Mochkine et Avdeief furent 
emprisonnés pour vol ; Yankel \ourovski rempla-j 
çait Avdeief le 4 juillet, deux semaines avant Pas-J 
sassinat de la Famille. 


Tout fut changé dans la maison. Les gardiens 
russes, déménagés de l’autre côté de la ruelle, con¬ 
tinuaient à monter la garde seulement en dehors ; 
tous les postes à l'intérieur de la maison était con¬ 
fiés exclusivement à des « Lettons ». 

' Ils étaient dix. Yourovski les amena de la Com¬ 
mission extraordinaire. Ils y remplissaient la be¬ 
sogne de bourreaux. Ces hommes laissèrent des 
inscriptions, des lettres, etc., prouvant leur véri¬ 
table nationalité. Tous étaient Magyars, plusieurs 
d’origine allemande. Yourovski parlait avec eux en 
langue étrangère — or, en plus du yiddich, il con- 
[ naissait seulement l’allemand. 

T Dans l’armée rouge, les Lettons formaient l’élé¬ 
ment mercenaire étranger le plus considérable. Il 
était naturel que les gardes russes les appelassent 
« Lettons ». 

I Sous prétexte de vols, d’ivrognerie, Golochtche- 
Jdne avait motivé, devant le Soviet, le renvoi d’Av¬ 
deief. En réalité, les Russes étaient devenus sus¬ 
pects à cause de leur sympathie envers les 
prisonniers, déjà condamnés à mourir. 

K Le régime Yourovski enleva aux prisonniers les 
derniers espoirs. D ores et déjà les Russes, mis à 
l’écart, ne pouvaient, n’osaient plus leur montrer 
ta moindre sympathie. Les plus abjects se faisaient 
un devoir de redoubler d’impudence. 

i \ N'étant plus admis à la maison dont, jadis, ils 
couvraient les murs de dessins et d’inscriptions 
indécentes, certains d’entre eux grimpaient sur la 
barricade à hauteur des fenêtres en hurlant aux 
prisonniers des couplets ignobles. Une sentinelle 
russe fit feu sur la grande-duchesse Anastasie 
parce qu'elle avait ouvert sa fenêtre. Yourovski ne 


désapprouva point ces actes. 

Avant lui, les prisonniers recevaient 


assez sou- 

























LES DE n ME ns JOUHS DES HOMAXOF 


vent les secours religieux. Le prêtre de 1 églis 
située en face venait célébrer la messe. ^ ourovsk 
le permit rarement — une ou deux fois pendant les 
quinze jours de son commandement. Il fit venir un 
autre prêtre et assista lui-même au service. L 

Les promenades dans le jardin furent raccourcies.! 
Yourovski défendit le travail manuel au Tsar. Le) 
martyre de ces quinze jours, au milieu des figure 
sinistres des bourreaux, au pouvoir d'un geôlie 
sans cœur, ne saurait être rendu par des paroles.. 

Auprès de la Famille on n avait laissé que des 
hommes faibles. Tchemodourof, vieillard, fut jug* 
trop robuste et renvoyé dans une autre prison. 

Le comte Tatichtchef,M ,u Hendrikova,M lla Chne 
der et le valet de chambre Volkof furent emprisonj 
nés sans voir la Famille à Ekaterinebourg. San 
Volkof, tous périrent. - 

MM. Gilliard et Gibbes et d'autres personnes 
appartenant à la Maison restèrent quelque temps a 
Ekaterinebourg sans pouvoir rejoindre les souve¬ 
rains. 


CHAPITRE X 

CALVAIRE 


Le lundi 15 juillet, les sœurs apportèrent le lait 
l la maison Ipalief. Yourovski le prit, selon son 
aabitude. Mais, ce matin-là, il fit'une étrange re¬ 
quête : « Demain », dit-il, <c vous apporterez une 
cinquantaine d'œufs. » On verra dans quelle inten- 
| lion il demandait ce supplément. 

J Conformément à cette demande, les sœurs revin- 
i rent le lendemain avec le lait et les œufs. Ce fut 
1 le dernier jour des Romanof. 

«.Ce même lundi le marmiton Léonide Sednef,com- 
gnon de jeux du jeune Alexis, fut renvoyé de la 
lison Ipalief. Il alla rejoindre les gardes russes 
dans la maison Popof, en face. 

JGolochtchekine arriva le mardi matin accompa- 
I gné de son complice soumis, Beloborodof. Ils em- 
|inenerenten automobile Yourovski, visiter l’endroit, 
déjà préparé, où les cadavres disparaîtraient. You- 
"“ovski revint vers les cinq heures. Il allait prendre 
g ses dernières dispositions pour la boucherie. 

De toute la garde russe, après le renvoi d'Avdeief 
et de Mochkine, un seul eut encore la confiance des 
Kefs, ce fut Paul Medvedef. Ce triste personnage 
avait dans son casier judiciaire une condamnation 
pour viol d’enfant. Ce fut le Judas des Romanof. 

A sept heures du soir, Yourovski donna l’ordre 











92 LES DE fi ME RS JOURS DES ROMANOF 


CALVAIRE 


à Medvedef de prendre tous les revolvers des gar- 
des russes. Lorsque les armes furent apportées] 
Yourovski confia à Medvedef le projet de la bout 


Toute la Famille dormait d’un profond sommeil, 
ainsi que leurs serviteurs. Yourovski entra dans 
leurs chambres, les réveilla, en donnant l’ordre de 


cherie, en lui défendant d’en parler aux Russe) s’habiller, pour quitter la ville, menacée, disait-il. 


avant onze heures du soir. A ce moment il devaiL 
prévenir les sentinelles postées autour de la maison, 
afin d’empêcher un « malentendu ». 

On avait exclu les Russes de la maison, pour ac¬ 
complir le dessein d’assassiner les Romanof ; mai] 
tenant on les désarmait, en les tenant dans Ligne 
rance jusqu'au dernier inuiueul. La chose est claire 
on craignait les Russes, car les Juifs du Soviet a< 
complissaient une œuvre juive. 

Medvedef exécuta les ordres avec une compréhe; 
sion parfaite : il avisa quelques-uns de ses compj 
triotes avec lesquels il était lié, aussi les sentinelle,^ 

Ce ne furent pas les seuls Russes, complices du 
crime, Yourovski ayant besoin de concours in " 
gène pour la disparition de cadavres. 

Il s’était abouché avec deux ouvriers de I’usl 
métallurgique Verkh-lssetsk, nommés Vaganof el 
Ermakof. Ce dernier était commissaire militaire aux 
usines. Tous les deux avaient des casiers judiciaH 
res très chargés. Ils remplissaient à litre volontaire' 
les fonctions de bourreaux auprès de la CommiM 
sion extraordinaire. 

Escorté de ses Magyars et des deux héros rouge* 
Yourovski parcourut les environs à la recberch® 
d’un endroit convenable. Ces deux amateurs dal 
boucherie humaine devaient jouer un rôle impor¬ 
tant dans le dernier acte du drame d’EkalerineJ 
bourg. 

L'obscurité tombe très tard en été dans cee pu-| 
rages septentrionaux. Il était plus de minuit - 
deux heures du matin d’après l'heure nouvelle de 
Soviets — lorsque Yourovski se mit à la besog 


La Famille se leva. La toilette fut hâtive. Yourov¬ 
ski ouvrit la marche, descendant par l’escalier à 
la cour, puis pénétrant dans le rez-de-chaussée. 

Le Tsar portait son fils dans les bras. Après la 
Famille venaient le D r Boktine et les domestiques 
llaritonof, Troupp, Demidova. 

K Yourovski les menait dans un guet-apens, pré¬ 
paré d’avance, ayant renoncé à les tuer dans leurs 
‘chambres en haut, craignant une alerte possible qui 
pourrait entraver ses projets de transférer dans les 
bois et de détruire secrètement les cadavres. 

I La chambre désignée pour la boucherie était idéa¬ 
lement située. C’était une pièce basse, à une seule 
fenêtre, percée dans le mur épais, grillée, gardée 
par une sentinelle et séparée de la ruelle par deux 
uautes palissades. 

I Les victimes descendirent sans crainte, croyant 
qu’on les emmenait. Elles avaient pris des oreil¬ 
lers pour le voyage, leurs chapeaux, Anastasie por¬ 
tait dans les bras son petit épagneul Jemmy. 
j Ayant traversé toutes les pièces du rez-de-chaus¬ 
sée, occupées maintenant par les Magyars, les pri¬ 
sonniers passaient par le vestibule donnant sur la 
porte de la ruelle. 

I A droite du vestibule, éclairé comme toutes les 
pièces par la lumière électriciue, les prisonniers 
voyaient à travers la fenêtre donnant dans le jar¬ 
din, la silhouette d’une sentinelle russe, 
f La chambre basse se trouve è gauche, en face de 
cette fenêtre. Ainsi, la scène suivante se déroula 
sous les yeux de deux gardes russes, l’un dans le 
jardin, l’autre dans la ruelle. 

F On lira les' dépositions de trois hommes qui ont 








94 


LES DERXIERS JOURS DES ROMANOF 


CALVAIRE 


95 


observé tous ces événements de près, qui rappor¬ 
tent aussi les récits des deux sentinelles. Parmi ces 


I La pièce, longue de six mètres, large de cinq, ne 
laissait aux victimes aucun moyen de se retourner : 


témoins se trouvent le régicide Medvedef, le serj Iles assassins étaient à deux pas. 
gent Yakimof, qui fut présent, et le garde Proskoffl 1 S’avançant vers le Tsar, Yourovski dit froide- 
riakof, mandé après pour nettoyer les lieux. La ver« pneut : « Vos parents ont voulu vous sauver, mais 
sion que je donne ici est celle du juge d'instruction! [ils n’en ont pas eu l’occasion. Nous allons à l’ins- 
basée sur tous les documents du dossier. [tant vous tuer ! » 

i Nicolas n’eut pas le temps de répondre. Etonné, 
Alexis ne pouvant resterdebout, la Tsarine étant! Ü murmura : « Quoi ? quoi ? » 
aussi, soulîrante, Nicolas demanda des chaises. Y oui BDouze revolvers partirent presque simultané- 
rovski les tit apporter. j Btaent. Les salves se succédèrent... 

Le Tsar prit place au milieu de la chambre, poj l Toutes les victimes tombaient. Pour le Tsar, la 
sant son fils sur une chaise à côté de lui. Alexan^»arino, ses trois filles et le domestique Troupp, la 
dra s'assit près du mur. Ses filles lui passèrent de* mort fut instantanée. Le fils agonisait; la plus jeune 
coussins. Le D r Boktine se tint debout entre le Tsa^BGrande-Duchesse était vivante : Yourovski acheva 
et la Tsarine. Trois Grandes-Duchesses furent à lapde plusieurs coups de son revolver le Tsarévitch 


droite de leur mère, ayant à côté Ilaritonof es 
Troupp, adossés au coin du mur; à la gauche 
la Tsarine restèrent la quatrième Grande-DuchessB 
et la femme de chambre Demidova, toutes deu® 
adossées près de la fenêtre. Derrière elles était la] 
porte, fermée sous scellés, de la chambre-débarr 

Tous attendaient le signal du départ. Déjà avani 
de descendre, ils avaient entendu le bruit d’un mûj 
teur arrêté devant la grande porte. C’était un poids 
lourd, Fiat de quatre tonnes, sur lequel on ail» 
emporter les cadavres. Tout avait été prévu ave® 
une exactitude militaire. 

Un instant après, les bourreaux firent leur entré® 
dans la pièce. Ce fut, derrière Yourovski, les pjV 
sonnes déjà mentionnées: Medvedef, Ermakof, Va 
ganof, un inconnu portant le nom de Xikouline, fl 
sept € Lettons », appartenant comme le nomra® 
Nikouline à la Commission extraordinaire, douze,^ 
tout. 

A cet instant les victimes comprirent, mais pcfJ 
sonne ne bougea. On n’entendit pas un son. 


dexis ; les bourreaux tuèrent la jeune Anastasie, 
Bd criait en se débattant, à coups de baïonnette. 
Baritonof et Demidova furent achevés à part. 

| Los coups de baïonnette, dirigés contre la femme 
de chambre se débattant au milieu des bourreaux, 
crûrent sur la boiserie. Je les ai remarqués au 
ours de ma visite à la chambre basse. Devant moi 
[liiuge d’instruction fit faire l’expertise de ces en- 
Hn. C‘étaient. à n’en pas douter, les traces de 
Baïonnettes russes. 

Au cours des premières perquisitions dans la 
oison Ipatief,on découvrit, tout en haut de la che¬ 
minée, sous une couche épaisse de suie, des papiers 
feu, où toutes les traces compromettant 
se détruisaient. C’étaient les registres des pos- 
garde et de paye. Namëtkine et Sergaief 
leavaient déjà tous les noms des Russes préposés à 
I» garde de la Maison au Rut spécial. 

|:Ces listes fournissaient les indices par lesquels 
l'instruction pouvait marcher sans crainte de se 

















LES DER.MERS JOURS DES ROMANOF 


CALVAIRE 


97 


Ce fut la base du travail que Sokolof 


comme aide-infirmier dans un hôpital, craignant 
I de se rendre chez, lui ; mais il r«‘*~-5- 


tromper 
reprit. 

La plupart des gardes rouges, dont les signatu¬ 
res figuraient dans les registres, suivirent les ar¬ 
mées soviétistes ; mais leurs familles restaient 
Ekaterinebourg. Par ce moyen on découvrit bientôt 
un des gardes, nommé Letemine. Je puis citer soin 
nom sans crainte de l'exposer à la vengeance bot 
cheviste, car il est mort. \ 

Pourquoi cet homme était-il resté en arrière? Lgj 

fait est qu’il jouissait d’une situation exceptions faaison Ipatiêf dès le commencemeiit°êt comme 
nelle. Il fut le seul des gardes qui habitait chez lut Mrgent-major, était au courant de tout ce qui se 


Il ne prit aucune part à l'assassinat, étant ce joun 
là près de sa famille, et lorsque, le lendemain, il 
arriva à la maison Ipatief pour son tour de servie* 
il fut outré d'apprendre ce qui s’était passé. Alors, 
ne voulant pas partager la responsabilité du crirafl 
il s’abstint de s’en aller avec l’armée rouge. 

Appréhendé, il n'essaya même pas de nier m 
vérité : il raconta franchement, honnêtement, toufl 
ce qu’il savaiti Or, Medvedef, les sentinelles et d’auj 
très témoins lui avaient détaillé les événements. 

Medvedef lui-même tomba entre les mains fl 
la justice. Il était parti avec les rouges à Perm, 

A f P llfleA il llumOlirMll MflflC M 


,, -— ,-- eut l’imprudence 

|d écrire à sa femme à Ekaterinebourg. Depuis quel- 
que temps, elle était surveillée sans le savoir.L’au- 
tonté judiciaire apprit la présence de Medvedef à 
Perm. Il fut arrêté. 

I Les dépositions de Medvedef, reproduites à la fin 
le ce volume, sont d une importance capitale, non 
vilement parce qu il a pris part au crime, mais 
‘aussi parce qu'il avait servi dans la garde de la 


Mais n’étant qu’un Russe, il demeurait dans Id tusses, parmi les bourreaux. Sa femme et les 


rôles subalternes, 

Lorsque les armées de Koltchak prirent la villeJ 
c’est à Medvedef qu'incomba la tâche ingrate dj 
faire sauter le pont sur la Kama. Puis il devfl 


1res témoins ne laissent aucun doute quant au 
î® 1 ** ce régicide. L’interrogatoire de Proskouria- 
f, cité plus loin, est formel. 

V " es * habituel aux accusés de faire des ré- 


kine et Yourovski, tous deux embusqués dans Pétai 
major rouge. 

Le général Pcpcliaef prit la ville par un coup 
d'audace. Medvedef n’eut pas le temps d’accomplir 
sa tâche. A Perm il avait un faux nom. Au éH 
des prisonniers il passa inaperçu. Libéré, il entil 


_r — —-ce qui se 

passait dans la pnson impériale. 

(Medvedef raconte tout avec une telle désinvolture 
;que le lecteur se demandera s’il fut vraiment con¬ 
solent de ce qu’il faisait. On trouvera en cet homme 
un détachement effroyable de tout ce qui constitue 
bpioralité humaine. J1 monta la garde, il tua, il 
mangea ses repas : tout lui sembla naturel, ordi¬ 
naire. 

[Il raconte tout, en confirmant les autres récits, 
■aïs il ne veut pas avouer devant la justice qu’il 

t lu.ï, comme il l'avait avoué à d'autres témoins, v 
mpris sa propre femme, en se vantant à elle qu’il 
seul des « nôtres », c'est-à-dire des ouvriers 


au- 


rejoindre l’armée et faire son rapport à Goloch tagj kTVeè quant à leur part dans un crime. Le prévenu 

Tagmof n’alïîrme-t-il pas qu’il n’assista pas à 
^^^H|nat, tout «-I. faisant un récit -d circonstan- 


quci nul autre qu’un témoin oculaire n’aurait su 
(faire? Mais il assista impassif à la scène debou- 
mÊP- Yourovski lui avait, sans doute, donné l’or- 


























CALVAIRE 


LES DERME RS JOURS DES ROMAXOF 


tromper. Ce fut la base du travail que Sokolol de se rendre chez, lui ; ma is il eut l’imprudence 

-^^cnre à sa femme à Ekaterinebourg. Depuis quel- 

■que temps, eUe était surveillée sans le savoir. L'au- 
tonte judiciaire apprit la présence de Medvedef à 
r, "‘ H fut arrêté. 


97 


comme aide-infirmier dans un 


reprit. , , • a 

La plupart des gardes rouges, dont les signatiM 
res figuraient dans les registres, suivirent les arj 
niées soviélistes : mais leurs familles restaientl 
Ekaterinebourg. Par ce moyen on découvrit bientôt 
un des gardes, nommé Letemine. Je puis citer soij 
nom sans crainte de l’exposer à la vengeance bolr 
cheviste, car il est mort. Jfl 

Pourquoi cet homme était-il resté en arrière ? 
fait est qu’il jouissait d’une situation exceptiol 
celle. Il fut le seul des gardes qui habitait chez 11 
Il ne prit aucune part à l’assassinat, étant ce jou 
là près de sa famille, et lorsque, le lendemain, 
arriva à la maison Ipatiefpour sou tour de servit 
il fut outré d’apprendre ce qui s’était passé. AM 
ne voulant pas partager la responsabilité du crir 
il s’abstint de s’en aller avec l’armée rouge. 

Appréhendé, il n’essaya même pas de nier 
vérité : il raconta franchement, honnêtement, toi 
ce qu’il savait! Or, Medvedef, les sentinelles et «J’ai 
très témoins lui avaient détaillé les événements* 


erm. 


Medvedef lui-même tomba entre les mains 
la justice. 11 était parti avec les rouges à P® 
Mais n’étant qu’un Russe, il demeurait dans: 
rôles subalternes. 

Lorsque les armées de Koltchak prirent la vi 
c’est à Medvedef qu’incomba la tâche ingrate 
faire sauter le pont sur la Kama. Puis il di 
rejoindre l'armée et faire son rapport à Golochl 
lune et Yourovski, tous deux embusqués dans T 
major rouge. 

Le général Pcpcliacf prit la ville par lin 
d’audace. Medvedef n’eut pas le temps d’accor 
sa tâche. A Perm il avait un faux nom. Au 
des prisonniers il passa inaperçu. Libéré, il 



I Les dépositions de Medvedef, reproduites à la fin 
de ce volume, sont d’une importance capitale, non 
Broiement parce qu’il a pris part au crime, mais 
aussi parce qu’il avait servi dans la garde de la 
Raison Ipatief dès le commencement et, comme 
■Kent-major, était au courant de tout ce qui se 
“9sait dans la prison impériale. 

Medvedef raconte tout avec une telle désinvolture 
ie le lecteur se demandera s’il fut vraiment con- 
«nt de ce qu’il faisait. On trouvera en cet homme 
n 'létachemeut effroyable de tout ce qui constitue 
» moralité humaine. 11 monta la garde, il tua il 

»*ngea ses repas : tout lui sembla naturel, or’di- 

ure. 

raconte tout, en confirmant les autres récits, 
1,8 il ne veut pas avouer devant la justice qu’il 
L comme il l’avait avoué à d’autres témoins, v 
ipm sa propre femme, en se vantant à elle qu’il 
^Hntl des « nôtres », c’est-à-dire des ouvriers 
•parmi l es bourreaux. Sa femme et les au- 
temoins ne laisseut aucun doute quant au 
de ce régicide. L’interrogatoire de Proskouria- 
cue plus loin, est formel, 
pus il est habituel aux accusés de faire des ré- 
Pl quant à^leur part dans un crime. Le prévenu 
n ailirme-t-il pas qu’il n’assista pas à 
itnal tout en faisant un récit si circonstan- 
^©ul autre qu’un témoin oculaire n’aurait su 
Mais il assista impassif à la scène de bou- 
j» ourov^Li lui avait, sans doute, donné l'or- 















«8 


LES DEUX [ERS JO CHS DES ROMANOF 


dre de l'accompagner, pour être plus sûr de la 
garde russe, dont Yakimof était sergent. 

Au moment de mon arrivée à Ekaterinebourg,] 
le printemps commençait ; la neige allait disparaître J 

Sokolof, persuadé que les cadavres de la Famillé 
avaient été détruits dans la forêt, se hâtait pourj 
faire les fouilles, dès que le sol deviendrait pratin 
cable. 

A ce moment même, le service des renseigne! 
meut s découvrait toute une organisation bolche vis tel 
dans la ville. Ou arrêta le chef de l'espionnage gé-j 
néral rouge en Sibérie, un certain Anton \\ alekJ 
11 fut interrogé par Sokolof et lui déclara, qu avant 
eu l’occasion de parler avec Golochtchekine à pro¬ 
pos de la mort des Romanof, celui-ci lui aurait con< 
tié son secret : toute la Famille avait été fusillée el 
leurs corps détruits. 


CHAPITRE X 


SANS TRACES 


Les auteurs du crime d'Ekaterinebourg ont pris 
des mesures extraordinaires pour en empêcher la 
découverte. Sous ce rapport, comme sous les autres, 
ils détiennent le record du monde et de l’histoire, 
en fourberies. 

Voici le résumé des « précautions > : 

1° Un faux avertissement; 

2" La destruction des cadavres ; 

, 3° Un faux enterrement ; 

4° Un faux procès ; 

5“ Un faux comité d’enquête. 

Procédons à l’analyse de ce formidable amas de 
mensonges. De là sortira la vérité, encore plus sai¬ 
sissante, car chaque « précaution » aggrave la cul¬ 
pabilité des auteurs. 

La bouclterie terminée, on chargea sur le Fiai 
les corps, enveloppés dans des pièces de drap d # or- 
donnance. Yourovski partit avec Ermakof, Vaganof 
et les cadavres. Il se hâtait de quitter la ville avant 
l'aube naissante. 

Pour cette raison, on avait enlevé aux cadavres 
seulement les objets de valeur apparents, tels que 
montres, etc. ; on allait les fouiller complètement 
dans la forêt. 







100 


u:s DERNIERS JOURS DES ROM A NO F 


SANS TRACES 


101 


Mcdvedef devait surveiller le nettoyage des lieux, 

11 appela les gardes. On lava à grandes eaux laj 

chambre basse, les autres pièces par lesquelles on .. j w _)_ 

avait emporté les morts sur des brancards improu-B^j^ p assa g C du camion depuis l'endroit 

p a 1 1 .11- ... J ^ 1 rw mn/>iilnac 011 CCI nPn«Hii » 1 . « * 


tourna à gauche pour gagner la série de puits ap¬ 
pelée Ganina Yama (Fosse Ganine). 

Un an après, j'ai suivi les traces, encore très vi¬ 


sés, et les dalles de la cour, maculées aussi pen«j 
dant le chargement du camion. 

Avec des chiffons mouillés, on essuyait les ten¬ 
tures de la chambre du crime, copieuse nient aspei^^ 
gées de sang. Lorsque je visitais cette pièce, un an 
après, les traces du chiffon et du sang délayé s® 
voyaient encore très bien. 

L’expertise de ces maculations et des traces res-j 
lées dans les rainures des balles et des coups de 
baïonnette, au mur et au plancher avait révélé J 
présence du sang humain. 


La ville d’Ekaterinebourg se trouve au milieu düj 
massif de lOurél, tout couvert de forêts. De quel 
côté le camion de Yourovski, avec son chargement 
lugubre, était-il parti ? A ce sujet le doute n était 
guère possible. Les dépositions recueillies par SoJ 
kolof reconstituent, pas à pas, tout le trajet. 

Environ h quinze kilomètres au nord de la vill| 
se trouvent des mines de fer appartenant aux usi< 
lies Yerkh-Issetsk. Les puits ont été abandon!» 
depuis longtemps. Ils sont très nombreux, des déni 
côtés de la route menant au village de Koptiak^ 
Ce fut la destination de Yourovski. 

Le camion fit halte d’abord à l’usine, située 
commencement de cette route. Ermakof avait pi 
venu ses hommes. Une escorte de cavaliers ap] 
rut. Le camion se remit en marche. Il n'y avait 
d’autre route à suivre que celle de Koptiaki. \ 

Le cortège traversa la voie du chemin de fer 
Perm, puis celle de Tagil. Les gardes-barrières fj 
remarqué. Puis, s’engageant dans la forêt, av; 
çant à grand’peine sur le sol mou, le « poids lourd 



il quitta la route pour se frayer un chemin à tra- 
ers bois. J’ai vu la place où il avait failli choir 
ans un fossé ; cela ne laissait aucun doute. On 
voyait, gisant à côté, le madrier qui avait servi 
pour redresser la voiture. Les traces conduisaient 
iu puits où les paysans avaient trouvé des bijoux 
ne la Tsarine, où les corps sont disparus. 

Pendant que la besogne macabre se faisait, les 
bardes rouges de Ermakof entouraient le bois, ne 
laissant passer personne. 

■ Yourovski revint en ville ce jour même, mais on 
la vu après sur la route de Koptiaki. 

1 Durant ces journées des 17, 18 et 19 juillet d’au¬ 
tres camions (type léger) emportaient d’Ekaterine¬ 
bourg à l’endroit des cadavres une grande quantité 
Idc benzine (essence) et d'acide sulfurique : de 30 à 
4(|védros(10i)-140 litres) d’essence ; plus de i l pouds 
(17(1 kilos) d’acide. 

Les corps, dépecés, furent incinérés à l’aide de 

nzine, les parties trop solides étant ensuite sou- 
liscs à l’action de l’acide. 

L approvisionnement en essence et en acide fut 
uré par les soins du commissaire Volkof, compa- 
n de voyage de Lénine et ami intime de Go- 
liLbekine et de Yourovski. 

Pendant ce temps, les commissaires maintenaient 
\ garde extérieure de la maison Ipatief, afin que 
i habitants de la ville ne se doutent de rien. 
Lorsque les cadavres furent incinérés dans les 

►is et les documents compromettants brûlés dans 

maison Ipatief, et les objets appartenant h la 
‘ünille pillés, on abandonna la maison. 

On possédé tous les documents concernant ces 




















103 


LES DERMERS JOL’RS DES ROMANOF 


fournitures : ordres signés par Volkof,registres du 
garage soviétiste, etc. 

Le 20 juillet,seulement,on annonça que Nicolas! 
le « sanguinaire » avait été exécuté. Le chef véri¬ 
table de la ville, Golochtchekine, en avertit les ha¬ 
bitants par des meetings et par des afüches. 

Le gouvernement des Soviets fit, en meme temps 
l’annonce suivante à l’étranger par radio (je cite! 
d'après les journaux français du 22 juillet) : 


A la première séance (20 ou 21 juillet) du Comité! 
central exécutif, élu par le cinquième congrès des So¬ 
viets, lecture fut faite d'une communication reçue par, 
le lil direct du soviet régional de l’Oural concernant] 
l’exécution du ci-devant Tsar Nicolas Romanof : 

« Dernièrement lu capitale de l'Oural fut sérieuse 
ment menacée par l'offensive des Landes Ichéquo-sloA 
vaques. A ce moment meme on découvrit un complot I 
des contre-révolutionnaires , ayant pour but d'arracher] 
le tyran parla force armée des mains de V autorité soviè 1 
liste. En présence de cet état de choses , la président 
du soviet régional de l'Oural résolut de faire fusilleà 
le ci-devant Tsar Nicolas Romanof. La résolution fait 
c K , Il te,- le / 6 juillet. 

La foiirnr et le fils de Iiomanof sont renvoyés 
un endroit sûr. Les documents concernant Ic comploM 
découvert sont partis à Moscou par courrier spécial. 

« Auparavant t il fut question de renvoyer le Tsai 
devant une cour. J fin de le juger pour ses crimes con/rd 
le peuple , mais la circonstance sus-citée amena l ajour 
ne me ni de ce plan » 

La Présidence du C. C. E., ayant étudié les cirfl 
popsUnces qui amenèrent le Soviet régional de l'Oui* 
à l'exécution de Nicolas Romanof, conclut que : j 

Le C. C. E., en la personne de sa présidence, con 
dère la résolution du Soviet régional de l'Oural comm] 
régulière. 

A la disposition du C. C. E. se trouve une documea 


SANS TRACES 


103 


tation importante au sujet de l’alTaire Romanof : lo 
journal qu'il écrivait jusqu'au dernier jour de sa vie, 
le journal de sa femme et ceux de ses filles, sa cor¬ 
respondance comprenant des lettres de Grigori Ras- 
poutine à Romanofetà sa famille. Tous ces documents 
seront tries et publiés dans le plus bref délai. 

t Ce radiogramme est digne, en tons points, de ses 
auteurs. Chaque phrase recèle un mensonge, chaque 
mensonge redonne du relief au plan diabolique 
conçu par Yaukel Sverdlof et réalisé par YourovsLi. 

1 ° La communication reçue du Soviet ouralien 
fut en réalité rédigée avec la complicité de Sverdlof; 
r 2° Les Tchèques entraient à Ekaterinebourg le 
25 seulement 1 ; 

I 3° Le « complot » à main armée n’existait pas. 

II v avait des nonnes portant des victuailles, c’est 

tout ; 

4° La « résolution » du Soviet ouralien était fa¬ 
briquée à Moscou par Sverdlof sous forme d’un or¬ 
dre à Golochtchekine, ordre de tuer ; 

I 5“ La femme et le fils du Tsar ne sont partis 
nulle part. On le sait, ils furent massacrés en même 
temps que toute la famille ; 

[ IV* Le projet d’un jugement n’a pas été énoncé 
avant la mort du Tsar. Ainsi toute allusion à un 
| empêchement fortuit est de pure fantaisie. 

I 7 ft La correspondance intime des Romanof a paru 
à Moscou sous forme d’extraits, dont personne ne 
pouvait tirer une conclusion désobligeante. Tout 
avait déjà passé par les mains des enquêteurs au 

li Tout le monde, y compris les gardes de la maison Ipnlieft 
savait les Tchèques anti-monarchistes féroces. Leur chef (Gaida» 
^S'empressa d'occuper la maisou pour son usage personnel et en 
chnssa les magistrats enquêteurs. On sait que les Tchèques 
dénoncèrent Koltchak comme monarchiste, et l'ont livré aux 
rouges. 






104 LES DERNIERS JOURS DES ROMANOF 


temps de Kerenski. Mais les mercantis du Soviet, 
ont fait un trafic ignoble de ces papiers. I 


Voici la traduction exacte de l’avertissement fail 
le 20, aux habitants de la ville : 


i 


RÉSOLUTION 


La présidence du Soviet régional des députés ou - 
vriers, paysans et gardes rouges de l Oural. 

Attendu que les bandes tchéquo-slovaques menai 
cenl Ekaterinehourg, capilale de l Oural ; attendu gu f 
le bourreau couronné peut éviter le jugement du peu- 
pie (on a découvert un complot des gardes blancs ayant 
pour but l'enlèvement de la famille Romanof tout en- 

l a présidence du Soviet régional , remplissant fl 
volonté de la révolution. a résolu : M 

Le ci-devant Tsar Nicolas Romanof , coupable M 
sanglants crimes innombrables contre le peuple, sen 

fusillé. fl 

Dans la nuit du 16 au 1 7 juillet celle résolution di 
la présidence du Soviet régional a été mise en exêc« 
lion . 

La famille de Romanof est transférée dans une aulrt 




SANS TRACES 


[Les « présidences », agissant au nom des Soviets, 
&nt en réalité une puissance autocratique juive! 
^Soviets, eux-mémes, ne savaient rien, n’étaient 
oint consultés. La présidence à Ekaterinehourg 
lait dirigée par Golochtchekine, de concert avec 
ülkol, Safarof et Syromolotof, sous le nom d’un 
Bvner russe (Beloborodof), parce qu’il fallait mé- 
Jger les mineurs réfractaires. La présidence àMos- 
)u était, ouvertement, sous Yankel Sverdlof,c’est- 
flire. juive 

A noter aussi, la date de la résolution de Moscou, 
juillet. Pourquoi le radio et l’avertissement fu- 
p-ils retardés plusieurs jours après la confirma- 
on du supplice par le C. G. E. ? Evidemment, on 
Hil.ut faire disparaître les cadavres et prendre 
autres « précautions » d’abord. Aussi le C. C. E. 
“jpu*me, nouvellement élu (lisez « nommé ») ne 
- consulté que le 20 ou le 21. 


place, plus sûre. -iW l 

La présidence du Soviet régional des députes ouvrierm 
paysans et gardes rouges de l'Oural. j 


RÉSOLUTION 


Pc la présidence du comité central exécutif** 
russe du 18 juillet : 

Le C. C. E. des députés des ouvriers, pays«ti 
gardes rouge* et cosaques en la personue d«j 
présidence approuve l action de la présidence^ 
Soviet régional de l’Oural. 

Le président du C.C. E. (signé) : Y. SvkmmI 


Deux mois plus tard, l’autorité soviétiste trouve 
T«sairc de publier des notices « sympathiques » 
Wjet du Tsar pour complaire aux villageois sans 
e, comptant sur 1 abrutissement du peuple ter- 
^jé.Le cynisme du scribe bolcheviste qui inventa 
il impudence du rédacteur qui publia le factum 
dans 1 lzveslia officiel de Moscou (daté du 
jeptembre 1U1S) dépassent toutes les bornes: 

-e corps du 1 sar, enterré dans les bois, à la place 
l ou il a été exécuté, fut déterré d’après les 
ations de personnes au courant, en présence 
“N clergé, des délégués de l’armée nationale, 
et des Tchéquo-Slovaques. Le corps 


g 4 *” f? n0m * dcs . mombre< Soviet ouralien ,1a pré*i- 
B / k ° f ’ ^kovitch. Oukraintsef, Kiselef 
7 ’ U vf, Andromkof, Andreief. Simaohk.. 

I^Kantknie, Jilinski, Tchoufarof, Yourovski, Efremof, 
















SAXS TRACES 


107 


Soviet local, perdant la tête à cause de l’appnx 
des Tchéquo-Slovaques, laissa Yakhontof prenr 
la direction du comité exécutif. Yakhontof doi 
alors l’ordre de tuer le Tsar et sa Famille, pren 
toute la responsabilité sur lui. Yakhontof ne se , 
connut pas coupable du vol des objets de val® 
appartenant à la famille du Tsar. D’après \ akhoa 
tof, le Tsar aurait déclaré : « Pour la mort du Ts 2 
la Russie maudira les Bolcheviks » ! Grouzinof. 
Maliutine afGrmerent qu'ils n’étaient pas initiés ai 
plans de Yakhontof, remplissant simplement à 
ordres. Yakhontof fut condamné pour l’assassioJ 
du Tsar à la peine de mort. Grouzinof, Maliuti 


Lpraksina et Mironova, jugés coupables de vol des 
‘)jets du Tsar, furent aussi condamnés a mort. La 
tntence de la cour a été exécutée le lendemain 
ème... Des articles'tsariens furent trouvés chez un 
jleur nommé Kiritchevski, qui prétendait les avoir 
jçus d’un certain Sorine, président du comité exé- 
atif et commandant d’un bataillon rouge au mo¬ 
ment de l’assassinat du Tsar. Ce Sorine était, il faut 
l’ami intime de Beloborodof. 


106 LES DERME RS JOURS DES ROMAXOF 

fut placé dans un cercueil métallique, renfermé daiL 
un étui de bois de cèdre sibérien précieux. Le ceJ 
cueiLporté solennellement à la cathédrale, fut garer 
par les soldats de l’armée nationale. Le corps sei 
provisoirement enterré dans un sarcophage spécil 
à Omsk ». Sans commentaires, u’est-ce pas? ■ 

D’après le journal soviétiste Praoda (seplemL 
19111),le tribunal révolutionnaire, siégeant le 17 sej 
ternbre 1919 à Perm,dans le local du Soviet, jug€ ■ 

^personnes pour l’assassinat duTsar, desa FaimU I j) e j ous j es noms cités dans ce compte rendu,un 
et de sa suite, 11 personnes en tout. Parmi les M L u l S e trouve parmi les noms des 104 personnes 
cusés,9 membres du Soviet d’Ekaterinebourg,Groi I en tionnées dans le dossier, c’est le nom de Belo- 
zinof, Yakhontof, Maliutine ; ï. femmes, Maria Apra ]L ro( l 0 f. Le lecteur connaît son véritable rôle. Pour 
ksina, Elizabeth Mironova. Les débats prouvai® ï récompenser de sa servilité complice, Sverdlof 
que les victimes ont été abattues à coups de ball^ l’avait, apres l’assassinat, « promu » membre du 
Yakhontof affirma qu’il a organisé l'assassin! Ijç È., la plus haute dignité soviétiste. Un an était 
principalement pour jeter le discrédit sur le gouveÉ C 0SS é. Son protecteur ne pouvait plus l’aider. Le 
nement soviétiste, étant devenu ennemi du gouved ^jugement » soviétiste, indifférent à tout ce qui 
nement après son adhésion aux socialistes révolution fc^ c édait, condamnant à mort des comparses fictifs 
naires. Le projet de tuer le Tsar fut décidé lorsqnj f QUr ( j cs g C i es q Ue l'autorité bolcheviste s’était offi- 
était encore à Tobolsk, mais restait impossible à { Kelhunent attribués,adjugea ce membre du C.C.E. 
moment à cause de la garde trop stricte. L’assai L u b anc ( j es escrocs ! 
sinat devint réalisable h Ekaterinebourg, lorsque! p 

’ l’approct 


■ Sixième « précaution ». Voici la composition du 
\ comité d’enquête sur l’assassinat de l’empereur 
>Bcolas II », titre officiel : 

î Y. Sverdlof, Juif ; Sosnovski, Juif; Teodorovitch, 
Juif ; Smidovitch, Juif ; Rosenholtz, Juif ; Rosinp, 
Juir ; Vladimirski (IIirschfeldt), Juif ; Avanessof, Ar¬ 
ménien ; Maximof, Russe ; Mitrofanof, Russe. En 
tout 10 membres, 7 Juifs. 

I L’auteur, l’organisateur de l’assassinat, en tête 
du comité enquêtant son propre crime ! Après cela, 
Ift procès de Perm n’avait rien d’extraordinaire. 













LA VÉRITÉ 


1(59 


CHAPITRE XII 


LA VERITE 


[Cette nuit-là, certains paysans du village, par¬ 
ut pour la ville,se sont rencontrés avec le camion 
Eircrp au moment même où il tournait sous bois. 
|s furent arrêtés par Vaganof, connu des paysans, 
[ont la route passait devant l’usine Verkh-Issetsk. 
Revolver au poing, il les força à rebrousser chemin. 
K N’osez pas regarder en arrière » menaça-t il, en 
loursuivant les paysans effarés jusqu à leur village, 
Estant de trois kilomètres. 

[L'affolement régna parmi les villageois. Ils s’ima- 
Ipnèrent que l'ennemi s’avançait, voyant déjà la 
L’assassinat constaté, il manquait à l’instructifl Boisson perdue ;car dans la lumière encore incer- 
des preuves concluantes au sujet de la disparition laine, ils avaient pris le camion et son escor e pour 
des cadavres. p 11 train militaire. .. 

Les autorités judiciaires avaient négligé cetfo I Néanmoins,quelques paysans hardis sont ailes a 
question, soit par parti pris, soit par négligence.] ked, sans bruit, vers l’endroit de la rencontre ma- 
II fallait entreprendre des fouilles importante! inale afin d’en avoir le cœur net. Ils s avancèrent 
entraînant des dépenses considérables, or les cri tnsencombre,s’engageant enfin dans la route trayee 
dits restaient en suspens. L amiral Koltchak lui' nus bois, s'étonnant de voir les dégâts causés par 
même donna les fonds à Sokolof. I B-grosse voiture. A ce moment, un cavalier arme 

■ lança sur eux et les lit partir... 

L'endroit était indiqué depuis le lendemain d F Aussitôt le cordon levé, les paysans revenaient, 
crime. ] Birés*par la curiosité et par 1 espoir de butin. Les 

Pendant les journées des 17,18 et1U juillet béai soldats du cordon leur avaient dit qu on faisait des 
coup de personnes furent empêchées, par le cordoj panœuvres. Ils avaient en etîet entendu des déto- 
militaire, de passer par la route de Koptiaki : lo talions, mais ils étaient persuadés que les « rouges » 
moissonneurs, les villageois se rendant au marché pchaient des armes. 

les bourgeois d'Ekaterinebourg habitant les villas j Us suivirent les traces du gros camion, fort intri 


dans cet endroit pittoresque. Justement le merci 
(le 17) était jour de marché à Ekaterinebourg ; 
paysans s’y rendaient. 

Leurs témoignages permettaient à Sokolof d’éi 
blir exactement les lignes du cordon, repérer l’ef 
droit où stationnaient les automobiles chargés 
barils, de bidons et de bonbonnes et en reconnaîtii 
le contenu, vérifier, enfin, la marche du cortège® 
sa destination exacte. 


lès par des bouts de cordes gisant autour du fossé 
voiture avait manqué de culbuter. C étaient 
Es bandages de fortune, dont une des roues de la 
jpiture avait été entourée. 

L’endroit choisi par \ ourovski remplissait toutes 
^Eonditions requises : proximité de la route, à 
[libri derrière une forêt épaisse,éloignement de toute 













llü LES DE R yIE ES JOURS DES ftOMAXOF 


habitation. En effet, sans l’intervention des vil 
geois, la vérité n’aurait jamais été connue. 

Le puits principal de ia Fosse Canine se irom 
: ‘ u milieu d’une grande clairière. A ce moins 
l’herbe, très haute,couvrait le terrain. Mais autJ 
du puits, la terre glaise, extraite depuis des annéS 


restait nue. Sur cet établi naturel, les cadavt tant à la Tsarine 
furent allongés 1 un après l’autre. j | 3° Une paire de 

D abord on les découpait avec un instrument trç les, dont une entière, 
chant, ensuite on les brûlait sur des bûchers. ( mur la Tsarine ; 
trouva un doigt de femme manicuré, coupé sai TT —- 


LA VÉRITÉ 


ni 


(rivés et par d’autres chercheurs. J’indique seule¬ 
ment les objets les plus importants : 

Kl* Un grand diamant pendentif, appartenant au 
iollier de la Tsarine,cadeau du Tsar à l’occasion de 
la naissance d’une de ses tilles ; 

2° Une croix en émeraudes et diamants apparte- 


tnt u lu i sarine 9 

3« Une paire de boucles d'oreilles en grosses per- 
L dont une entière, l'autre brisée, portées jadis 
v > uruian sur aes nueners. (Btar la Tsarine ; 

trouva un doigt de femme manicuré, coupé sa] J 4* Une quantité de petits bijoux, tous de haute 
doute pour en prendre Ja bague. 11 v avait trois b! pleur, portant des traces de coups violents ; 

Î\*; — J--»-*—*-*- ** » 5* Des parties métalliques des costumes de la Tsa- 

i. » _ _i_ n _1 i.iolioecnc ot Ho In D*>mi- 


chersen tout.J ai pu distinctement reconnaître le. 
emplacements lors de mes visites au printemps 1911 
tant Faction du feu avait été violente... 1 \ 

Les personnes admises aux puits venaient fond 
1er la terre et 1 herbe. On trouvait tous les joui 
une quantité d’objets importants. Pour ma part, F 
découvert, en grattant la terre glaise, dans laque! 
elles avaient été enfoncées par les pieds des bori 
reaux,dos perles en améthyste,dont chaque Gran J 
Duchesse avait un collier. 

J’ai raconté comment elles avaient dissinîulé la 
bijoux dans leurs vêtements. Là-bas, près du puiti 
les cadavres déshabillés, on trouvait cette énori 
quantité de joyaux. Les cache-corsets, éventrâl 
répandaient une cascade de perles et de pierres One 
Des pièces détachées, boucles d’oreilles, solitaire, 
pendentifs, roulai nt dans l’herbe inaperçus. DevaL 
toutes ces richesses, les bourreaux, pressés de tell 
miner leur travail, ne tirent aucune attention à dèT 
joyaux égarés et encore moins à d humbles ami 
thystes, car les gens de l’Oural se connaissent foi 
bien en pierres précieuses. 

Il est impossible de détailler ici les trouvailU 
faites autour du puits par les paysans aussitôt an 


'L/es parues racwiuijuca — — -”7 

Inné, des quatre Grandes-Duchesses et de la Demi 
ilova, marquées par le feu ; 

I G* Les boucles de ceintures du Tsar et du tsaré¬ 
vitch ; . . 

I 7° Des boucles de souliers de la Tsarine et des 
(îrandes-Duchesses en pierres Fines ; 

8“ Les lunettes de la Tsarine, prescrites pour elle 
Tobolsk ; 

9° Le pince-nez et le râtelier du D r Botkine ; 

10° Portions du havresac et de la capote militaire 

du Tsarévitch ; • 

11* Les boutons militaires du Tsar et du Isaré- 

Sch ; . . 

[ 12° Le ressort métallique du képi porté par le 

Tsar 5 . , 

43° Les images saintes portées au cou par les 

nuatre Grandes-Duchesses. s . « 

J On a trouvé des substances que 1 expertise a re¬ 
connues comme le cuir fondu par 1 action du feu, 
irestes des chaussures portées par les victimes, dé¬ 
clarées de qualité supérieure: 

F Aussi, l’insigne du régiment de lanciers dont 
Alexandra fut chef. Elle le portait en bracelet. Les 
(chaînettes du bracelet, arrachées, gisant dans la 


















112 LES DERME US JOURS DES ROMAiïOF 



LA VÉRITÉ 


113 


terre glaise, prouvaient qu’on avait enlevé brutij 
lement cette relique <iu cadavre. ] 

Beaucoup d’autres objets trouvés indiquaient l 
la part des victimes la préparation évidente pod 
un déplacement, par exemple le cadre du portri 
de la Tsarine que Nicolas ne manquait jamais i 
prendre avec lui en voyage ; les débris de flacq 
de sel, que les Grandes-Duchesses avaient l’hab 
tude d emporter pour leur mère ■ 

Devant les bûchers on trouva le nickel des ball% 
et des gouttes de plomb. Lorsque les corps démemj 
brés se consumaient dans le feu, les projectiles 
tés dans les tissus tombaient... 

Au coin de la clairière un tronçon d’arbre gp 
formait un siège commode. Tout autour on décoij. 
vritles indices qu’iciles bourreaux s’étaient reposés 
Le général Diterichs trouva des coquilles d’œuf ;|e 
général Dornontovitch, son adjoint,une page an 
chée d un livre d anatomie allemand; SoKoiof po 
sa part trouva sous l’herbe morte les débris du. 
journal allemand de l’époque de l’assassinat. 11 est 
question là-dedans de la troisième internationale 
et de 1 offensive des Tchéquo-Slovaques, désigné! 
comme traîtres à la cause de la démocratie pot3 
s’être tournés contre les Bolcheviks. 

Le lecteur se rappellera les œufs commandés aux 
sœurs du couvent ; il comprendra, sans que je H. 
dise, ce qtie faisait ici le traité d’anatomie, ce quÉ 
signifiaient les journaux allemands. “ 

Les bourreaux, une fois leur besogne etfrovabll 
terminée, ramassèrent les cendres, tant bien qui 
mal, et les jetèrent dans le puits, très profond, avanl 

1.1.'identification des objets fut assurée par les domesliquej 
de la famille llomanof, appelés par le juge d'instruction. 1 


de l’eau au fond, couverte d’une couche épaisse de 
glace. En faisant exploser des bombes — dont les 
.paysans entendirent les détonations — ils avaient 
fcrisé la glace. Tous les débris des bûchers foncè¬ 
rent, mais afin de prévenir leur découverte, on 
[descendit par-dessus tout un plancher très épais, 
(&J.Q lit submerger et fixer aux parois. 

I Les premiers recherches révélaient la présence 
de certains objets dans le puits même, y compris 
le doigt de femme, mais on ne s’imaginait pas que 
I le plancher cachait le reste l . 

| Les fouilles dont j’ai parlé plus haut allaient 
lûommencer sous les ordres du général Diterichs. 
[ Plus de mille soldats furent assemblés dans les 
I bois. Au milieu de ce travail, le générai Diterichs, 
| appelé au commandement en chef, laissait au géné- 
I ral Dornontovitch la direction des fouilles. 

I Le puits principal de la Fosse Ganine et les 
puits avoisinants furent desséchés et explorés, 
f Du puits dont nous avons parlé, il est sorti la 
vérité tout entière. On a retiré les débris des bû¬ 
chers, contenant une quantité énorme de pièces à 
[conviction. 

I La légende d’un enterrement des cadavres, ré- 
[pandue par les agents bolchevistes, cédait la place 
[définitivement à la version de Sokolof, de leur 
destruction complète. 

I Tout eu haut de cet amas se trouvait le cadavre 
1 du petit épagneul Jemmv, parfaitement conservé 

• 

■ I. Le puits était à double voie : l'une, plus profonde, pour 
mornp«r l'eau ; l'autre, plus large, pour extraire le minerai des 
[galeries souterraines. Les purois, très solidement construites 
de fortes poutres, avaient résisté au temps. Les bombes jetées 
jxmr briser la glace, qui couvrait la nappe d’eau, n’avaieut fait 
aucun mal au revêtement. Ce fut dans l'ouverture plus profonde 
(environ 10 mètres sous terre) que les restes des bûchers 
furent jetés et dissimulés par un faux plancher. Le doigt coupé 
fêlait dans l'autre ouverture, probablement je é là par mégarde. 


8 



























ni 


LES DERNIERS JOURS DES ROUAXOF 


par le froid, veillant les restes de ses maîtres, hum¬ 
ble martyr de sa fidélité, apportait, même après 
sa mort, son aide à la justice vengeresse. 

Le petit bull français de la Grande-Duchess 
Tatiana était resté dans la maison, essayant vaine 
ment de pénétrer dans les chambres closes. On ne 
sait ce qu’il est devenu. L'épagneul aimé du jeun J 
Alexis fut recueilli et emmené plus tard en Angle 
terre (v. p. 270). 

Dans la maison Ipatief, les agents de Yourovsk 
travaillaient, tandis que lui et Golochtchekine 
Volkof et Safarof se rendaient dans les bois de 
Koptiaki, surveiller la macabre besogne. Les 
sans les ont vus au village de Koptiaki;ils venaien 
manger des fraises des bois à la crème. 

Yourovski est parti aussitôt après le 19 en em-j 
portant avec lui sept grandes malles, pleines des 
affaires des Romanof. Sans doute a-t-il partagé le 
butin avec ses amis à Moscou, puisque l’autoriU 
soviéliste ne les retrouvait plus après, tout aq 
moins c’est la conclusion à tirer du procès de Pern 

Sur le mur de la chambre basse, quand le ju 
d’instruction y entrait, se voyait une adaptatio 
du poème de Heine, Belsazar : 


S» ~ vjuCl 'yj Jj • 


V, 


. j 


« Belsatzar fut cette nuit-là tué par ses sert 
teurs ‘. » 

1. On voil le mol » seinem » écrit sur le mol •• setbij 
Ce dernier esl d'après Heine, mais l'adaplaleur le ch 
voulanl attribuer l'assassinat aux Russes. 


LA VÉRITÉ 


115 


Celui qui fit cette inscription maniait bien la 
plume. 11 se permit meme un calembour en écri¬ 
vant le nom du roi (Belsatzar au lieu de Belsazar) 
qui avait déplu à Israël, sans avoir fait du mal aux 
Juifs de la captivité. On comprend l’allusion bibli- 

3 ue. Nicolas non plus n’avait fait de mal aux Juifs ; 

les avait trouvés nombreux parmi ses sujets, 
mais il ne les aimait pas : c’était un péché mortel 
aux yeux d’Israél. On arrangea, à lui aussi, la mort 
la plus pénible, d’être tué par les siens. 














CHAPITRE XIII 


TOUS LES ROMANOF 


La réalisation des projets secrets de l’autocratie 
rouge exigeait l’extermination de tous les Roma- 
nof, obstacles à la fois au germanisme et au bol¬ 
chevisme, courants parallèlement destructeurs. 

Nous avons reconstitué le crime d’Ekaterine- 
bourg. Nous allons voir dans les chapitres suivants 
encore des à-côtés sinistres, qui le distinguent entre 
tous les maléfices humains. Ici même nous verrons 
son complément logique. 

En effet, tous les membres de la famille Roma- 
nol, restés entre les mains des Bolcheviks, dispa¬ 
rurent l’un après l’autre. Ce furent le Grand-Duc 
Michel, frère et héritier du Tsar d'après l’acte d’ab¬ 
dication, la Grande-Duchesse Elizabeth, sœur de la 
Tsarine, les Grands-Ducs Serge, Paul, Georges, 
Nicolas, Dmilri et quatre princes du sang. ° 

La disparition de Michel Alexandrovitch précéda 
de quelques semaines le crime d’Ekaterinebourg. 
On ne connaît pas les détails de sa mort, ce qui 
donne lieu à de nombreuses légendes de sa survi- < 
vance. 

Le lecteur se rappellera les conférences de Mos- | 
cou entre Mirbach et les partis politiques russes, j 
Le Grand-Duc Michel était le favori des radicaux 
* légitimistes », gênant pour le projet de restau- i 




TOUS LES ROMANOF 


117 




ration allemande, basé sur l’avènement d’Alexis 
, sous une régence germanophile. 

Ces conférences eurent lieu au printemps (avril- 
mai), Michel disparut au mois de juin. La candi¬ 
dature Nicolas-Alexis tombée, les Allemands pou¬ 
vaient redouter une restauration « Ententiste », 
par suite des soulèvements populaires d'alors. Du 
reste, le lecteur appréciera lui-même. Une simple 
coïncidence aurait-elle si bien arrangé les choses ? 

Il y a aussi cette version : que les socialistes 
révolutionnaires, concurrents politiques des Bol- 
cheviks, auraient prétend-t-on emmené le Grand- 
I Duc. Ensuite il aurait péri ou serait caché dans 
un endroit resté mystérieux. Il est avéré que le 
! parti S. R. organisa l’assassinat de Mirbach au 
mois de juillet. Pourquoi n’aurait-il pas fait un 
coup désagréable aux Bolcheviks èt aux Allemands 
en enlevant Michel? 

La réponse s’indique toute seule. Accompli sans 
leur connaissance «c l'enlèvement » eût été certaine¬ 
ment désagréable aux Bolcheviks, mais la « dispa- 

I rition » du Grand-Duc convenait à Lénine-Sverdlof 
autant qu’à Mirbach. Sverdlof acquérait un pré¬ 
texte pour les représailles sanglantes contre toute 
la Famille ; Mirbach se débarrassait d’un allié de 
j l’Entente. 

Le lecteur lira le récit authentique de cette « dis¬ 
parition » en connaissance de cause. 


Lors du coup d’état bolcheviste en novembre 
i ( .M7, le Grand-Duc Michel vivait chez lui à Gat- 
china, près de Pétrograd, avec sa femme morga¬ 
natique, la comtesse Brasova. 

Au mois de mars 1918, il fut arrêté sans raison, 
car il ne se mêlait de rien. Les Bolcheviks arrêtaient 
en même temps son secrétaire particulier Nicolas 
Nikolaievitch Johnson, d’origine anglaise, et le co- 



















118 


LES DERNIERS JOURS DES ROMAXOF 


TOUS LES ROMANOF 


lonel Znamerovski, ancien chef de la gendarmerie 
de Gatchina, qui connaissait fort peu le Grand-Duc. I 

Les trois prisonniers, transportés à Perm sous I 
la garde de mercenaires lettons, jouirent d’une 
liberté «assez grande. Michel Alexandrovitch habi-1 
tait 1 Hôtel Roval avec son secrétaire et ses deux I 
domestiques. 

La comtesse Brasova décida la femme du colo¬ 
nel Znamerovski de se rendre en visite chez leurs 1 
maris respectifs. Elles partirent, assez étourdiment I 
pour Perm. Le voyage eut lieu vers la mi-mai! 1 
Elles en revinrent avec beaucoup de difficultés. 1 
M œ< Brasova fit un arrêt à Moscou pour intercéder J 
auprès de Lénine en faveur de son mari. Elle put j 
le voir. Naturellement il ne se soucia point d'accé-'j| 
der à sa demande. En désespoir de cause, elle ren¬ 
tra à Gatchina. 

Le l:i juin un télégramme de Perm annonça • I 
« Notre ami mutuel et Johnny partis, destination I 
inconnue. » On le supposait de Znamerovski. 

IJ abord, I impression fut bonne, puis les doutes I 
s imposèrent, et avec raison... 

Par ordre du buveur de sang Ouritski, la corn- j ! 
tesse fut arrêtée. On l’a cru perdue. Mais, Ouritski 
tombé sous la balle de Ivaneguisser, elle a pu se 
sauver à l'étranger. Ses enfants, dont un fils du 
Grand-Duc, passèrent, sans encombre avec elle 
par l’Allemagne. Ce fut après l'assassinat de la 
Famille impériale; vers la fin de la guerre. En les 
laissant passer, Guillaume croyait bon, sans doute, I 
de se ménager à tout hasard, les bonnes grâces ] 
d un tsar éventuel. 

Les domestiques Borounof et Tchelvchef purent 
se sauver de Perm. Ce dernier fit plus tard le 
récit do ce qui s’était passé, récit confirmé par J 
a autres témoignages. 


i [La nuit du 12 ou du U juin (Tchelvchef ne se 
I Tappelîe pas exactement la date) trois hommes ar- 
I «nés forcèrent la porte de sa chambre. Il dormait. 

I Les intrus lui donnèrent ordre de les conduire à 
I ; ] a chambre du Grand-Duc. Menacé de mort, il 

I s’exécuta. . , . 

I Pendant que ces trois opéraient dans 1 Hôtel, un 

Ï quatrième visiteur demeurait au téléphone, en gar¬ 
dant l’accès. Au yeux du gérant de l’hôtel ces vi¬ 
siteurs étaient des miliciens (police du Soviet). 
h Le Grand-Duc dormait. Réveillé, mis au courant, 

I il regarda les trois hommes avec méfiance. Un des 
inconnus lui signifia l’ordre de les suivre au bureau 
du Soviet. « Nous venons vous arrêter», ajouta-t-il. 

< Je n'irai nulle part. Je ne vous connais pas », 

répondit le Grand-Duc. .... . , 

Là-dessus, un des hommes le saisit brutalement 
par l’épaule, en s’écriant : 

« Allons, vous nous avez assez embêtes, vous 

autres, les Romanof. » . 

11 fallut obtempérer. Johnson, arrive dans la 
chambre, demanda qu’on l'emmène, lui aussi. Los 
inconnus, tout en ne le voulant pas, cédèrent devant 
son insistance. 

Les miliciens avaient un automobile. Ils monte- 
rent dedans avec leurs prisonniers. Personne à 
Perm ne revit plus ni le Grand-Duc ni son secré- 
• taire... 

Chef-lieu d’arrondissement de la province, de 
’ Perm, la petite ville d'Alapaievsk, remarquable 
I seulement par son monastère, allait devenir la 
scène d une autre boucherie impériale. 

L’école communale servait depuis quelque temps 
de prison à plusieurs membres de la famille. Il y 
avait là la Grande-Duchesse Elizabeth, le Grand- 
Duc Serge Mihailovitch, les trois fils de feu le 



































120 


LES DEHXIEHS JOUES DES ROÜAXOF 


TOUS LES ROUANOF 


121 


Grand-Duc Constantin, Ioan, Igor et Constantin, 
enfin le prince Palei, fils du Grand-Duc Paul. 

Aucun de ces prisonniers ne faisait la moindre 
opposition aux Bolcheviks. Leur emprisonnement 
n'était motivé en aucune façon. 

La Grande-Duchesse s’occupait à Moscou à sc-j 
courir les malheureux. Elle avait fondé une com¬ 
munauté de religieuses vouées aux bonnes œuvres. 
Depuis des années elle s’était brouillée avec sa sœur 
cadette la Tsarine à cause du scandale Raspoutinc. 

Au début de la guerre, la Grande-Duchessej 
accompagnée de sa sœur M“ e de Milford Haven,j 
visitait les monastères de l’Oural, venant prier à 
Alapaievsk. Ce fut le lieu de son emprisonnement 
et de son supplice futurs. Une de ses religieuses 
raccompagnait. 

Serge Mikhailovitch, grand maître de l’artillerie J 
avait mérité les plus grands éloges. Lorsque la I 
Douma se prononça contre le monopole des fonc- I 
lions imposantes par les Grands-Ducs,exception fut I 
faite pour ce dernier aussi bien que pour le Grand-! 
Duc Nicolas Nikolaievitch. Le Tsar y souscrivit, i 

Le prince Ioan, marié à la princesse Elena de I 
Serbie, ne pouvait pas voir sa femme, venue brave-1 
ment pour partager sa prison. Lui et ses frères ne I 
s’occupaient point de politique. Le prince Palei,! 
âgé de dix-sept ans, était déjà un poète remarqua-! 
bïe. Qu’avaient-ils fait pour mériter la mort, tous J 
ces jeunes gens? Rien. Mais le sang des Romanof,! 
coulant dans leurs veines, fut leur condamnation.! 
Le gérant Fedor Mikhailovitch Remès partageait! 
leur sort. 

Le programme approuvé par Yankel Sverdlofl 
pour l’assassinat de la Famille fut appliqué avec I 
uelaues modifications à Alapaievsk. Je cite ici une ! 
es dépositions d’Ekaterinebourg. Au moment où § 


I les souverains quittaient Tobolsk, la « présidence » 

I du Soviet ouranen discutait sur leur sort. Entre au- 
[ tre, il fut question de faire dérailler le train, puis 
I faire croire que le sinistre était le résultat d une ten- 
itative de fuite. Cette idée, rejetée alors, fut reprise 
isous une autre forme afin de se débarrasser des pri¬ 
sonniers d’Alapaievsk. 

Dans la nuit du 17 au 18 juillet 1918, on vint 
L les éveiller en leur disant que les Tchéquo-Slova- 

I ques s’approchaient de la ville. Des voitures de 
paysans attendaient à la porte. On expliqua que 
c’était pour aller à l’usine Siniatchikhine, où ils se¬ 
raient à l’abri. Sans se douter de leur sort, les pri- 
I sonniers s’habillèrent et se mirent en voiture. 

| A douze verstes de la ville la route traverse une 
I forêt renfermant des puits déminé — ancienne ex- 
! ploitation de fer — comme celle de Verkh-Issetsk. 
| Ici le convoi s’arrêta. Les prisonniers, sans dé¬ 
pense, furent massacrés à coups de massue. Leur 
l’agonie fut lente. Serge Mikhailovitch fut achevé 
K par un coup de revolver dans la tête. 

Ij Ensuite les cadavres furent traînés dans le bois 
| et jetés dans un puits. On y lança une bombe afin 
|[d’en démolir les parois. Sans doute, les assassins, 
| entendant l’explosion, s’imaginèrent que toutes 
■traces de leur crime avaient disparu. 

[ A l’école, toute une représentation fut mise en 
llcène. Brusquement la ville s’éveilla au bruit d’une 
wéritable bataille qui se livrait autour de l’enclos. 
I La fusillade, préparée dès la veille, passa pour une 
Kttaquo des « blancs », s’emparant de l’école et 
■ emportant avec eux les prisonniers. 

F En guise de 4 preuve », on avait sorti un pay- 
■ san de la prison, on l’avait tué et glissé son cada- 
■ vre dans le bâtiment. Ce paysan assassiné représen- 
I tait aux yeux des habitants crédules le corps d un 
■ garde blanc ennemi. Tout le pays croyait ferme- 




















122 


LES DE EMEUS JOURS DES ROMANOF 


ment à la légende affichée dans la ville que les] 
princes avaient été enlevés par les blancs. Les Sol 
viets mêmes furent aussi trompes, selon l'habitude! 

La princesse Elena de Serbie, transférée de là 
prison d’Ekaterinebourg à celle de Perm, consenf 
lait à rentrer dans son pays, persuadée que soij 
mari était sauf. 

Le 28 septembre 1918, Alapaievsk étant occu¬ 
pée par les « blancs », on découvrit, grâce au coi 
cours des habitants, les cadavres des supplicié* 
au nombre do huit. Les cercueils contenant les rei 
tes des Grands-Ducs furent transférés à la cathi 
drale russe à Pékin. Le corps de la Grande-Di* 
chesse a été enseveli par les soins de sa sœur, 1< 
marquise de Milford Haven, à Jérusalem. L 

Le crime d’Alapaievsk, organisé sous les auspi¬ 
ces de Sverdlof, fut exécuté par les commissaires d( 
l’endroit, le commissaire de « justice » en tête, soui» 
la surveillance personnelle de Beloborodof, venu k 
Perm aussitôt après le crime d’Ekaterinebourg. 

Six mois après la boucherie d’Ekaterinebourg, | 
le massacre d’Alapaievsk se renouvela à Pétrograd 
Les victimes celle fois-ci furent les Grands-Duc 
Paul Alexondrovitch, Dmitri Konstantinovitch 
Nicolas Mikhailovitch et Georges Mikhailovitch,. 

Enfermés dans la forteresse de SS. Pierre et 
Paul, ils furent tous tués à coups de revolver le ■ 
27 janvier 1919. Les bourreaux furent des « gar* 
des rouges ». 

Peut-être connaîtra-t-on les dessous de cette tue-i 
rie un jour. Les victimes périrent sans jugement, i 
et même sans aucune accusation portée contre eux.] 
Les apparences rappellent l’œuvre de YankelSverd- 1 
lof, alors encore dans toute sa puissance, mais déjà I 
près de sa fin. 



CHAPITRE XIV 

FIDÈLES JUSQU’A LA MORT 


coupables d’avoir loyalement servi leurs souve¬ 
rains et maîtres, plusieurs membres de la suite et 
^elques domestiques se morfondaient en prison à 
pikaterinebourg. La plupart sont morts suppliciés, 
d autres succombèrent aux suites de leur détention, 
p seul est resté vivant, le valet de chambre Volkof. 

I La jeune comtesse Anastasie-Vasilievna Hendn- 
kova, demoiselle d’honneur de 1* Impératrice qui l’ap- 
Çjlait affectueusement « Nastinka », mérite une place 
part. Ses papiers, sauvés par hasard, se trouvent 
ms le dossier. Je les ai lus, notamment les lettres 
ne lui écrivait la Tsarine. 

■ Elle se révèle dans ces documents une jeune fille 
d’une piété extraordinaire, d’une abnégation sans 
■^rne. Les Russes, presque toujours extrêmes, re¬ 
lient de ces caractères d’une bonté, d un charme 
lirhumains. 

- J'ai parlé des poèmes quelle composa vers la fin 
Ide son emprisonnement à Tobolsk. Voici une tra¬ 
duction en prose d’une de ces compositions : 

Accorde-nous la patience. Seigneur, d’endurer la 
JLi n e populaire, les supplices de nos bourreaux dans 
loc* jours de ténèbres et de violence. 

• Donne-nous la force, Dieu de miséricorde, de par- 










124 


US JOURS DES ROMAXOF 


FIDÈLES JUSQU’A 




croix lourde efiTnsTmrlaniX. P erse cute, et de porterftdeMl venait d’être transféré à l’hôpital. Le de- 
, Et lors ^ di ™<5 (ordre dans les prisons rouges fut tel qu’on ne 

dépouillés par „o S ennemis à .ntnl.vT",. 6 ’ !" d ?: n( i i retrouva pas. Sauvé par les blancs, h 1 occupa 


Seigneur du monde. Dieu de r„„; . * . 

pnere, apaise nos âmes -, j’k PIlr<l *{ ?. rs ’ bénis nod 

1 ' ao seail môm (ill , T° terri» 

vi leurs la force ^urhumn^^ 11 ’ ,ns P ,r e à tes al 
leurs ennemis. e P rier Sucement j.oJ 


de!-Shess q e U s Cl el U d e : Gr 4 

personnes qui .vaientS L S ^‘ ennebou ^. I 
laissées à la <r ar? k, > . , ,. s s °uverams fuiej 
faisaient Je i&£ G ° ,0chtcbek ‘ ne et Yourovski | 

sî^ïmm 

quand même.... mourir. ’ ' Vleil,e - E| le partie 

t.. A i. l XZ?rêXKZ'i ci ‘ < “,P 1 “ !”"• >-»l 

MM.IiilliardetGibbes la baro ^p 1 e ® 1 -H y avait 
femmes de chambre Ersber- et Toule! I h Xh0e n en il 
mères rendirent plus tard de k '’ g ' Cesder ‘ 

truction en fixant l’ dentitf/ ^ Serv,ces à l in H 

Le prince D Xrouki en f 6068 ^ convicti o»v 
l'arrivée du Tsar fut sidvi r,?? 11 pnson Iors d « 
chef, par le valet* d* nh , P ar J e comte Taticht- 

renti TchemodLof. pt^e valet dfT'T H 
1 Impératrice Alexis VnlL^r 1 d cham bre de. I 

Xagorny. Golochtchekine les trouvait^ 
brants ; on sait pourquoi. ‘ tro P encorajj 


[retrouva pas.- 

Son de la ville, il a surv 


Sauvé par ica uiautc, « - —■ 

v écu très peu de temps, suc- 


tombant t la tuberculose. 

■Dolgorouki fut fusillé dans les bois près de la 
K|leu ainsi que le prouve son cadavre, retrouvé et 
Hentitié. Tatichtchef fut emmené de la prison 
■Ekaterinebourg pour partager le sort de son ami. 
■Lors de l'évacuation de la ville, les autres pn- 
furent p-médiés à Perm. Leur départ eut 
la mort de la Famille, 




Lors de 1 évacuation ue iu vmc, r . 

—miniers furent expédiés à Perm. Leur départ e 
lieu le 40, trois jours après la mort de la Famille, 
ijont ils ignoraient complètement le sort tragique. 

I Dans la prison de Perm, ils se trouvaient avec la 
fcrincesse Elena de Serbie (jusqu'à son départ) et 
îvec M“ # Znamerovskaia, détenue après la mort de 

[son mari supplicié. ..,11 

■ La nuit du 4 au 3 septembre, on réveilla la corn¬ 
asse Hendrikova, M lu Chneider, Znamerovs-* 
Lia et Volkof. On leur dit d’emporter leurs effets, 
soi-disant pour prendre le train à la gare. Mais la 
route, longue et pénible, les amena en rase campa¬ 
gne. Ils comprirent. . . f 

f Au moment où le cortège s engagea dans la fo- 
Bt Volkof prit la fuite. Les mercenaires lettons, 
trop occupés à se partager les sacs des malheureuses 
femmes, tirent feu maladroitement. Volkof échappa 
et après quarante-trois jours, errant dans les bois, 

arriva chez les blancs. . #. 

Le corps de M u * Hendrikova fut retrouve, ainsi 
que celui de M“* Chneider. J’ai assisté à l’enterre¬ 
ment de ces victimes à Perm à côté du général 

^Le^râne de la charmante demoiselle d’honneur 
avait été fracassé à coups de crosse. 























CHAPITRE XV 

LES CHACALS 


Les grands rapaces du Soviet créaient de l’occi 
pation pour d'autres, de moindre envergure. 0 
chacals prirent part à l'atîaire Romanof, a\ant 
après le crime d'Ekaterinebourg. Je ne citerai qj 
les cas importants. 

D'abord, le rôle de Boris Solovief. Officier da 
un régiment connu, il fut attaché, juste avant 
révolution, au 2“ mitrailleurs, devenu ensuite cé 
bre par les services rendus aux rouges. j 

Dès le commencement de la révolution, Solovk 
se trouve au palais de la Tauride, aide de camp q 
o-énéral Potapof, président notoire de la sectioi 
militaire du comité de la Douma. L'œuvre néfast 
accomplie par ce général, préoccupé, semblait-! 
de désorganiser au plus vite l’armée et l’autonl 
russes, est assez connue. 

Quelques mois plus tard, Solovief, redevenu mi 
narchiste fervent, épouse Matrena Raspoutina, 
de feu le « saint ». Ce fut eu septembre, quin 
jours à peine après le départ de la Famille imi 
riale pour Tobolsk. Etrange coïncidence, le jeu, 
couple part en voyage de noces à la suite des exiléi 
Descendus chez la veuve de Raspoutine, à P< 
krovskoic, le beau fils établit bientôt son quartifl- 
général à Tiumen, endroit commode pour surveille! 
tous les allants et venants de Tobolsk. 


LES eu AC ALS __L 

I SolovW ... ZZ Z vbte. "J"- 

Lieuses il la ville des Roman t . arrêtés 

d< p " 

sa faute, dénonces r ° U J[ enls 7 0 n ne saurait en 
| Que signifient ces ag , Dr otection sûre. U 
douter, Solovief jouissait d u P allemand, 

est constaté, effectivement, q- lier ^ ^ 

*—5*5ÏE‘i5Ct -ni., p'°- 

TÔbS i »,« a., w- 

très. De qui ? On comprend Y akovlef à To- 

[ Quinze jours avant 1 arr ^ Tsarevitch 

bolsk, Solovief savait. qi C’est prouvé par 

Epiaient être emmenés à Moscou. 

‘des documents. 


1 > Incris il Tiumen fut un autre 
Son compagnon de 1( V Le - our m ême çù 

oflicier, dont le nom es ^ direct i 0 n d'Ekate- 

lc Tsar traversa Tiun*en d Voxiest , On le vit 

rinebourg, cet.officier p Là, il déclara la 

bientôt à K,ef ’ ? US ™ 'trairement aux renseigne-^ 
■ Famille « sauvée », • i-exécution » des Ro- 

Inients préalables annonçant « 1 exécuti 

Tmanof. Tiumen iusqu’au départ de toute 

Solovief resta à Tiumen j q vers l’est, fal¬ 
lu Famille. Son rôleJ.m, f ladivoslok . Soko- 

1 saut la navette entre w ^ T\»v.;ia L inter- 

^ m «..ùiar avec sa 


fommfi à 








128 


LES DERXIERS JOURS DES ROMANOF 


rogatoire de ces personnages donnait déjà del 
précieuses indications. Sokolof comptait en tire 
encore ; mais la favorite de l’ataman Semenof le 
fit libérer. Sokolof se résigna devant la force bm 
taie. Semenof, aveugle, laissa faire. 

L'adjoint de Pankratof, un officier du nom de] 
Nikolski, laissa un triste souvenir aux prisonniers! 
de Tobolsk. Plus tard, il devint chef du bureau de 
renseignements du général Gaida, après avoir éti»» 
président du Soviet h Tobolsk. Son rôle nouveau! 
fut « d’informer » les soldats au front sur les buts] 
de guerre poursuivis par les « blancs » contre les! 
« rouges ». Singulière nomination ! 

Nikolski passa de nouveau aux rouges — c’était 
à prévoir — fut pris et fusillé. 

Le général Gaida lui-même montra d'étrange— 
dispositions. On se rappellera sa réquisition du 
local où les Romanof venaient d’être suppliciés. Lai 
justice lui représenta l'inconvenance de sa démar- j 
che. Enfin, cédant devant la force armée, les magis-| 
trats se sont retirés, en dressant procès-verbal, F 

Lors de ma première visite à la maison Ipatief , 
(avril 1919), l'étage, jadis occupé par les Romanof, 
était encore affecté au service de l’état-major du 
général tchèque, passé à l’armée russe. Gaida 
n’était plus dans la chambre du Tsar ; il occupait 
à lui seul une grande maison en ville ; mais ses I 
hommes, s’inspirant de son exemple, se moquaient 
ouvertement des magistrats, dégradaient les cham¬ 
bres, arrachaient les tentures, etc. 

Par ordre de l’amiral Koltchak, cette ignoble j 
plaisanterie prit fin. 

Les ministres de Koltchak, recrutés parmi les 
socialistes-révolutionnaires du Directoire, se sou¬ 
ciant fort peu de la monarchie, mettaient sur I 
l’œuvre de l’instruction judiciaire l'empreinte de 


LES CHACALS 


129 


--- - -- . 

[leurs tendances politiques 1 . Le ministre de la jus- 
Hce, ancien avocat à Pétrograd, déporté en Sibérie, 
Bga sur la direction de l'enquête. 11 1 a you® P ar 
[écrit. Voici ses déclarations, faites à 1 Alliance 
Israélite : 

I M. Starinkevitch, en émettant l’opinion que les mi¬ 
litaires russes furent persuadés de la complicité des 
» Juifs, déclara qu’il dut combattre ce point de vue, car 
Kg données de l’enquête préliminaire démontraient 
ïabsence complète de l’élément juif. Mais, les mi i- 
! taircs ayant insisté, le ministre dut reprendre 1 ins¬ 
truction des mains de Sergueief pour la conher a un 
! autre... Toutefois le nouveau juge d’instruction, «--A. 
[Sokolof, ne put non plus trouver la preuve d une com- 
Eiicité des Juifs. 

[ « La complicité des Juifs » dans 1 affaire, étant 
notoire dès le commencement, les objections con¬ 
tre Sergueief, dont le père fut Juif, auraient, certes, 
choqué un ministre impartial. 

| Quant aux déclarations de ce « ministre » con¬ 
cernant les données de l’enquête préliminaire je 
cite ici un extrait du dossier de M. Sergueief lui- 
même : 

I Très secret. A M. le membre du tribunal d hkate- 
rinebourg l. A. Sergueief, de la part de l’agent X..., 
du service de la Sûreté. En remettant ci-apres 1 ordre 
du *2t» novembre, n° 49, au sujet de l’affaire de 1 assas¬ 
sinat de l’empereur Nicolas II, il résulte d apres les 
renseignements recueillis par moi en exécutant ordre 
sus-cité, que..., quant à l’identité de Yourovski, lecom- 
mandant de la maison Ipatief, c’est un Juif, bourgeois 
mnechtchanine) de Kainsk, province de Tomsk, horlo¬ 
ger propriétaire d’un établissement de photographies, 
établi à Ekatennebourg depuis cinq ans, habitant le 
n <> (j, Perva;a Beregovaia, avec sa femme Maria Yako- 

I |. Voir p. 14, 15. 


y 
















130 


I r:s bbumehs joues des hom.wof- 


Alexandre ^ot*FifpÀ S ' lutl î érie,,n . e ’ ses enfants : RebeJ 
el Eugène et sa mère Enta (Estherl \fnî 
seicya, Juive, soixante et un ans 'foule ht r» m 'i| j 

» VTSStSS S.^™| 

quête" 1 ? beS ° in ^ rappeler ,CS autres noras ^ le J 

Sokolof, nommé sur les instances de KolUhaJ 
e complot ourdi au ministère de la « justice » j 
Omsk, devint plus agressif. Au mois de mars l'tl'll 
k journa! Zona (Aube) publia le résumé du d!J 
sier y compris le rapport ultra-conlidentiel de SoJ 
kolof sur l'enquête ultérieure. I 

« Koll f chak . outré, se renseigna. Celle 

indiscrétion » fut reconnue comme œuvre de troll 

C rS 69 ° f i CI , e,s ’ d0Ilt Starinkevitch et NovS 

kol rédacteur de la Z aria, organe, il faut ajouter I 
lu parti socialiste-révolutionnaire. Novikoi était! 
procureur du Sénat à Omsk, ce qui équivaut en) 
France il la cour de Cassation 1 q aUt en. 

loi^raTÜil'f 011 ,’ 0 " Z® coni P rent lra, donnait tout 
oisir aux Bolcheviks de prendre leurs « précau- I 

tions » en supprimant les témoins gênants 1 etc 
Jamais un juge d’instruction ne s’était vu trahi 
p us cyniquement par ses chefs. Je puis certifier 
que ce même ministère refusa à Sokolof l’argent 
indispensable pour sa subsistance. Bref, rien ne^fut 
négligé pour faire avorter l’enquête. Plus tard la 
nn-me association, réfugiée en France, tenta vaiJ 
nement, de détruire l’œuvre de la justice. < En iisantl 
la composition du parti socialiste-révolutionnaire au * 

P Ne h î^ n ChaP ‘ tre - 0n tom P rendr u les dessous.) | 

doss^donî e”” te -, ter . ,eS prCUVeS conc ’luantes du 
dossier, dont ce récit s inspire, ils cherchèrent en 

sito7rè ni V 1 1 aUlCUr ’ à atlénuer la l’-'ée du ré .ub 
sitoire. Vaines manœuvres. 1 


CHAPITRE XVI 


L'AUTOCRATIE ROUGE 


Il est prouvé que le Soviet d’Ekaterinebourg ne 
savait pas ee que faisaient les hommes de la bou¬ 
cherie : Yourovski, Golochtchekine — agents de 
Sverdlof— et leurs comparses : Volkof, Safarof et 
Svromolotof ; le « président » russe Beloborodof 
agissait sous les ordres de Golochtchekine. 

.l'ai cité les noms des membres du Soviet d’Eka- 
terinebourg (p. 105). D’apparence, la majorité est 
russe, et, contrairement à la règle de la Soviétie, 
elle le fut vraiment. Les habitants de l'Oural n’au¬ 
raient pas toléré une organisation ouvertement 
juive. Mais, on le sait, ce Soviet ne fut qu’un si¬ 
mulacre ; l’autorité restait entre les mains des 
hommes de Sverdlof. 

Le dossier contient une documentation extrême¬ 
ment précise sur les agissements des personnes sus¬ 
nommées. Us organisèrent une véritable usine pour 
la fabrication de faux, établissant de prétendus 
complots pour la fuite du Tsar. On y trouve des 
brouillons de lettres, soi-disant échangées entre Ni¬ 
colas et des officiers blancs, etc. 

Des correspondants de journaux américains, venus 
à Ekaterinobourg « enquêter ». rapportèrent des 
histoires fantaisistes, racontées par les agents 
rouges, -à propos d’aéroplanes mystérieusement 





132 


LES DE HAIE IIS JÜU11S DES HO MA AO F 


venu sauver le Tsar, de serviteurs entrés dans la | 
maison lpaticf, afin d'aider à la fuite... 

L’organe du Soviet de Moscou donna le signa 
à toute celte campagne de mensonges le 4 mai l 
1U18, en parlant d’un complot blanc pour délivrer 
le Tsar, ajoutant que toutes les inquiétudes étaient 
vaines, puiscjue le Soviet de l'Oural s’occupait de] 
la garde du Tsar. (Voir la lin de ce chapitre.) 

Les conversations entre la « présidence » du j 
Soviet ouralien et le chef à Moscou eurent lieu! 
quelquefois par le fil direct. La perquisition faite F 
au télégraphe d’Ekaterinebourg donna des résul¬ 
tats inespérés. Soit par négligence, soit par l’en¬ 
tremise d’employés anti-bolchevistes, le dossier 
s’enrichit de précieux documents. En voici un 

Sverdlof parle d’un côté, Beloborodof de l’autreJ 

Sverdlof. — Quoi de nouveau chez vous ? 

Bi-iloiiohouop. — La situation sur le front est mieux j 
qu’on ne pensait hier ; il est reconnu que l’ennemi,j 
dénudant fes autres secteurs, lance toutes ses forcuT 
sur Ekaterinebourg. 

Sverdlof. — Pourrez-vous tenir longtemps ? 

Bblühorodof. — Difficile à dire. Nous prenons le* j 
mesures pour nous maintenir. Tout le superflu a été j 
évacué. Hier est parti le courrier avec les il ni miiiifl j 
auxquels vous vous intéressez. Faites savoir la décil 
sion du C. C. E. ; et pouvons-nous maintenant informe* 
les habitants au moyen du texte que vous connaisse* 

Suui.u.K. A L n union de la présidence du C. C.ÈjJ 

le l s . il fui résolu de ivconnnitiv la décision du Sovie® 
ouralien comme régulière. Vous pouvez publier votre] 
texte. Je ferai de suite transmettre le texte exact de ] 
notre publication... 

Inutile de le reproduire, car c’cst le texte du j 
radio boicheviste publié par les journaux françi 
le 22 juillet, cité déjà dans ce livre (p. 102). 


VAUTOCRATIE nOUGE 


133 


Le lecteur appréciera le caractère et le contenu 
de cette conversation par fil direct. Elle eut lieu 
: évidemment le 10 juillet. On se rappelle, les habi¬ 
tants furent « informés » le 20, Sverdlof ayant 
donné sa permission. On le voit, Sverdlof com- 
| mande... 

J’ai entre les mains les télégrammes échangés 
i par les puissances juives de l’Oural et de Moscou. 
ILa plupart sont chiffrés, portant l’adresse de Gor- 
I bouiiuf, secrétaire de Lénine, charge du service du 
chiffre. Sans révéler le contenu de ces communi¬ 
cations, je puis seulement dire qu’elles confirment 
en tous points le récit du crime d’Ekaterinebourg. 
Du reste le document qui va suivre est assez caté¬ 
gorique, indiquant que l’exécution fut décidée à 
Moscou déjà le 4 juillet de la façon et par les per¬ 
sonnes connues du lecteur. 

[ Sverdlof envoie l’ordre à ses affiliés de rendre 
compte de la situation et de lui envoyer une per¬ 
sonne de confiance pour recevoir ses instructions 
de vive voix. Golochlchekine est déjà à Moscou. 
[ Il a éveillé les inquiétudes au sujet de la garde 
russe, devenue sympathique aux Romanof : 


Moscou. Au président du C. C. E. Sverdlof 
pour Golochlchekine. 

I Syromolotof justement parti pour organiser affaire 
[conformément aux directives du centre. Inquiétudes 
vaines. Avdeier renvoyé. Son adjoint Mochkine arrêté. 
Vourovski remplace Avdeief. Garde intérieure toute 
relevée, remplacée par d’autres gens 4558. 

Bkloborodof. — 4. VII. 


L Syromolotoi apporta les instructions de Sver¬ 
dlof. Yourovski se mit aussitôt à la besogne, en 















LA DÉPÊCHE D’EKATERINEUOUnG 


VII! 







U A U TOC RA TIE ROUGE 


435 


attendant le retour de Golochtchekine. Les Russes 
I étaient déjà remplacés par des bourreaux magyars. 
F A Moscou Sverdlof continua ses rapports avec 
Mirbach encore quelques jours. L'ambassadeur al- 
llemand fut assassiné le 7 juillet. 

\ L autocratie rouge au temps de l’assassinat des 
I Romanof se composait entièrement de Juifs,^ à l’ex- 
I ception seule de Lénine, de son vrai nom Vladimir 
Oulianof, bourgeois annobli de Simbirsk. Seul un 
Russe aurait été capable d’une imagination si des¬ 
tructrice ; seuls des Juifs auraient pu réaliser son 
[ plan de bouleversement universel. Mais la concep- 
I tion de Lénine n’avait d’autre but qu’une utopie, 
[tandis que les activités sémites poursuivaient un 
but réel : l’accaparement de la Russie, 
i En ceci, ils continuaient la tradition, un moment 
I .compromise par la guerre, d’intermédiaires entre 
l’Allemagne et la Russie. En dépit des différends, 
plutôt superficiels, séparant le Juif bourgeois du 
[ Juif bolchevistc, le plan poursuivi par Sverdlof de 
I concert avec le kaiserisme lut exactement pareil au 
: plan de l’Allemagne républicaine intimement liée 
à l’autocratie rouge actuelle ; la débâcle écono- 
! inique du monde, permettant aux Allemands de 
liquider leurs dettes, tout en renforçant leur main- 
| mise sur la Russie. «c L’américanisme » des Trotski 
en lutte d’abord avec le « germanisme » des Sver- 
i dlof s’v rallia après le désaveu, trop tardif, du 
lïégime rouge par le gouvernement wilsonien. 

F Le résumé des fonctionnaires soviétistes, termi¬ 
nant le chapitre II, indique la participation de 15 Al- 
llemands. Ces représentants, partagés habilement 
dans différents services — sans compter les militaires 
dans l’armée rouge — assuraient une liaison par¬ 
faite, fonctionnant toujours malgré les événements 
I extérieurs. 












136 


LES DERNIERS JOURS DES ROMANOF 


L'AUTOCRATIE ROUGE 


137 


C'est dans le Comité central du parti des Bol¬ 
cheviks que le pouvoir du régime se trouve ; or 
voici sa composition en 1918: 

Bronstein (Trotski), Apfelbaum (Zinovief), 
Lourie (Larine), Ouritski, Volodarski, Rosen- 
feldt (Kamenef), Smidovitch, Sverdlof (Yankel), 

Nakhamkes (Steklof). Juifs .9 

Oulianof (Lénine), Krvlenko, Lounatcharski. 
liasses . 3 

~ïi 


guerre et marine, Juif ; Lânder, contrôle d’Etat, 
Juif ; Kauffman, domaines, Juif ; V. Schmidt, tra¬ 
vail, Juif; E. Lilina ( Knigissen), assistance. Juive ; 
i Spitzberg, cultes, Juif ; Apfelbaum (Zinovief), in- 
■ térieur, Juif ; Anvelt, hygiène, Juif ; Isidore Gou- 
kovski, finances, Juif; Volodarski, presse, Juif; 
Ouritski, élections, Juif ; I. Steinberg, justice, 
Juif ; Fenigstein, réfugiés, Juif ; Savitch et Zas- 
lavski, ses adjoints, Juifs. Sur 22 membres, 3 Rus¬ 
ses, 1 Géorgien, 1 Arménien, 17 Juifs. 


Les autres partis socialistes « russes » sont dans 
le même cas. Voici leurs comités centraux : S. D. 
mencheviks, 11 membres, tous Juifs ; Communiai 
tes du peuple, 0 membres, dont 5 Juifs, 1 Russe W 
S. R. (droite), 15 membres, dont 13 Juifs, 2 Rus-J 
ses (Kerenski — à moins qu’il* ne soit d’originJ 
juive — et Tchaikovski) ; S. R. (gauche), 12 mem¬ 
bres,dont 10 Juifs, 2 Russes ;Comité des anarchistes 
de Moscou, 5 membres, dont 4 Juifs, 1 Russe ;j ■ ■ 
parti de la Commune polonaise, 12 membres, tous! 
Juifs, y compris Sobelson (Radek), Krokhmal 
gorski) et Schwartz (Goltz). 

Ces partis, soi-disant d’opposition, travaille!» 
plus ou moins sournoisement avec les Bolcheviks,] 
en empêchant les Russes de se reprendre. Sur 
01 individus h la tête de ces partis il y a 0 Rus-] 
ses, 55 Juifs. N’importe l’étiquette, un gouverne-;] 
ment révolutionnaire sera juif. 

Voici le Conseil des commissaires du peuple : 1 

Oulianof (Lénine), président, Russe; Tchitche-J 
rine, affaires étrangères, Russe ; Lounatcharsk» 
instruction publique. Russe ; Djougachvili, n.Uionaï 
lités, Géorgien ; Protian, agriculture, Arménie^B 
Lourie (Larine), conseil économique, Juif ; Schlil 
chter, ravitaillement, Juif ; Bronstein (Trotskw 


I Voici le Comité central exécutif : 

1 Y. Sverdlof, président, Juif ; Avanessof, secré¬ 
taire, Arménien ; Bruno, Letton ; Breslau, Letton ; 
Babtchinski, Juif ; Boukharine, Russe ; Weinberg, 
Juif; Gailiss, Juif; Ganzburg, Juif; Danichevski, 
Juif ; Starck, Allemand ; Sachs, Juif ; Scheinmanq, 
Juif; Erdling, Juif ; Landaucr, Juif ; Linder, Juif; 
Wolach, Tchèque ; Dimanstein, Juif ; Encukidze, 
Géorgien ; Ermenn, Juif; loffe, Juif; Karkhlinc, 
Juif; Knigissen, Juif ; Rosenfeldt (Kamenef), Juif; 
Apfelbaum (Zinovief), Juif ; Krvlenko, Russe; Kras- 
sikof, Juif; Kapnik, Juif ; Kaoul, Letton ; Oulianof 
(Lénine), Russe ; Latsis, Juif ; Lânder, Juif ; Lou¬ 
natcharski, Russe ; Peterson, Letton ; Peters, Let¬ 
ton ; Roudzoutas, Juif ; Rosine, Juif; Smidovitch, 
Juif ; Stoutchka, Letton ; Smiltcha, Juif ; Nakham¬ 
kes (Steklof), Juif ; Sosnovski, Juif ; Skrytnik, 
Juif ; Bronstein (Trotski), Juif; Teodorovitch, Juif ; 
Terian, Arménien ; Ouritski, Juif ; Telechkiae, 
Busse; Feldmann, Juif; Froumkine, Juif; Sou- 
riupa, Oukrainien ; Tchavtchevadze, Géorgien ; 
Scheikmann, Juif ; Rosental, Juif ; Achkinazi, 
lmeretien ; Karakhane, Karaïme ; Rose, Juif ; So¬ 
belson (Radek), Juif; Schlichter, Juif; Schikolini, 
Juif; Chklianski, Juif; Levine (Pravdine), Juif, 
52 membres, dont 5 Russes, G Lettons, 2 Aile- 


















138 


LES DERNIERS JOURS DES ROMANOF 


mands, 1 Tchèque, 2 Arméniens, 2 Géorgiens,, 

1 Imeretien, 1 Karaïme, 1 Oukrainien , 41 Juifs. 

Voici les membres de la Commission extraordi^ 
naire de Moscou : 

Dzerjinski, président, Polonais ; Peters, viceJ 
président, Letton ; Chklovski, Juif ; Zeistine, Juif 1 
Razmirovitch, Juif ; Kronberg, Juif ; KhaikinaJ 
Juive ; Karlson, Letton ; Schaumann, Letton 1 
Leontovitch, Juif; Rivkine, Juif ; Antonof, Russe I 
Delafabre, Juif ; Tsitkinc, Juif ; Roskirovitch, Juif;J 
G. Sverdlof (frère du président), Juif ; Biesenski, j 
Juif ; Glioumkine (meurtrier du comte Mirbach) t | 
Juif ; Alexandrovitch (complice du précédent),] 
Russe ; 1. Model, Juif ; Routenberg, Juif ; PinesJ 
Juif; Sachs, Juif; Jacob Goldine, Juif; Galpers-j 
tein, Juif; Kniggisen, Juif; Latzis, Letton ; Day-1 
bol, Letton ; Saissoune Arménien ; Deylkenen, j 
Letton ; Liebert, Juif ; Vogel. Allemand ; Zakisfl 
Letton ; Schillenkuss, Juif ; Janson, Letton ; Khei-J 
fiss, Juif. En tout 36, dont 1 Polonais, 1 Allemand, | 
1 Arménien, 2 Russes, 8 Lettons, 23 Juifs. 

Qu’on ne s'étonne plus de la complicité juive I 
dans l’assassinat de la famille Romanof. L’absence ] 
de cette complicité aurait été bien plus étonnante. 1 

(Voyez aux pages 253, 269, 279, les allusions des I 
régicides aux bruits tendencieux qui circulaient : l’Au-l 
tocratie Rouge savait répandre les fausses nouvelles 1 
pour pouvoir « travailler » à sa guise. Aux pages 1051 
et 121 on a vu comment les Soviets eux-mêmes lurent! 
trompés.) 


IX 


LE ' GOUVERNEMENT CENTRAL DES SOVIETS 

EN 1918. L'ANNÉE DE L’ASSASSINAT 
Au en» : Lénine ; à g.ucht : Tiotski ; à dtoilt : Svetdlol. 





BREST-LITOVSK 



Assis à droite, les plénipotentiaires " russes 
(Deux Juifs. un Arménien.) 














Chambre des commiiMirci Juils * I’cnh omcc d'inscription» en hébreu, acclamant la Troisième Internationale 

d !~^ > ♦‘"“V • 1 K-rl M».« «•« bvcidlol (/ 3 /mWo prixr opri-t firumo? —Tf Jr» Hmkmk/). Dam 


I 


CHAPITRE XVII 

ÉPILOGUE 


Dans la chambre où elle vécut ses derniers jours, 
la Tsarine dessina, dès son arrivée, un signe de 
‘ onne chance, la swastika, en v ajoutant la date, 
17-30 avril : 


Depuis son initiation aux sciences occultes, elle 
isait ainsi en entrant dans une nouvelle demeure, 
ela nous permet de confirmer l’exactitude de l’en- 
uête. Hélas, la bonne chance ainsi invoquée lui 
apporta seulement la consolation de mourir avec 
les siens ! 

J Gaida et ses soldats n’avaient pas remarqué 
cette inscription à peu près dissimulée par l’enca- 
‘ ement de la fenêtre, ainsi elle fut épargnée. 


Dans la chambre basse, non loin de Inscrip¬ 
tion en allemand d’après le poète juif, une main 












140 


UCS DE H ME ns JOUES DES ROMANOF 


habile, énergique, traça, aussitôt après la bouch 
rie, des signes cabalistiques, ainsi : 





suivi de plusieurs groupes de chiffres, peut-êtr» 
en code (voici ces groupes: 24678 ; 1918 ; 87888J 
148467878). 1 

Le lecteur initié comprendra, peut-être. _ 

Sur le mnr de la maison, près du poste de rni-^, 
trailleuse, en haut de la terrasse, un des « Lettons J 
griffonna les mots : 



ce qui veut dire, en langue magyare : « Andfi 
Verhas fut de garde. » La date est‘la veille mêmi 
de la boucherie. J’ai lu cette inscription, j'ai la ph^ 
tographie prise sur place. Les assassins « lettons 1 
étaient, donc, des Magyars. 


ÉPILOGUE 


141 


I On trouva dans le ventilateur des water-closets 
(im petit code que le Tsar gardait précieusement, 
tomme cadeau de sa fiancée. Ce livre minuscule 
■portait, écrit delà main de la Tsarine : « A mon cher 
Bîickv pour son précieux usage, lorsqu'il est loin 
■de sa petite Alix. Osborn, juillet 1894. » 

K Nicolas l'avait caché par crainte des fouilles, es¬ 
pérant peut-être le reprendre quelque jour. 

I Aussitôt après l'assassinat de la Famille, le 

■ gouvernement rouge confisqua, par édit, toutes les 
possessions des Romanof. Les banques en Russie 
Pétant « nationalisées », autrement dit, accaparées 
■par les Bolcheviks — les banques à l'étranger 

■ ayant par son ordre, placé tout 1 avoir du Tsar en 

■ bons des emprunts de guerre russes, les mem¬ 
bres de la Famille encore survivants restaient sans 

■ ressources autres que la valeur des reliques sau- 
■vées par les soins de l'amiral Ivoltchak et renvoyées 

■ en Europe. 

F L’édit avait un but plus réel : de « légitimer » 
I le vol des bijoux pris sur les Romanof et les au- 
lires, déjà « nationalisés » par le gouvernement des 
■Soviets. 

| Les missions rouges en Europe passaient dans 
I leurs bagages une quantité immense d objets volés 

■ aux Russes. La propagande bolcheviste fut payée 
I de cette manière. 


F Des régicides, plusieurs sont déjà morts. * 

[ Medvedef succomba en prison du typhus qui fai— 

[ sait rage en Sibérie, le 14 majra 1919. 

[Vaganof, reconnu par les paysans lors de la 
I fuite des rouges, fut mis à mort sur place sans 
donner au juge d'instruction le moyen de l’inter- 
IrogcT. Yourovski revint, parait-il, à Ekaterinebourg 
j auprès de sa vieille mère, que le juge avait fait 








142 


LES l)EJt.X [EUS JOE RS DES HOMAXOF 


ÉPILOGUE 


143 


libérer. On raconte (jue l’assassin en chef servit apri 
en qualité de commissaire d’assurances —plaisant 
rie macabre des érfiules de Lénine et de Sverd] 

Yankel Sverdlof agent de l’Allemagne, tsar roi 
et organisateur de l’œuvre d’assassinat, fut | 
même tué. Voici comment. Les ouvriers des ua 
Morosof à Moscou se montrèrent rebelles à l’aul 
rite du régime. Ce fut au commencement de l’j 
née 1919. Accompagné d’autres commissaires,Sv< 
dlof s’y rendit afin de soumettre ces andaciej 
coupables de ne pas approuver le système de ti 
vail sans pain. 

Sverdlof fut brusquement attaqué par les ou¬ 
vriers, et lorsque le secours arriva, il était déf 
mortellement atteint, succombant bientôt après 
une commotion cérébrale. 

On supprima la vérité. Officiellement, Sverdlojj 
mourut de l’inflammation des poumons, contrai 
tée au cours de son service « héroïque ». Le cori 
fut exposé ; on fît des funérailles pompeuses ; on 
donna son nom à la place du théâtre à Moscou, f 

Les rouges jouaient de malheur à cette époque ! 
une bombe faisant explosion dans le local où se' 
réunissait une conférence soviétiste faillit tuefj 
bon nombre de l’autocratie rouge. Alors, d’une, 
pierre on fit deux coups : on vengea Sverdlof et 
l’attentat contre ses collègues. Des milliers de vii 
limes périrent par l’entremise de la Commission 
extraordinaire, où siégeait, du reste, un frère du 
défunt président. 

Après Sverdlof, aucun des Juifs rouges ne voulut 
prendre sa succession, jugée trop périlleuse. Ce 
fut un paysan du nom de Kalinine qui remplit les] 
fonctions de président, à l’instar de BeloborodofJ 
La Russie, après tout, exigeait certains ménage-3 
ments, comme l’Oural. 


lut une te- 

Kr*, îrf.» '** j ‘ [ “ u du “■ 

ri.n, u«« 

»g tartare ; on ne **. x _ Allemands ; mais il est 
«ront le jour des Hébreux m , es i alS sera 

| raillions de Russes il ) autres, sans aucune 

tient, qu’il faudrait gag > ^ an éantis. U P ar ' a 

Importance, seraient esser fauchant alors la 

Cnsi pour jusliUçr la ierre^ , le3 sur vi- 

feu. gjî - asrJüM 

«ur les ruines de la » u • souve rains et de 

Esï£ÎÎ5K«-«—*•— 

Q'émouvante tragédie. 

Londres, novembre, 1«0. 












POSTSCRIPT U M 


145 


POST-SCRIPTUM 


Etait encouragée de toutes les manières . Croit-on 
Tendre moins répugnante l’œuvre sanguinaire des 
Jjuifs Rouges et de leurs complices allemands, en 
Essant la mémoire des Romanof ou bien en répan- 
Eant des mensonges sur la survivance des vic- 
Kmes * 

■ Ne voulant rien changer à son récit, 1 auteur 
Saisit cette occasion d’ajouter quelques détails avant 
En rapport assez étroit avec les questions soulevées 
Car lui et d’abord en ce qui touche au complot 
^ani" par les Allemands et les Bolcheviks pour 
L adaptation qui précédé fut remise entre la Brièvement du Tsar de sa prison à Tobolsk. 
mains d un éditeur de Paris à la fin de nowmbri I Le llerr doktor Rilzler, ancien adjoint de feu 
1J-Ü deux mois après la publication anglaise Le» le Herr Graf von Mirbach, le general Hofmann, 
véritables causes du retard apporté à l’édition res. Bégociateur du traité de Brest-Litovsk et premier- 
tent jusqu à présent mystérieuses ; toujours est- IrM- dans les affaires allemandes en Russie bolche- 
quau mois d’avril, lorsque l’auteur vint à Pari» Bist*', et d’autres personnages encore, ont senti 
nour s en, enquérir, il ne put se faire rendre la Iqu’ils devaient se justifier envers leurs « amis > de 

. partie du manuscrit, égarée, lui a-tJ ' " ' ““ gÉMi 

dit, mais comment et par n -- • • ■ 

_j _ i 1 


dit mais comment et par qui il ne l’a jamais su. 
• • . .. u • >erc re beaucoup de temps en recherche» 
nutiles, puis en fin de compte, reconstituer la 

nmTsafJ 101 /! P er dy e - L’éditeur actuel n’est point ros- 
ponsabJe de ce long délai... • 

Voilà pourquoi ce récit parait à Paris une ann 
après sa publication à Londres; il contient la pr 

ZrZ Ver k°. n i la - SCule « uthen tique, du compl 
germauo-bolcheviste contre la Famille impériale 
de Russie et du crime d’Ekaterinebourg ; il est le 
seul accompagne de documents officiels provenant 


est-j ■Kde dans les altaires aiiemaimes tu . 

4 ««vtü, xursque î auieur vint à Paru Blistc, et d'autres personnages encore, ont sen i 

pour s en enquérir, il ne put se faire rendre la' Buils devaient se justifier envers leurs «amis» de 
deuxieme partie du manii«nr,+ i..: _ . -^W anc ienne Russie ; de ce fait découlent certaines 

ÈéclaYations — assez maladroites, il faut le dire, — 
Tont, voulant être tout à fait impartial, je repro- 
Huis ici très exactement la substance. 

I Ces messieurs déclarent que ma version d un 
[complot allemand pour remettre Nicolas II sur le 
Srène ne tient pas debout. Ils affirment que 1 Alle- 
fcagne n'a jamais songé à pareille entreprise, non 
feulement parce quelle n'avait plus aucune con- 
1 lance en Nicolas II, mais une restauration monar¬ 
chiste n’allait-elle pas à l'encontre de sa politique ! 


seul accompagné de documents officTeTs & prôveniî»> démembrement de la Russie facilite son exploi- 
de 1 enauéle menée sous les auspices de 1 amiral! Etat ion, or le premier soin du Tsar aurait été d > 
Koltchak. ^ E nsti , •' •• j_gj— •- -■= en- 

Afin d étouffer les révplafmne *_ _ 


“ d’étouffer les révélations par trop comnro 

t^s ont été de Ce réCil ’ des influences bien puissanJ 

h nub icafinnT 1 U Jeu ’ et cela à 1,heure où 
la publication de livres immondes sur Raspoutine 

des versions apocryphes du crime judéo-allemand 


lainni, or y tc»»»»w — 

constituer l’unité nationale. (Ici nous croyons en¬ 
tendre un écho de la politique que M. Lloyd George 
a évidemment empruntée aux Allemands, pour im¬ 
poser à l'Angleterre.) 

I 1. Je fais exception, bien entendu du beau livre de \1. Pierre 
1 Gilliard, développant sa déposition (v. p. 214). 



























140 


LES I)E n xrE ns JO uns DES HOMAXOF 


Cette argumentation spécieuse a un grand défauts 
en voulant trop prouver, elle ne fait que trahir! 
la fourberie teutonne ; elle n’explique point U| 
croyance russe au plan d’une restauration alle-l 
mande Pour parer à cette riposte les personnage^ 
suscités, anciens maîtres et complices des Lèniol 
<1 des Sverdlof, prétendent que des monarchistM 
russes se trouvant à Pétrograd au printemps daj 
' ' 1 . auraient « imaginé » ce plan de remettX 
.-Nicolas II sur le trène avec l’appui des Allemand* 
Ur, la vérité creve les yeux : les Allemands clier-f 
chent simplement à désavouer une entreprise oui 
u a pas réussi *. 1 1 

Ici nous pouvons apporter certaines précisions! 
nui permettent d apprécier à leur juste valeur les 
dénégations des Ritzler. des Hofmann et autres 
amis de la Russie. Bons Solovief, Anna Vvroubova 
et leurs collègues dans l’organisation allemande | 
créée autour de Raspoutine et maintenue après sa 
mort, lurent les véritables agents de l’Allemagne I 
dans toute cette ténébreuse machination. Les mo-1 
narchisles dont il est question plus haut croyaient 1 
de bonne foi aux promesses allemandes de soutenir 
et de libérer les Romanof et par l’entremise d'uni 
ami sur ils avaient même réussi à faire parvenir !i 
Tobolsk une lettre transmettant les promesses de I 
bienveillance et de protection de la part de l’Alle-1 
mague. La réponse à cette lettre fut décevante * 
quant aux assurances allemandes, car le Tsar ne 
\ oulait rien entendre — ainsi que nous l’avons val 
au cours du récit —, mais elle contenait de la part 
de la Tsarine une sommation surprenante de s abl I 
tenir de toute communication indépendante à l’ave-1 
mr et de se conformer entièrement aux directives! 
du cercle Nyroubova. La malheureuse souverainej 

1. Les aveux de LudendorfT sont formels. 


PQST-SCniPTUM 


147 


foyait toujours aveuglément à la sincérité loyale 
if; ces agents avérés de l'ennemi. On a vu Solovief, 
luni d'argent d'une provenance suspecte, se rendre 
Tiumen et à Tobolsk où il agissait de concert 
iirec un autre agent de l'Allemagne nommé Wa- 
rater, principalement pour empêcher qui que ce 
Il d'entrer en relations avec les prisonniers de To- 
>lsk ; il allait jusqu’à se faire enfermer avec des 
lonarchistes fidèles afin de gagner leur contiance 
li d'obtenir la révélation de secrets qu’fl s'empres¬ 
sait de communiquer aux Rouges ; ainsi élimi¬ 
nait-il tous les rapports avec Tobolsk qui pouvaient 
[gêner les plans allemands. Quinze jours avant le 
[transfert des souverains vers l'ouest, il est au cou¬ 
rant de ce projet grâce à ses rapports secrets avec 
Moscou. Wachter part en toute hâte pour Kief et 
IBerlin, mais Solovief, ayant oublié de retirer de 
la banque l’argent déposé au nom de son associé, 
doit rester en arrière. C’est par la Sibérie qu'il 
Ignora son quartier-général de Berlin, continuant 
lur son chemin l'œuvre néfaste de confusion et de 
désarroi. (V. pp. 126-127.) 

R La version des Ritzler, tout en confirmant le re- 
Ifus du Tsar de transiger avec l’ennemi, jette une 
lluinière assez équivoque sur la convocation à Mos¬ 
cou d'une conférence avec tous les partis politiques 
russes, y compris les monarchistes, au printemps 
1918 . Là, au vu et au su de toute la Russie, sans 
excepter les Bolcheviks, les représentants officiels 
de l’Allemagne firent des propositions dans le sens 

S ue nous connaissons de restaurer la monarchie 
es Romanof, d'abord en remettant Nicolas sur le 
trône ; puis après son abdication réitérée — la pre¬ 
mière étant entachée de compulsion (!) — amenant 
ou pouvoir son Héritier. A ce sujet il s’était même 
produit une scission entre les partis modérés (jui 
voulaient Michel Alexandrovitch et ceux de droite 










u:s J)En\IEHS JOURS DES ROMANOF 


POST-SCRIPTUM 


149 


148 

qui préféraient Alexis. Ainsi, à en croire les diriJ 
géants allemands de ces temps-là, cette conférence] 
et tout ce qui s’ensuivait n’aurait été qu’une col 
médie. On le voit bien, leurs dénégations ne coJ 
cordent pas avec leurs actes l . 

Les Russes qui persistent encore à voir le salut] 
de leur patrie dans une collaboration avec l’Allol 
magne feraient bien d’étudier les déclarations de] 
leurs pseudo-amis allemands, qui espèrent ck*ma3 
diriger une'fois de plus les destinées de l’Allenia-| 
gne, qui le font même dès aujourd’hui sournoise! 
ment sous le couvert d’uu régime de démocratie] 
pour rire. 

Mais il y a encore une déclaration provenant des 
mêmes sources qui, tout en laissant de cûté la res* 
tauration projetée, expbque les motifs qui auraient, 
très vraisemblablement, poussé Lénine et Sverdlof 
à faire partir de lobolskle Tsar déchu, de concert 
avec Mirbach. 

D’après Ritzler, les Allemands et les Bolcheviks 
étant également intéressés à mettre obstacle à la 
reconstitution du front russe et craignant de voir 
les armées populaires du Volga, de l’Oural et de la 
Sibérie se rallier à leur ancien souverain et acqué* 
rir ainsi une grande force morale, Grent cause com¬ 
mune pour s’emparer de la personne de Nicolas II ! 
pari entremise inconsciente du commissaire Yakov- 
lef. On connaît la suite : ce fut à ce moment quel 
les Juifs du Soviet de Moscou, obéissant à certaines 
directives, surent intercepter les Romanof à EkaJ 
terinebourg et, en fin de compte, organiser le mas-1 
sacre de toute la Famille. Mais il est permis dej 

i. La République socialiste actuellement au pouvoir cachaiI 
soigneusement tous les documents compromettants pour le I 
monarchie militariste qu'elle a remplacée et s’en rend ainsi so* I 
lidatre. On peut le dire, l'Allemagne tout entière a été du grand 
complot de la guerre contre la Russie. (Cf. pp. 19 - 21 .) 


ftrastater à l’heure qu’il est et en dehors de toute 
(jiscussion, que Lénine, parfaitement au courant 
du plan juif d’anéantir tous les Romanof, ycon- 
Eentil et que les Allemands, complices de l’enlè- 
I veinent, endossent de ce fait une très lourde res- 
l [bnsabilité quant au dénouement. 

W Ainsi, le Tsar Nicolas II non seulement serait 
■ombé victime de sa loyauté envers les Alliés de 
[la Russie, mais encore, de l’aveu même de ses 
[bourreaux, serait-il mort en soldat attendant a son 
■ poste 1 occasion de reprendre la lutte contre 1 en¬ 
nemi commun. Les armées alliées ont le droit d ores 
I et déjà et le devoir de considérer Nicolas II comme 
leur camarade héroïque et glorieux. Si les vain- 
I queurs dans la bataille contre le matérialisme alle- 
imand réussissent encore à vaincre le fléau bolche- 
[ viste engendré par cet esprit, le nom du 1 sar 
Ijnartvr sera dûment honoré par ses frères d armes 
finançais, tout au moins. 

! R est acquis que Boris Solovief continue à être 
au mieux avec les cercles influents de Berlin. Per¬ 
sonnage sinistre et plus que suspect, toujours en 
rapport étroit avec Anna Vyroubova et les charla¬ 
tans mystiques de l’entourage de Raspoutine, il ré¬ 
pand assidûment la légende de la survivance du 
Tsar, transféré par la voie des airs, prétend-il, chez 
le Dalai Lama au Tibet. Chose plus extraordinaire, 
il arrive, paraît-il, à accréditer cette fantaisie ma¬ 
gique près des personnalités importantes du monde 

( russe et des milieux réactionnaires allemands, aux¬ 
quels, du reste, il convient de faire croire qufe le 
Tsar n’est pas mort, puisque c’est le gouvernement 
1 kaiserien qui porte la responsabilité morale de la 
fin terrible de Nicolas II et de sa Famille. 

J’ai rei;u dernièrement certaines indications con¬ 
cernant les origines de la situation acquise par 
Raspoutine à la Cour de Russie ainsi que les anté- 

















150 


LES DEUX[Ens JOE ns DES RO MAX OP 


cédents de son gendre Solovief, qui méritent d’êtd 
consignées ici, car tout en restant assez vanni 
elJes peuvent servir de point de départ pour IJ 
recherches futures. Je ne doute point que lalTaiS 
nomanof restera pendant de longues années lai 
cause célèbre qui modifiera tous les éléments de| 
vie moderne. i 

Il paraît qu’au cours de ses pèlerinages, Rasf 
poutme, apres avoir visité le mont Athos, se trouvj 
on Bulgarie où il fit la connaissance de Ferdinanfl 
de Cobourg. L âme machiavélique de celui-ci s u pi 
puta immédiatement les avantages à tirer du pMe-l 
rin. Ferdinand connaissait les tendances mvstkraü 
de Impératrice ; ce paysan exalté, d’un esprit 
fruste mais doué d’une certaine éloquence natu-J 
relie, pouvait devenir un instrument précieux. Il le 
recommanda à ses amis de Berlin et par eux lui! 
ménagea des relations à Petrograd. Grichka fut! 
conduit jusqu’aux marches du trône imperia] rpi’il! 
s agissait débranler. Le sinistre tsar de BulgaroB 
comptait s’arroger la couronne de Bvzance grâceï 
1 appui de 1 Allemagne mais il ne pouvait la saisir! 
qu en piétinant les décombres de la Russie. Il est 

ressa ^ COmprendre P our q uoi Haspoutine Linté-j 

Ce félon reste sain et sauf dans son château d« 
Cobourg, vivant au milieu d’un luxe encore plus 
fastueux que son digne allié, le Kaiser rouge. Mais] 
P"in- 1 un comme pour l'autre l'heure de la iustiA 
sonnera. J 

L’histoire de Solovief sc rattache à celle de Ras-1 
pouline. On sait quels avantages les Allemands 
tiraient de 1 influence exercée par le « saint » Ion», 
temps avant la guerre et combien elle leur fut pA 
cieuse pendant la guerre. Or la vie de ce débuu- I 

chêne tenait qu’à un fil, malgré toutes les précaution» I 
imposées par 1 Impératrice, et il s'agissait à lod 1 


POST-SCHIPTL M 


151 


[hasard d’avoir un remplaçant sur les lieux. Ce rôle 
| fut attribué à Boris Solovief dès avant la guerre, 

I parait-il, car on retrouve sa trace à Charlottenburg, 

[ faubourg de Berlin, d’où il serait allé au collège 
I thôosophc d’Adyar dans les Indes afin de se perfec- 
I tionner dans les sciences occultes. On ne négli- 

( geait aucun moyen h Berlin pour arriver au but. 
Solovief est certainement assez avancé en occul- 
■ lisme pour en tirer parti dans son métier d’espion. 

L L’inscription faite en caractères cabalistiques sur 
le mur de la chambre du crime dans la maison 
I Ipatief n’est pas encore déchillïée, mais à ce sujet 
[ j’ai reçu plusieurs communications de personnes 
I au courant de la cryptographie. 11 est constaté que 
Iles codes secrets de certaines sociétés dont le siège 
lest en Allemagne et dont les affiliations juives sont 
I notoires renferment des caractères semblables à 
I ceux de l’inscription d’Fkaterinebourg. S’agissait- 
[ il d’une communication secrète entre complices? 
| Peut-être le snura-t-on un jour... 1 

Il paraîtrait que dans la tragédie des Romanof, 
[ainsi que dans quelques phénomènes observés au 
I cours de la guerre mais restés inexpliqués ou bien 
Ipassés sous silence, des puissances occultes se sont 
[ entremises, la Magie Xoire étant fort répandue eu 
L Allemagne. Mais il en serait produit une consé- 
I quence semblable à celles qu'amenèrent les autres 
K moyens sournois et malhonnêtes employés par les 
> Allemands. L’excès du mal amène une réaction. 

I 1. Voici quelques extraiis d'une lettre que j’ai reçue d’une 
! personne très documentée : « Ayunt suivi le rôle des Illuminait 
[ allemands il travers tous les mouvements révolutionnaires du 
siècle passé, je suis convaincu que le régime bolcheviste ac- 
■ luel reçoit ses directives d'une société secrète dont le siège est 
probablement en Allemagne... Il est assez curieux que trois sur 
I quatre des caractères que vous reproduis»»* ressemblent aux 
■ caractères dont se servaient les llluminati ainsi que les a pu- 
| bliés le comte- Le Couteulx «le Cantelcu dans son livre Les Sectes 
il Sociétés secrètes (1&63). 




















152 


DEAXIEnS JO UJ1S DES IiO MA AO F 


Aiïx gaz empoisonnés des Allemands, la scieg 
des Alliés a répondu par des gaz encore plus t 
nbles; aux malélices des magiciens noirs d’Outi 
«liin ont répondu les forces du Bien qui aurais 
exercé leur influence puissante en faveur des 
mees alliées à Mons et ailleurs. Nous avons vi 
liolcbevisme se retourner contre ses promoteur! 
nous verrons sans doute d’autres retours des chosi 
dici-bas contre leurs manœuvres frauduleri 
<11 après guerre; un jour ou l’autre Us paveront,poi 

! P | US . Sle dé P 0Ulllée . le sang des innocents répand 
a Ukatcrinebourg et ailleurs. 

Le nombre des victimes accumulées autour c 
crime sinistre dont j’ai décrit les péripéties extraor¬ 
dinaires et émouvantes, s’est accru de tout le per- 
sonncl du tribunald’Ekaterinebourg. Restés ena 

snnfrt?' 1 Ia / et , raite de Koltchak, ses membri 
sont tombés entre les mains des Rouges, qui les 
ont fait périr tous, uniquement parce que l’instruc 
nendf» assassinat des Romanof avait été menée 
pendant quelque temps au palais de ce Tribunal, 


Paris, le 4 août 1921 . 


DEUXIÈME PARTIE 


LES DOCUMENTS 














A DE TSARSKOIE SELO A TOBOLSK 

[ 2 (15) mars 1917 au 13 (26) avril 191S. 


La déposition du colonel Kobylinski 

Ijha déposition du colonel Kobylinski nous montre 
l’une façon documentaire et complète, ce qu’a été la 
rie de la Famille impériale de mars 1917 à mai 1918, 
fjet-à-dire pendant le temps où elle était sous sa 

Irde. . . 

Le colonel Kobylinski semble avoir été un soldat 
,ravo et un homme juste, il fit ce qu’il considérait 
lomme son devoir, mais il traita ses infortunés pri- 
onniers avec humanité et courtoisie- Son témoignage 
iura une valeur considérable aux yeux des historiens 
|de l’avenir. 


■ Du 6 au 10 avril 1919 le Magistrat Instmclcur pour 
Iles affaires d’une importance spéciale, du tribunal 
Ë’Omâk, interrogea à Fkalerinebourg, conformément 

u- paragraphe 443 du Code de Procédure Criminelle, 
lia personne nommée ci-dessous en qualité de témoyi. 
iLe témoin déclara : — Mon nom est : 

Kcgkse-Stêpanoyitch Kobï lixski 

■ J’ai quarante ans et je suis attaché au Commande¬ 
ment du District Militaire de Tiumen. J’appartiens à 










156 LES DERNIERS JO CRS DES ROMANOP 


1 Eglise orthodoxe. Au commencement de la irraiij Ikatum. Vous allez prendre le commandement de la 
Guerre je commandais une compagnie du régiment des «foison de Tsarskoie Selo ; le capitaine Kotsebue sera 

| |commandant du Palais, mais vous surveillerez le 
^^Tais et Kotsebue sera votre subordonné. « Nous arri- 
Palais. Dans une des anti-chambres nous 


Gardes Petrogradsky. 

Le 8 (21) novembre 1914 je fus blessé au pied f 
une balle. En juillet 1916, sur le front autrichien. 


prati 

conséquences, une maladie des reins se déclara. La 
septembre 1916 je fus envoyé à l’hôpital de Tsarskü 
Selo. De cet hôpital je fus envoyé à Yalta ; à mol 
retour à Isarskoie Selo je fus déclaré physiquerneut 
incapable d’un service actif et versé au bataillon ilc 
réserve de mon régiment. J’étais dans ce bataillon |f 
début de la révolution. 


■ Ll DÉPOSITION DU COLONEL KOBYLI.XSKI 15" 

■ 


fus gravement atteint par un éclat d’obus au coin noies reçus par le général BenckendorlT, Grand Maré- 
de la bataille de Huta-Stara. Le choc eut de grav| tal de la Cour impériale. Kornilof lui expliqua qu il 

Cirait que la suite de l’Impératrice se rassemblât et 
Cil priait Sa Majesté de vouloir bien le recevoir, 
tnekeudorff envoya un valet de pied prévenir tout le 
Cnde de descendre et alla en personne demander à 
■impératrice .le nous accorder une audience. Quand il 

I J : A __ nnlK r/»PAVPail 


devint, il nous dit que l’Impératrice nous recevrait 
[dans dix minutes ; bientôt après un valet de pied vint 
Tard dans la soirée du 5 (18) mars je fus appelé U Lu- dire que Sa Majesté désirait nous voir. Lorsque 
quartier général du District Militaire de Petrograd. 1 Kornilof et moi pénétrâmes dans la chambre d’en- 


Petrogral 

J’arrivai à 11 heures du soir à l’Etat-Major et jl’oü 
me dit que j étais mandé par le général Kornilof (le 
fameux Kornilof qui à ce moment commandait les: 
troupes du District Militaire de Petrograd). 

Je fus reçu par Kornilof qui me dit brusquement! 
je vous ai désigné pour un poste important où il y nj 
'l° s re>p.inhabilités. Je lui demandai ce que c’élaill 
« Je vous le dirai demain » répondit le Général. J’csl 
sayai de lui faire dire pourquoi il m’avait choisi, maijfl 
le Général Répondit : « Veillez à vos affaires et tenâ^f 
vous prêt ». Je saluai et partis. Je ne reçus aucun ord 
ni le 19 ni le 2lt mars. Je commençais à croire mal 
nomination oubliée lorsque soudainement <»n me 
par téléphone que Kornilof m’ordonnait de me trouva} j 
a la station de Tsarskoie Selo à 8 heures du matin lj| 
21 mars. En arrivant à la station j’y trouvai le gétm 
ral Kornilof et son aide de camp. 

Lorsque nous fûmes assis dans notre compartiment]! 
Kornilof se tourna vers moi et dit : « Maintenant je vaitl 
vous renseigner sur votre destination. Nous allonsW 
Tsarskoie Selo. Je vais mettre l’Impératrice en état d’ar3 


Kornilof et moi pénétrâme 

nnts il n’y avait personne mais après un moment 
‘l'Impératrice entra par une autre porte. Nous saluâmes. 
E1U* tendit la main à Kornilof et me fit un signe de 

■Us. . f 

Kornilof liii dit : « Je suis venu pour vous infor- 
er de la décision du Conseil des Ministres. A partir 
Ldô ce moment vous devez vous considérer en état d ar- 
rjatâtion. Si vous désirez quelque chosk veuillez bien 
lo demander au nouveau Commandant. » Ayant dit ceci 
Kornilofse tourna immédiatement vers moi : « Colonel, 
laissez-nous ensemble et prenez votre position de 
l'autre côté de la porte. » Je me retirai. Environ cinq 
minutes plus tard, Kornilof m’appela et lorsque j’en¬ 
trai dans la pièce l’Impératrice me tendit sa mam. # 
[ Nous nous inclinâmes devant elle et nous descendîmes 
l’escalier. Quelques personnes de la suite de l’Ernpe- 
Ireur étaient déjà réunies dans une anti-chambre et Kor- 
[nilof dit brièvement : « Messieurs voici le nouveau 
Commandant; à partir de ce moment l'Impératrice est 
prisonnière. Si quelques-uns de vous désirent partager 
le sort de la Famille impériale vous êtes libres de res- 









-_ US »**XIKHS JOURS ms ROMAXqr 

I 

aller. Le Grand Maréchal de | a p d 1 q “ ' desirait s’J 
Ilenckendorir et le comte Anr.V^ ,m P ériale - 
•les affaires penmleZ de^î Mül cha ' 

de ne pas quitter ***■. 

wJWE 8 t™r t r, " IOf COnfirma SM »*‘ructions J 

ment do Svodny furent , .1 " L °1 gardo:i du régi 

ment de Chass7 ur sTo r „d r'^f 3 " ’* Hremie >' I<4| 
je restai comme Commandant * rsarsko,e Sela Hi 

Si ïssfn^r ' a,,a 

?u’il vit e nIevTr j; ,CLh U a n mh OU 7 a ^ dés ° S P oir »<*" 
mont Svodny. Quelques jours plus Lï/feT ^ 

viens pas de la 3 a »~\ * lard W e ne me so «- 

l’arrivée de rfimnereur etT me n0t '^ P “ r télé P h 4 

l'arrivée du train l'Fmn ljL me rendls a la station. A 
et traversa rapidemenU^dtion 1 ** ^ com P arlimon ‘ 
«ard à personne • il monla d^n ^ aCCOr<W un r H 
Pagné par un Maréchal dt la “ n ® aul | omobl,e acco jf- 
Alexandrovitch Dolgorouky. ’ C COmle V asi, /l 

•l'euréUU vTreh VêlUSen Civil s avanc èrent alors • l’ UB 

a t'g ” gf-s. I. IX-».. u .” 1 

~;ï «.;ïr n „‘r s s ip “ iir ' , i 

1- » rffir. «“ïLïïr f“'"r 

nés avaient voyagé dans ht J ombreuses person-J 
lorsque l’KmperturJeT 1EmpereUr ’ 
pilèrent hors de la 8 /i(ion nt % r ^ geD * Se préci " 

station et se dispersèrent rapide? 


[U DÉPOSITION DU COLONEL KO B Y LIN SK I 159 

Lien jetant de tous les côtés des regards apeurés. 
Hpablnieut tics effrayés d'être reconnus. Je jugeai 
^■conduite réellement dégoûtante. 

■l'accompagnai l'Empereur au Palais et il monta im- 
Bialement voir ses enfants qui étaient malades. 
Tantôt après les bagages de l’Empereur furent ap- 
lés de la station. 

Burant le séjour à Tsarskoie Selo,la vie de la Famille 
Tériale fut réglée d'après certaines instructions. Ces 
(tractions limitaient les relations de la Famille ini¬ 
tiale avec le monde extérieur et naturellement ap- 
jtèrent quelques restrictions dans leur vie privée, 
[courrier passait toujours par les mains du Com- 
ndant du Palais. Un ne pouvait passer que par le 
! en quittant le Palais. 

Palais et le parc étaient toujours environnés de 
talinclles et la promenade dans le parc n'était autori- 
i que des premières heures de la matinée au crépus- 

Ue. 

j C’étaient là les restrictions principales, le Gouverne- 
non! ne se mêlait en aucune manière de la vie privée 
tla Famille. Excepté les réserves mentionnées ci-des¬ 
sus, le Gouvernement n'imposa aucune autre restric- 
on. 

Pendant les premiers jours que je passai à Tsarskoie 
|elo tous les enfants étaient malades de la rougeole ; 
aria Nikolaievna et je crois Olga Xikolaievna avaient 
ie întlammation des poumons. Mais elles se rétabli- 
|ent vite. La journée se passait d’ordinaire de la raa- 
lière suivante : la Famille se levait de bonne heure, à # 
'exception de l’Impératrice qui habituellement restait 
nglomps au lit. A 8 heures du matin l’Empereur se 
menait avec Dolgorouky. Ils marchaient environ une 
Tuure et demie en se livrant à quelqu’exfcrcice physi¬ 
que. La Famille déjeunait à 1 heure. Après le repas, 
ille travaillait dans le jardin jusqu’à 3 heures. Les 
infants prenaient alors leurs leçons. Le thé était servi 







160 LES DERNIERS JOURS DES ROMAND F 


A 4 heures et quelquefois, après le thé la Famille 
tail dans le parc. Le dîner était servi à 7 heures. 

Pendant mon séjour à Tsarskoie Seio il se produib 
plusieurs incidents sur lesquels j'appelle votre alla 
tion. Quelques jours après l’arrestation de la FamüJ 
impériale il se produisit un incident désagréableTij 
sujet du corps de Raspoutine. Son cadavre avait ét< 
transporté à Tsarskoie Selo, où une église devait êti 
érigée, et était enterré là. Lorsque les soldats apprirei. 
ceci ils ouvrirent la tombe, enlevèrent le couvercle (Il 
cercueil et examinèrent le corps, lis trouvèrent dans la 
biere une Image Sainte qui portait les signatures 
« Alexandra » « Olga », « Tatiana », « Anastasia »fl 
« Ama ». Cette image était placée près de la joui 
droite de Raspoutine. 

Ce fait vint à la connaissance du Commandant d’unt 
batterie contre avions et il retira l'image aux soldats. 
Je l'ai vue moi-même. Je crois que l'image représenl 
(ait la Sainte Vierge. Je fis par téléphone mon rapport; 
à 1 étal-major du district et je reçus l’ordre de làirfll 
transporter le corps de Raspoutine à la gare et d» 
la I expédier à Sredniaya-Rogatha où il devait êtr* 
inhumé. On me dit de faire ceci en secret. Mais il mflj 
fut impossible^i^euter cet ordre sans que quelque 
chose n’en cfanspirat parmi les soldats et la populai 
tion. Plus tard je reçus l’ordre de conduire le corpé 
à la station de Tsarskoie Selo. Ce que je fis et le cor3 
fut placé dans un fourgon à bagages. Je plaçai quel-! 
ques soldats dans un autre wagon, mais sans leur dire 
ce qu'ils devaient garder. 

Le jour suivant, un commissaire du nom de KoupjL 
chinsky (qui avait aussi la direction des automobiles 
m’envoya un ordre écrit signé par le président du Coa 
seil des Ministres. L’ordre me prescrivait de transmet! 
tre le corps de Raspoutine (le nom était écrit « NV 
vykh ») à Kouptchinsky, afin qu’il puisse le conduira 
en camion a sa destination. Nous ne pouvions pas fairi 


I.A DÉPOSITION DU COLONEL KOBYLI.XSKI 161 

ci à Tsarskoie Selo, aussi nous fîmes changer de voie, 
ï Pavlovsk, au fourgon à bagages contenant le cadavre, 
à nous trouvâmes une vieille caisse dans laquelle 
us mîmes le cercueil contenant le corps de Raspou- 
ine. La caisse était couverte avec des paillassons et 
s sacs vides. Kouptchinsky partit avec le corps pour 
Pétrograd, mais pendant le voyage le fait fut connu de 
populace qui menaça de s’emparer du cadavre si bien 
jne Kouptchinsky fut obligé de le brûler en route'. 

La soudaine arrivée d’un étranger fut un autre inci- 
lent dans notre vie paisible. Cet étranger vint me trou¬ 
ver, se présenta sous le nom de Maslovsky et me re¬ 
mit une lettre du Comité Exécutif du Soviet des 
Députés Ouvriers et Soldats. Il portait runiforme de 
colonel. Je ne me souviens pas de sa figure. Sous la 
Tbrmo d’une demande, la lettre m’ordonnait d’aider le 
porteur à exécuter son devoir. Je me souviens que la 
lettre était signée par Tehkheidze, un membre de la 
Douma. Elle portait aussi un sceau officiel. Le nommé 
Maslovsky mo dit que le Comité Exécutif lui avait 
jirescrit de conduire l’Empereur à la Forteresse des 
Saints Pierre et Paul, mais je dis à Maslovsky que je 
ne lui permettrai cela sous aucun prétexte. Eh î bien, 
dit-il, le sang qui sera répandu retombera sur votre 
tête. Je dis que je n’y pouvais rien et il se retira. Je 
pensais qu’il était parti pour de bon, mais il paraît 
qu'il alla au Palais où il fut reçu par le commandant 
du Premier Régiment, le capitaine Aksinta. Maslovsky 
lui montra la lettre et lui dit qu’il désirait voir l’Em- 
nereur. Après avoir fouillé les poches de Maslovsky, 
Aksinta lui laissa voir l’Empereur sans que celui-ci 
puisse se douter qu'il était observé. Je fis mon rapport 
au Grand Quartier et ma manière d’agir fut approuvée. 
Kotscbue n'occupa pas longtemps la position de com- 

1. Coïncidence macabre, llaspoutine fut incinéré à l'aide de 
benzine comme la Famille impériale. 


11 


















16a LES DERXÎERS JOURS D1CS ROMAXOF 


LA DÉPOSITIOX DU COLOXEL KOBYUXSKl 163 


mandant du Palais. Voici à la suite de quelle cir- 
constance il fat congédié. M* Vyroubova et Dtha 
avaient demandé de rester avec la Famille impériaa 
lors de la première visite de Kornilof. Les soldats appri¬ 
rent par les domestiques que Kotscbue passait beaw 
coup de temps avec Vyroubova et lui parlait on 
anglais. Lorsque cette rumeur vint à moi je la vériütfl 
Le valet de pied (je ne me souviens pas de son nom) 
qui avait informé les soldats me dit aussi que KoUcbtri" 
était souvent en compagnie de M me N yroubova. Redou¬ 
tant une agitation parmi les hommes, je prévins Kor¬ 
nilof de ce que j’avais entendu. Il fit appeler Kotsebua 
ot lui interdit l’entrée du Palais, .le reçus alors l’ordie 
d’assumer les fonctions de Commandant du I alais. 

J’avais à peine occupé ma nouvelle position une a 
maine lorsque Paul Alexandroviteh Korovitchenko fut 
nommé Commandant du Palais. Korovitchenko était 
colonel d’un des régiments cantonnés en Finlande. H 
avait fait ses études à l’Académie Militaire de Droit, 
puis il était entré dans le service actif et avait été apr 
pelé au début de la guerre. Il avait des relations pri¬ 
vées avec Kerensky, qui à cette époque, avait succédé 
au prince Lvof et avait abandonné sa propre situation 
de Ministre de la Justice à Pereverzïf, avec lequel Ko¬ 
rovitchenko était aussi en très bons termes. Kerensky 
vint plusieurs fois à Tsarskoie Selo. Lors de sa pre¬ 
mière visite, Korovitchenko était là. Je suis incapable 
de vous rien dire de sa conduite à l’égard de l'Empd 
reur puisque je n’assistais pas à leur conversation. Je J 
n o puis rien vous répéter de ce que dit Korovitchenkj 
à ce sujet. La seule chose dont je me souvienne c'est 
que Tegleva me dit que Kerensky se conduisit tou jours 
de la manière la plus courtoise. 

Vyroubova fut arrêtée au cours d'une des visit 
de' Kerensky. Korovitchenko et moi entrâmes dans I 
chambre de M m# Vyroubova et Korovitchenko lui dît 
qu'elle allait être emmenée sur-le-champ à Petrograd. 


J He s'habilla rapidement et nous demanda la permis- 
■ion de dire adieu à l’Impératrice; ceci lui fut accordé, 
■pus assistâmes à lOQff adieux. Toutes les deux par- 
Went anglais et pleuraient amèrement. 

VKorovitchenko assista une fois à la conversation de 
Merciir-ks avec. l'Empereur. Kerensky dit à l’Ehipôwâf 
Iqu’il avait décidé de confisquer ses papiers personnels, 
|tl qu’il avait demandé à Korovitchenko d’exécuter ses 
instructions. Je reçus l’ordre d’être présent et je me 
ion viens distinctement de cette scène extrêmement 
Eéniblo. Les papiers privés appartenant à l'Empereur 
étaient gardés dans une caisse spéciale. Cette caisse 
Rntenait un grand nombre de papiers attachés ensem¬ 
ble en paquets très uets. 

■ En nous montrant ces paquets, l'Empereur prit une 
lettre de la caisse en disant: « Cette lettre est simple¬ 
ment une communication privée ». L’Empereur n’avait 
aucune intention d’empêcher cette lettre d’être confis¬ 
quée, il l’avait prise simplement parce qu’elle n’était 
[pas attachée avec les autres et je suis sûr qu’il allait 
la remettre dans lu ca sse. Mais Korovitchenko se saisit 
Soudainement de la lettre et pendant une minute il 
fsembla que l’Empereur tirât la lettre d’un côté et Koro- 
Ktchenko la tirât de l'autre. L’Empereur semblait fort 
ien colère. Il abandonna la lettre en disant. « Eh ! bien 
K^ne suis pas nécessaire ici. je ferai mieux d'aller me 
Hromener. » 

T Korovitchenko prit tous les papiers qui lui parurent 
BüéressanU et les envoya à K îrensky. Elus lard il dit à 
Kerensky el à Pereverzef qu'il croyait fermement trou¬ 
ver des choses compromettantes pour l'Empereur et 
i’Impératrice el les convaincre d’être pro-Allemands, 

! d’autant plus qu’à cette époque presque tous les jour- 
l-nnux le suggéraient. 

§ On ne trouva absolument rien de nature à compro- 
I mettre soit l’Empereur soit l’Impératrice. A la fin il 
[découvrit un télégramme chiffré envoyé par l’Empe- 









IG4 IES DE H.VIE HS JOUES DES ROMANOF 1 

rear à l'Impératrice. Après avoir beaucoup peiné pour] 
le déchiffrer on trouva cette simple phrase : « Je vaia 

bien, baisers î » j 

La Famille impériale n'aimait pas Korovitchenko, j 
mais je sais que Korovitchenko fit tous ses efforts pouf! 
leur plaire et qu'il leur obtint la permission de travail* 
1er dans le jardin et de ramer sur le lac. Mais ceux 
qui étaient le mieux disposés à l'égard de la Famille 
impériale c’étaient les soldats et les officiers du Pre¬ 
mier Régiment. Suivant une ancienne coutume, foffi-] 
cier de service «u F dais recevait une bouteille de vin 
à Pâques le jour où il était de garde. Celte coutume 
fut respectée, mais lorsque les soldats en furent infor¬ 
més ils montrèrent de l’agitation et il ne fallut pas 
moins de cinquante bouteilles de vodka pour refroidir 

leur colère l . 1 

Une fois môme les soldats accusèrent l’enseigne /e- 
leny d'avoir baisé la main de l’Impératrice ! 

Ce dernier incident, ainsi que l’histoire du vin, ame¬ 
nèrent beaucoup de difficultés et on fit une enquête, j 
Le moral des soldats devenait plus mauvais chaque 
jour. Ils se grisaient par leur conception particulière 
du mot liberté et ils faisaient les requêtes les plus fol¬ 
les. Le Second Régiment causait le plus d’ennuis, non 
seulement les soldats, mais les officiers se conduisaient 

mal. . j 

Un jour un officier du Second Régiment s écr»a Ü 
„ Nous devons voir nous-mêmes la Famille. Puisqu'elle 
est sous notre garde il faut la voir ! » Il est évident que 
l'officier faisait celte demande poussé par une vulgaire 
curiosité ou par le désir d’infliger une souffrance morale 
inutile. Mes efforts pour repousser cette demande fu¬ 
rent sans succès ; mon argument que l'Empereur et 
l’Impératrice Repaieraient jamais de s'enfuir en aban¬ 
donnant leurs enfants malades ne fit aucune impressiouJ 
Craignant de voir exécuter ce projet sans mon auto- j 
risation, je fis mon rapport au général Polvotsof qui, 


l.\ DÉPOSITION DU COLONEL Küin U.\SKI 


ù celte époque, occupait la position du general 
| lof 11 fut décidé que lorsque le nouvel officier e gar ' e 
viendrait relever le précédent, ils seraient tous deux 
I conduits à l'Empereur, l’Impératrice elanl ? re "' 
Pour éviter tout embarras inutile, nous tkmdames que 
cela aurait lieu juste avant le repas, la bam.lle étant 
toujours réunie à ce moment. Il fut convenu.quelo£ 

I cier quittant la garde viendrait prendre conge de 1 Em 
| pereur qui, en même temps, recevrait son remplaçant- 
I P \ la suite de ceci il arriva un incident désagréable. 

I LoVsque les hommes du Premier Régiment furent rem- 
nlacés par les hommes du Second, les deux capitaines 

'vinrenl'voir l’Empereur. L’Empereur fit .es adieux au 

capitaine de la garde qui partait et ils se serrèrent la 
main. Quand l’Empereur tendit la main au. 

capitaine de la garde, sa main demeura en laircimlo^ 

licier fit un pas en arrière et ne la P" 1 .f M \ P 

niblement impressionné par cette conduite, 1 Lm P ercu ^ 
marcha vers l’officier, lui mit les deux mains sur les 
épaules et lui dit les larmes aux yeux : « Pourquoi faites- 
vous co'a?» L’officier se recula de nouveau et répondit . 

« Je suis né dans le peuple et quand le. peuple a 
la main vers vous, vous ne 1 avez pas pn . con i e 

tenant je no veux pas vous serrer la mai . ’ 
celle histoire telle que je 1 a. entendue de ome er 

Premier Régiment qui fut témoin de cet incident 

£5: &r..“VS2£ 

Il il avait été offert au Tsarévitch par quelqu usine 
de munitions. Il était absolument inoffensif, car de 
cartouches spéciales étaient nécessaires et .1 était 
possible de s’en procurer. 













166 


u:s DER.XIERS JO CRS DES RO MA AO F 


Les soldats du Second Régiment protestèrent et tous { 
les efforts de l’oflicier (j’ai oublié son nom) pour leujA 
persuader (pie leur colère était ridicule restèrent sansi 
effet. Alin d’éviter des violences il enleva le fusil au I 
Tsarévitch, mais quand je vins au Palais, Gilliard et 
Tegleva me racontèrent l’histoire et ajoutèrent que le| 
Tsarévitch pleurait. J’ordonnai que le fusil me soit! 
apporté ; quand il fut en ma possession je le rendis en y 
cachette au Tsarévitch. J 

A la fin les soldats et le Soviet de Tsarskoie Selo ces-J 
sèrenl d'obéir à mes ordres et me donnèrent comme! 
assistant l’enseigne Domodziautz, un Arménien. (Tétait! 
un homme grossier (pii lit tous ses efforts pour s’inlro-1 
du ire dans le Palais d’où je m’efforçais de l’écarter, f 
Voyant cela, il passa la majeure partie de son temps 
dans le parc, surtout aux heures où la Famille s’y pro¬ 
menait. L ne fois l’Empereur lui tendit la main mais il 
refusa disant qu’il n’avait pas le droit de le faire, n’étant 
qu’un commandant adjoint. 

Lorsque le fait fut raconté à Kerensky, il vint au 
Palais de Tsarskoie Selo et envoya chercher le Président 
du Soviet Local (il ne vint pas exprès au sujet de cet in¬ 
cident mais pour une autre affaire). Le Président du So¬ 
viet dit à Kerensky : « Ministre, je désire vous informer 
immédiatement que nous avons élu l’enseigne Domo- 
dziantz commandant adjoint du Palais. » Kerensky ré¬ 
pondit : « Oui, je le sais, mais puurquoi était-il si néces¬ 
saire de l’élire. Ne pouviez-vous en choisir un autre ? »» 
Néanmoins il n’y eut aucun changement, Kerensky lui- 
même n ayant pas d autorité. Ce fut Domodziautz qui 
dit aux soldats de ne pas répondre au bonjour de 
l’Empereur. Les soldats — naturellement ils apparte- 
uaieii! au Second Régiment — suivirent cet avis. 

Je fus obligé de demander à l’Empereur de ne plus 
parler aux hommes, car je n’avais aucun contrôle sur 
eux, et 1 Empereur s abstint désormais de toute con¬ 
versation. 


LA déposition d o colonel kobyuxski_ ui 


■chesse Oiga était trèsl.ee avec “« 1 me demander 

■Marguerite NlU olaievna. Elle lignait 

Rie rc,,K ' U, ° 7„ «'Marguerite Ililrovo ». De même 

^Kljourt ae» lettre» 1T f- annor tait Olga Koltakova 

■»u<> " es q “i ... noms Mais quelques lettres 

Kient signée» de ces deux noms 1 ^ 

Btaicul signée» simp emen » * Hitrovu : » Volt* 
Klitohkov*.»). et Olga 

Kigne/. tOUJOCfS m a a’uutres qui 

I k° l/alv(,va aj;it ' r^T’est pas loyal. Supposé* qp* k 
KJichcnt leur nom. Ct \ i . . erSüllIlc et qu’on 

Bourn.-r soit evamin >ition se- 

Ime demande de qui sont ces le Ue,. M ^ ^ 

Kait alors extrêmemen em * lettres de venir ns 

r z ». *p* 

I demanda la permission f am ille habitait Ho- 

Ih.tr™ ■* *- 

Imillc impériale a la Camille impériale 

. Je peux ajouter se ^ „ U1 paraissaient ainsi que 
[recevait tous le» J , _ parmi les jouruaux 

1° 8 revues hausses et Voliu, 

Es 

maintenant pourquoi; la Famille 








16 $ 


LES DERNIERS JOURS DES ROMANOP ^» iA DÉPOSITION DU COLONEL KOBŸUNSKI 169 

impériale fui transférée à Tobolsk. Leur départ fol»Lndaiit ^un régiment n’avait pas la moindre auto- 
précédé des événements dont je vais vous parler. EpXL . i e3 comités de soldats exerçaient le pouvoir, 
viron une semaine avant, Kerensky arriva à Tsarsko^Bcrai^aant que parmi les officiers ainsi choisis il ne 
Selo. Il m’envoya chercher ainsi que le Président <il» trouve quelques personnes indésirables, je deman- 
SoNuet et le Président de la Section Militaire de l^Kj Kerensky de choisir moi-même cinq officiers 
Garnison de Tsarskoie Selo, l’enseigne Efimof qui étai^E ur c i iaquo compagnie, parmi lesquels deux seraient 
officier au Second Régiment. Kerensky nous dit ^B us p ar \ e6 ao [dats selon les règles militaires. Kerensky 
« Avant de vous parler je dois vous demander votf^K“ Le ‘ Q i r du même jour j’appelai les comman- 

parole que tout ce que je vous dirai restera secret^ d es régiments et les présidents des comités régi- 

Nous lui donnâmes notre parole. Il nous dit aloi^»g nta j res Je leur dis : « Pour une mission impor- 
que suivant la résolution du Conseil des Ministres l«H, [ll( . ( . t se crète je désire que chaque .commandant de 

Famille impériale devait être éloignée de Tsarsko^BLi m , Mî t choisisse une compagnie de quatre-vingt-seize 

Selo, mais que le Gouvernement ne voulait pas cacherK(, mmc s et deux ofliciers. » En même temps je leurre- 
ceci aux « Organisations Démocratiques ». Il dit aussi» ! ;, UIie p islü des ofliciers parmi lesquels le choix pou- 
que je devais accompagner la Famille impériale. êlre f ail . Les commandants et les présidents du 

Je me retirai alors mais Kerensky continua la con-»p rem i cr et du Quatrième Régiment répondirent simple- 
versation avec le Président des Soviets et Efrinof. Eo^Hjucnl • « Très bien Monsieur. » Mais le président du co- 
viron une heure plus tard je rencontrai Kerensky et:»J,; u . ,j u Second Régiment, un soldat (dont j’ai oublié le 
lui demandai ou nous allions, ajoutant que je dwai3décria : « Nous avons fait notre choix. Nous sa- 
prévenir la Famille afin qu’elle puisse se préparei^»^ de quelle mission il s’agit 1—Comment est-ilpos- 
au départ. Kerensky répondit qu’il se chargeait luH»|ible que vous connaissiez une chose que j’ignore moi- 
même de cela ; il se rendit au Palais où il eut une»L,n ,.9 » i u i demandai-je. « — Quelqu’un nous a tout 
entrevue avec l’Empereur mais il ne me dit pas où noui]»dit et nous avons élu l’enseigne Dekonsky», répondit-il. 
irions, ni quand nous devions partir. Je vis Kerenskj^»Cet enseigne avait été précédemment renvoyé du 
deux ou trois fois après et lui demandai toujour*]»Q ua t r ième Régiment par ses propres officiers et soldats, 
quelle était notre destination et ce que la Famille im-^Ej}^ \[ avait été admis au Second Régiment ; à celte 
périalo devait emporter. Kerensky ne répondit pas à» époque je savais sans aucun doute que l’enseigne Dé¬ 
niés questions, se bornant à répliquer: « Dites-leu^^E 01l ^j vV était un Bolchevik. Quand j’appris son élection 
qu’il faut prendre beaucoup de vêtements chauds ! au président du Comité que Dekonsky ne vien- 

Environ deux jours avant notre départ, Kerenskj^» ra j t pas avec nous. Le président dit grossièrement^: 
m envoya chercher et m’ordonna de former un déta-^ETg^ \\ ira! »Je m’adressai à Kerensky et lui dis que si 
chemenl d hominesvchoisis dans les Premier, Secon4^^B0 e k ons k v faisait partie de la mission je refusais de 
et Quatrième Régiments pour la garde et de nommef^»^,,. . j’ajoutai que comme Kerensky était Ministre 
des officiers pour chaque compagnie. Le mot « nornb^H de la Guerre il pouvait aisément arranger la chose. Ke- 
nation « avait à cette époque une signification très *pé-^Kenskv v j n t à Tsarskoie Selo, appela le président du 
ciale. L agitation était-alors si forte dans l’armée qua^H^oinité et il s’en suivit une discussion désespérée. Ke- 
nous ne pouvions faire aucune nomination. Le cora-,^^C lls ky renouvelait sa demande mais le président répe- 













1,0 LkS MHMEnS J001IS DES liOMAXOF 

tait sans cesse : «Dekonsky ira !»A la fin KerenskJI 

î" ‘ " . C . 0,è ™ et d,t très : « Ce sont mes ordre! 
Le prés,dent ne répondit pas et s’en alla. Mais, a^ 

™n, J . D J ko ,° aky ne partail pas lea soldats che 

ouenerr ^ fa ‘ rC P"î“ d “ ,létacfaen >ent et en co, 
quence la compagnie dn Second Régiment se D 
composée des pires éléments. 

Le 29 juillet (II août) j’allai voir Kerensky et r, 
contrai le Commissaire Adjoint du Ministère d? 
Cour, Paul-M ikailovilchMakarof, un ingénieur D’at ' 
ur convcation je compris pour la première foi,? 

J« t«mille impériale allait être transférée à Tobeî 
Le même jour, Makarof donna l’ordre à l’in-én J 
Lrtcl qui autrefois accompagnait rimpéralricc'Lhï 
nere dans ses excursions, de préparer un train spécS 
pour le 1" (14) août 2 heures du matin. ^ 

mandf/r 1 ’ 61 (1 - a0Ût, , la Famille ""Pénale me J 

manda do faire apporter 1a Sainte Image de la VierJ 

straiM " , I 1 '., m8ky 8U Palais Parce qu’elle d| 

«irait faire célébrer la messe à l’occasion de l’amiivel 

«aire de naissance d’Alexis Nikolaievilch. Je me si, J 

8 2 qUe 0#J0Br f à Ct , le lendemain l’état d’esprit <|J 
dais me causa les plus grands ennuis et je dus m’® 
cuper moi-même de la requête de la Famille impénal J 
La question de la Sainte Image une fois réglée je rel 

feVt “i V ‘| SUe p U C T mandant des troupes du dit trio 
(c elai alors 1 enseigne Kouzmine) d’un colonel et ,I’2 

autre homme en civil. Ce dernier me tendit la mai„l 
disant . « Puis-je me présenter moi-même i’etiiJ 
en prison au Kreslyî » Aujourd’hui encore je’ revoi.1 
Wl main sale. J 

Kouxmino et le colonel se cachèrent dans une chaiJ 
bu dont la porte donnait sur le corridor et attend 
rent la une heure entière la fin de l’office religieux „fiJ 
de voir la Famille impériale revenir Æt 
S °' r ’ apres lc départ de Kouzmine et de sa clique, Maka-i 
rof et Ilia-Leomdovich Talichtchef vinrent me vohl 


\L\ DÉPOSITIOX UC COLO XEL KOBYLIXSKI 171 

îchtchef me dit que l’Empereur lui avait fait de- 
fnder par Kerensky et Makarof de partager le sort 

■ Famille. U dit : « J’ai été très surpris car je ne fais 
) partie de la Cour, mais si c’est le désir de i’Empe- 
jf j e n’hésiterai pas. » 

L Empereur demanda a Tatichtchefde l’accompagner 

■ place de Benckendorir, car il était évident que 
lit impossible à ce dernier. II était très âgé et sa 
le était vieille et très malade. BenckendortT avait 
osé la princesse Dolgorouky, la mère de Vasily- 
aulndrovitch Dolgorouky, si bien que le beau-fils 
lia place du beau-père.Par la même raison M 40 » Na¬ 
dine, dame de compagnie de l’Impératrice ne put 

> 1 -mpiigner la Kamille impériale, cal ollè était 
■tirémoment âgée et avait une inflammation des pou- 

meme jour Marguerite îlitrovo vint chez moi et 
■fil une scène terrible, m’accusant de lui cacher le 
»ri de la Kamille impériale et disant qu’elle avait 
Tis qu’ils allaient être tous enfermés dans une for- 

fce. 

lans la soirée Kerensky téléphona qu’il viendrait â 
wkoic Solo à minuit le 1 er août (14) pour dire 
Iques mots au détachement de solfiais avant le 
vt. 

‘employai la plus grande partie du 31 juillet 
aoulj à faire mes préparatifs de voyage. Autant 
il m en souvienne il ne se passa rien d’important, 
fensky arriva à minuit. Le détachement était prêt 
fcous allâmes inspecter le Premier Bataillon. Ke- 
™iky dit peu de mots aux soldats dont voici la subs- 
^ : « Vous gardie^a Kamille impériale à Tsarskoie 
et vous continuerez à la garder à Tobolsk où elle 
■être conduite suivant la décision du Conseil des 
lis 1res. Souvenez-vous qu’on ne doit pas frapper un 
mme a terre. Ne vous conduisez pas comme des 
Arables. \ ous recevrez la même solde que dans le 







172 


LES DERNIERS JOURS DES ROM AN OP 




district de Petrograd sans compter le tabac et loi 
von, vous recevrez ; ussi une allocation journalièrj 

Kerensky répéta ces paroles au Quatrième liatM 
mais il no visita pas le Second Bataillon. Je doit 9 
rer votre attention sur le fait que les soldats des p 3 
inier et Quatrième Régiments différaient corapUÉ 
ment des soldats du Second Régiment. Les homal 
des premiers étaient bien tenus et possédaient fl 
quantité do vêtements, mais les soldats du Second H 
gimenl étaient démoralisés, leurs uniformes étal 
sales et ils avaient à peine de quoi se changer. c! 
différence eut do graves conséquences. 

Lorsque Kerensky eut fini ces adieux, il me difl 
« Maintenant allez chercher Michel Alexandrovl9 
Il est chez le Grand-Duc Boris Vladimirovitch. Jel 
rendis a la maison du Grand-Duc où je trouvai 
Vladimirovitch, une dame et Michel Alexandrovfl 
avec sa femme et Mr. Johnson, un secrétaire anglfl 
Tous les trois, Michel Alexandrovitch, Mr. Johnson! 
moi allâmes au Palais Alexandrovsky, Mr. Johafl 
resta flans 1 auto et Michel Alexandrovitch se renfl 
dans l’antichambre où Kerensky et l’officier de «onfl 
attendaient son arrivée. Tous les trois entrèrent 9 
l’Empereur. Je restai dans l’antichambre. Soudai! 
ment Alexis Nikolaievitch courut vers moi et me fl 
manda : «Est-ce l’oncle Mimi qui vient d’arriver? il 
lui répondis que oui et Alexis Nikolaievitch me demain 
la permission de se cacher derrière la porte. « Je fl 
sire le voir lorsqu'il sortira >» dit le Tsarévitch, Ijl 
cacha derrière la porte et regarda Michel AlexancB 
vitch à travers la fente riant comme un enfant de! 
ingéniosité. Michel Alexandrovitch causa environ! 
minutes avec l’Empereur puis lui dit adieu. J 

La Famille impériale quitta la station à cinq hetfl 
du matin. Deux trains étaient préparés. La Farail 
impériale. leur suite, leurs serviteurs et une com! 
gnic du Premier Régiment occupaient le prcml 


\ I t DEPOSITION DU COLONEL KÙBYLINSKl 173 

( Le reste, des soldats et des domestiques prirent 
jond train. Les bagages furent répartis dans les 

trains. ,. . 

ins le premier train se trouvaient \ erchinine, un 
ibre de la Douma, Makarof, l'ingénieur et le prési¬ 
de la Section Militaire, l'enseigne Efimof qui, 
a le désir de Kerensky, avait été envoyé afin d’in¬ 
ier le Soviet de l’arrivée de la Famille impériale à 
»lsk. Les places étaient arrangées dans le train de 
g^on suivante : L’Empereur occupait un compar- 
t dans le wagon confortable (de la Compagnie 
lationale). L’Impératrice était dans un autre, les 
adea-Duchesses dans le troisième, Alexis Niko- 
i V itch et Nagorny dans le quatrième. Demidova, 
gleva et Erzberg dans le cinquième et Tchemodurof 
Volkof occupaient le sixième compartiment. Dans 
|e autre voiture étaient Tatichtchof et Dolgorouky ; 
D r Botkine était dans un petit compartiment. 
ine ider et ses femmes, Kiatia et Macha, étaient 
semble, Gilliard seul, et dans un autre compartiment 
indrikova et sa femme de chambre Mejanz. 

' Dans la troisième voiture étaient Verchinine, Maka- 
f moi-même avec mon aide, lieutenant Nicholas 
exandrovilch Moundel, le commandant de la première 
impagnie, l’enseigne Ivan Trotimovitch Zima, 1 ensei- 
e Vladimir Alexandrovitch (je ne suis pas sûr de son 
m) et Mesiankine ; mais l'enseigne Efimof était seul 
ns un petit compartiment, comme personne ne se sou- 
lit de voyager en sa compagnie. La quatrième voilure 
ilenait une salle à manger dans laquelle la Famille 
pénale prenait scs repas, à l’exception de l’Impera- 
frice et d’Alexis Nikolaievitch qui mangeaient seuls 
is le compartiment de l’Impératrice. Les soldats oc¬ 
raient trois voitures de troisième classe. Plusieurs 
crons de bagages étaient attachés au train, 
lï ne se produisit rien de particulier jusqu’aux envi¬ 
as de Perm, mais juste avant d’y arriver le train tut 






17,< ^ DERNIERS JOUHS DES HOMAXOF I. \ DÊPOSITIOX DU COLOSEL KOBYLIXSKI 1*5 

arreté, et un gros homme à barlu blanche, qui .on^tenx maisons étaient assignées comme résidence de 
“lait être un fonctionnaire inférieur de la ligne, •-hordËFamille Impériale, de leur suite et de leurs domes- 
mon compartiment. Il se présenta comme le présideaSLuc^. L’une était la maison du Gouverneur, l autre 
des Ouvriers de la Voie et dit que les « Tovarichte^^Kit en face et appartenait à M. Kornilof. 

(camarades) désiraient savoir qui était dans le trai^Kucun meuble ne fut apporté de Tsarskoie Selo, on 
et ne permettraient pas au train d’avaneer jusqu'à i^^Bàervit du mobilier de la maison du Gouverneur, 
que leur curiosité soit satisfaite. Verchinine et Mak^Ks quelques nouveaux objets furent commandés et 
roflui montrèrent les papiers officiels avec la signatiiiXhetés à Tobolsk. 

de Kerensky. Le train reprit sa marche. Nous nrriÜ^Ri,r~ seules choses venues de Tsarskoie Selo à 1 usage 
viimes à Tiumen dans la soirée du 4 ou 5 août uou^^L|b Famille Impériale étaient des lits de camp, mais 
style, 17 ou 18 août) et le même jour nous moM(iimj^E*tittc Tou (il venir différents meubles que Makarof 
à bord de deux bateaux à vapeur. La Famille impérilltBgen indispensables. 

leur suite et la compagnie du Premier Régiment w^Bl/arrangcment ries pièces était le suivant : le pre- 
rent place sur le bateau ftouss ; quelques domesliqu^Bjiier étage conduisait au hall d’ou partait un corridor 
et les compagnies des Second et Quatrième RégimenlMvisanl la maison en deux parties; la première pièce 
s’embarquèrent sur le Kormilels. Les bateaux étaienHmain droite était occupée par l’officier de service. La 
confortables, mais le Kormilets était inférieur au /wHiambre suivante était celle de Demidova qui y pre- 
Autanl que je puis me le rappeler nous arrivâmes /» ToSait ses repas avec Togleva, Toulelberg et Erzberg. 
bolsk dans la soirée du 6 août (19 août) vers 5 ouMprès venait la chambre de Gilliard qui donnait des 
(> heures. La maison choisie comme résidence de li^Kçons à Alexis Nikolaievitch, Marie Nikolaievna et 
la mil le impériale n étant pas prête, nous restêmeXnastasia Ni kohtievna. La salle à manger dont se ser- 
quelques jours sur les bateaux. i a Famille impériale était contiguë. Sur le cûté 

Lorsque nous voyagions par chemin de fer, le trailKatiche du corridor, en face la chambre de l’officier de 
ne s arrêtait pas aux grandes stations mais seulcmen^Bervice, se trouvait la chambre de Tchemodourof. En- 
aui gares intermédiaires. L’Empereur et les autreXuite venait l’office puis une pièce occupée par Tegleva 
voyageurs quittaient souvent le train et marchaien^BErzberg et enfin la chambre de Tutelberg. L’esca- 
tandis que le train les suivait lentement. Quand nouflLr au-dessus de la chambre de Tchemodourof condui- 
vivions à bord, le navire se rangeait parfois à quai^Eiit à l’étage supérieur et au « cabinet de travail » de 
à une distance d’envirou dix verstes de la ville* aiuiH'Empereur, près du « cabinet de travail» était le hall; 
que la Famille puisse se promener. y avait aussi un autre escalier conduisant du hall à la 

Fendant que la Famille vivait .à bord, Makaro^Knlle d’attente. La première pièce à droite était le sa- 
mettait la maison en ordre. Tatichtchef, Hendriko^^Kn. ensuite venait la chambre de l’Empereur et de 
Lhneider, Tutelberg, Erzberg, Tegleva et DemidonWlmpératrice, puis celle des Grandes-Duchesses. En 
arrangeaient les meubles. Lorsque la maison fut prôlfl^^Bicc du nalon était la chambre occupée par Alexis Ni- 
la Famille s’y rendit ; une voiture très élégante fut^Kolaievitch, le lavabo et enfin la salle de bains, 
mise à la disposition de l’Impératrice. Elle y monta® Les personnes de la suite vivaient dans la maison 
avec Tatiana. Tous les autres allèrent en se promenant^Btornilof. Ceux qui arrivèrent à Tobolsk avec la Fa- 











ne 


u ; s de n nie ns jo uns des houaxof 


mille Impériale étaient (1) llia-Leonidovüch TatiJ 
chef, general aide-de-camp de S. M. • f2) nriJ 
Alexandre Vasiliévitch Dolgorouky ; ( 3 ) Èugèn! 
ge.ev,tch Bolk.ne médecin; (4) la comtesse Anastari 
Vas.üevna Hendnkova, demoiselle d’honneur perJ 
nelle de I Impératrice ; (5) la baronne Sophie Kar 
l .f. nu / how<len ' demoiselle d’honneur personnelli 
Lee r ™ Pél i atr ! C0 Katorine Adolfovna ChneidW 
frry‘ e , la < T 0Ur ; W Pierre Andreievich Oit 
hard , (8) Alexandra Alexandrovna Tegleva couve 
nante ; (9) Maria Gustavovna Tutelberg, femme ( 
chambre de I Impératrice ; (10) Elizabeth Nikolaievni 
flll A r n'na Cha "7 re deS G rai,des-D U ckes S e,l 

rhln.h . .■! ) ,a " OVMa Demidova < autre femme de 

chambre de I Impératrice ; (12) Viclorina Vladiral 

flsTp» I v, V " a ’ e " fanl ad °P Ue P ar »«ndrikova1 
tld) Pauline Mejantz, femme de chambre d’HendiA 

kova ; 14) lama et Macha (je ne sais pas leur nom d] 
•"odle), suivantes de Chneider ; (15) Terenlv Ivnnol 

S VoUof* d | Pchen ’°dourof ; (17) Alexis AndreiJ 

vitch ïï 7 < C ch ' do S - M. ; (18) IvanDmitricJ 

I h Sedm I, domestique des Grandes-Duchesses : 9 

S) K emeT '7 ICtd ° Pi \ d d6S Grandes-Duchesses» 
20) klemenly Gregonevich Nagorny, le domesliqj 

liard^ fa-n T V " l ! j Cr ' t ' rL ‘ lva nov. domestique de gÏ 
n i ’ i' ' ,Ul,ne * domestique de Tatischlchef et ,W 
Do gorouky ; (23) Francis jouravsky, maître d’hX 
(.1) Alexis Iroupp, valet de pied ; (25) Gregory So|J 

i°ed h 'm, V ï Cl dc P* ed = (26) Dormidontof, val* 3 
P d ’ ': 7 J kissdef, valet de pied ; (28) Ermolay God 
sef, 'alet de pjed ; (29) Ivan Mickaîlovitch Haritonoi 
cuisinier ; (30) Kokitcheff, cuisinier ; (31) Ivan VeJ 

sTnTer mi n T CU ‘r nier i, (32J Leonide Sednef. aide eu? 
■nier , (33) lerchm, aide cuisinier ; (34) Francis Tur- 

cu,'sfnmr ai n fi r;; ni0r à W S -gius Mikhailof. a,d, 
cuisinier , (36) Alexandre Kirpitchnikof, un emplov 


LA DÉPOSITION DU COLONEL KO B YLINSK1 177 

[qui remplissait l’office de suisse à Tobolsk ; (39) Alexis 
Sikolaicvitch Dimitrief, barbier ; (38) Rozhkof, chargé 
,dii soin de la cave ; après notre arrivée à Tobolsk nous 
[|dmes rejoints par (39) Vladimir Nikolaievitch Dere- 
inko, médecin et (40) Mr. Sidney Ivanovitch Gibbes. 
Notre vie à Tobolsk s’écoulait paisiblement. Les res¬ 
trictions étaient les mêmes qu’à Tsarskoie Selo, mais 
>ut le monde se sentait beaucoup plus heureux. 
L’officier de service restait dans sa propre chambre 
[$t personne ne se mêlait de la vie privée de la Famille 
unpériale. Ils se levaient tous de bonne heure, sauf 
l’Impératrice. Le matin après déjeuner l’Empereur se 
promenait et se livrait à quelqu’exercice physique. Les 
onfants se promenaient aussi. Chacun faisait ce qui lui 
1 plaisait. Dans la matinée, l’Empereur lisait, écrivait 
m journal ; les enfants prenaient leurs leçons. L’Im- 
ératrice lisait, brodait, peignait. Le déjeuner était 
servi à onze heures. Après, la Famille so promenait 
I d’habitude. Souvent l’Empereur sciait du bois avec 
■Dolgorouky, Tatichtchef et Gilliard et quelquefois les 
• Grandes-Duchesses se mêlaient à cet exercice. Le thé 
Eélail servi à quatre heures, tout le monde se tenait à 
la fenêtre et observait la vie de la ville. On dînait à 
six heures ; après le dîner, Tatichtchef, Dolgorouky, 
iBotkine et Derevenko se joignaient à nous et parfois 
nous jouions aux cartes. Les seuls joueurs de cartes de 
la Famille étaient l’Empereur et la Grande - Duchesse 
Olga. A l’occasion l’Empereur lisait à haute voix. Quel¬ 
quefois on jouait des comédies françaises ou anglaises. 
[Le thé était servi à huit heures et la conversation de- 
J venait générale jusqu’à onze heures, mais jamais plus 
■ tard. Après onze heures tout le monde se retirait pour* 
la nuit ; le Tsarévitch allait au lit vers neuf heures. 

L’Impératrice dînait toujours en haut et quelquefois 
le Tsarévitch dînait avec elle ; le reste de la Famille 
dînait dans la salle à manger. 

Les membres de la suite et les serviteurs pouvaient 


12 









17$ 


LES DERNIERS JOURS DES ROMAXOF 


LA DÉPOSITION DU COLONEL KO B YLINSKI 179 


sortir de la maison chaque fois qu'ils le désiraient, ili«politiques et à la transférer dans un endroit plus tran- 
étaient entièrement libres. Naturellement les actions d&MI quille. C’était sans aucun doute le meilleur parti à 
la Famille impériale étaient soumises aux mêmes rea^Bprendre. 

trictions qu’à Tsarskoie Selo, les seules sorties autori^H La population de Tobolsk était bien disposée pour 
sées étaient d’aller à l’église. Voici quelle était la règl^H la Famille impériale; lors de notre arrivée tous les ha- 
des services religieux. L’office du soir se disait à la^Bbitants se rendirent au débarcadère et quand la Fa- 
maison et était célébré par le clergé de l’église Hl&T^Bmillc se dirigea vers la maison du Gouverneur il était 
govechtchensky. Le prêtre, le Père Vasiliev, officiait. La^Bévident que tout le monde lui était sympathique. Mais 
Famille impériale allait seulement à l’église pour lca^Bpetità petit bien dos gens eurent peur de montrer leurs 
offices du matin. Afin d’y assister il lui fallait passo^Haentiments, quoiqu’ils conservassent leur respect en 
par le jardin et traverser la rue, mais des sontinollai^Hftecrpt. L)o nombreux dons furent faits à la Famille 
étaient postées tout le long du chemin et les étrangcr^Bîmpériale, surtout des mets et des bonbons, mais peu 
n’étaient pas admis dans l’église. Autant que je puis arrivaient à destination, la plus grande portion étant 

juger le Gouvernement s’elForça de maintenir des con^Bfcnangée par les serviteurs. 

ditions de vie en rapport avec la position de luFainilla^B L’agitation générale se répandit dans Tobolsk, la ville, 
impériale. Lors de notre départ de Tsarskoie Selo Ke-B attirait maintenant Puttention de politiciens de toute 
rensky dit avec emphase : « N’oubliez pas que celo^^Bespèoe, simplement parce qu’elle était devenue la ré- 
qui vous est confié est l’ancien Fmpereur, lui et saj^fcidence de la Famille impériale. Je ne pus commander 
famille ne doivent manquer de rien. » hommes que jusqu’au mois de septembre. 

La garde de la maison était sous mon contrôle et H En septembre un commissaire du Gouvernement du 
après notro arrivée à Tobolsk je crois que la Famillo^nnom doVasily Semenovitch Pankratof arriva à Tobolsk. 
s’habitua à moi et autant que j'ai pu le comprendre^BCet homme apportait une lettre signée do Kérensky 
n’éprouvait aucune aversion pour moi. Je puis le dire^Bqui disait que dorénavant j’étais le subordonné dePan- 
en toute vérité, car avant son départ l’Impératrice me^Bkratof et devais obéir à tous ses ordres. A l’âgc de dix- 
reçut et me donna une Image Sainte avec laquelle elle B huit ans Pankratof avait tué un gendarme à Kief en 
me bénit. j^Hilé fendant une femme. Pour ce fait il passa en cour 

Cette vie paisible ne dura pas et je puis tracer des-^Bmartiale et fut emprisonné à la forteresse de Schlüs- 
traila communs entre les premières périodes de l'exift^B selbourg où il resta quinze ans en cellule ; après quoi 
tence à Tsarskoie Selo et à Tobolsk. Les conditions de B il fut exilé dans le district de Yakoutsk où il vécut 
vie relativement faciles à Tsarskoie Solo avaient grfr^H vingt-sept ans. 

duellement disparu. C’était la conséquence de la pnsi^^B Son adjoint était Penseigne Alexandre Yladimiro- 
tion du Gouvernement qui sentait la terre se dérobar^Bvitch Nikolsky qui avait aussi été exilé dans Y akoutsk 
sous ses pieds et voyait l’agitation augmenter chez les^B parce qu’il était membre du Parti Socialiste Révolu- 
soldats, chaque jour plus mécontents. A la lin, ohligi^K tionnaire. C’est alors qu’il devint l’ami de Pankratof 
de lutter pour conserver le pouvoir et ne voulant pai^Bet lorsque celui-ci fut nommé commissaire près de la 
mettre la Famille en danger, le Gouvernement de Ive-^^BFamille impériale il demanda à Nikolsky d’être sou 
rensky se décida à l’éloigner du centre des combati^B assistant. 






80 


LES DERNIERS JOURS DES R O MA NO F 


Pankralof était un homme intelligent avec un esprit 
bien développé et un caractère extraordinairement doux! 

Nikolsky était rude. Il avait fait ses études dans un 
séminaire ecclésiastique et n'avait aucunes manières I 
il était aussi obstiné qu’un taureau et du moment qu'il 
avait pris une résolution dans son esprit, à propos do] 
n’importe quoi, il balayait tous les obstacles qui soi 
trouvaient sur son chemin. 

Après leur arrivée et lorsqu'ils virent comment loi 
choses se passaient, Nikolsky exprima sa surprise de] 
la facilité avec laquelle les serviteurs allaient et ve-1 
naient. « Ceci ne peut pas continuer dit-il, ils ont la] 
possibilité d’introduire des personnes du dehors. Tout! 
le monde doit être photographié. » J’essayai de le faire] 
renoncer à cette idée en disant que les sentinelles con* j 
naissaient parfaitement tout le monde de vue. Nikolsky ! 
répondit amèrement : «Oui autrefois la police nous pho-1 
tographiait de face et de prolil, aussi maintenant c’est 
leur tour d’être photographiés. » Il alla chercher un 
photographe et beaucoup de personnes furent photo-] 
graphiées, des inscriptions détaillées étant placées aul 
bas de chaque portrait. 

Alexis Nikolaievitch, qui était uu enfant très mali- I 
cicux, regarda à travers la fente de la porte et surj 
veilla toute l’opération mais lorsque Nikolsky l’apprit I 
il entra dans une grande colère. 11 réprimanda le sol*l 
dat de planton et parla très vivement au Tsarévitch.! 
L’enfant fut offensé et se plaignit des vociférations dal 
Nikolsky. 

Le jour même je demandai à Pankratof d’essayer! 
de modérer le zèle de Nikolsky. 

Ainsi que je l'ai dit plus haut, Pankratof ne désirait ! 
pas nuire à la Famille impériale mais lui et Nikolskyl 
furent responsables de bien des ennuis. Ne compr&l 
nant pas les réalités de la vie et étant membres con-fl 
vaincus du Parti Socialiste Révolutionnaire ils insis-1 
taient pour que chacun se joigne à leur parti et ils! 


LA DÉPOSITION DU COLONEL KOBYLINSKI 181 


commencèrent à convertir les soldats à leurs propres 
doctrines. Ils fondèrent une école où ils enseignaient 
aux soldats la littérature et toute sorte de connaissan¬ 
ces utiles, mais après chaque leçon ils discutaient po¬ 
litique avec leurs élèves et leur développaient le pro¬ 
gramme du Parti Socialiste Révolutionnaire. Les soldats 
écoutaient et le résultat de cet enseignement fut leur 
| conversion au Bolchevisme. Pankratof et Nikolsky dé¬ 
liraient aussi publier un journal sous le titre de Zem- 
lia i Volia (Terre et Liberté). 

I A cette époque vivait à Tobolsk un homme du nom 
de Pisarevsky. C’était un furieux démocrate ennemi 
des Socialistes Révolutionnaires, en conséquence il 
commença une campagne contre Pankratof et Nikolsky. 
Pisarevsky publiait un journal appelé Rabolchaia-Ga - 
zêta (Le journal des ouvriers) et voyant que Pankratof 
exerçait une certaine influence sur les soldats, Pisa¬ 
revsky commença à les démoraliser. Peu après l'arri¬ 
vée de Pankratof et de Nikolsky, notre détachement 
fut divisé en deux groupes : le parti de Pankratof et 
lo.parti de Pisarevsky ou plutôt des Bolcheviks. Le 
parti bolcheviste était composé des soldats du Second 
Régiment, de pauvres gens dont le niveau moral était 
fort bas. Un petit nombre d’hommes formaient un troi¬ 
sième groupe que j’appellerai le groupe neutre et dont 
presque tous les membres étaient des soldats qui avaient 
déjà été mobilisés en 1906 et 1907. 

Le résultat de ces campagnes politiques fut la démo¬ 
ralisation complète des soldats. 

Au début, ils ne cherchaient pas à être désagréables 
pour la Famille impériale, mais maintenant ils ne ces¬ 
saient de réclamer chose ou autre et comme ils ne 
pensaient qu’à leurs propres intérêts le résultat était 
que soit un membre do la Famille impériale, soit une 
personne de la suite avait à en souffrir. 

En premier les soldats, sous l’influence de la lutte 
politique, vinrent se plaindre à moi : « Nous couchons 









182 


LES DERNIERS JOURS DES ROMANOF 


LA DÉPOSITION DU COLONEL KOBYLINSKi 183 


dans des caves à charbon, notre nourriture est mau- H. Lorsque plusieurs soldats apprirent par les journaux 
vaise mais Nikolashka (diminutif injurieux du nom de ^Bque * es hommes appelés sous les drapeaux en 1900-1907 
l’Empereur dont les révolutionnaires se servaient) qui ^Bêlaient démobilisés, ils réclamèrent leur propre démo¬ 
est prisonnier a tellement à manger que ses cuisiniers <^^Bbilisation. Mais j’eus de mon côté la majorité des sol- 
jettent la nourriture dans l’auge des cochons. » A cette^^Bdats qui u’avaient pas le droit de quitter 1 armée et 
époque la vie était bon marché à Tobolsk. Mais Ke- ^Bnous leur persuadâmes assez facilement de rester, 
rensky n’avait pas tenu sa promesse et si nous rece*^^B Alors se produisit la Révolution bolcheviste, ce 
vions l’allocation d’Omsk, celle du District de Petro-^B® 011 ^™ 6111 sauvage qui s’étendit à travers toute la 
grad n’était pas payée; néanmoins les ressources étaient Russie et nous causa tant de souffrances! 
suffisantes pour que les hommes soient très bien nour-^^H C’est vers cette époque que se produisit un nouvel 
ris. Dans le but d’éviter de nouvelles frictions avec les ^Bincident désagréable. Le Père Vasilief, le prêtre qui 
soldats, il devint nécessaire de traiter la question d’ar- ^Bcélébrait le service religieux, n’avait pas de tact. Quoi- 
gent avec Pignatti, le commissaire du District, et de ^Bque très bien disposé pour la Famille impériale, il lui 
faire augmenter l’allocation de mille roubles, substi- B fit beaucoup de mal par sa conduite inconsidérée, 
tuant à l’ancienne nourriture des soldats, bonne mais ^B Le 24 octobre — 6 novembre— (avant la Révolution 
simple, dos mets do luxe peu nécessaires. ^B^°^ c ^ cv ‘ 8t0 ) j our anniversaire de l’avènement de 

Ainsi que je l’ai dit, Kcrensky avait promis aux soU^B’Emporeur an trône, la Famille impériale communia; 
dats une paie supplémentaire en dehors de leur allo-^^B« lle «'était confessée la veille après l’office du soir, 
cation journalière. Le mois de novembre se passa mais 11 Personne n’avait attaché une attention particulière à 
nous ne reçûmes pas d’argent en surplus. Les soldats |l» cérémonie de ce jour, mais le Père Vasilief eut la 
commencèrent à murmurer : « Ils promettent tout et folie de faire sonner les cloches sans interruption do¬ 
nc donnent rien. Nous nous paierons nous-me mes. puis sortie de l’église de la Pamille impériale jus- 
Nous démolirons les magasins et toucherons ainsi^Bqu'à son entrée dans la maison du Gouverneur! 
notre paie. » De nouveau j'allai chez Pignatti et lui ^^B Le jour de Noël la Famille impériale assista à la 
empruntai quinze mille roubles. De cette façon je dis-^B raess0 du mal ‘ n après laquelle fut récité le service 
tribuai chaque jour une paie de cinquante kopeks aux ^^b d action de grâce habituel. A cause du froid intense, 
soldats qui se turent pendant quelque temps. Mais les j’avais l’habitude de relever les sentinelles avant la fin 
soldats décidèrent d’envoyer des délégués à Moscou et ^Bde l’office et je ne laissais qu’un petit nombre d’hommes 
à Petrograd afin de régler la question de l’allocation ^B de garde autour de l'église. Parfois, quelques-uns de 
journalière, ils choisirent Matveief et Loupine comme^Bces soldats entraient dans l'église ; les plus âgés ve- 
représentants. Au bout de quelque temps ils revinrent ^^B na i t,!, l P r * er mais la majorité cherchaient a se réchauffer. 
(Matveief était passé officier) et dirent aux hommes quo^^^H Au total le nombre des soldats à 1 intérieur de 1 église 
l’argent serait envoyé de Moscou. Je fus obligé de re-^^Bétait généralement minime. Mais ce jour-là je remarquai 
tourner chez Pignatti et de lui demander de nouveau^^^B q u il y avait plus de soldats que d habitude, il me vint 
quinze mille roubles, les soldats ne croyaient plus aux ^B ® l idée que le jour de Noël était considéré comme un 
promesses et comme ils échappaient à mon contrôle, do ^^B®ongé. Quand les prières d action de grâce furent 
graves ennuis auraient pu arriver. ^^^Bpresque dites, je quittai l’église et donnai l’ordre à un 







IM 


LES DERNIERS JOL'ltS DES IlOM x \XOF 


soldat d’appeler la garde, je ne rentrai pas dam 
l’église et n’entendis pas la fin du service. Mais aprèlJ 
que la Famille impériale eut quitté l’église, PankraloJ 
me dit : « Savez-vous ce que le prêtre a fait ? Il a lu 
la prière pour la conservation de la vie de TEmpereuM 
de l’Impératrice et de toute la Famille mentionnant] 
leurs noms dans la prière et sitôt que les soldats l’ont 
entendu ils ont commencé à murmurer. L’inutile fidé¬ 
lité du Père Vasilief causa de grands désordres; les 
soldats firent du vacarme et se mirent en tête de tuer 
ou tout au moins d’arrêter le clergé qui avait officiéfl 
On eut beaucoup de mal à leur persuader de ne pas 1 
agir eux-mêmes et d’attendre la décision d’un comité 
d’enquête. Voyant la situation aussi tendue, l’évêque 
Hermogène transféra immédiatement le père Vasilief 
au monastère d’Abalaksky. 

J’allai voir personnellement l’Evêque et lui deman-j 
dai de nommer un autre prêtre. A partir de ce mo¬ 
ment ce fut le Père Klynov qui célébra les offices pour 
la Famille impériale. Le résultat de cette nouvelle 
agitation fut que les soldats n’eurent plus aucune con-j 
fiance dans ma parole et continuèrent à dire : « Lors-I 
que l’office se dit à la maison, il esé très probable 
qu’on récite la prière pour la conservation de la Fa¬ 
mille impériale. » En conséquence les hommes décidé*] 
rent que la Famille impériale n'irait plus à l’église et 
qu’elle ne pourrait prier qu’en présence d’un soldat. I 

La seule concession que je fus capable d’obtenir] 
était la permission pour la Famille impériale de se 
rendre à l’église les jours de Dvounadesiatye Prazd- 
niky (grandes fêtes de l'Eglise orthodoxe). Je dus me 
soumettre à la décision des hommes qu’un soldat serai! 
présent au service divin célébré dans la maison du 
Gouverneur. C’est ainsi que la conduite imprudente 
du Père Vasilief eut pour résultat de permettre aux 
soldats de pénétrer dans la maison du Gouverneur ce 
qu’ils n’avaient jamais pu faire jusque-là. 


L\ DÉPOSITION DU COLONEL KOBYLIXSKl 185 


( Un peu plus tardun autre incident se produisit. Un 
ioldat nommé Rybakof assistant aux prières entendit 
[lb prêtre mentionner le nom de Tsaritsa Alexandra 
■une sainte) : de nouvelles plaintes s’élevèrent aussi- 
" t ; il me fallut appeler Rybakof, trouver un calen- 
•ier et lui expliquer que Tsaritsa Alexandra ne signi¬ 
fiait pas l’impératrice Alexandra, mais seulement le 
un d’une sainte vénérée comme Tsaritsa Alexandra. 
Au moment où l’armée fut démobilisée, mes Chas- 
leurs partirent. Pour remplacer les vieux soldats qui 
l’en allaient on nous envoya quelques jeunes gens 
ies réserve de Tsarskoie Selo. Ces soldats s’étant trou¬ 
vés au centre des luttes politiques étaient vicieux et 
fcorrompus. Ces nouveaux Bolcheviks augmentèrent le 
nombre et la force du groupe Pisarevsky. Bientôt, 
grâce à la propagande de Pisarevsky, Pankratof fut 
Séclaré « contre-révolutionnaire » et renvoyé par les 
Soldats. 11 quitta Tobolsk accompagné de Nikolsky. 
[Les soldats réclamèrent par télégramme la présence 
d’un Commissaire Bolchevik à Tobolsk ; je ne sais 
Pourquoi ce Commissaire ne vint pas. 
f Ne sachant plus quoi exiger, les soldats décidèrent 
L’interdire aux personnes de la suite de quitter la mai- 
Eon. J’essayai d’expliquer aux hommes combien cette 
«rétention était ridicule ; ils changèrent d’avis et con¬ 
tinrent de laisser sortir les membres de la maison 
mais accompagnés par une sentinelle. A la fin ils se 
fatiguèrent de ceci et permirent à tout le monde de 
brtir, mais seulement deux fois par semaine et pas 
|his de deux heures. 

T Un jour, désirant dire adieu à un grand nombre de 
Loldats partants, l’Empereur et l’Impératrice montè- 
Cent sur une petite colline de neige durcie qui avait 
tlé élevée pour l’amusement des enfants. 

Les soldats restants se mirent fort en colère et 
tèrent la petite butte jusqu’au sol disant qu’il serait 
facile de tirer sur la Famille impériale lorsqu’elle se 




















186 LES DERME HS JOURS DES ROMANOF ■ LA DÊPOSITIOS DU COLONEL KOBYLINSKI 187 


trouvait au sommet et que si cela arrivait ils -cr.uenjiie je ne pouvais plus en supporter davantage. J'avais 
rendus responsables. ^Hrdu absolument tout contrôle sur les hommes et je 

Une autre fois l'Empereur revêtit le « tcherkeska «Assurais mon impuissance. Je me rendis à la maison 
(le costume des tribus du Caucase) et passa un pohBt Gouverneur et demandai à Tegleva de m’obte- 
gnard dans sa ceinture. Les soldats montrèrent untBr une entrevue de l’Empereur. L’Empereur me reçut 
soudaine agitation et crièrent : « Il faut les fouillgr, Bmédiatemcnt dans la chambre de Tegleva et je lui 
ils portent des armes. » Avec beaucoup de peine, j’obtini®* : « Votre Majesté, l’autorité m'échappe rapidement 
que cette idée de fouille fut abandonnée. J'allai explj^W mains. Les hommes ont enlevé nos épaulettes ! Je 
quer la situation à l’Empereur et lui demandai de meBpuis plus vous êlre utile, aussi je désire donner ma 
donner le poignard (plus tard Rodionof le prit). Dol^fcnission si vous ne vous y opposez pas. Mes nerfs 
gorouky et Gilliard me remirent leurs sabres qoiSrat à bout. Je suis épuisé. » L'Empereur mit son bras 
furent pendus au mur de mon cabinet de travail. B? mon épaule, ses yeux étaient pleins de larmes. 11 
J’ai cité les mots que Kerensky m’adressa lors deBpondit : « Je vous supplie de rester, Eugène Sté- 
notre départ de Tsarskoie Selo. Au début la FamilltBliovich, restez pour l’amour de moi, pour l’amour de 
impériale ne manqua de rien à Tobolsk, mais à prè-Bi femme, pour l’amour de mes enfants. Vous devez 
sent nous n’avions plus d’argent et n’en recevions pasBttus soutenir. Vous voyez tout ce que nous souffrons. » 
Nous commençâmes à vivre à crédit. J’écrivis saujfl Alors il me prit dans ses bras, nous nous embras- 
résultat au lieutenant général Anichkof qui était charg^Bnos et je résolus de rester. 

de l’Intendance de la Cour. A la fin Ilaritonof le cu^Hklarriva que Dorofeief, un soldat du Quatrième Régi- 
«inier dit qu’on n'avait pas confiance en lui dans le»Bent (l'apparence de ce détachement avait bien changé) 
magasins et notre crédit parut ruiné. J'allai voir UHpt me trouver et me dit qu’à un meeting du Comité 
directeur de la succursale de la Banque Nationale k flf-i Soldats il avait été décidé que l’Empereur enlève- 
Tobolsk ; il me conseilla de traiter la question avec Bit ses épaulettes et me remettrait ses décorations, 
un négociant, M. X..., qui était monarchiste et avait de*Béssayai de persuader à Dorofeief de renoncer à cette 
fonds déposés à la banque. Grâce à une lettre de ehang^Hée. Il devint très agressif, appela l’Empereur « Niko- 
endossée par Tatichtchef, Dolgorouky et moi-mêm^Bhka » et devint fort violent au cours de la conver- 
le négociant m’avança vingt mille- roubles. Naturd^Htàon. Je lui fis remarquer combien ce serait embar- 
lement je demandai à Tatichtchef et à Dolgorouky di^bsant si l’Empereur refusait. Le soldat répondit: « S’il 
garder le silence sur ce prêt et de ne jamais en parlfl^Bwuse je les lui arracherai » ; je dis alors: « Mais sup- 
à l’Empereur ou à quelqu’un de la Famille impériale.Bfsez qu’il vous frappe? Dorofeief répliqua: « Alors 
Tous ces contre-temps fatiguaient beaucoup. frapperai aussi. >* Que pouvais-je dire déplus? Je 

Ce n’était pas une vie mais un enfer. Mes nerfi^kommcnçai à user de persuasion disant que les choses 
étaient tendus à l'extrême limite de 1’endurancie.Bptaient pas toujours aussi faciles qu’elles le parais- 
C’était très pénible pour moi de mendier afin de fair^Bjient ; j’ajoutai que l’Empereur était cousin du roi 
subsister la Famille impériale, aussi lorsque les sol^Btngleterre et qu’il pouvait s’en suivre de graves com- 
dats prirent une nouvelle résolution et décrétèrent quiBlications. Je conseillai aux soldats de demander des 
les officiers devaient enlever leurs épaulettes, je senti^B l ^ riu ' t ‘ on8 à Moscou et ayant réussi sur ce point ils 









LES DERNIERS JOURS DES ROMANOF 


allèrent télégraphier à Moscou. De mon côté je me 
rendis chez Tatichtchef et lui demandai de supplier] 
l’Empereur de renoncer à porter les épaulettes en prP 
sence des soldats. A partir de ce moment l’Empereu; 
porta un pardessus de mouton noir sans épaulettes,. 

On avait fait des escarpolettes pour les enfants, car] 
les Grandes-Duchesses aimaient à se balancer, maif 
les soldats du Secoud Régiment, qui étaient de gar<! 
gravèrent des mots fort indécents sur les sièges da 
balançoires. L’Empereur s’en aperçut et fit enlever loi 
sièges. Ce fait sc produisit au moment où le serga 
Chikounof était le capitaine de la garde. C’était 
Bolchevik. 

Je ne me souviens pas du jour exact où je reçus |M 
télégramme de Kareiir.e, le commissaire chargé de l’a 
cien Ministère de la Cour Impériale. Le télégrammJ 
m’informait que la nation ne pouvait continuer à e*n< 
tretenir la Famille impériale et qu’elle ait à se suffin 
à elle-même, mais les Soviets lui fourniraient le log 
ment, le chauffage et des rations de soldats. 

Ceci fut la plus dure épreuve infligée par les Bolchoj 
viks à la Famille impériale. Le télégramme disai 
aussi que la Famille ne devait pas dépenser plus < 
six cents roubles par mois par personne. Cet ordfi 
affectait non seulement la qualité de la nourriture sai 
vie à la Famille, mais encore la suite. La Famille il 
périale ne pouvait plus entretenir les personnes fai 
saut partie de leur suite, aussi celles qui n’avaient pal 
de ressources particulières durent s’en aller. Un ccr< 
tain nombre de serviteurs reçurent leur congé : ( 1) J 
maître d’hôtel Gregorie Ivanov Solodoukhine ; (2) ld 
maîtres d’hôtel Ermolai Gusef ; (3) Dormidontof : 1)1 
selef; (5) le cuisinier Verechtchagine ; (6) l’aide cuisj 
nier Semcn Mikhailof; (7) Frantz Purkovsky ; (8) SU 
pan Makarof, l’assistant de Tchemodourof ; (9) Slup 
valet de chambre, dont j’ai oublié de mentionner le no 
plus haut, et quelques autres. 


1 LA DÉPOSITION DU COLONEL KOBYLINSKI 1SÔ 

Comme les soldats avaient toujours l’esprit préoc- 
|pé de la question de leur solde journalière, ils en¬ 
tèrent à Moscou un Bolchevik nommé Loupine. 
orsque Loupine revint il peignit la situation à Mos- 
ju sous des couleurs de roses et rapporta aux soldats 
p promesses les plus alléchantes. Il dit qu’au lieu 
es cinquante kopeks par jour qu’ils recevaient au 
mips du Gouvernement Provincial, les soldats touchè¬ 
rent désormais trois roubles par jour. Ces nouvelles 
ransformèrent tous les soldats en Bolcheviks. Ils di¬ 
rent : « Quels bons garçons que ces commissaires ! 

I Gouvernement Provisoire nous promettait cin- 
uante kopeks par jour mais ne les payait pas. Les 
pmmissaires nous donneront trois roubles chaque 
jur! » et ils se communiquaient ces joyeuses nouvelles 
I uns aux autres. 

Loupine rapporta l’ordre d’arrêter Tatichtchef, Dol- 
prouky, Benckendorff et Chneidcr. Il nous annonça 
nssi que notre détachement serait bientôt relevé et 
lü’un nouveau Commissaire arriverait avec un nou¬ 
veau détachement. Je crois que les soldats redoutaient 
I venue de ce nouveau Commissaire. Us décidèrent 
k transférer tontes les personnes de la suite daus la 
liaison du Gouverneur et de les mettre sous bonne 
Krde. Tout le monde fut donc réuni dans la maison 
lu gouverneur sauf l’Anglais Gibbes qui ne se souciait 
las de vivre en commun et qui eut la permission 
l’avoir une chambre en dehors. 

s De nouvelles cloisons furent installées dans la pièce 
l’entrée contiguë à la chambre de Tchemodourof, ce 
lui permit de loger Demidova, Tegleva et Erzberg. La 
b ambre de Demidova fut partagée par un rideau, Ta- 
ichtchef et Dolgorouky s'y installèrent. Chneider et 
leux de scs femmes furent placés dans la pièce occu¬ 
pe précédemment par Erzberg et Tegleva. La chambre 
le Tutelberg fut donnée à Hendrikova et Nikolaicvna, 
il Tutelberg fut logée dans une pièce sous l’escalier 






190 LES DEUXIEBS JOURS DES ROMAX ar I I ID H' IIIHI DU COLOXEL KOBYUXSKI 101 

principal à l'intérieur de la séparation. De cette fa0O®O rtcr toute la famille du Tsar à « la Colline » ce qui 
il nous fut possible de respecter l'installation parlièiiB^lait dire en prison. La prison de Tobolsk étant 
lière de la Famille impériale. ^^Btuéc sur une hauteur était toujours appelée « la Col- 

Mr. Gibbes s’installa dans une petite maison prés tliftue »• fi 3 remarquer que la famille du Tsar était 
la cuisine et tout le monde, y compris les servile ur«®° us l’autorité du Soviet central et non du Soviet lo- 
fut placé sous arrêt. Les serviteurs ne recevaient |Ad, mais ceci n’arrangeait pas les choses. Je me servis 
permission d’aller en ville que dans les cas d’n Tir j.» Jllprs d’un autre argument : l’ordre était impossible à 
nécessité. ^^^ftécuter ; si la Famille impériale était emprisonnée il 

Le nouveau Commissaire arriva bien, mais ce n’éU^Bfrdrait transférer tous les soldats de notre détachement 
pas l’homme dont Loupine avait parlé. Ce Commissaijt® P r * son » ce qui était impraticable, ou laisser la 
envoyé d’Omsk pour contrôler la vie de la Famillt* im^kson sans soldats ce qui la laisserait à la merci d’une 
périale était un Juif nommé Dutzman. Il prit ses quni^Vaque. Comme nos soldats commençaient à devenir 
tiers dans la maison de Kornilof mais il ne prit tu^Bjuiétants, le Soviet changea d’avis et annonça qu’au¬ 
cune part active aux affaires et ne vint jamais à J®* 110 décision ne serait encore prise, qu’il ne s’agissait 
maison du Gouverneur. Bientôt après il fut élu d’une suggestion. 

taire du Soviet du district et s’y installa en permanonc^BfNous attendions tous avec anxiété l’arrivée du nou- 
A cette époque les leaders du Soviet étaient : DqüStftU Commissaire. Le bruit courait que Trotsky vien- 
man, un Juif nommé Peissel et un Letton nommé Dis®* 3 * 1 lui-même. Finalement le Commissaire Yakov- 
ler. Zaslavsky prit aussi une part active dans la dirao®# arriva à Tobolsk dans la soirée du 9 (22) avril et 
tion du Soviet. Il était, à ce que je crus comprendfô®fcc enc lit à la maison Kornilof. Il était accompagné 
le représentant d’Ekaterinebourg ou plus exactemfln®* r un certain Avdeiof (qui me parut son adjoint), un 
du Soviet du District de l’Oural. La raison de son u®felégraphiste qui transmettait les dépêches de Yakovlcf 
rivée ne me parut pas claire. Il semble que les Bû^^B 080011 et à Fkaterinebourg, et par un jeune garçon, 
cheviks d’Omsk étaient en querelle avec les Bolche*|^H^akovlef paraissait environ trente-deux ou trente- 
d’Ekaterinebourg. Ceux d’Omsk désiraient inclure TV)®* 0 ** ans. Ses cheveux étaient d’un noir de jais ; d’une 
bolsk dans leur juridiction de la Sibérie Occidental*) ®M‘ e au-dessus de la moyenne il était mince, mais 
mais les gens d’Ekaterinebourg voulaient raltaeherila® ûrt et bien musclé ; il semblait être Russe et donnait 
ville au District do l’Oural. Dutzman était le repré® impression d’être très énergique. Il portait un cos- 
sentant des Bolcheviks d’Omsk et Zaslavsky celui deJBfame de marin, sa parole était brusque, mais son lan- 
Bolcheviks d’Ekaterinebourg. Je présume queZaslavgjb^R# 6 trahissait une bonne éducation. Ses mains étaient, 
vint à Tobolsk parco que dès cette époque les Bolch^^F°P rc • ' ses doigts effilés, il semblait posséder l’éduca- 
viks d’Ekaterinebourg avaient l’intention de noilïy® 01 * eL l’expérience de ceux qui ont vécu à l’étranger, 
transférer. Matveief, un Bolchevik que j’ai déjà mea^B° rs( l u ^ prjl congé de Gilliard il lui dit : « Bonjour 
tionné et qui visitait souvent le Soviet, me dit une foiiÏMonsieur. » Ceci montrait une certaine connaissance 
que le Soviet désirait avoir deux soldats de chaqgaSv français. 

compagnie. Six soldats furent donc délégués ; ils m'm«HTVakovlef nous informa qu’il avait vécu en Finlande 
formèrent peu après que le Soviet avait décidé do Lrani^® P our une ra,son ou une autre il avait été condamné 











192 


LES DERNIERS JOURS DES ROMANOF 


LA DÉPOSITION DU COLONEL KORYLINSKI 193 


à être pendu, main ayant réussi à s’échapper il uvail 
voyagé en Suisse et en Allemagne. Autant qu’il m’eq 
souvient son nom était Vasily Vasilievitch ; Yakovlef 
était son nom de famille. 

Avdeief paraissait vingt-six ou vingt-sept ans. ,11 
était de taille moyenne et plutôt mince, sale et mal 
tenu il portait d’ordinaire un uniforme. Sa figure etailj 
ronde mais pas grosse et il ne donnait aucun sigas 
d'ivresse. 

J’oublie de dire que Yakovlef m’informa qu’il était] 
né à U fa ou dans quelqu’endroit du district d’Ufa. l’o! 
détachement de Bouges, cavalerie et infanterie, Tint 
avec lui à Tobolsk ; c’étaient tous de jeunes soldatsj 
Yakovlef désirait nous persuader qu’étant très popuj 
lairc et connaissant beaucoup de monde à Ufa il avaij 
pu y organiser son détachement. Ses hommes furenl 
installés partie dans la -maison de Korniiof et partij 
dans les chambres de mes,soldats. Dans la matinée (la 
10 (23) avril Yakovlef vint me trouver avec Matveidj 
et se présenta comme Commissaire Spécial. Il possé^ 
dait trois documents. Ces documents portaient l’en¬ 
tête de la : « République Fédérative Russe des Si 
‘ viets » et étaient signés par Sverdlof et Ovanesof {( 
Avanesof). 

Le premier document m’était adressé et m’ordom 
d’accéder sans retard à toutes les requêtes du Corai 
saire Spécial Tovarichtch (camarade) Yakovlef 
était chargé d’une mission très importante. Mon refi 
d’exécuter ses ordres devant entraîner ma mort irai 
diate. 

Le second document était adressé aux soldats de n< 
tre détachement. Son contenu était à peu près le mêi 
et menaçait d’une pénalité similaire — le conseil» 
guerre révolutionnaire et la mort sans sursis. Le 
sième document était l’identification de Yakovlef; 
y disait qu’il avait reçu une mission spéciale, mais 
n’entrait dans aucun détail. Sans m’en donner la raiad 


[Yakovlef me dit qu’il désirait parler aux soldats. En 
nséquence j’assemblai les hommes de mon détache- 
ent à onze heures. Yakovlef leur dit que leur repré- 
ntant, le Tovarichtch (camarade) Loupine avait été à 
Moscou solliciter une augmentation de solde pour eux. 
Dakovlef apportait les fonds et chaque soldat allait re- 
levoir trois roubles par jour. Après quoi il exhiba son 
pier d’identité et Matvcief le lut à haute voix. Les 
idats examinèrent le document et attachèrent une 
ande attention au sceau officiel. Mais ils ne parurent 
bas éprouver beaucoup de confiance en Y akovlef. Celui- 
b s’en aperçut et commença à parler de la paie jour¬ 
nalière, il dit que le détachement serait bientôt relevé 
et autres choses semblables. Evidemment il savait ma- 
pier une foule et s’entendait à profiter de ses faiblesses. 

11 parla avec éloquence et ardeur. En terminant son 
Ëiscours il toucha au malentendu entre les soldats et 
le Soviet local au sujet de la décision du Soviet rela¬ 
tive à l’emprisonnement de la Famille impériale et il 
promit de régler la question. 

Après cela il se rendit avec moi à la maison du Gou¬ 
verneur. Il examina d’abord l’extérieur ; puis il visita 
rez-de-chausséc et ensuite le premier étage. Autant 
je puis me le rappeler il vit l’Empereur et les Gran- 
is-Duchesses de loin car ils étaient en ce moment dans 
cour. Je suppose qu’il ne vit pas l’Impératrice, mais 
me souviens qu’accompagné d’Avdeief il visita le 
karevitch. J’eus l’impression que Y’akovlef cherchait 
[persuader Avdeief que le Tsarévitch était malade, 
le me souviens que l’olficier de garde était l'ensei- 
e Semenol, mais quand Avdeief voulut s’installer 
juis sa chambre Semenof protesta et réussit à s’en 
ibarrasser. Il n’arriva rien d’autre ce jour-là. 

Le 11 (24) avril, Y’akovlef pria les soldats de s’assem- 
iler de nouveau. Zaslavsky, le représentant du Soviet, 
pt Degtiaref, un étudiant, vinrent avec lui au meeting, 
■'étudiant avait été envoyé d'Omsk pour représenter 


13 

















us DBHNtERS JOVBS DESJOHA*» 


194 _____ _ 

■-' ... ■ Soviet de ïobolsk. ZaslavsH 

les intérêts sibériens au L'élu- 

représentait les ^,£^dats. Il* accusa tm 
diant commença P fé ndant de fausses nou- 

lavsky de les mquié 1 Famille impérial*) 

velles^sur le danger qu, mend ia Ja«m 9^ 

et en disant qu'un tuunel eta.t creu^ ^ ^ 

SC a g itéc redoutant des 3 

“S. rumeurs 

avais onUndues pour a P d'empnsonnerl 

été au Soviet lors de 1 men t en faveur d, 
Famille impériale , le P r '"® * * i a Famille impé 

cette décision était « n ^ GoU vernour ». TeUi 

riale de rester dan# oar ^étudiant. Z a» 

fut la substance du discour fut M fflé el 

lavsky essaya en vain „ , ky était arrivé à Tobolsk 

eut l’idée de rassembler les^solda ^ ^ ^ 

Le même jour vers o Yakovlef avait assembL 

Aksinta vint me prevem \ l'intention d eJ 

le comité du déUchemenUta Y#Uovle f dit »u 

mener la bamillc l'Empereur mais toute J 

comité que n f n ^ l T n ^ a m leée du 12 (25) an 
Famille devait partir- * suivant la déciw 

Yakovlef vioU m ,°: el "üfi aUaTt emmener laFamil 

du Comité Central Exe Pourquoi » et ajouta 

d9 Tobolsk. Je ‘u. demanda W ^ 

„ Que ferez-vous du TsareMtc . H C e âl ladifl 

per. étant malade. * Yakovlef repoudd £ g L K 

îcB'S.rÆ Ju ta i-SL. d.» f-jJ 

& c .!^ 

(Habituellement Yakovlef 1 appe 


LA IiÉPOSITlOS DU COLOSEI. KOBYUNSKI_ 19» 

lur.) « Quand pourrai-je voir la Famille ? continua-t-,l 
ion intention est de quitter la ville demain. » Je lu. dis 
s’il pourrait voir la Famille après le repas. me 
Lia alors. Je me rendis à la maison et demanda. 
Sutmt qu’il m’eu souvient) à Tatichtchef de savoir a 
luelle heure l’Empereur pourrait me recevoir avec 
Uovlef. L’Empereur fixa deux heures après le rep . 
[deux heures, Yakovlef et moi pénétrâmes dans le 
K L’Empereur et l’Impératrice se tenamut au md^ 

1. nièce ' Yakovlef s'arrêta a une petite distance 
nu et les’salua. Il dit alors (en ne s adressant qu a 
tmnereur) « Je dois vous informer que je suis le Ile 
tentant Spécial du Comité Central Executif de Mos- 
’ et l- a , mission de conduire toute votre Famille hors 
L Tobolsk mais comme votre fils est mala e j ai roi, 

Jdo refus il me faudra vous emmener de *or 

C „ pouve* prendre avec vous les personnes que vous 
6drez. Tenez- vous prêt, nous partons a quatre heure 

fevTeŸÏmclina de nouveau devant l’Erreur et 

Vak ° fi V t le 8 r tee U dTrTsut.Ï dïïStaS 

PSTjS remontât. l’Empereur, flmpératric. 
KLu#~k*f ,-l Doleorouky étaient assis dans un coin 
ïï^tatSÏS-.. L’Empereur me demanda ou 









LES DERNIERS JOURS DES ROMANOF 


Ton avait l'intention de le conduire. Je répondis quai 
personnellement je n’en savais rien mais que d’apr* 
quelques mois échappés à Yakovlef je pensais que ion 
intention était de mener l’Empereur à Moscou, voici 
pour quelles raisons. Dans la matinée du 12 (23) avril 
il me dit qu’il partirait d’abord avec l’Empereur, pui- 
qu’il reviendrait chercher la Famille. Je lui deraarf 
dai : « Quand avez-vous l’intention de revenir ? » 
Yakovlef répondit : « Eh ! bien nous atteindrons notr 
destination dans quatre ou cinq jours. Nous resteroul 
là quelques jours et alors je reviendrai. Je serai itfl 
de nouveau environ dans dix jours ou une quinzainft^^ 
Je dis à l’Empereur que cela m’avait donné à pense» 
qu’on avait l’intention de le conduire à Moscou. L’Era-1 
perçut* dit «lors : « Je suppose qu’ils désirent me Ü^Ê 
cer à signer un traité de Brest-Litovsk, mais j aime*-! 
rais mieux me couper la main droite que de signer uni 
pareil traité 1 »« J’irai auàsi » ditl’lmpératrice en mon¬ 
trant une profonde émotion. « Si je ne suis pas là ils! 
le forceront à faire quelque chose exactement do S 
même façon qu’ils s’y sont pris une première fois si 
et elle ajouta un mot sur Rodzianko. Il était évident* 
que l’Impératrice faisait allusion à l’abdication de l’Em¬ 
pereur. 1 

Ainsi se termina la conversation et j’allai à la maw 
son Kornilof voir Yakovlef. Il me demanda quelle j 
personnes accompagnaient l’Empereur, répétant (poil 1 
la seconde fois) que tout le monde pouvait le faire à ) 
condition de ne pas prendre trop de bagages. 

Je retournai à la maison et demandai à Tatiehtcl 
de me dire les personnes qui avaient l’intention di 
partir avec l’Empereur. Je promis de revenir .chercha" 
les noms au bout d’une heure et à mon retour TaticH 
chef me dit que les personnes suivantes quittait 
Tobolsk : l’Empereur, l’Impératrice, la Grande-Dfl 
chesse Marie, le D r Bolkine, Dolgorouky, TchemodtH 
rof, Seduef le maître d’hôtel et Demidova la fe^ 


LA DÉPOSITION DU COLONEL KO B Y LINS Kl 197 

(de chambre. Lorsque j’apportai cette réponse à \ ako- 
rlef il me dit : « Cela m’est tout à fait égal. » Je sup- 
>sc que le désir de Yakovlef était d’emmener l’Em- 
ereur de Tobolsk le plus tôt possible. Quand il vil la 
(épugnance de l'Empereur à partir seul 3 akovlef se 
lit sans doute : Eh ! bien laissons-lui prendre qui il 
Dudra comme compagnie pourvu que je puisse exécu- 
» r mes ordres. C’était la raison qui lui faisait repe- 
p r ; R peut emmener qui lui plaira. Mais il n’exprima 
mis la seconde partie de sa pensée, il ne m’en dit rien 
lais toutes ses actions révélaient que tel était son 

■sir. • •! 

■ Il était évidemment très pressé, c est pourquoi il 
donna l'ordre de limiter la quantité de bagages. Je ne 
tournai pas à la maison ce jour-là pensant qu ils 
■eraient plus heureux do rester seuls. A ce moment la 
Kami lie se préparait au départ. Gilhard me dit que 
l’impéralrico était extrêmement abattue. Elle avait 
'beau être uno femme très maîtresse d’elle-meme, sa 
décision d’accompagner ['Empereur la bouleversait car 
il lui fallait laisser son fils bien-aimé derrière elle. 

F Si l’Impératrice avait su qu’on allait la conduire a 
Ekaterinebourg pourquoi aurait-elle été si deprimee 
Ekalerinebourg n’est pas très éloigné de Tobolsk. Mais 
l’Impératrice devinait d’après les allures de \ akovlef 
(.(comme tout le monde le pensait) qu il n allait pas les 
conduire à Ekaterinebourg mais dans quelque ville 
éloignée, probablement à Moscou. Elle ne croyait pas 
■que ce déplacement avait pour but d’assurer leur tran- 
Guillité, mais elle pensait qu’il s’agissait d Çn motd 
Jplus grave, ayant rapport aux interets de 1 Etat, et 
Iqu’une fois à Moscou l’Empereur serait amené a pren- 
pre de très sérieuses décisions. 

L’Empereur partageait ses appréhensions, c est ce 
qu il exprima lorsqu’il parla de Brest-Litovsk. 

¥ Je ne dormis pas cette nuit-là. Suivant l ordre de 
[Yakovlef j’assemblai de nouveau les soldats dans la 
















19g LES DERNIERS JOURS DES ROMANOF LA DÉ ^ os ^rON DU COLONEL KOBYLISS KI 199 

soirée et Vukovlef dit aux hommes qu’il avait rinteîi^B m / ia,lCC danS 800 proprc détachement. Mais à la fin il 
lion d’emmener l’Empereur de Tobolsk, mais il neï^ rr ‘ va a un com P rom ‘ s ct un petit détachement de six 
nomma pas la ville où il le conduisait et' il demanda»^ 0 noS so ^d fll8 fut choisi comme escorte à l’Empereur, 
aux soldats de garder le secret sur tout ceci. ^ quatre heures du matin les « koshevy » (voitures 

De qui se cachait Yakovlef: je crois que dans le ■pk érienneî 0 étaient prèles. Une voiture avait une 
Soviet local qui se composait de Peisel, Disler, ka"o!B*; ap0t0 ma ‘ s s ‘ è # e éta * 1 ^ a ‘ l de P a ‘H e qu’on lia avec 
mitsky, Pisarevsky et sa femme, il y avait deux opi^B^’ 9 cordea au coffre de la voiture. L’Empereur, l’im- 
nions — les Sibériens qui considéraient que TuboLj^B p * ratr ‘ Ce C . 1 loute9 les autres personnes quittèrent 
était dans leur sphère d’influence et les ûuraliens la mai80 ”‘ D’Empereur me prit dans ses bras et 

considéraient que Tobolsk était dans leur région /a$-! 111 embrassa. L’Impératrice me donna la main. Yako- 
lavsky représentait la seconde opinion. Etait-ce la ta dans la même voiture que l’Empereur et 
son réelle de son arrivée à Tobolsk ? Je n’ai jamai^B'Impératrice prit la Grande-Duchesse Marie dans ln 
pu expliquer le motif de sa venue. Bien des chose*! , * CDne ’ ^olgorouky était avec Botkine, Tchemodourof 
restent un mystère pour moi. Je ne sais s’il vint j^B avec Sednef. Le détachement qui partait comptait 
Tobolsk simplement parce que nous y étions ou pour» q uel q ue8 ~ uns de nos soldats mais les hommes de Ya- 
uno autre cause. Il était très clair d’après les discouri! ^ovlef en formaient la partie principale. Deux mitrail- 
de Yakovlef que celui-ci représentait un troisième® ^ eu8es éta ‘ ent jointes au détachement. Un certain 
pouvoir, l’autorité centrale de Moscou ; mais après! nombre cavaliers du détachement de Yakovlef ac- 
son arrivée à Tobolsk il commença à redouter de la ! C0 ™P a S nai ent les voyageurs.il y avait aussi plusieurs 
part du Soviet de Tobolsk une opposition au départ de! Vo ‘ tUre8 de bagages. Les voitures se mirent en marche 
la Famille impériale et il préféra régler les choses® ver8 quatre heures. Après leur départ tout le monde 
directement. Zaslavsky était opposé au départ, cVst! dans la maison é P rouva un étrange sentiment d’an- 
pourquoi, je pense, Yakovlef demanda aux soldats de I * oisso .® l de tri8to88e * Je remarquai que les soldats 
garder le secret sur le voyage, redoutant que les auto-| euxmêm ° 8 semblaient tristes et ils commencèrent à 
rités locales ne vinssent y mettre obstacle. Je suis ■ #e COnduire , d Un ° façon plus humaine a l’égard des 
persuadé que Yakovlef étant un représentant du troi-! enfanU de l’Empereur. Plus tard, lorsque je fus àTiu- 
sième pouvoir agissait d’après des ordres venus do! men ' un des cocliers q ui accompagnait l’Empereur me 
Moscou et je crois que d’après ses instructions, il d<sfl dit que 8 ‘ lôt (,U On altei G nail I e8 stations de poste les 
vait, dans l’origine, conduire la Famille îmneriakHchevaux étaient immédiatement changés et le voyage 
dans cette ville. se poursuivait sans aucun délai. Une fois les chevaux* 

Les soldats étaient inquiets et étonnés de voir ave*| furenl chan * éa au villa & e de Pokrovskoie où la sta- 
quelle anxiété Yakovlef demandait le secret. Je r «-B lion de P 08te élait 3 ‘tuée juste en face une maison qui 
marquai qu’ils redoutaient qu’un malheur puisse les fl appartenait autrefois à Baspoutine. On m’a dit que sa 
atteindre comme résultat de ce qui allait sc passer II* H femme se tenait devant la maison et que sa fille regar¬ 
dant à Yakovlef qu’ils devaient accompagner lEnine^!^ par Une fen . ôtre ’ toute8 deux firent le signe de la 
reur. ° p ^^Bcroix sur la famille du Tsar. 

A’akovlef refusa d’abord, disant qu’on pouvait avoifl J avais demandé a deux soldats, Lcbedcf et Nabokof 










200 


LES DERNIERS JOURS DES RO MA NO F 


LA DÉPOSITION DU COLONEL KOBYLINSKI 201 






(qui étaient de braves gens) de me télégraphier encourt! 
de route comment les choses se passaient. Je reçus on \ 
télégramme de Lebedef du village de Ivlevo. Nabokof 
me télégraphia de Pokrovskoie. Les deux dépêches 
étaient très brèves. « Le voyage se passe bien. » Un télé-! 
gramme fut envoyé d’une station de chemin de fer a 
h Tout va bien. Dieu vous bénisse, comment va le petit? 
Yakovlef. » Naturellement ce télégramme était envoyé 
par l’Empereur ou l’Impératrice avec la permission de 
Yakovlef. 

Le 20 avril (3 mai) le comité de notre détachement 
reçut un télégramme de Matveief qui l’informait de 
l’arrivée à Ekaterinebourg. Je ne me souviens pas des 
termes exacts de la dépêche, mais nous fûmes tous très 
surpris do son contenu, car nous étions persuadés quel 
l’Empereur et l’Impératrice avaient été emmenés à 
Moscou et non à Ekaterinebourg. Nous commençâmes] 
à attendre le retour des soldats qui formaient le déta¬ 
chement d’escorte. 

Lorsque Lebedef et Nabokof revinrent ils me dirent 
qu’à l’arrivée à Tiumen l’Empereur, l’Impératrice et 
les autres personnes furent placés dans un compartiment 
de voyageurs qui était gardé par nos six soldats. De 
Tiumen ils furent dirigés vers Ekaterinebourg. A une 
station ils furent informés qu’on ne leur permettait pas 
de dépasser Ekaterinebourg où ils seraient internés. 
Zaslavsky avait quitté Tobolsk quelques heures avant 
Yakovlef et avait, je suppose, informé le Soviet d’Eka?» 
terinebourg du départ de Tobolsk de la Famille impé-j 
riale. En apprenant cette nouvelle Yakovlef fit retour! 
ner le train vers Omsk afin de gagner la voie Ufa et j 
Tcheliabinsk, mais je compris d’après les paroles dei 
Nabokof que lorsque le train s’approcha d’Omsk il fut 
de nouveau arrêté et Yakovlef alla voir ce qui arrivait.] 
Il apprit alors qu’Ekaterinebourg avait notifié à Om»k 
qu’il était hors la loi à cause de son intention de eon-1 
duire la Famille du Tsar au Japon ! Yakovlef se ren¬ 


dit immédiatement à Omsk et se mit en communi- 
Etion avec Moscou. A son retour il annonça : « J’ai 
tordre d’aller à Ekaterinebourg. » Lorsqu’ils arrivèrent 

| |Ekaterinebourg l’Empereur, l’Impératrice, la Grande- 
lluchesse Marie, le D r Betkine, Tchemodourof, Sednef 
tt Demidova furent conduits à la maison Ipatief. Dol- 
Xorouky fut mené en prison. Tous nos soldats furent 
|ardés dans le train ; plus tard désarmés et arrêtés ils 
furent rapidement remis en liberté. Chaque soldat 
arrêté subit un traitement différent. Lebedef et Nabo¬ 
kof furent de beaucoup les plus mal traités. Matveief 
«t quelques autres eurent moins à se plaindre. Ils ne 
furent pas relâchés en même temps. Une fois Matveief 
alla (je ne sais pour quel motif) voir Golochtchekine 
et Beloborodof. Lorsque tous les soldats furent remis 
en liberté on les mit dans un compartiment de chemin 
de fer pour les renvoyer à Tobolsk. Yakovlef vint alors 
les voir et leur dit qu’il avait donné sa démission et 
retournait à Moscou ; il leur demanda de l’accompa¬ 
gner afin de raconter tout ce qui était arrivé. Il était 
jdair que Yakovlef considérait l’arrêt du train à Eka¬ 
terinebourg comme un acte d’insubordination de la part 
des Bolcheviks d’Ekaterinebourg. Les soldats dirent 
qu'à la fin Yakovlef les quitta et se rendit seul à Mos¬ 
cou. Je pense pouvoir expliquer ces événements de la 
façon suivante : Ekaterinebourg était un centre de 
[diffusion du bolchevisme et la capitale de toute la ré¬ 
gion de l’Oural — Ekaterinebourg la Rouge. J’ai en- 
[tendu dire que Moscou avait reproché aux Bolcheviks 
d’Ekaterinebourg de dépenser trop d’argent et les 
ivait menacés de cesser les envois de fonds si ceux-ci 
h’éta : ent pas dépensés avec plus d’économie. Soucieux 
jde ménager leur propre intérêt, les Bolcheviks d'Eka- 
terinebourg avaient pris la Famille impériale comme 
Etage dans le but de forcer Moscou à céder à leurs 
idemandes. Je puis me tromper mais telle est ma con- 
iiction. 


















202 


LES DERNIERS JOURS DES ROMANOF 


LA DÉPOSITION DU COLONEL KOB Y LIN SKI 203 


L’opérateur télégraphiste qui était resté à Tobolsk BUc ne sais qui était leur commandant, mais il parait 
reçut une dépêche de Yakovlef ainsi conçue : « Prenez «qu'il ne plut pas à Hohriakof car il fut remplacé par 
le détachement avec vous et partez. J’ai donné ma dé«®§t<>dionof qui vint d Ekaterinebourg. Il y avait peu de 
mission et ne suis plus responsable. » Une partie qu’Hohriakof était en fonctions, ayant remplacé 

détachement de Yakovlef était encore à Tobolsk c’est Wakovlef comme Commissaire lorsqu’il reçut de Mos- 
pourquoi Yakovlef envoya ce télégramme. Le télégr^^Bcou l’ordre télégraphique de conduire à Ekaterinebourg 
phiste, un très jeune homme, et les soldats du détache- s les membres de la Famille impériale encore à 
ment partirent alors. J’ignore où ils sont allés. Avdeiefj^Bobolsk. Je ne dois pas oublier de dire qu après avoir 
avait quitté Tobolsk avant Yakovlef car celui-ci l'nvai^Klé nommé Commissaire, Hohriakof appela Bodionof 
envoyé préparer un train pour la Famille impérialo^^plt'kalerinebourg à Tobolsk et lui confia la charge de la 
Notre comité resta un certain temps sans nouvelle* ^^HPntnillc impériale mais non celle du district delobolsk. 
de Moscou, puis un télégramme annonça que Yakovlef^fcohriakof n’agissait pas comme président de Soviet 
avait été remplacé par Hohriakof. Voici ce que jeBdu District, il était un Commissaire spécial surveillant 
peux vous dire relativement à l’arrivée de ce dcrnieq^Bk 1 vie de Famille impériale. Quelque temps après 
11 n’y avait pas de vrais Bolcheviks dans le Soviet dolk 1 nomination comme Commissaire, mais avant que 
Tobolsk. Les leaders étaient presque tous des Socia^^B 0 ^' 1 ’ détachement soit relevé par les Lettons, je me 
listes Révolutionnaires car à cette époque les SovieU^B e,1( lis a niaison du Gouverneur. Nos soldats 
étaient lormés par les Communistes à peu près partout^®&t & i en t de g*u‘de mais ils ne me permirent pas d entrer 
Nikolsky fut un moment président temporaire du So«^®i 8an l que tel était l’ordre de Hohriakof. Je demandai 
viot puis Dimitref le remplaça ; un « Commissahp^Bà Hohriakof ce que cela signifiait. « Ils ne mont pas 
spécial » vint d’Om9k à Tobolsk dans le but de créei^Bcompris >» répondit-il. 

une organisation bolcheviste. Il était accompagné d’un® Ju continuai mes visites à la maison pendant plu- 
détachemcnt spécial de soldats. A la même époqueHjj® UI s jours. Mais peu de temps après 1 arrivée de 
Ekaterinebourg proclama sa juridiction sur Tobohki®ft ü( l‘ uï iof nos gardes furent relevés par les Lettons qui 
et envoya un autre détachement de Tiumen. Mai§^®ccupèront tous les postes de sentinelles ; l’entrée do 
Dimitref, en qualité de représentant de l’opinion sibé*Hp a maison me fut interdite. C était peu de jours avant 
rienne, eut le dessus cl le détachement de Tiumon® le départ de la Famille. Je me souviens aussi qu’à son 
s’en alla. Après avoir arrangé l’organisation bolchd^®*rn v ^ e Bodionof se rendit à la maison du Gouverneur 
viste, Dimitref retourna à Omsk. Pendant cette périod*et assembla les membres de la Famille ; par le fait ce 
où la règle du Soviet s’organisait à Tobolsk, Hohriako^Rftd lln véritable appel. Ceci me surprit beaucoup. J api 
fut le premier Président du Soviet. A la même époqu^Bpris plus tard que les Lettons se conduisirent d’une 
des détachements bolchevistes arrivèrent à Tobolsk® manière ignoble. 

venant de différentes villes. Un détachement de Let^® Un jour que 1 office religieux avait été célébré à la 
tons fut également formé. Bien avant le départ de To^BaaiBun, ils fouillèrent le prêtre elles religieuses d’une 
bolsk de la Famille impériale, les Lettons étaient là et ■Baçon fort indécente et touchèrent à tous les objets du 
avaient créé une mauvaise impression par la brutaliti^®anctuaire. Bodionof plaça un Letton de planton près 
avec laquelle ils avaient fouillé la baronne Buxhowd^^^®* sanctuaire afin de surveiller le prêtre. Ceci fut si 






204 


LES DERME ES JOURS DES ROM AN O F 


pénible que la Grande-Duchesse Olga pleura et dit que] 
si elle avait su d’avance ce qui devait arriver elle 1 
n’aurait jamais demandé la célébration de l'offioBfl 
Lorsque l’entrée de la maison me fut refusée, mes 1 
nerfs ne me soutinrent plus, je tombai malade et dus 
garder le lit. La Famille quitta Tobolsk le 7 (20) mai. 

Je fus incapable de me lever pour aller prendre congé 
d'elle. Voici les personnes qui la suivirent à EkaterifliJ 
bourg: (1)Tatichtchef ; (2) Derevenko; (3) Hendrikovàl 
(4) Buxhowden ; (5) Ghneider ; (6) Gilliard ; (7) Gib- 
bes ; (8) Tegleva ; (9) Ersberg ; (10) Tutelberg ; (11) 
Mejantz ; (12) Kalia ; (13) Macha ; (14) Vôlkof ; (15) I 
Nagorny ; (16) Ivanof ; (17) Toutine ; (18) Juravsky 1 
(19) Troupp ; (20) Haritonof ; (21) Kokitchef et (22)] 
Leonide Sednef. 

Peu après notre transfert de Tsarskoie Selo à To4 
bolsk, deux femmes de chambre, Anna Outkina et 
Anne Pavlovna Romanova nous rejoignirent, mais le«S 
soldats ne leur permirent pas d’entrer dans la maison] 
du Gouverneur. Elles restèrent à Tobolsk et n’allèrent 
pas à Ekaterinebourg. 

Je ne sais pas d’où sortait Hohriakof. Il n’avait au¬ 
cune éducation et ses capacités n’étaient pas d’un ordre 
tri*' t U vé. Il avait été chauffeur sur un navire de] 
guerre, Y Alexandre II. Il portait ordinairement desl I 
vêtements de cuir noir. 

Je ne connais pas davantage l’origine de RcdionoLa 
11 avait vingt-huit ou trente ans,d'une taille au-dessous! 
de la moyenne, sans éducation, il faisait toujours mau-J 
vaise impression sur les gens qui le voyaient. Il sem-I 
blait rusé et cruel. La baronne Buxhowden nous as-1 
aura qu’elle l’avait vu au cours de ses voyages à I 
l’étranger et qu’une fois, dans une station-frontièral 
elle l’avait vu portant l’uniforme de gendarme russe J 
Nous sentions encore le gendarme en lui, quoiqu’il ne 
fût pas du tout le type du bon gendarme ; en réalitffl 
c’était un homme cruel arec les manières d’un agent 1 


LA DÉPOSITION DU COLONEL KOBYLlNSKI 205 


de la police secrète. Après son arrivée, Rodionof fouilla 
[Nagorny lorsque celui-ci revint du train dans sa mai- 
non. Il trouva une lettre du fils du D r Derevenko au 
[Tsarévitch et reporta le fait à Hohriakof en disant . 

■ Voici une jolie sorte d’individu, il m a dit qu il n a> ait 
ïien et j’ai trouvé cette lettre. » Alors s’adressant à 
[moi il ajouta : « Je suis sûr que de votre temps on a 
[pu faire entrer ce que l’on a voulu, n Hohriakof se 
[montra enchanté et dit: « Il y a longtemps que je sur- 
Iveille ce coquin ; il est une honte pour nous. » \ oici 
ce que dit le matelot Hohriakof, du matelot Nagorny. 

11 ne pouvait pas en être autrement. L’un était « l’or¬ 
nement, la gloire de la Révolution Russe » ainsi que 
Trotsky qualifiait les matelots de la flotte de la Bal¬ 
tique qui avaient massacré leurs officiers. Et l’autre 
[était un homme dévoué à la Famille impériale qui ai¬ 
mait le Tsarévitch et était aimé de lui. C’est pour cette 
raison qu’il périt. Sednef a certainement péri aussi, il 
[était « une honte » car lui aussi était un matelot dé- 
[ voué à la Famille impériale. 

I Après le départ de la Famille impériale je ne reçus 
■aucune nouvelle pendant longtemps et personne ne 
[pouvait me renseigner sur son sort. Au mois de juin 
[ Omsk fut repris aux Rouges. Les Bolcheviks d’Omsk 
I s’enfuirent par bateaux à vapeur à Tobolsk. Nos Boi- 
I cheviks de Tobolsk s’enfuirent avec eux. L’autorité fut 
prise on main par les officiers à Tobolsk mais liumcn 
I resta au pouvoir des Bolcheviks. Une ligne de combat 
[ nous séparait. J’entendis alors parler de Hohriakof. Il 
[(parait qu'il exerçait un commandement quelconque sur 
I la rivière près de Pokrovskoie et on disait que Matveief 
If avait aussi un commandement. Tegleva me dit plus 
I tard que Hohriakof n’avait pas la permission d’entrer 
■ dans la maison Ipatiev quoiqu’il fût Commissaire. 
I Après la prise de Tiuraen bien des personnes qui av aient 
| quitté Tobolsk avec la Famille impériale y revinrent 
■excepté : (1) Dolgorouky ; (2) Tatichtchef ; (3) Dere- 




















206 


IÆS DERNIERS JOURS DES ROMAXOF 


lA DÉPOSITION DU COLONEL KOBYLINSKÎ 201 


venko ; (4) Ilendrikova ; (5) Bolkine ; (6) Chneider paraît qu’à leur arrivée dans la maison Ipatief 1 Em- 
(7) Tegicva ; (8) Erzberg; (9) Tutelberg; (10) Volkof î^fccreur. l'Impératrice, la Grande-Duchesse Marie furent 
(11) Nagorny ; (12) Tchemodourof ; (13) Sednef ; (14) «fouillés de la manière la plus brutale. L’Empereur per- 
Troupp ; (15) llaritonof ; (16) Leonid Sednef; (l^)Hdit patience et protesta. On l’informa grossièrement 
Ivanot. était prisonnier et n’avait pas le droit de protes- 

Les réfugiés nous dirent que durant le voyage à Eka-^BU r. Tchemodourof remarqua qu’Avdeief était le garde 
terinebourg ils avaient été traités d’une façon honteuie^fte plus ancien. Les repas étaient fort mauvais. Le dîner 
Lorsqu’ils étaient sur le bateau Rodionof leur défendiÉ^Etiut apporté d’un restaurant bon marché et toujours 
de fermer en dedans les portes de3 cabines mais Na-^Bfort en retard, quelquefois à trois ou quatre heures au 
gorny et le Tsarévitch furent enfermés du dehors. Na^^Ejeu d’une heure. La Famille dînait avec les serviteurs, 
gorny se mit fort en colère et se querella avec ltodio^Blji casserole était mise sur la table, on manquait de 
nof lui disant qu’il était inhumain de traiter ainsi un^Hcui 11ers, de fourchettes, de couteaux. Les soldats Rou- 
enfant malade. (Déjà à Tobolsk Rodoniof avait eu la Bg C s entraient parfois pendant le dîner et souvent un 
mémo attitude ne voulant pas permettre à la GrandeJ^Koldat se servait de la soupe en disant : « Il y en a 
Duchesse Olga de verrouiller la porte de sa chambre à fl bien assez pour vous, je peux en prendre pour moi. » 
coucher et même de la fermer.) (Grandes-Duchesses dormaient par terre car il n y 

Lorsque le train arriva à Ekaterinebourg, le Tsare-^B avait pas do lits pour elles. Les appels étaient fréquents, 
vilch, les Grandes-Duchesses Olga, Tatiana, Anastasie^BQuand les Grandes-Duchesses se rendaient au lavabo 
furent transférés à la maison Ipatief. L’Empereur et Hic* soldats Rouges les y suivaient sous le prétexte de 
l’Impératrice y étaient déjà avec les personnes qui loi Hl e * garder. Tchemodourof était trop affaibli pour don- 
accompagnaicnt excepté Dolgorouky qui était en pri- Hncr un compte rendu complet, mais d après ce qu il 
son. Quand les enfants arrivèrent à Ekaterinebourg^^*disait on voyait clairement que l’auguste t amille était 
Tatichtclief, Ilendrikova, Chneider et Volkof furont^H sans cesse soumise aux tortures morales les plus atro- 
immédiatement arrêtés. Gilliard me dit plus tard que Hcc-, néanmoins Tchemodourof ne croyait pas à son 
Sednef et Nagorny furent aussi éloignés de la maisoiû^Hneurtre. H disait que Bolkine, llaritonof, Demidova et 
Gilliard et Gibbes furent tous deux témoins du faiL^Bfroupp avaient été tués et que la Famille avait été con- 
Derevcnko demeura à Ekaterinebourg. Tegleva, Eri-^Bduite ailleurs; il me dit qu’en mettant à mort les per- 
berg et Ivanof s’installèrent à Tiumen et Tutelberg à^Kjonnes susdites, les soldats avaient simulé le massacre 
Kamyshlof. Les personnes suivantes restèrent dans la la Famille et que c’est pour la même raison que la 

maison Ipatief avec la Famille impériale: TchemodotH^Hjnaison avait été dépouillée.Certains objets avaient été 
rof, Sednef (un enfant), Troupp, Haritonof, Demidova <H brûlés, d’autres jetés aux ordures. Je me souviens qifil 
et Bolkine. ^Hjn C dit qu’une personne avait trouvé les débris d une 

Quelque temps après la prise d’Ekaterinebourg,Tchd*^H|mage Sainte et l’Ordre de Saint-Vladimir que le D r Bo- 
modourof vint à Tobolsk. Je le vis et causai avec luL^Suine portait toujours. 

11 arrivait dénué de tout, vieilli, un homme brisé par Bientôt après Volkof arriva à Tobolsk. Il raconta que 

les souffrances morales. Sa conversation était incohéfl ■llondrikova, Chnoidcr ot lui-même avaient été pris dans 
rente. Je vous en répéterai les points les plus saillautt^^Blo train à Ekaterinebourg et conduits on prison. l)o là 












208 LES DE R ME HS JOURS DES RO MA NO F 


ils furent transférés dans une prison de Perm, puis on L -, „„„ , D .. . 

les lit sortir pour les fusiller, mais il s’échaDDa en che- . ? , 0 USî,e , ai . un on £ ar Çon plein de cœur, 


les fil sortir pour les fusiller, mais il s’échappa en che 
min. Les autres furent exécutés. ] a 

C’est à Tobolsk que j’entendis parler pour la pre¬ 
mière fois du meurtre de la Famille impériale. C'était 
dans un journal de Tobolsk le Aarodnoe Slovo ou peutd 
être dans un journal d'Omsk Zaria. La communication! 
bolchevisle décrivait « l’exécution de l’empereur Ni-j 
colas le Sanguinaire ». 

En ce qui regarde la vie privée et le caractère def 
membres de la Famille impériale, je puis déclarer! 
d après mon expérience personnelle, que l’Empereui 
était un homme très intelligent et très instruit, il avait 
une mémoire remarquable et il était fort intéressant 


nuel et ne pouvait se maintenir en bonne santé sans 
cela. Ses besoins étaient fort modestes. Même à Tsars-, 
koie Selo je le vis porter de vieux pantalons et des 
bottes usées. Il buvait très peu, à son dîner il ne pre¬ 
nait qu un verre de Porto ou de Madère. Il aimait les 
simples plats de la cuisine russe tels que : borchtcb, 
chichi et kacha. Je me souviens qu’un jour il alla à la 
cave au vin et donna l’ordre à Rojkov de m’apporter 
du cognac en disant : « Vous savez je ne bois pas de 
cognac moi-même ! » Je ne l’ai jamais vu boire autre 
chose que du Porto ou du Madère. Il était très reli¬ 
gieux. Il haïssait tous les Allemands. Ses qualités do-, 
minantes étaient la bonté et la clémence. Il était excep'l 
tionnellement bon ; il ne cherchait jamais à faire de 
la peine. Ceci frappaiL tous ceux qui l’approchaient et 
qui comme moi le trouvaient modeste et franc. Il se] 
conduisait toujours d’une manière simple et naturelle. 
A Tobolsk il jouait aux « dames » avec les soldats et 
je suis sûr que beaucoup de ceux-ci étaient bien dix! 
posés envers la hamille impériale. Je me souviens que 
lorsque les soldats (les bons) quittaient Tobolsk ils al 
laient on secret dire adieu à l’Empereur. L’Empere 


L\ DÉPOSITION DU COLONEL KO B Y LINS Kl 209 


incapable de comprendre beaucoup de choses mais fa! 
&ile à influencer par la douceur. Le Tsar lui-même 
appartenait à ce type. J’ai eu souvent pitié de ses Ulu¬ 
lons car en 1 absence de la Famille impériale les sol- 
lats se conduisaient fréquemment comme des chena- 
■ ns et faisaient sur elle les plaisanteries les plus 
Récentes. Mais en sa présence ils avaient une cer- 
aine retenue. 

Le Tsar aimait la Russie et plus d’une fois je lui ai 
■tendu exprimer la crainte d’étre envoyé loin d’elle. 

!1 n’avait pas le sens artistique mais il aimait la nature 
tt la chasse. Il lui était absolument pénible de rester 
certain temps sans chasser et il n’aimait pas rester 


de causer avec lui. Il aimait beaucoup le travail nul ' mpS . ““ « * À r ° Ster 

nuel el ne nouvel! «e maintenir en hL. „J ?. f ° rme à . la .. rna,80n - Son caractère était fmble, aussi 


ibissait-il l’influence de sa femme. Je remarquai que 
ïrsqu il était consulté même pour de petits détails sa 
êponso habituelle était : « Je demanderai à ma femme; 
désirs sont les miens. » 

L Impératrice était très intelligente mais extrême¬ 
ment réservée. Son caractère dominant était l’amour 
i pouvoir. Elle était Impératrice jusqu'au bout des 
>igts. Lorsque vous parliez à l’Empereur il y avait 
!s moments où vous oubliiez que vous causiez avec 
Tsar, mais lorsque vous parliez à l’Impératrice le 
r\timent qu elle appartenait à la Famille impériale 
vous abandonnait jamais. Par suite de son carac- 
re elle prenait toujours la direction des affaires de 
Famille. 

L’Impératrice ressentit la position humiliante beau- 
plus profondément que l’Empereur et tout le 
mde remarqua avec quelle rapidité elle vieillit. Elle 
riait et écrivait le russe très correctement et elle 
»si aimait la Russie. Gomme l’Empereur elle redou- 
lit d’être exilée à l’étranger. Elle peignait et brodait 
*5 talent. Il était difficile de discerner quelque chose 
1 Allemande en elle ; en réalité on aurait pu croire 


14 









210 


LES DERNIERS JO EUS DES ROMANOF 


LA DÉPOSITION DU COLONEL KO B Y LINS Kl 211 


qu’elle était née dans une toute autre contrée. Cd 
s’explique par son éducation; après la mort de sa mère 
elle avait été élevée en Angleterre par sa grand’mèi 
la reine Victoria. Je ne lui ai jamais entendu dire un 
seul mot d’allemand. Elle parlait russe, anglais ou 
français. Il n’y avait aucun doute sur sa mauvais 
santé et le D r Bolkine m’en expliqua la cause. Comme; 
elle était fdle du Grand-Duc de Hesse, elle avait hérité] 
de la maladie de famille, une faiblesse des vaisseaux 
sanguins. Cette maladie produit quelquefois la paraly¬ 
sie, consécutive à une chute, dont soutirait le Tsi 
vitch. Les hommes de la famille échappent d’ordinaii 
au mal héréditaire à l’époque de la maturité où loi 
troubles disparaissent complètement. Pour les femmel 
la maladie commence à la période de l’âge critique et] 
elles souffrent souvent d’une hystérie progressive. 11 
était très visible que l’Impératrice était hystérique, 
Botkine m’expliquait que c’était l’origine de ses extast 
religieuses. Toute son activité et toutes ses pensé 
étaient inlluencéos par des motifs religieux et il y avait! 
toujours un élément de religion dans sa vie. Elle nd 
faisait jamais un présent à quelqu’un sans qu’une ini 
cription ne porte : « Dieu vous bénisse et vous pr< 
tège » ou quelque sentence analogue. Sans aucun doutai 
elle aimait son mari, mais ce n’était pas l’amour d'ui 
femme pour son époux, elle l'aimait simplement comi 
le père de ses enfants. Elle aimait tous ses enfants, maii 
elle adorait son (ils. 

La Grande-Duchesse Olga était une charmante jeund 
fille blonde d’environ vingt-trois ans. Elle avait le t; 
russe. Elle aimait lire, était intelligente, bien déve¬ 
loppée mentalement : elle parlait bien anglais et mal 
allemand. Elle avait quelques talents ; elle jouait du 
piano et chantait (elle avait une voix de soprano ■ 
avait appris le chant à Petrogradj et elle peignait bien J 
Elle était très modeste et ne tenait pas au luxe. 

Scs vêlements étaient simples et elle empêchait tout#] 


(extravagance de toilette chez ses sœurs. Elle me don¬ 
nait l’impression d’une jeune Busse au cœur généreux 
pt bon. Elle semblait avoir eu dans sa vie quelque 
phagrin dont elle portait encore les traces. Elle préfé¬ 
rait son père à sa mère; elle aimait beaucoup son frère 
[qu elle appelait « le Petit » ou le Baby. 

: La Grande-Duchesse Tatiana avait environ vingt ans. 

I Elle était très différente de ses sœurs. Sa mère se re¬ 
connaissait en elle. Elle était bien fille d’Kmpereur. 
[Elle n’aimait pas les arts. Lorsque l’Empereur et l’Irn- 
jiératrico quittèrent Tobolsk, personne n’aurait jamais 
(pensé que la Grande-Duchesse Olga fût l’aînée des 
Inembres restants de la Famille impériale, car s’il se 
posait une question c’était toujours Tatiana qui était 
Consultée. Sa mère l’aimait plus tendrement que les 
autres enfants et elle aimait mieux sa mère que sou 
ère. 

La Grande-Duchesse Marie avait dix-huit ans. Elle 
[était grande, robuste et beaucoup plus jolie que ses 
bœurs. Elle peignait bien et était une très aimable 
[jeune personne. Elle avait l’habitude de parler aux 
Soldats, savait le nom de leurs femmes, le nombre do 
(leurs enfants, la quantité de terre qu’ils possédaient. 
[Toutes les affaires intimes lui étaient connues. Ainsi 
jue la Grande-Duchesse Olga elle aimait son père par¬ 
dessus toute chose. A cause de sa simplicité et de son 
' affabilité elle avait reçu le petit nom d’amitié de 
« Machka ».Son frère et ses sœurs l’appelaient toujours 
[ Machka. 

La Grande-Duchesse Anastasie avait dix-sept ans. 
îlle était trop développée pour son âge, trop fortd 
K)ur sa petite taille. Ce qui la caractérisait était le don 
J de trouver le point faible des gens et de les rendre co- 
Imiques. Elle était née actrice et faisait rire tout le 
■ponde. Elle préférait son père à sa mère et aimait 
I Marie Nikolaievna plus que ses autres sœurs. 

Toutes les Grandes-Duchesses étaient douces, mo- 






LES DU UNIE ns JO uns DES no MA NO F 


LA DÉPOSITION DU COLONEL KOB Y LINS Kl 213 


212 


destcs, innocentes. Il n’y a aucun doute que leurs pen-l 
sées étaient plus pures que celles de la majorité des! 
jeunes filles d’aujourd’hui. 

Le Tsarévitch élait l’idole de toute la famille. Ce 
n’était encore qu’un enfant et son caractère n’était pa 
développé mais c’était un petit garçon très intelligent, I 
bien doué et fort vif. Il parlait russe, anglais et fran- I 
çais mais ne savait pas un mot d’allemand. Je peu 
dire en toute vérité que tous les membres de la Famille 
impériale s’aimaient tendrement, ils n’avaient jamaisl 
besoin de la société des autres tant la vie de famille | 
leur suffisait. Jo n’ai jamais vu et ne reverrai proba 
blement jamais une famille aussi heureuse et ausaij 
unie. 

Un jour viendra où la Russie comprendra les terrin 
blés tortures subios par cette famille dès les premiers ] 
jours de la Révolution, lorsque les journaux publiaient 
des histoires scandaleuses sur leur vie privée. 

Prenez par exemple l’histoire de Raspoutine. 

J’ai eu à ce sujet de nombreuses conversations avec! 
le D r fiotkinequi insistait sur l’état hystérique de l’Im¬ 
pératrice qui la conduisait à des extases religieuses*] 
D’ailleurs quand son fils unique bien-aimé était malade I 
il semblait que Raspoutine seul pouvait le soulager j; 
c’est sa douleur de mère, c’est son exaltation mystique I 
qui ont créé le culte de Raspoutine. Pour elle Ras¬ 
poutine était un saint et elle avait une si grande in¬ 
fluence sur son mari qu’elle l’amena à partager ses 
idées sur ce point. Après avoir vécu avec la Famille,! 
avoir été associé de si près avec elle, je me rend* 
compte à quel degré les calomnies et les insultes accu* I 
mulées sur elle étaient injustes. 

L’impératrice Alexandra n’existait plus commel 
femme depuis longtemps. On peut imaginer ce que U ] 
lecture des journaux russes devait la faire souffrir] 
ainsi que ses enfants. Ils étaient, même accusés dô 
trahison en faveur de l’Allemagne. J’ai déjà expliqué] 


[les sentiments de l’Empereur à l'égard des Allemands. 
L’Impératrice haïssait Guillaume II. Elle a dit souvent : 

Je suis accusée d’aimer et d’aider les Allemands mais 
[personne ne sait à quel point je hais Guillaume pour 
llout le mal qu’il a fait à ma patrie. » Elle pensait à 
[l’Allemagne et non à la Russie lorsqu’elle employait 
[le mot patrie. Tatichlchef me dit qu’un jour où elle 
[lui parlait de la confusion qui régnait en Russie, elle 
[prophétisa que la même chose se produirait en Alle- 
lagnc. Les Grandes-Duchesses manifestaient la même 
(antipathie que leur mère envers l’empereur Guillaume ; 
je me souviens qu’elles donnèrent aux domestiques tous 
58 cadeaux que Guillaume leur avait apportés en ve¬ 
nant les voir sur le yacht. Je ne peux pas me souvenir 
[d’autre chose excepté que l’Empereur avait l’habitude 
[d’écrire son journal, mais je ne sais pas si l’Impératrice 
[faisait de même. Toutes les Grandes-Duchesses écri- 
jvaient un journal, mais avant de quitter Tobolsk Ma¬ 
irie et Anastasie brûlèrent le leur. 

J’ai lu dans un journal que pendant sa captivité à 
Skaterincbourg l’Empereur reçut l’offre d’être sauvé 
Isous certaines conditions. Lorsque l’Empereur apprit 
lue le messager était envoyé par Guillaume il refusa 
[d’entrer en conversation avec lui. Je ne peux pas dire 
[d’où venaient les Lettons envoyés à Tobolsk. Mais le 
[détachement letton qui emmena les enfants de Tobolsk 
[n’y revinrent jamais. Hohriakofne revint pas davantage. 

M 1U * Hitrovo visita Tobolsk. C’était une toute jeune 
[fille qui adorait la Grande-Duchesse Olga. Son arrivée 
ionna naissance à tout un roman dont les journaux 
Iremparèrent et qu’ils exagérèrent. Elle fut fouillée màis 
Ion ne découvrit sur elle rien de compromettant. 

Ma déposition m’a été lue ; elle est correcte. 

(Signé) : Eugenf Stepanovich Kobtllnski. 

(Signé) : N. Sokolof. 








214 LES DERME BS JOURS DES ROMAXOF 


La DEPOSITION DE M. GiLLIABD 

M. Gilliard était attaché à la Maison impériale eu] 
qualité do professeur de français près des Grandet* 
Duchesses et précepteur adjoint du Tsarévitch. Il étar 
avec la Famille à Tsarskoie Selo au début de la Révc 
lution et, comme d'autres membres de la Maison d< 
l’Empereur, il décida de partager le sort de la Familk 
impériale. 

M. Gilliard met en relief l’amour de l'Emperet 
pour son pays, l’amertume qui remplit son cœur lors¬ 
que le traité de Brest-Litovsk fut signé ; il insiste sui 
ce point que l’Empereur et l’Impératrice n’avaient que 
haine et mépris pour l’Allemagne. 


Le 5 mars 1919 le Magistrat Enquêteur pour les ca_ 
d’une Importance Spéciale du Tribunal d’Omsk, en] 
conformité avec le paragraphe 443 du Gode de Prucé-1 
dure criminelle, a examiné la personne mentionnée] 
ci-dessous en qualité de témoin, lui notifiant que du¬ 
rant l’enquête il pourra être requis de prêter serment.! 

Répondant aux questions qui lui sont posées le té¬ 
moin donne son nom : m 

Pierre Andreievitch Gilliard 

39 ans, citoyen suisse, de religion calviniste, né dans 
la commune d’Yverdon, canton de Vaud ; ayant fait 
ses études à la faculté des lettres de l’Université do 
Lausanne, fut mandé en Russie en 1904 comme pro-1 
fesseur de langue française auprès du fils du duc de 
Leuchtemberg ; il dit : Depuis l’année 1905 j’ai donr 
des leçons de français aux filles de Sa Majesté et en 
1912 j’ai commencé à apprendre le français au Grand -1 


LA DÉPOSITION PB M GILLIARD _- 15 

^ leçons, commencées à Spala, furent 

p— v,\t 

Lille d/rEmpercur. Il paraît que le Grand-Duc Alex,a 
[ fin-enVreprises en 1913 et à ce moment je fus nomme 

riT ré - 

f.. i Péterhof au commencement de la guerr . 

K # ; nous étions à Tsarskoie Selo - moment où 

penale était alors en p roa ,r ô ole. Le Tsarévitch 

[tous les enfants avaient g ’ j Grandcs- 

f tomba malade le prem.er, ensuite ouUa l 

Duchesses furent ta A- 

"S Selo” Une miît même 

f très'tmanle, mais heureusement les officiers par¬ 
vinrent à calmer l’effervescence des soldats. 










216 LES DERNIERS JOURS DES ROM AA 0 F 


LA DÉPOSITION DE AI. GILLIARD 


217 


L abdication do l’Empereur en faveur du Tsarévitch 1 
fui notifiée à la Famille impériale par le Général ”4 
mandant le Régiment des Gardes Svodny. Plus tard I 
le Grand-Duc Paul vint au Palais annoncer à Sa Ma- 1 
jesté la nouvelle officielle de l'abdication de l'EmoT 
reur. 

Le général Kornilof vint aussi au Palais et informa I 
1 Impératrice qu’elle devait se considérer prisonnière® 
Après l’arrivée du général Kornilof, Sa Majesté ml 
chargea de dire que tout ie monde était libre de qtiiul 
1er le Palais excepté les personnes qui désiraient re$Ê 
ter de leur propre volonté et qui auraient à se sou-| 
mettre aux conditions imposées à ceux qui étaient déjà] 
en état d’arrestation. Presque tout le monde choisit dsl 
rester et c ést ce que je fis. Pendant ce temps la Grande-1 
Duchesse Marta Nikolaeivna tomba malade d’une iu-l 
«animation des poumons et un peu plus tard l’Empe-1 
reur arriva à Tsarskoie Selo. W 

Les restrictions imposées à la Famille impériale met¬ 
taient certaines limites à leur liberté. Le Palais était 
entouré de sentinelles. Les « prisonniers » ne pouvaient! 
se promener dans le parc qu’à des heures fixes et ils i 
étaient toujours accompagnés par uue sentinelle. Tout] 
£ courrier passait par les mains du commandant du 
Palais. Kotscbuc fut le premier commandant. Il fut 
remplacé par Korovitcher.ko auquel succéda Koby- 
ltnsky qui jusqu’ici commandait la garnison 

Kerensky vint à Tsarskoie Selo à différentes occa¬ 
sions. Il nous visitait en qualité de chef du nouveau 
Gouvernement afin d’observer nos conditions de vie. 
Ses manières et son attitude envers l’Empereur étaient 
froides et officielles. A mon avis il avait l’allure d’un 
juge convaincu de la culpabilité de celui qui est en 
face de lui. Néanmoins je dois reconnaître que Kerensky 
fut toujours courtois. Lorsqu’il s’adressait à l’Empe- 
reur ,1 appelait Sa Majesté Nicolas Alexandrovitch. En 
meme temps je remarquais que Kerensky, ainsi que les 


bulres, évitait d’appeler l’Empereur par son nom; cela 
fcmblait les gêner de le nommer Nicolas Alexan- 
(drovitch. 

Une fois Kerensky vint au Palais avec Korovitchenko 
let kobylinsky, il conlisqua tous les papiers privés de 
Bmpereur. Je suis sûr que Kerensky, après avoir par- 
Buru ces papiers, se rendit compte que l’Empereur 
In avait aucun tort envers la patrie car il changea im- 
Imédiatement d’attitude et de manières à l’égard du 
I Tsar. 

Durant le séjour de la Famille impériale à Tsarskoie 
elo il se produisit plusieurs incidents désagréables. 
Se fut d’abord la contiscation d’un fusil, jouet appar¬ 
tenant au Tsarévitch et dont les soldats exigèrent l’enlè- 
[vement. Le second incident fut le refus des soldats de 
Ôpondre au salut de l’Empereur. 

L’Empereur adressait toujours quelques mots de 
Bienvenue aux soldats et même après l'abdication ceux- 
|ci avaient coutume de lui répoudre : « Zdrâslouile Gos- 
D$dine Polkâvnik » (Bonjour Monsieur le Colonel), 
j Lin jour, après avoir entendu les paroles de l’Empereur, 
lies soldats restèrent silencieux. Il paraît qu’un com¬ 
mandant adjoint du Palais dont j’ai oublié le nom en 
pvait donné l'ordre. 

Quelquefois la Famille impériale devait attendre un 
[temps considérable dans le hall demi-circulaire où elle 
lavait coutume de se réunir avant d’aller se promener 
dlans le parc. Mais c’étaient les gardes qui se mettaient 
en retard et faisaient attendre tout le monde. 
Néanmoins ces incidents étaient insignifiants cncom- 
araison avec les souffrances qui furent plus tard infli¬ 
gées à la Famille impériale. 

Au milieu de juillet on apprit (je ne sais comment) 
jue l’Empereur et la Famille impériale allaient quitter 
leur résidence deTsarskoie Selo pour un autre endroit. 
|I1 était d’abord question d’un voyage dans le Sud, 
puis il transpira que nous serions dirigés sur Tobolsk. 













221 


220 LES DERNIERS JOURS DES ROMANOF 

On interdit à la Famille impériale d'assister au; 
offices. Elle ne pouvait aller à l’église que les jou* 
de grandes fêtes. 

Les soldats insistèrent pour que les epaulettes 
l'Empereur soient enlevées de son uniforme. Deux ion 
il refusa, puis l'Empereur se soumit à cette exigent! 
lorsque Kobylinsky l'informa que son refus pouvai 
avoir de graves conséquences pour lui et sa famille. 

Une petite colline avait été élevée dans le jardin poi 
l'amusement des enfants et de son sommet l'Emperei 
et l'Impératrice surveillèrent le départ d un grai 
nombre de soldats (à cette époque beaucoup de solda 
quittèrent Tobolsk par suite de la démobilisation ( 
l’armée) mais ensuite les soldats qui demeuraient mv 
lèrcnt la colline jusqu’au sol. 

Les choses allèrent de mal en pis, surtout lorsqui 
tous les revenus de la Famille impériale furent conh* 
qués. Le 12 février, un télégramme arriva de Moscoii 
Je ne puis vous dire qui l’avait envoyé. Cetélégramm 
imposait un nouveau genre de vie à la Famille impé 
riale. Jusqu’à ce moment la Famille impériale aval 
été défrayée par la Trésorerie du Gouvernement. Lo 
conditions de vie étaient convenables et conformes 1 
l’existence que Faucien Empereur et sa famille menaienf 
à Tsarskoie Selo. 

Par ordre des autorités bolchevistes le logement, ■ 
chaulîage et l’éclairage étaient assurés à la harnilü 
impériale, mais elle devait se procurer tout le reste i 
ses frais ou à ccut des personnes qui l'entouraient 
Défense nous était faite de gagner notre vie. Je desj 
rais me procurer quelqu'argent eu donnant des leçon) 
particulières en ville, les soldats me l’interdirent et me 
dirent que je serais forcé de quitter définitivement m 
maison si je ne voulais pas me soumettre aux conclu 
tions imposées par eux. . 

Suivant les ordres bolchevistes, la Famille ira 
riale reçut défense de dépenser plus de quatre milt 


L\ DÉPOSITION DE M GILUARD 


Lavaient pas toujours besoin d'économie 

lui. Le manque de re.sourcc e e beso n ^ 

lïnombre des serviteurs fut considérablement dimi- 

Kobylinsky. n’ayant.aucune e»j eux d it à l’Em- 

du de regagner la mom re a . ; L’Empereur 

Veur qu’il dés.ra.t ^ “ J" instances. 

quel .1 enseignait ‘ cacher ses 

f Mais tous les efforts de lEmpere^ ^00 

Lentiments ne pouvamut d, s mu,er S a ee Bregf . 

Ides yeux observateurs ; surtout apres ^ ^ 

iLitovsk un changement marque en 1 P ^ 

™ profonde 

Kie époque l’Empereur discuta souvent les que,- 










222 


LES DERNIERS JOUES DES ROM AN0 F 


tions politiques avec moi— ce qu’il n’avait jamais faitl 
jusque-là. 11 semblait que son âme eut soif de la sym-J 
pathic de ses semblables et qu’il espérât trouver clausl 
les cœurs qui l’entouraient la force de supporter uni 
chagrin intense. Je ne puis répéter tout ce qu’il me dit«l 
mais le fond de ses paroles et de ses pensées était quu 
jusqu’au moment du traité de Brest-Litovsk il avait! 
cru à la future prospérité de la Russie; mais après J 
le traité il ne crut plus à rien, ni en personne. 

L’Empereur critiquait très vivement Kerensky etl 
Goutchkof car il les considérait comme les premier* 
responsables de l’écroulement de l’armée. L'Empereur] 
pensait que l’armée s’était désagrégée par suite de leur] 
faiblesse et de leur incapacité permettant ainsi à l’Ail 
lemagne de corrompre la Russie. Il regardait le trait* 
de Brest-Litovsk comme une honte et une trahison il*] 
la Russie envers ses Alliés. Il disait amèrement : Kll 
ceux qui osaient accuser l’Impératrice de trahison son! 
aujourd’hui les véritables traîtres. 

L’Empereur considérait Lénine et Trotsky, les lea«J 
ders du mouvement bolcheviste, comme des agents al-] 
lemands qui avaient vendu la Russie pour une grossi! 
somme. 

Après le traité de Brest-Litovsk l’Empereur et l’ImJ 
pératrice dédaignèrent également l’empereur GuilJ 
laume et le gouvernement de Berlin. Ils pensaient quai 
les deux s'étaient déshonorés en négociant avec led 
Bolcheviks et ils condamnaient les méthodes de guerre] 
honteuses auxquelles les Allemands avaient recours.* 

Tel lut le cours de notre existence en février et] 
mars. Le 30 mars un délégué que le Comité de nos] 
soldats avait envoyé à Moscou revint à Tobolsk. Il ap-i 
porta à Kobylinsky un ordre écrit qui signifiait que 
désormais notre vie devait être rigoureusement sur-j 
veillée. Nous devions tous vivre dans la maison du 
Gouverneur et un nouveau Commissaire plénipoten-j 
tiaire était envoyé à Tobolsk dans le but d’imposer ceu 


LA DÉPOSITION DE M. GILLIARD 


223 


nouvelles restrictions. Ce Commissaire arriva le J 
■2*2) avril. Il s’appelait Yakovlcf. Le 10 (23) avril il 
pint pour la première fois dans notre maison et fut reçu 
bar l’Empereur. Le même jour il visita le Tsarévitch 
■ui était malade à cette époque. 5 akovlef revint bien¬ 
tôt après avec un adjoint (dont j’ai oublié le nom) et 
IL montèrent tou» les deux voir le Tsarévitch. Le 
Liéine jour Yakovlef fut reçu par l’Impératrice. Yakov- 
fcf lit une impression très favorable à l’Empereur qui 
pie dit le juger un honnête homme. 

T Le motif de l’arrivée de Yakovlef était uu mystère 
Ipour nous. Mais le mystère fut dévoilé le 12 (25) avril. 
[Ce jour-là Yakovlef alla chez l’Empereur et lui annonça 
Lu’il avait l’ordre de l’emmener de Tobolsk. L’Empe- 
L*ur répondit qu’il ne voulait pas quitter Tobolsk car 
il ne voulait pas se séparer de son tils malade (le 1 »a- 
jMvitch souffrait alors du mal qui l’avait atteint à Spala 
en 1912, mais cette fois la paralysie atteignait la jambe 
droite) et qu’au surplus lui, l’Empereur, n’entendait 
bas quitter sa famille. Yakovlef répondit qu’il ne fai¬ 
sait que remplir ses instructions et qu’en cas de refus 
de l’Empereur il ne resterait qu’à choisir entre deux 
maux. Ou un autre Commissaire moins scrupuleux 
viendrait prendre sa place, ou il serait obligé lui-même 
d’employer la force pour exécuter ses ordres. En même 
temps Yakovlef dit à l’Empereur qu’il pouvait être 
! accompagné de qui lui plairait. La seule chose à faire 
Lit de se soumettre. Tout ce que je viens de vous 
Mire à ce sujet je le tiens directement de 1 Impératrice, 
f Personne ne savait où l’Empereur devait être con¬ 
duit. Sa Majesté le demanda à Yakovlef, mais les ré-> 
I ponses de celui-ci ne donnèrent aucun éclaircissement. 
■ Kobylinsky nous dit qu’au début \ akovlef l avait in¬ 
firmé que la destination était Moscou puis il dit ensuite 
■qu’il ignorait où l’Empereur serait emmené. Tout ceci 
■tétait horriblement pénible et humiliant pour la b a- 
I mille impériale et elle en souffrait d’une manière 








224 LES DE R XIEUS JOURS DES ROMANOF 

cruelle. L'Impératrice était déchirée entre son désir 
d’accompagner l’Empereur et celui de rester près de 
son fils malade. p 

Elle sc résolut à suivre l’Empereur et décida que U 
Grande-Duchesse Maria Nikolaievna les accompagne¬ 
rait. Le reste de la Famille devait rester à Tobolsk 
jusqu'à la guérison du Tsarévitch. 

Yakovlef fixa le départ à quatre heures du matin le 
l.i (26) avril. T.a veille au soir, pendant que nous pre¬ 
nions le thé ensemble, l’Empereur et l’Impératrice 
nous dirent adieu et nous remercièrent de nos services* 
Les voitures arrivèrent à la porte à trois heures du 
matin. C’étaient de misérables véhicules en guise de 
paniers juchés sur des longues perches formant res¬ 
sorts, sans siège, il fallait s’asseoir au fond et étendre 
les jambes. 

Une seule téléga (voiture de paysan) avait une ca¬ 
pote. Nous décidâmes d’y placer l’Impératrice. Comme 
les voitures étaient si peu confortables, nous allâmes 
dans la cour où un employé nommé Kirpitchinikof éle¬ 
vait des cochons. Il avait une petite provision de 
paille, nous nous on servîmes pour couvrir le fond de 
la voiture couverte et je pense que nous mîmes aussi 
un peu de paille dans les autres véhicules. Nous pla¬ 
çâmes un matelas dans la téléga couverte. L’Empereur 
désirait voyager avec l’Impératrice et Maria Niko¬ 
laievna, mais Yakovlef insista pour faire monter l'Em¬ 
pereur dans la même voiture que lui. Ils partirent un 
peu après quatre heures du matin le 13 (26) avril. 

Les personnes quittant Tobolsk étaient: l’Empereur, 
l’Impératrice, la Grande-Duchesse Maria Nikolaievna, 
le D* Botkine, Dolgorouky, Tchemodourof, Sednef et 
Demidova. Us étaient accompagnés par six chasseurs 
et deux officiers, Matveief et Nabokof, aussi bien que 
par des soldats du détachement de Yakovlef. 

Bientôt après le départ de l’Empereur, un des co¬ 
chers nous apporta une courte note de Maria Niko- 


LA DÉPOSITIOX DE M. GILUARD 225 


Baievna. Elle disait que les conditions du voyage étaient 
Extrêmement dures, les roules étaient mauvaises et la 
voiture elîroyable ! 

Plus tard Kobylinsky reçut une dépêche de Nabokof 
nnonçant l’arrivée à Tiumen. A notre grande sur- 
Iprise Kobylinsky reçut soudainement un télégramme 
■de Matveief disant que l’Empereur et tous ceux qui 
[l’accompagnaient avaient été conduits à Ekaterine- 
I bourg. Ceci était tout à fait inattendu car nous pen- 
[gions tous que l’Empereur allait à Moscou. 

Une lettre do l'Impératrice arriva le 24 avril (7 mai). 
SUe disait qu’ils étaient logés dans deux pièces de la 
[maison Ipatief, très à l’étroit ; qu’ils n’avaient pour se 
[promener qu’un petit jardin et que la ville était pous¬ 
siéreuse. Elle disait aussi que tous leurs objets avaient 
été fouillés même « leurs médicaments » et à mots 
couverts elle nous donnait à entendre qu’il serait sage 
I de ne pas laisser nos choses de valeur à Tobolsk. Ainsi 
■qu’il avait été convenu d’avance entre nous, elle se 
servait du mot de « médicaments » au lieu de « bi- 
[joux ». Plus tard Tegleva reçut une lettre de Demidova 
Iécrite par ordre de l’Impératrice. Dans cette lettre 
où elle nous donnait ses instructions au sujet des bi¬ 
joux, elle employait l’expression « ce qui appartient à 
[Sednef ». 

Le 23 avril les deux officiers et les cinq soldats qui 
avaient été à Ekaterinebourg avec l’Empereur, revin- 
f rent à Tobolsk et nous racontèrent l’histoire suivante. 

Yakovlef avait d’abord conduit l’Empereur à Omsk. 

[ Mais arrivé environs à cent verstes de la ville, il prit 
[ le train et se rendit seul à Omsk. 

Il revint ensuite et tout le monde fut dirigé sur 
I Ekaterinebourg. 

| A Ekalorinebourg les Commissaires étaient à la des- 
[cente du train. Dolgorouky fut arrêté et conduit de la 
gare en prison. Tous les officiers et soldats placés sous 
[arrêt,gardés deux jours en cellule et libérés seulement 

15 













S5 , LF.S DBHmnS jOüBS DES HOMANOF^ 

-~ ” STi* suite de leurs protestations.I 

' le troisième jour à la j eur réc it était que 

L’impression générale ca> P . arrêter le 

ï,j, k f -••■““.ïrii “.u b,™».» 

train. Les officiers d, £" i§ J avall rie n pu obte- 

tout le monde dans la • Vakovlef se rendit en- 
„ir. Nous sûmes plus tard que » el j, 

suite à Moscou ; il . l * l ^ ra j > u l | ov i èl de Tobolsk) qu il 
à\-ait'renoncé à'sa'posH.ou de Commissaire près de la 

25 avril (8 mai) le président d “ ’ Apre9 cela 

visita notre maison pour 1 P à e99er notre dé- 
■il revint souvent nousi en^g Gra|ul ^_ Duche sses dési- 
part. Je me souvie q j e 5 ns) m ai jour de 

raient avoir un service iclig • ^ défendit 

naissance de VE^ u , mai ! 

disant qu il ne fallait pa | . à bord du na¬ 

ît onso heures du n * al ‘“ i J^ ma<t To 'b 0 lsk entre trois et 
vire flous» et nou q cacorlés d’un détachement 
quatre heures. Nous e presqu’exclusivc- 

commandé par *°£™Ls ^lodionof L conduisit fort 
ment compose de Lettons alent le tsarévitch 

-a. » «»« 

t. m -« r‘ ‘S «Jr.»; tr.tr. ! 

jour on nousfaisait pren ^ deUJ h eures du ma- 

à Ekatennebourg le H (- ) dation à l’autre et 

tin. Toute la «lit le t*»ialla d heurc9 le 

changea conslammen L lemp9 était très 

train s’arrêta entre , d ““Vne ^mba,t sans arrêt. Cinq 

££ 3 Eï W ;SSd“ 

SK STXri.» -*• 




221 


L---- Troiiana Nikolaievna 

Lgses sortirent alors du v. a„o Vautre elle te- 

Sait son chien favori * r ell e le laissait 

lit un sac trop lourd »PP voulat l’aider mais on 
siner sur les paves 10 Nagornv monta 

repoussa rudement. Je re Je me souviens 

ins le même liacre q llc . guelqu’autre Bolche- 

a’il v avait un G 0 ®""**® j vou Uis quitter le tram 

ik dans chaque voiture. 8ent ineUe m en em- 

ur aller leur dire ad.eu maas - e le8 voyais 

cha. Je n’eus pas un instant J ^ pta . 

^VS^'* ™- 1 '• F “ ‘ 

fc°la fm notre train ftrr1 ^ ^^^""Hendrikôva et 

JL, plus tard je vis Tatichtctmi,^ ^ gol d ats . 

Chneider quitter le tram avec Se dnef, Volkof et 

fcln neu après llariton s 1 11 • presqu oublié 

ïroupp furent également c^P^ t acco mpagné 9 P ar lo 
‘de dire que les enfan ^ lem ps Rodionov ar- 

p. Perevenko.Au bout P inutiles» et que 

La et nous dit que « nous é Buîhow den fut 

Lus étions . 'i^ re , B noireLmpartiment- 

lalors transférée dansnot ^ mes un ordre du So- 

f Trois jours plus lardnou ^ do retourner à 

i\-iet de quitter le distric 0 héir à cet ordre car 

1 Tobolsk. Nous ne ponvions p - roffen8ive des Tchè- 
I l a voie n’était pas libre à eau bourg . Pendaot 

V, >1 nous fallut rester à &£n» m ^ on Ipatieb 

vaut la maison lpatut no . b 4 aionn elte au canon. 

bÿs srtî » 





228 


U:S DERNIERS JOURS DES RO SI A NOF 


Les fiacres environnés par la cavalerie se dirigèrent] 
vers le centre de la ville. Nous les suivîmes aussi yj 
pjdement T 1 '* possible et les vîmes disparaître dans H 
direction de la prison. 

Notre partie, composée de dix-huit personnes, parJ 
tit à la lin pour Tiumen. A Kamychlof le Soviet ne] 
nous permit pas d’aller plus loin. Nous séjournâméq 
dix jours à Kamychlof. La ville était sale et des épiJ 
démies y régnaient. A la lin on nous autorisa à mon-] 
ter dans un train contenant de nombreux Serbes et] 
nous arrivâmes à Tiumen. 

Nous eûmes beaucoup à souffrir, mais je ne désire] 
pas parler de mes souffrances personnelles. 

A la fin d’août, je reçus la visite de Tchemodourof J 
Ses premiers mots furent : « Grâce à Dieu, l’EmpeJ 
reur,l’Impératrice et les enfants sont vivants,mais tonal 
les autres ont été tués ! » Il me dit que cela s’était passé ] 
dans la maison Ipatief lorsque « Bolkine et les autresl 
avaient été fusillés ». Il dit avoir vu les corps de SedJ 
net et de Nagorny qu’il avait reconnus à leurs vête-1 
ments et me déclara que les cadavres avaient été mis J 
dans dos cercueils et enterrés. Il me dit que tous 1 es J 
autres avaient été forcés de revêtir des uniformes de 1 
soldats et emmenés. Il était difficile de comprendr3 
Tchemodourof car il déraisonnait. 

Tchemodourof me dit aussi que la vie de la Famille I 
impériale à Ekalerinebourg était terrible, ils étaient I 
durement opprimés et obligés de manger avec les do-! 
mestiques. Le commandant Avdeief qui prenait é^aleJ 
ment ses repas avec la Famille impériale était souvent* 
ivre et venait quelquefois sans sa tunique dans la pièce! 
où la Famille se tenait. 

Tchemodourof déclarait qu’Adveief se conduisait sou-l 
vent d une manière indécente et insultante. Par exera-J 
pie pendant les repas s’il désirait se servir au plat il ] 
passait devant l’Emporcur et l’Impératrice et frôlait la 1 
figure de l'Empereur avec sa manche. 


LA DÉPOSITION DE M. GILLIARD 


22 § 


Les Grandes-Duchesses dormaient par terre à leur 
'rivée à Ekalerinebourg. Les Bolcheviks s’emparè- 
ent d’un petit sacque l’Impératrice avait l'habitude 
!e tenir'à la main et ils prirent aussj une longue chaîne 
l’or avec laquelle les Saintes Images étaient suspen¬ 
des au lit du Tsarévitch. Après l’arrivée de Tchemo- 
purof nous allâmes, Mr. Gibbes et moi à Ekaterine- 
burg dans le but d’aider Sergueief, magistrat chargé 
p faire une enquête sur le sort de la Famille impé- 
iale, à ce que m’avait dit Tchemodourof. 

Nous avons visité la maison Ipatief en compagnie 
b Sergueief et inspecté la chambre qui avait des trous 
è balles dans le mur et dans le plancher. Dans la mai- 
m j’ai trouvé deux « Signes Egyptiens » que l’Impé- 
itrice avait coutume de dessiner sur différentes cho¬ 
is en guise de « Porte Bonheur ». Je remarquai un de 
es signes tracé sur le papier de tenture de la chambre 
e l’Impératrice, l’autre était dessiné dans l’embrasure 
c la fenêtre d’une autre chambre et sous le Signe Egyp- 
[en, le swastika, une date était inscrite au crayon : 
7-30 avril, la date de l’arrivée de Sa Majesté à Eka- 
srinebourg. Mon attention fut aussi attirée par le poêle 
ui était rempli d’objets à demi-brûlés. Je reconnus 
ne quantité de ceux-ci tels que des brosses à cheveux 
‘ à dents, des épingles, et nombre de différentes cho- 
j portant les initiales « A. F. » (Alexandra Feodo- 
^ovna). 

J’eus l'impression que si la Famille impériale avait 
té réellement emmenée d’Ekaterinebourg elle était 
artie sans rien emporter de ce qu’elle possédait. Tou- 
*s les choses qui lui étaient nécessaires avaient été 
rûlées. Néanmoins au moment où je quittai je ne pou- 
lis pas croire que la Famille impériale ait véritable¬ 
ment péri. Il y avait un si petit nombre de trous de 
(dles dans le mur que j’avais inspecté qu’il me parais- 
|it impossible que tout le inonde ait été exécuté. Lors- 
De je fus qQycnu d’Ekaterinebourg à Tiumen je reçu** 










230 


us 


---- T • • le reconnus pas C 

ta visite de Volkof, ma *® J , è8 i' a ttentat contl 

rsrisusrw.- «v* 

du train à la P r ‘ w “ ““t UI avaient été transférés da 

Hendrikova,Chneid T ichtche fêtait aussi en pi 

une autre prison a P^r • u tut liré de prison 

son à Ekater.nebourg. UO à com prendre ce q 

on ne le revit jamais. J eu | de TalichtcM 

disait Volkof relnl.vemmd e «* bolchevU ^ „ rd „„„ a „l 

Volkof dit avoir vu| " dUlrlot d e Perm. Volkof f« 

Tatichtohef do quiU Uule qu e le valet de chambre d, 
mis dans 1 ȕandrovilcb ; ce valet lui dit qu 

Grand-UueMichel Alexan^ perm ^ eul nuit! 

lorsquo le Grand- ég dont l’un braqua soi 

visite de quatre homme . de re3ter immobilf 

pistolet sur le valet « ^ Du0 Je t e3 suivre.Le Gram 

Los autresdircn . .. ,,u’il n’obéirait qu’aux ordr 

Pue refusa dobeir dis I à ceci, un des hoi 

d’un membre du Soviet. Lu repo ftU colle t e 

mes armés alla damné! Romanof. » ] 

s’écria « C ont un a ne ider et quelques autre» fu 

Volkof, Hendnkoya Ch^d^ a ^ Volkof compri 

renl emmené* tle pri aya de Réchapper. Loi- 

qu’on allait ><« fu-Uer “ essaya d ^ ^ 

qu’il fut hors d a l - nl ® J ul de pendroil où les au . 
d’une volée de balle» aU qu Heudrikova et 

avaient été condui s * ^ peusa it que les Bolet» 

reste avaient été avaient tiré s. 

viks l’avaient cru m jP it “ t comm e il avait U 
lui au moment ou d d it:« U a son compte 

buebé cl était tombé u incident relatif au sort 
Volkof raconta au. nd _ Uuc dut se soumolll 

Grand-Uuc Michel. L l arrêlaien t. Un des bot 

à la force et aui v r ° j celui -ci ne puisse 

mes resta avec le valet aun 4 


nr ne Mr GWBES 

LA uÉP osrrm - 


: mirent aucune hâte a organisèrent les 

culement au bout d «ne h u ^^ nd . Duc . U fut tres dif- 
eeherches P 0 " aucune information dehni- 

icile d’obtenir de Volkol,. Grand-Duc Michel, mais il 
£e sur le sort suprême*iuGra guivil leâ étran- 
,arait qu’au moment ouïe n’oubliez pas de 

Z U'«W w vou,, au-~u 


C! le valet lui dit : vous, elle est sur la 

prendre votre « medeC ^ „ Je n’ai rien d’autre a de- 

[planche au-dessus du pool t eat correcte. 

!larer . Ma déposition m a elel,^ Gu.llv.rd- 

[Signé) : N. Sokolof. 

La déposition de Mb. G.bbbs 
, Mr. Sydney Gibbcs, g ^u! TsubdUa Famille 

Tjcrsonneilc, 80 ,, 

sintéressé. provisoire ne lui avait pas 

1 e Gouvernement 1 r . d Xsarskoie, proba 

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232 


LES DERNIERS JOURS DES ROM A NO F 


sition montre à quel degré le Tsar fut affecté par le 
traité de Brest-Litovsk et par la ruine de la Russie, 
œuvre des Bolcheviks. 


Le 1 er juillet 1919 le Magistrat Enquêteur pour les J 
Cas d’une Importance Spéciale du Tribdnal d'Omsk, 1 
N.-A.Sokolof interrogea à Ekaterinebourg la personnel 
mentionnée ci-dessous, en conformité avec le paragra-1 
phe 443 du Code de Procédure Criminelle, en qualité! 
de témoin et le témoin a déclaré : 

Mon nom est 

Sidney IvANOvrrcu Gibbes 

Agé de 40 ans, sujet britannique, actuellement secré-I 
taire auprès de la mission diplomatique anglaise. 

Depuis l’année 1916 j’étais professeur externe de I 
langue anglaise des Grandes-Duchesses et du Tsaré-1 
vitch. Je commençai à donner des leçons aux Grandes-! 
Duchesses Olga Nikolaeivna, Tatiana Nikolaeivna et j 
Maria Nikolaeivna en 1908. 

Lorsqu’Anastasia grandit je lui donnai également j 
des leçons. Je commençais l’instruction du Tsarévitch! 
en 1914 et je fus nommé son précepteur en 1916. Cettel 
même année je pris ma résidence au Palais. En 1914 I 
les fonctions do précepteur du Tsarévitch étaient par-! 
tagées entre Mr. Gilliard et moi. 

Au début de la Révolution la Kamille impériale ré-1 
aidait à Tsarskoie Selo.L'Impératrice et tous les enfantfl 
étaient là. L’Empereur était à la Stavka. Dans les preJ 
miers jours de la Révolution tous les enfants étaient! 
malades de la rougeole. L’épidémie frappa d’abord le I 
Tsarévitch, puis successivement toutes les filles en fu-J 
rent atteintes. 

Je ne sais pas comment l’Impératrice reçut la nou-l 
voile de la Révolution : Quelqu’un qui était près d’elle! 
à ce moment me dit qu’elle pleura. D’après ce que je 


LA DÉPOSITION DE Mr. GIBBES 


233 


onnais personnellement de l’Impératrice ma convic¬ 
tion est qu’elle ne s'attendait pas à la Révolution. Il 
ne semble que l’Impératrice croyait qu’il suffirait de 
àirequelques concessions. La Révolution fut un grand 
oup pour elle et elle en souffrit, mais grâce à son em- 
bire sur elle-même son émotion fut contenue. 

L’Impératrice et la Famille impériale furent arrê¬ 
tées par le général Kornilof. Je n’étais pas présent 
ors de l'arrestation, il m’est donc impossible de vous 
jlire comment les choses se passèrent. Je sais que Kor- 
kilof fut reçu par sa Majesté et lui dit qu'elle devait 
le considérer en état d’arrestation. L’Impératrice me 
Ile dit elle-même mais n’entra pas dans de grands dé- 
ails ; elle raconta simplement ce qui était arrivé d’une 
pçon générale mais elle ajouta qu’elle reçut Kornilof 
Iroidcment et ne lui donna pas sa main à baiser. Après 
que Kornilof eut notifié l’arrestation je ne fus plus ad- 
nis au Palais et toutes mes requêtes pour y être reçu 
lurent rejetées. Le Gouvernement Provisoire ne voulut 
as me permettre de demeurer avec la Famille impé¬ 
riale. Je me souviens distinctement d’avoir vu la lettre 
Signifiant le refus, elle portait la signature de cinq mi- 
stres. Je ne me souviens pas de leurs noms mais je 
kais que je vis la signature de cinq ministres. Je ne 
eux pas vous dire si la réponse portait la signature 
Elu Ministre de l'Instruction Publique. Etant Anglais, 
es formalités me parurent extrêmement étranges. 

C’est pourquoi il ne me fut pas permis de rester avec 
lia Famille impériale durant son séjour à Tsarskoie Selo 
Jjt en conséquence je ne vis rien de leur vie pendant 
Icettc période. 

| J'appris plus tard à Tobolsk que quelques soldats et 
loftieiers de Tsarskoie Selo s’étaient conduits gro~ 
■puent envers la Famille impériale. L’Empereur lui— 
nême me dit qu’un officier avait refusé de lui serrer 
la main prétextant qu'il était de service et ne pouvait 
■donner la main à personne. L’Empereur me parla aussi 









234 LES DERNIERS JOURS DES ROMANOF 


te* 


de Kerensky. Il me dit que Kerensky était très 
veux lorsqu’il lui parlait. Eu effet, il fut un jour telle¬ 
ment nerveux qu’il prit un coupe-papier d’ivoire a 
commença à le ployer de telle façon que l’Empereui 
eut peur de lui voir briser le couteau et le lui enievi 
des mains. L’Empereur me dit aussi que Kerensky 
croyait qu’il (l’Empereur) désirait faire une paix sépa- 
rée avec l’Allemagne. L’Empereur dénia le fait, maii 
Kerensky s’obstina dans sa Conviction. Je ne peux pal 
dire si oui ou non Kerensky fouilla la correspondant 
de l’Empereur, mais celui-ci me dit que Kerensky 
croyait à l’existence de documents qui indiquaient sob 
désir de traiter séparément avec l’Allemagne. Je con¬ 
naissais bien l’Empereur et je comprends parfaitement 
le sentiment de dédain que devait lui inspirer Kerensky 

Le jour où la Famille impériale quitta Tsarskoie Sel 
Kerensky se montra très nerveux. Durant la nuit il té 
léphona au Ministre des Communications de venir im 
médiatement à Tsarskoie Seio. Le Ministre des Com¬ 
munications était à cette heure dans son lit, mais cela 
ne pesa pas une once avec Kerensky. Je ne puis vous 
en dire davantage sur la vie de la Famille impériale 
Tsarskoie Seio. Comme je lui étais dévoué et désirais 
être près d'elle, je partis pour Tobolsk de ma propre 
volonté et j’y arrivai au commencement d’octobre. DeJ 
puis Tiumcn j’ai voyagé avec Klavdia Mihailovna Bi- 
tncr. Je vécus deux jours à la maison Kornilof. Le 
troisième jour l’Empereur m'envoya chercher. Il me 
reçut dans son cabinet de travail. L’Impératrice et Ig 
Tsarévitch étaient présents. Je fus très heureux de le> 
revoir et eux très contents de me retrouver. A cette 
époque l’Impératrice avait commencé à se rendre 
compte que certaines personnes qu’elle croyait dévouées 
avaient cessé de l’être ! 

Dans l'ensemble, notre séjour à Tobolsk était fort 
agréable. Je ne vis rien à reprendre dans nos conditioni 
de vie. 


LA DÉPOSITION DE Mr. GIBBES 


235 


Certainement, comparé à ce qui avait été, il y avait 
bien quelques désavantages et beaucoup de petites cho¬ 
is créaient des frictions, mais on s’y habituait vite. 
Tout le monde travaillait ferme. L’Impératrice ensei¬ 
gnait la théologie aux enfants (tous les enfants pre¬ 
naient des leçons excepté Olga Nikolaievna qui avait 
terminé son éducation en 1914). Elle apprenait aussi 
un peu d’allemand à Tatiana Nikolaievna. L’Empereur 
donnait des leçons d’histoire au Tsarévitch. Klavdia 
Mikhailovna Bitner instruisait les Grandes-Duchesses 
Maria et Anastasia ainsi que Tsarévitch en mathéma¬ 
tiques et en langue russe. Hendrikova donnait des 
leçons d’histoire à Tatiana Nikolaievna. Je leur appre¬ 
nais l’anglais à tous. 

Les leçons étaient données de 9 à 11 heures. De 
11 heures à midi les enfants avaient la permission de 
.se promener. Les études étaient reprises à midi et se 
I Continuaient jusqu'à 1 heure. A 1 heure le lunch était 
[servi puis on apportait le café. Suivant l’ordre du doc¬ 
teur le Tsarévitch s’étendait sur le sofa après le lunch. 
Fendant qu’il était étendu Gilliard et moi nous lui 
I lisions à haute voix. Après ceci Nagorny habillait le 
Tsarévitch et nous partions en promenade jusqu’à 4 ou 
5 heures. 

I A notre retour l’Empereur donnait au Tsarévitch sa 
leçon d’histoire et ensuite Alexis Nikolaievitch aimait 
jouer à un jeu particulier appelé « Plus votre cheval va 
lentement plus vous allez loin ». Nous nous divisions en 
deux camps pour jouer *ce jeu. Le Tsarévitch, Gilliard 
ou moi d’un côlé, Dolgorouky et Chneider de l’autre. 
Le Tsarévitch aimait extrêmement ce jeu et Chneider 
, y mettait tout son edeur, mais à l’occasion elle se que¬ 
rellait avec Dolgorouky. C’était réellement très drôle. 
Nous y jouions presque tous les jours et Chneider dé- 
! clarait chaque fois que jamais plus elle ne jouerait avec 
nous. 

De 6 à 7 heures le Tsarévitch prenait des leçons 












LES DERNIERS JOURS DES ROMAXOF 


236 


avec moi ou avec Gilliard. Le dîner était servi à 
8 heures. Après le dîner la Famille se réunissait en 
haut. Quelquefois nous jouions aux cartes et souvent, 
je faisais des doubles patiences avec Chneider. Ta-1 
tichtchcf, Olga.Nikolaievna, D r Botkine, Chneider, Gil-j 
liard, Dolgorouky jouaient au bridge. Les enfants et 
l’Empereur faisaient parfois un bézigue. Souvent l’EinJ 
pereur lisait à haute voix. 

Quelquefois les Grandes-Duchesses Olga, Maria et I 
Anastasia allaient dans la chambre de Demidova où] 
Tutclberg, Erzberget Tegleva prenaient leurs repas. A] 
l’occasion Gilliard, Dolgorouky, le Tsarévitch ou moi 
les accompagnions. Nous restions toujours un tempflj 
considérable dans cette chambre, riant et plaisantant | 
en toute liberté ce qui noos amusait beaucoup. 

L’Empereur se levait de bonne heure. A 9 heures] 
il prenait le thé dans son cabinet de travail puis lisait j 
jusqu’à 11 heures. Il allait alors se promener dans le] 
jardin et se livrait toujours à quclqu’exercice physi-] 
que. A Tobolsk il sciait fréquemment des bûches. Avec I 
un peu d’assistance l’Empereur construisit une plate- 1 
forme sur le toit de l’orangerie et un escalier, fruit 1 
de nos efforts combinés, conduisait à la plateforme.! 
La Famille aimait s’asseoir sur cette terrasse pour soi 
chauffer au soleil d'hiver. 

L’Empereur avait l'habitude de rester dehors jus- J 
qu’à midi, alors il rentrait et se rendait dans la chamJ 
bre de ses filles où des sandwiches était servis. En-1 
suite il regagnait son appartement et y restait jusqu’à J 
l’heure du lunch. Après le lunch l’Empereur se pro~l 
menait ou travaillait dans le jardin jusqu’au crépuscule. I 
A 5 heures la Famille prenait le thé, puis l'Empereur I 
lisait en attendant le souper. 

L’Impératrice se levait à des heures très différentes, I 
quelquefois beaucoup plus tard que les autres, mai* I 
souvent elle était prêle en même temps que tout le i 
monde. Jamais les étrangers ne la voyaient dans la 1 


LA DÉPOSITION DE Mr. GIRBES 


237 


natinée ; il y avait des jours où elle ne paraissait 
ju’au lunch. Le matin elle travaillait ou s’occupait de 
les enfants. Elle aimait les ouvrages de fantaisie : la 
broderie ou la peinture et quand elle était seule à la 
maison, tous les autres étant sortis, elle se plaisait à 
jouer du piano. 

Le lunch et le dîner étaient bons. Au lunch on nous 
ïervait du potage, du poisson, de la viande et du des- 
jert. Le café était servi en haut. Le dîner était sem¬ 
blable au lunch avec la différence que les fruits y 
étaient plus abondants. 

I Si l’Empereur était présent au dîner nous nous as¬ 
seyions dans l’ordre suivant : l’Empereur au milieu de 
la table, l’Impératrice en face de lui, Hendrikova à la 
droite de l’Empereur et près la Grande-Duchesse Maria. 
A la gauche de l’Empereur s’asseyaient Chneider et 
Dolgorouky. Le Tsarévitch était à la droite de l’Impé¬ 
ratrice et à sa gaucho Tatichlchef et la Grande-Du- 
pesse Tatiana. Gilliard était à un bout de la table, 
I l’autre la Grande-Duchesse Anastasia et moi. Si 
l'Impératrice dînait en haut sa place était prise par 
la Grande-Duchesse Olga.Bolkine dînait toujours avec 
la Famille impériale mais il Iunchait avec sa propre 
Eamille. 11 était habituellement assis entre la Grande- 
buchesse Olga et le Tsarévitch. Les jours de fêtes reli¬ 
gieuses le D r Derevenko et son fils Koiia étaient invi¬ 
tés à dîner. C’était Haritonof qui faisait le dîner. La 
nourriture était bonne et nous avions de tout en abon- 
iance. 

I En dehors du lunch et du dîner, le thé était servi 
peux fois par jour. 

I Le matin l’Empereur prenait le thé dans son cabi¬ 
net de travail avec la Grande-Duchesse Olga. Le thé 
liait toujours servi le soir dans ce cabinet de travail 
iuand il n’y avait que la Famille. 

I Au moment de mon arrivée à Tobolsk, il y avait 
leux Commissaires, Pankratof et Nikolsky ; Pankratof 














238 


LES DERME HS JOURS DES ROMANOF 


LA DÉPOSITION DE Mr. GIBBES 


239 


n’était pas un mauvais garçon mais il était faible ; il 
ne nous causa aucun ennui. L'Empereur avait l’habi¬ 
tude de causer avec lui etPankratof lui raconta beau¬ 
coup de choses intéressantes sur la Sibérie où il avait 
vécu en exil, mais l’Empereur parlait toujours de lui 
sur un ton un peu sarcastique et ne l’appelait que « le 
petit homme » (il était plutôt de petite taille). 

Nikolsky était grossier et la Famille ne l’aimait pas. 
Je ne me souviens pas si Nikolsky se montra jamais 
insolent envers le Tsarévitch et si celui-ci pleura à cause] 
de sa hrusquerie. Pendant la période fyolchevisfe au-; 
cun Commissaire ne fut admis dans la maison. Je crois! 
que plusieurs Commissaires vinrent à Tobolsk, mais! 
ils ne furent pas reconnus par les soldats. 

Yakovlef fut le premier Commissaire qui entra dans] 
la maison. La Révolution Bolcheviste passa d’abordl 
inaperçue, il semblait qu’on nous avait complètement] 
oubliés. Néanmoins les Bolcheviks pensèrent subite-] 
ment à nous ot notre allocation fut supprimée. On nous] 
donna une ration de soldat et l’ordre de limiter toutes] 
nos dépenses à 150 roubles par semaine. Il fallut ren-J 
voyer plusieurs serviteurs et notre nourriture devint] 
fort inférieure, on nous servait seulement de la soupe 
et un plat de viande. 

Je n’ai pas parlé du traité de Brest-Litovsk à l’Em¬ 
pereur, mais j’ai remarqué qu’après la Révolution 
Bolcheviste il parut beaucoup souffrir. L’Empereuf 
avait abdiqué parce qu’il pensait que cela vaudrai! 
mieux pour la Russie. Le résultat fut au contraire dé¬ 
plorable. Il ne s’y attendait pas et ressentit des re¬ 
mords terribles de son acte. Lorsque nous fûmes in¬ 
formés de l’état déplorable des affaires en Russie, je? 
vis l’Empereur complètement bouleversé et il restaj 
longtemps silencieux. Sa propre situation ne semblait) 
pas le préoccuper ; il souffrait tout sans se plaindre* *] 

Yakovlef arriva à Tobolsk au commencement d’avril 
à l’époque de la maladie du Tsarévitch. J’étais assis 


Bès du lit du Tsarévitch lorsque l’Empereur accom- 
Hgné de Yakovlef et d’un autre homme, entra dans 
■chambre. Yakovlef regarda le Tsarévitch. L’Empe- 
|ur dit : Voici mon iils et ce monsieur est son pré- 
Ipteur. » Yakovlef ne semblait pas un homme cultivé, 
lavait l’air d’un matelot. Je ne me souviens plus de 
Ipparenco de l'autre homme. Yakovlef considéra at- 
ntivement le Tsarévitch, puis quitta la maison. L’Em- 
reur et Yakovlef revinrent ensuite mais sans le troi- 
inie. Ils observèrent le Tsarévitch sans rien dire. 
Quelques jours plus tard j’étais de nouveau dans la 
ambre du Tsarévitch ; il élait très malade et souffrait 
«ucoup. L’Impératrice avait promis de venir le voir 
rès le lunch, il attendait, il attendait et personne ne 
Inait. Comme il appelait sans cesse: Mamma,Mamma, 
[sortis de la chambre espérant voir l’Impératrice et je 
ikarquai l’Empereur, l’Impératrice et Yakovlef de- 
>ul au milieu du hall, mais je n’entendis pas ce qu’ils 
laient. Je retournai dans la chambre du Tsarévitch. 
§e mit à pleurer et me demanda : « Où est Mamma? » 
Je quittai la chambre de nouveau. On me dit que 
Impératrice était très tourmentée de quelque chose ; 
le c’est ce qui l’empêchait de venir voir le Tsarévitch, 
n ajouta qu’elle était fort alarmée parce que l’Em- 
freur allait être emmené loin de Tobolsk. Je revins 
ors dans la chambre où l’Impératrice entra vers *i ou 
[heures. Elle était très calme mais son visage mon- 
tit la trace de larmes. Comme elle craignait d’agi- 
t le Tsarévitch elle commença à me dire tout bas 
le l’Empefeur avait reçu l’ordre de quitter Tobolsk, 
felle et la Grande-Duchesse Maria partiraient avec 
jet que dès l’amélioration de la santé du Tsarévitch 
lui-ci et tous les autres les suivraient. Le Tsarévitch 
lendit ce qu’elle disait mais il ne demanda pas où 
as irions, je ne le demandai pas davantage, ne vou- 
it pas insister sur un sujet pénible. Bientôt après 
quittai la chambre, je pensais que pendant les pré- 

















240 


LES DERNIERS JOURS DES ROMA.XOF 


LA DÉPOSITION DE Mr. GIBBES 


241 


paratifs de départ ils ne désiraient probablement pas Après 1 avoir quitté il revint de nouveau, se figu- 

présence des étrangers. Ce soir-là ils dînèrent seuU^» arl l probablement que le Tsarévitch se lèverait après 
Dans la soirée nous fûmes tous invités dans l J** première visite. Environ trois jours avant notre dé¬ 
boudoir de l’Impératrice (la chambre verte), où le théW ;,, t de Tobolsk nos gardes furent remplacés par un 
était servi. La conversation roula sur le voyage fl^P^Lichement de itouges. Ce détachement était sous les 
à deux heures du matin les voitures arrivèrent, uneBprdres d’un certain Rodionof, homme assez insolent, 
seulement avait une capote. Je fis mes souhaits de boaS. Nous étions tous très intéressés car Tatichtchef l’avait 
voyage à la Famille dans le hall. L’Empereur s’assiS^j® rencontré, mais ne pouvait pas se souvenir où il 
à côté de Yakovlef. 1/lmpératrice et la Grande-Du®lavait vu ni qui il était. Hendrikova le connaissait 
chesse Marie étaient ensemble. Ils étaient accompa-fc uss >- Tatichtchef pensait qu’il avait vu Hodionof à 
gnés par le D r Botkinc, Tchemodourof, Dolgorouky jBerlin et Hendrikova croyait l’avoir rencontré à Y’cri- 
Demidova et Sednef. Nous ne connaissions pas leuBb°lovo. Tatichtchef avait été autrefois attaché à l’en- 
destination. Personne de nous n’avait la moindre idé« loura §> e de l’empereur Guillaume et il pensait avoir vu 
qu’ils étaient conduits à Ekaterinebourg. Nous pension®R°dionof à l’ Ambassade de Russie à Berlin, 
tous qu’ils allaient à Moscou ou vers l’Est. Les enfants Tatichtchef lui demanda un jour quelle avait été sa 
partageaient cette opinion. Nous étions tous trè® profession et Rodionof ne désirant pas donner une 
anxieux. Nous ne savions pas ce qui allait arriver® réponse précise répliqua : <« J’ai oublié. » Lorsque Ta- 
Tatichtchef était maintenant notre doyen et Tatiaml üchtchcf parlait de Rodionof il avait l’habitude de le 
était considérée comme la tête de la famille à la plac®désignor comme « Ma connaissance ». Je me souviens 
de la Grande-Duchesse Olga. ■qu'en 1916, me trouvant à Petrograd, j’allai voir un 

Le Tsarévitch se remit graduellement, quoiqu’avt*®!» 011 ™ 1 ® de mes relations qui se nommait Ditveiler ; je 
beaucoup de lenteur. Les premières nouvelles des bien qu’il était Juif et sujet russe. Il travaillait 

gcurs furent apportées par l’isvochtchik qui conduisait® <1 ordinaire dans une fabrique de cordages. Au cours 
l’une des voitures. Il nous dit que la Famille avait ■f UIie ^. e noa conversations je lui demandai ce qu’il 
teint Tiumcn sans encombre. Plus tard quelqu'un! lvai t fait récemment et il me dit avoir passé tout son 
envoya une dépêche pour dire qu’ils étaient « retenus ® lcrn P 8 ave c un certain individu. Je le questionnai alors 
à Ekaterinebourg. Cette nouvelle nous frappa tous.JB sur l'identité de cet homme et Ditveiler me répondit : 

Yakovlef ne nous avait jamais parlé d’Ekaterinebou^B" 11 est probablement un espion allemand *>, et il 
et j’avais entendu par quelqu’un que Yakovlef lpS«jouta qu’un officier du nonl de Rodionof était présent 
mênife avait été envoyé de Moscou et non d’Ekaterine® a l’ une de leurs réunions. Ainsi son nom m’était égale- 
bourg et je ne pense pas qu’il puisse y avoir le nttjiiB nient familier. Rodionof nous défendit de fermer à clé 
dre doute là-dessus. Après cela Hohriakof vint à l®!* 8 portes de nos chambres à coucher pendant la nuit, 
maison. Il parait que cet homme était à Tobolsk depu®^ Nous partîmes pour Tiumen par bateau. Quelques 
un temps considérable mais nous ne l’avions encore ja®Otlrs avant notre départ Hohriakof nous dit qu’il ne 
mais vu à la maison. Nous pensâmes qu’il avait ét® sava *l P as s i nous aurions la permission d'habiter à 
envoyé par Yakovlef. Quand il arriva il demanda®Ekatcnnebourg dans la même maison que l’Empereur, 
voir le Tsarévitch comme s’il ne croyait pas à sa ma® l’Impératrice et la Grande-Duchesse Maria. Rodionof 


16 









IBS DERNIERS JOURS DES BOMANOF 


LA DEPOSITION DE ilr. GIBBES 


243 


242 


nous informa que désormais notre situation allait d< 
venir pire qu’elle n’avait été jusque-là. De Tiumen, les 
enfants, Hendrikova, Chneider, Tatichtchef, Buxhowjj 
den, Nagorny et Volkof voyagèrent dans un compaN 
liment, mais le reste de nous fut obligé de s’asseoit 


nserver deux paires de souliers, disant aux Bolche- 
iks que l’enfant était délicat et qu’il aurait grand be- 
ioin d'une seconde paire de souliers dans le cas où il 
luirait les pieds mouillés. Un peu plus tard les Bol¬ 
cheviks enlevèrent une longue chaîne d’or par laquelle 


dans un fourgon de marchandises ( téplouchka ). Noui ^ Saintes Images étaient suspendues près du lit du 
arrivâmes à Ekaterinebourg dans la nuit du 9 (22) maij Tsarévitch. 

Il faisait très froid. Toute la nuit notre train circuU | Nagorny eut plusieurs discussions avec les Bolche- 
d’une voie de garage à l’autre. Vers sept heures «la Lks ; „ Aussi je comprends très bien pourquoi il a été 
matin les wagons furent éloignés de la ville. Plusieurs fusillé », ajouta le prince Lvof. 

isvochtchiks attendaient et quoiqu’il me fût possibU I Après le départ des Bolcheviks d’Ekaterinebourg, 
d’observer le départ des enfants je n’eus pas la per Tchemodourof vint me voir. Ses premiers mots furent: 
mission de leur dire adieu. A dix heures notre traii L Grâce à Dieu les enfants sont saufs ». Je ne le com- 
se rangea près d’un quai et on lit descendre Tatichfl pris pas. 

chef et Chneider. Je ne peux pas dire ce que devint Mais ensuite, au cours de la conversation il me de- 
Ileiulrikova. Après ceci Hodionof annonça que le petil manda soudainement : « Pensez-vous qu’ils soient sau- 
Sednef et Troupp devaient se rendre à la maison. Na- ^s ? » Environ dix jours avant sa mort il m’envoya une 
gorny vint ensuite, il emporta une partie des bagages lettre me demandant si il y avait une espérance qu’ils 
et les lits des enfants. Ces lits, qui étaient tous pareild Loiont vivants. 

étaient en fer et sur le modèle du lit dout l’empereur I Tchemodourof disait que les conditions de vie àEka- 
Alexandre II se servait pendant la guerre de Turquie, lerinebourg étaient fort mauvaises. Il paraît que lors- 
Ces lits étaient légers et confortables. Après le dépari que la Famille eut un gâteau de Pâques spécial, le 
de Nagorny, Hodionof nous dit : « Vous êtes libres^ Commissaire s’en coupait lui-même-de gros morceaux 
allez où vous voudrez ». Je restai à Ekaterinebourgd ians demander permission et Tchemodourof mentionna 
Deux ou trois jours plus tard je me promenais avec j e mauvais traitements mais il m’était très difficile de 
Dcrevenko et Gilliard sur la perspective Vosnesensky | e comprendre sa tète étant un peu dérangée, toutefois 
lorsque nous nous aperçûmes soudainement que Na4 jl m e dit distinctement que les Grandes-Duchesses 
gorny et Seduef entourés de soldats quittaient la maij Pavaient pas de lits. 

son ipalief sur deux isvochtchiks. Nous les suivîmes | J* a i visité la maison Ipalief sans rien y frouver d’ex- 
on les conduisait en prison. I raordinaire. La maison était très délabrée. Les poêles 

Très longtemps après, l’ancien Premier Ministre, U liaient remplis d’objets à demi brûlés tel que cadres 
prince Georges Evgenievich Lvof (qui était en prisou | e portraits, brosses de toute espèce et un petit pa- 
à Ekaterinebourg avec Nagorny) me dit que Nagorny ^ ier dans lequel le Tsarévitch rangeait ses brosses à 
sc disputait souvent avec les Bolcheviks au sujet d< flic veux. Différentes choses étaient éparpillées, mais je 
leurs mauvais traitements envers le Tsarévitch. La fy v is pas beaucoup d’objets personnels appartenant 
Bolcheviks ne permettaient pas au Tsarévitch d’avoir | | a Fanjille. 

plus d’une paire de chaussures. Nagorny insistait poui L’Empereur avait l’habitude de porter uu pantalon 














244 


LES DERNIERS JOURS DES ROMANOF 


LA DÉPOSITION DE Mr. GIBBES 


24 $ 


khaki, une chemise de soldat et de hautes bottes qui 
avaient été souvent raccommodées. Le Tsarévitch por¬ 
tait aussi un pantalon khaki, une chemise de soldâtes 
de hautes bottes. 

Au sujet des rubis que vous m’avez montres, je sain 
que la Famille impériale avait une grande quantité de 
rubis parmi ses nombreux joyaux. La Grande-I u- 
chesse Olga possédait une broche de rubis qui lui avaitj 
été donnée par leu la reine V ictoria. 

Les saphirs semblenL être des fragments de la grosad 
pierre que l’Empereur portait on bague. Elle était 
taillée tout à fait de la même façon que ces morceaux 
et je pense qu’il y a une ressemblance complète entre 
eux et la grosse pierre. L’Empereur portait cette ba¬ 
gue au doigt de l’alliance et me dit qu’il ne pouvait! 

pas la retirer. . 

Voici mes souvenirs personnels sur la bamille împ 

riale. . ■ 

I.a Grande-Duchesse Olga Nikolaievna avait envirotii 
vingt-trois ans, elle était blonde et avait les cheve.il 
plus clairs que le reste de la Famille. Apres sa maladie 
elle maigrit beaucoup. Elle avait de beaux .veut bleu 
et son âme se lisait dans ses yeux. Elle était honneleJ 
innocente, simple, sincère et bonne, mais elle s irritai! 
facilement et ses manières étaient un peu brusqucsJ 
Kilo était bonne musicienne et avait réellement oa 
talent. La Grande-Duchesse Olga était très modestel 
Elle aimait la simplicité et n’attachait pas grande at tend 
lion à la toilette ; sa personnalité morale me faisais 
penser à celle de son père. Elle était très religieuse etj 
je crois qu’elle aimait son père plus que personne au 

m< La dt Grande-Duchesse Tatiana Nikolaievna était trW 
mince. Il aurait été difficile de rencontrer une personne 
aussi mince quelle. Elle avait vingt et un ans; grande 
élégante, eUe était plus brune que le reste de la I * 
millo. Ses yeux étaient d’un gris sombre ; son expreuj 


\ 

ision était différente de celle de ses sœurs qui mon- 
Itraient leurs âmes candides dans leurs yeux. Tatiana 
j ne montrait rien ; elle était réservée, hautaine et peu 
communicative, mais ses opinions étaient les plus tran¬ 
chées de la Famille. Elle aussi était religieuse mais sa 
religion était un devoir , Olga Nikolaievna avait l’amour 
de la religion dans son cœur, Tatiana était toujours 
préoccupée et pensive et il était impossible de deviner 
jses pensées. Elle jouait du piano mieux qu aucun mem¬ 
bre de la Famille car elle possédait une meilleure 
‘technique, mais elle jouait sans aucun Sentiment. Elle 
peignait et brodait très bien. Elle était la favorite do 
sa mère qui avait toute confiance en elle; je pense que 
l’Impératrice préferait Tatiana à ses autres filles. Si on 
désirait une faveur elle ne pouvait être obtenue que 
.par l’intermédiaire de Tatiana Nikolaievna. 
r La Grande-Duchesse Maria était une fille largement 
bâtie. Elle était très forte et pouvait aisément me sou¬ 
lever de terre. Ses cheveux étaient plus clairs que ceux 
de Tatiana, mais plus foncés que ceux d’Olga (Olga 
I Nikolaievna avait les cheveux blond doré et Maria 
Nikolaievna les cheveux d’un brun clair). Elle avait de 
! doux yeux gris clair et était très jolie mais elle devint 
[très maigre après sa maladie. Elle avait un grand ta¬ 
lent de peintre et aimait beaucoup dessiner. Elle jouait 
| très bien du piano sans être aussi bonne musicienne 
I qu’Olga et Tatiana. Elle était modeste et simple et au- 
r fait probablement été une excellente épouse et mère, 
i File aimait les enfants, mais était un peu inclinée à la 
[paresse. Elle se plaisait à Tobolsk et me dit qu’elle 
[ pouvait y être tout à tait heureuse. Il m’est difficile de 
[vous dire qui elle préférait de son père ou de sa mère. 
I La Grande-Duchesse Anastasia Nikolaeivna avait 
Iseize ou dix—sept ans ; elle était petite et forte et à mon 
Tivis elle était la seule personne de la Famille manquant 
.de grâce. Ses cheveux étaient d’une nuance plus claire 
[que ceux de Maria Nikolaievna, mais ils étaient durs 













216 


LES DERNIERS JOURS DES RO.MA NO F 


LA DÉPOSITION DE Afr. GIDBES 


247 


et tombaient plats sur son front. Ses yeux gris étaient| C0U p vieilli et avait de nombreux cheveux gris. Ses 
fort beaux et son nez droit. Si elle avait été plus grandflL eux p r j s étaient merveilleusement doux. Elle était 
et plus élancée elle aurait été la plus jolie de la Fa-l^telligente, mais elle semblait toujours plus intelli- 
mille. Elle était raffinée et très spirituelle. Elle à ceux qui la connaissaient le moins. Elle n’était 

tous les talents d’une comédienne et faisait rire tout|p as hautaine dans le sens ordinaire du mot, mais elle 
le monde sans jamais rire elle-même. Son développe**-*■ 
ment intellectuel semblait s’être subitement ; 


>veloppc-»n’ ou kliait jamais un moment sa position. Elle était 
arrêté GWoujours reine, néanmoins j’étais à l’aise en sa pré- 


quoiqu’elle jouât du piano et fît de la peinture elle n« 8ence e i j e me plaisais en sa compagnie. Elle avait très 


possédait que les premiers éléments de ces arts. 

Le Tsarévitch, Alexis Nikolaievitch, n’avait pas de 
santé. Il était grand pour son âge et très frêle. Il avait 
beaucoup souffert dès son enfance d’une maladie héré* 
ditaire dans la famille de sa mère. Son état s’aggravi 
à Tobolsk, car il y était difficile de se procurer lei 
moyens de le soigner convenablement. 

Le Tsarévitch avait bon cœur et aimait beaucoup lof 


bon cœur et faisait beaucoup de bien. Elle aimait 
extrêmement les petits secrets,son plaisir était de pré¬ 
parer une surprise à quelqu’un sans rien dire jusqu'au 
dernier moment. Elle avait des côtés allemands et se 
montrait plus économe qu’aucune femme anglaise. 
Elle aimait la Russie et se considérait une Russe. Ce 


Il n’obéissait qu’à l’Empereur. C’était un enfant inten 


quelle redoutait le plus était de perdre la Russie. Quoi¬ 
que l'Impératrice soit allée souvent en Allemagne pen** 

animaux, mais les sentiments seuls avaient de l’in- dant le règne de l’Empereur je ne lui ai jamais c~ 4 — 
tluence sur lui et il faisait rarement ce qu’on lui disait, dire un seul mot de l’empereur Guillaume. E 


entendu 
Elle était 

Sincèrement religieuse, dans la foi orthodoxe c était 

I _,U11 A Ain!* tnàa rIAvmiôn n sa Kn— 


ligent quoique n’ayant pas le goût de la lecture. Sa une vra i e croyante. Elle était très dévouée à sa Fa- 
mère l’aimait passionnément. Elle essayait d’être strict^ mille, mais la religion tenait la première place dans 
mais ne pouvait pas se montrer ferme envers lui, lui 
accordant tout ce qu’il désirait. Il supportait les cho 
ses pénibles en silence, sans murmurer. Il avait trèi 
bon cœur et dans les derniers jours de Tobolsk il étaiÿ 
le seul de la Famille à- faire des cadeaux. A Tobolfl 
il eut quelques fantaisies singulières, par exemple ilj 
collectionnait les vieux clous en disant : « Ils peuvent 
être utiles ». 

Les Grandes-Duchesses parlaient bien anglais et 
français mais savaient à peine l'allemand, Alexis Niko-I 
laievitch ne parlait pas du tout allemand, il n’eut ja- tju'dle ait pu être infidèle à l’Empereur. Ils formaient 
mais une leçon d'allemand. Son père lui parlait nissç,B un COU pl e idéal et ne se séparaient que très rarement, 
sa mère anglais ou français. IB L’Empereur emmenait souvent Alexis Nikolaievitch 

L'Impératrice était très bien de sa personne et gra-^B^ans ses excursions. Je suppose que le Tsarévitch rem- 
cieuse mais elle avait de grands pieds. Je fus très auP-flplaçait en quelque sorte le reste de la Famille. L’Em- 
pris lorsque je la revis à Tobolsk, car elle avait bcau-J pereur était très bien élevé. Il parlait (et écrivait) 


ton cœur. 

Ses sentiments religieux étaient tout à fait normaux 
et no venaient pas de l’hystérie. Son caractère était 
talus énergique et plus agressif que celui de l'Empe¬ 
reur, mais elle avait pour lui un amour si profond 
qu’elle partageait toujours ses opinions et ne s’oppo¬ 
sait jamais à ses vues. Je n’ai jamais été témoin d’une 
seule querelle entre eux. Il était clair qu’elle était op¬ 
posée à son abdication mais elle ne lui en fit aucqn 
eproche. Et c’est une chose impossible de penser 










24* 


LES DERMfERS JOURS DES ROMAXOP 


l’anglais et le français dans la perfection. Je ne peu* 
pas parler de sa connaissance de l’allemand. Il étail 
fort méthodique et ne permettait à personne de tou** 
cher à ses affaires. Sa mémoire était exceptionnelles 
ment bonne, mais il ne se souciait guère des lectu 
frivoles ; il lisait de nombreux ouvrages sur les qui 
lions sociales et étudiait l’histoire avec ardeur. 11 mi 
donnait l'impression d’un homme extrêmement hoi 
néle. L’Empereur était très bon et avait un cœur coi 
patissant. Il était légèrement réservé et n’admettait 
aucune familiarité. Son humeur était gaie et il aimi 
les jeux. Il avait aussi le goût de la conversation et 
parlait volontiers aux soldats. 

11 aimait sa patrie avec dévouement et souffrit béai 
coup pendant la Révolution. Après la Révolution bol 
cheviste nous avons tous compris que ses souffrant 
n’étaient pas causées par les dangers de sa propre sfi 
tuation : il souffrait avec et pour la Russie. 

L’Empereur était chasseur et avait un goût vif pour laj 
chasse. 

Los aides-de-camp qui étaient attachés plus partiel 
lièrement à la Famille étaient : Dmitri Pavlovitch (fi 
Grand-Duc Dmitri), Mordvinof et Sabline. 

L'Impératrice aimait beaucoup Anna Alexandro 1 
Vyroubova et Julia Dehn. 

En ce qui concerne Raspouline. l’Impératrice croyail 
en sa sainteté et en soq pouvoir de guérir, elle croyait 
aussi en l'efficacité de ses prières. Raspoutine ne ve¬ 
nait pas au Palais aussi souvent qu’on le disait et sed 
visites étaient principalement dues à la maladie du 
Tsarévitch. Je considérais Raspoutine simplement 
comme un moujik (paysan) intelligent, rusé et de bonne 
humeur. 

Je n’ai rien à ajouter aux déclarations ci-dessus. Ma 
déposition m’a été lue, elle est correcte. 

(Signé) : S. I. Gibbes. 

(Signé) : N. Sokolof. 


(B) EKATERINEBOURG 
1 7 (30) avril au 4 (17) juillet, 4918. 

Interrogatoires de Régicides : Anatole f akimof. 

Les dépositions précédentes ont reconstitué le tableau 
poignant des supplices moraux endurés par les sou¬ 
verains déchus pendant leur longue captivité à Tsars- 
koie Selo et à Tobolsk, tout en jetant une lumière nou- 
, velle sur la véritable mentalité des parents et des 
enfants et sur les menées perfides et sanguinaires des 
R Allemands et de leurs complices judéo-bolcheviates. 
[Nous avons le témoignage de trois personnages : un 
colonel russe, les précepteurs anglais et français, dont 
la bonne foi, la sincérité et le dévouement rehaussent 
la valeur et l’autorité des paroles, et ces paroles ne lais¬ 
sent subsister aucun doute sur la fidélité absolue de la 
Tsarine méconnue aussi bien que de Nicolas II envers 
la Russie et ses Alliés. 

Maintenant nous allons entendre parler les hommes 
du peuple qui ont pris part à la mort de la Famille 
impériale. Ce sont des exécutants d’une volonté étran- • 
gère, dictée de loin, ayant eu l’esprit profondément trou¬ 
blé par la propagande révolutionnaire,et ne se rendant 
point un compte exact de ce qu’ils faisaient. Ln des 
’ trois a pris part à la boucherie, à cûté des bourreaux 
étrangers employés par le Gouvernement des Soviets, 
les deux autres ont été mêlés de près au dénouement 
sinistre. 












250 


LES DERNIERS JOURS DES ROMANOF 


L'INTERROGATOIRE DE YAKIMOF 


251 


Anatole Yakimof fut un dea geôliers de la maisoif 
Ipaticf pendant la durée du séjour des Romanof; tan- 1 
dis que la plupart des autres Russes furent écartés avanL 
la boucherie pour faire place à des « Lettons », il fui 
maintenu à l’intérieur de la prison à titre de « sergent 1 
ou « ancien », mais il ne faudrait pas y voir un indice! 
défavorable au prévenu : c’était un « éclairé », un ou¬ 
vrier des usines métallurgiques de l’Oural; c’était quand 
même le paysan russe, très susceptible aux influences, 
mais au fond charitable et honnête ; toutefois, les pré-j 
cisions apportées par lui au récit qu'il prétend tenir 
d’autres témoins semble prouver qu’il a menti en dé¬ 
clarant do son absence au moment du supplice. Il se 
repentait amèrement d’avoir aidé à faire souffrir le] 

Tsar_on le lira —et quelques mois après son inter-1 

rogatoire il est mort en prison, regrettant jusqu’à son] 
dernier jour ses errements et son forfait. 

Procès-verbal. 

L’an 1019 du 7 (20] au 11 (24) mai, le Juge d’instruc¬ 
tion pour les affaires d’importance spéciale près du 
Tribunal d’Omsk, N.-A. Sokolof interrogea à Ekateri- 
ncbourg, conformément aux articles 403-409 du Gode 
de procédure criminelle, le prévenu sous-cité comme 
complice dans l’assassinat du Tsar et de la Famille 
impériale, et il déposa ! 1 

Je me nomme Anatole tilsd Alexandre ^ akimof, pay¬ 
san né à l’usine (arsenal) Motoviliha, près Perm dans 
l’Oural, où j'habite ; je suis de nationalité russe et or¬ 
thodoxe de religion ; j'ai suivi pendant trois ans les 
cours à l’école primaire de Perm : je suis marié, sans 
enfant ; tourneur de mon métier, j’avais 31 ans au mo¬ 
ment du crime, dont je ne me reconnais pas coupable. 

Mon père Alexandre fils d’Athanase fut ouvrier 
comme moi. Ma mère s’appelait Marie fille de Nicolas. 


De 


.ai* l’aîné. Après moi venaient: ma «^Alexandra, 

1 an*,idiote de naissance; mon frere Eugène 36 •"*, 
>pelé au serv.ee pour la guerre en ^O et actueU 
lent prisonnier en Allemagne ; Cap. olme 23 an., 
■bouse du comptable Grégo.re Agafonof, »«b.tant nvec 
Kn mari ici à Ekaterinebourg, et ma sœur cade te Ju 
f d M ans, habitant à l’usine Motoviliha chez 1 oncle 
fc. u l Chaniine, employée au bureau de l usine. 

^A ma naissance mon père travaillait encore al usine. 

„ ÎTue j'avais «ans il alla dans la ville de Perm » ép¬ 
lucher chez Liubimof. Je fus à ce mm** 

'école près le Séminaire, ou je suis reste 
.Quand Pavais 12 ans mon père est mort. Ma mère vuu- 
hit que je continue mes études, mais les moyens lui 
manquaient, et h moi l’envie ; je préférais une occupa 
(lion On me prit à l’usine comme messager. J hab,ta ‘ 
•hez l’oncle Chanjine, comptable. Ma sœur A'®î . 

;t mon frère Eugène se trouvaient à 1 a^e de Moton 
la. Capitoline vivait chez un autre oncl ’ 

die restait avec sa mère, qui s occupait de différentes 

ùmrès la*mort do mon père, elle revint a Motoviliha,et 
b eiitèt v mourut. Je continuais à faire les courses ju - 
KSX ans, où on me lit apprendre le metie 

l. tourneur. Après huit mois je fus verse dans U aeclKO, 

les projectiles. En 1906, j ai épousé Marie Bosykh, 
Tille d’un des ouvriers de l’usine. En 1910 je me ro 

avec ma femme qui me trompait. Cela continua 

comme ça pendant «.ans. J’ai souffert jusqu a ne plus 
pouvoir souffrir : les amoureux commençaient à venir 

à la maison même. C’était évidemment écrit que je 
L'aurais pas de bonheur chez moi. Toute la famille de 
ma femme lui ressemblait, du reste ; ça explique tout. 
iLcs enfants étaient venus mais tous sont moi' 

10.17 ..ne petite fille, en 1908 un garçon en 1909 un 
autre garçon ; aucun n’a vécu une année. Ces malheurs 
Tnt assombri ma vie; ainsi en 1916 je me suis inscrit 









LES DERNIERS JOURS DES ROMAXOF 


L'INTERROGA TOIRE DE YAKIMOF 


253 


comme volontaire, ot fus affecté au 494® régiment, 
124® division, qui se trouvait sur le front roumain. J'ai 
pris part aux combats, sans être blessé. Après la rév< 
lulion je fus, au mois de juillet 1917, élu membre du 
comité du régiment. Vous me demandez pourquoi on 
m’a choisi? Je me l’explique par cette raison que j’étaii 
plus instruit que les autres soldats. Je n’avais adhéré 
à aucun parti politique, mais par mes convictions j’ap¬ 
partenais plutôt aux socialistes-démocrates. En août je 
fus envoyé à kichinef en service commandé, là je suie 
tombé malade et après examen médical libéré pour un 
congé de convalescence. J’arrivais à Motoviliha. Ma 
femme vivait ouvertement avec un amant, Nicolas Los- 
koutof. Je ne voulais pas y rester et suis parti à Ekate- 
rinebourg chercher une occupation. Mou ami Alexandre 
Oulitine travaillait à la fabrique textile Zlokazof ; je 
comptais trouver quelque chose par son entremise mais 
il n’y était pas quand j’arrivais en novembre 1917 ;j 
toutefois j’entrai chez Zlokazof. 

L’établissement était encore dirigé par les frères Zlo¬ 
kazof, mais il y avait déjà un comité d’ouvriçrs et un 
commissaire, celui-ci Alexandre Avdeief, dont je ne 
connais pas l’origine, serrurier de son métier, âgé en¬ 
viron de 34 ans, de taille au-dessus de la moyenne, 
maigre, la figure pâle, les cheveux blonds. 

Au mois de décembre Avdeief emmena les patrons 
en prison ; à leur place se constitua un conseil d’affai¬ 
res qui dirigeait la fabrique, dont le chef véritable 
devenait Avdeief. Auprès de lui se trouvaient les ou¬ 
vriers : les frères Jean, Basile et Vladimir Loguinof, 
Basile Gonjkevitch, Nicolas et Stanislas Michkevitch, 
Alexandre Solovief, Nicolas Koriakine, Jean Krachcni- 
nikof, Alexis Sidorof, Constantin Oukraintsef, Alexis; 
komendanlof, Léonide Labouchef, Serge Liuhanof et 
son fils Valentin. Tous étaient des amis d’Avdeief, et, 
grâce à sa protection, occupaient des emplois privi¬ 
légiés, comme membres du comité ou du conseil d’af- 


f.iires, dispensés de tout travail. Encore un intime 
vdeief fut Mochkine Alexandre fils de Michel, âgé 
iron de 27 ans, petit de taille, figure petite, joues ro¬ 
tes, blond, les yeux sortis, imberbe encore, serrurier 
[de son état. 

La nouvelle se répandit au mois d’avril qu on avait 
amené le Tsar à Ekalerinebourg. Les ouvriers se l’ex¬ 
pliquaient entre eux en disant qu’on avait cherché à le 
(dérober de Tobolsk,car on avait fait courir des bruits 
dans ce sens. Voilà pourquoi on l’aurait fait venir dans 
(un endroit plu* sûr, à Ekalerinebourg. 

Dans les premiers jours du mois de mai, bientôt après 
lo transfert du Tsar, nous apprîmes que notre Avdeief 
^devenait chef principal de la maison où on gardait le 
Tsar. Cotte maison reçut le nom bizarre, inexpliqué, de 
[« maison au but spécial », et Avdeief le titre de com¬ 
mandant de la maison. En effet Avdeief lui-même nous 
[en fit part bientôt au cours d’un meeting. Avdeief fut 
un Bolchevik véritable, il croyait que les Bolcheviks 
nous assuraient une existence telle qu’elle devait être. 
[Souvent il nous disait que les Bolcheviks avaient dé- 
ttruil les bourgeois-richards, avaient privé Nicolas <i le 
[Sanguinaire » de boii pouvoir, et ainsi de suite. Il se 
frottait constamment auprès des dirigeants du Soviet 
régional. Je pense que c’est ainsi qu il fut choisi pour 
[ le poste de commandant, les chefs bolchevistes ayant 
confiance en lui. Au meeting qu’il assembla alors, il 
nous dit qu’il avait été chercher le Tsar avec Yakovlef 
I à Tobolsk. Je ne sais qui était ce Yakovlef ; Avdeief 
nous disait au meeting que c était un ouvrier de Zla- • 
loust. Il l’injuria en disant que ce \ akovlef avait voulu 
| emmener le Tsar hors de Russie, et dans ce but 1 avait 
conduit à Omsk; mais les Bolcheviks d’Ekaterinebourg 
! avaient bu la vérité et empêché l’enlèvement du Tsar, 
en avisant Omsk des intentions de Yakovlef. Le véri- 
| table sens de son discours fut précisément que Yakov¬ 
lef était de connivence avec le Tsar, et lui, Avdeief, et 












254 


LES DE H ME HS JOURS DES ROMANOF 


LIS TERROG A TOI RE DE YAKIMOF 


255 


les Bolcheviks d’Ekaterinebourg avaient sauvé la Ri 
volution, menacée par le Tsar. 11 parlait du Tsar avi 
haine, le maudissant du nom de Nicolas le Sanguinai 
Buveur de sang, etc. II blâmaiL le Tsar surtout pool 
avoir fait la guerre et « bu le sang des ouvriers » peifc 
dant trois ans, ayant fait disait-il fusiller des masseJ 
d’ouvriers pendant les grèves. Somme toute il disait] 
exactement ce que disaient partout les Bolchevi! 
D’après lui, il avait reçu la nomination à la commei 


.ivauts : moi, Skorojinski, Lesnikof, Yiatkine, Pouti- 
f Smorodiakof, Brousiauine, Pelegof, Osokiue,et un 
* c . Cinq jours après, encore 6 de nos ouvriers sont 
;enus : Deriabine, Oustinof, Prohorof, Korzouhine, 
üomanof, Yarakouchef. Bientôt Skorojinski et celui 
Jont je ne me rappelle pas le nom sont partis et à 
leurs places sont venus encore deux ouvriers de notre 
fabrique : Klechtchefet Dmitrief. Au moment de notre 
rivée à la maison Ipatief la garde magyare ne s’y 


—' a**»* *• *vyu «o iiviiiiuaviuu et ta UU 1 II IllUllW~ » 

dalure de la «c maison au but spécial » comme réconn trouvait plus. Il y avait des ouvriers des usine» ^y»sei 

• 1 • 1 _ 1 _ _ _ A CttjjArl «1AIH rpli- 


pense de ses services à la révolution, en ayant empâ* 


ché l’enlèvement du Tsar par Yakovlef. On le voyait^ lés. Nous formions la garde, avec eux et ensemble nous 
cette nomination lui faisait un plaisir énorme. Il était nous installâmes dans le rez-de-chaussée de la mmson 


si «joyeux» au meeting qu’il promettait aux ouvriers 
« Je vous emmènerai tous voir la maison et je vous 
montrerai le Tsar >. 

D’après les paroles d’Avdeief au moment de sa no^ 
initiation la garde de la maison Ipatief avait été assu¬ 
rée auparavant par des Magyars. Il déclarait vouloir 
remplacer les Magyars par des Russes. 

Il tint sa promesse de montrer la maison aux ou¬ 
vriers de notre fabrique, mais seulement à ceux qu’i 
choisissait, et ce fut avant tout à ces intimes, dont j’ai 
parlé. Serge Liuhanof le conduisait en automobile. Les 
autres, tout en fréquentant la maison Ipatief, n’y fai¬ 
saient aucun service. Ils s’y rendaient par deux ou 
isolément et y passaient un jour ou deux. Je pense 
qu’ils y allaient surtout pour l’argent, car Avdeief leu 
inscrivait comme gardes-suppléants, et de ce chef ils 
touchaient une indemnité de quatorze roubles par 
jour ; pendant ce temps ils continuaient à toucher 
leurs rétributions comme « conseillers » à la fabrique. 

Le comité de la fabrique reçut, le 30 mai, avis de 
l’élat-major de l'armée rouge, dont le chef était un de 
nos ouvriers — le même Oukraintsef dont j’ai parlé — 
nous prescrivant d’envoyer 10 hommes pour îa garde 
do la maison au but spécial. On choisit les ouvriers 


et autres, mais seuls les ouvriers de Syssert sont res- 


Ipatief. Dans une autre partie de l’étage vivait un 
prisonnier de guerre autrichien nommé Rudolphe. 

Ni les ouvriers de Syssert ni les nôtres n’avaient un 
chef au début. Je faisais fonction de « sergent » auprès 
|düs nôtres ; après ce fut Medvedef qui remplissait ce 
ôle chez les Syssertiens, sans toutefois jouir d une 
autorité reconnue. Plus tard les choses furent chan¬ 
gées. D’abord on lit déménager tous les hommes de 
la garde à la maison Popof en face ; ensuite Medvedef 
devint chef de toute la garde, et on choisit trois ser¬ 
gents : moi, Safonofel Dobrynine.Safonof tomba ma¬ 
lade avant l’assassinat et fut remplacé par Starkof. 
Ainsi au temps de l’assassinat de la Famille impériale 
ce furent moi, Starkof et Dobrynine qui se relayaient 
comme sous-officiers de service pour placer les senti¬ 
nelles. Chacun restait huit heures de service, de 6 heu¬ 
res du matin jusqu’à 2 heures de l’après-midi, fie 
2 heures jusqu’à 10 heures du soir, et de 10 heures 
jusqu’à 6 heures du matin. Ayant placé les sentinelles 
tous devions vérifier de temps à autre les postes et 
nous trouver dans la salle de garde prêts à répondre 
au coup de sonnette de la sentinelle,placée aux portes, 
avertissant de l’arrivée d’une visite. 

Les postes furent d’abord au nombre de 10 : l°duiis 













256 IJSS DERNIERS JOURS DES ROMANOF 


la première pièce lorsqu’on entrait par 1 escalier don¬ 
nant sur la place ; 2° dans la chambre voisine com¬ 
muniquant avec la salle de bain et le cabinet de ^ 
lette ; 3° dans la grande cour près du guichet de 
porte cochère ; 4° et 5° à l’extérieur de la barrière ;j 
6° prè9 de la chapelle au coin de la perspective et de 
la ruelle de l’Ascension (Voznenscnski) ; /° à l extérieur 
de la maison du côté de la ruelle, dans la petite cour 
formée entre le mur et la barrière ; 8° au jardin ; 9° sur 
la véranda à côté de la mitrailleuse ; 10° au rez-de- 
chaussée près de la porte donnant sur la ruelle et de 



L'INTERROGATOIRE DE YAKIMOF 


257 


liancedes ouvriers, qui, par la même occasion, chassèrent 
tous les intimes d’Avdeief embusqués dans le comité 
et le conseil de fabrique, réussit à dédommager ceux- 
ci en les faisant entrer à la maisondpatief à titre peH 
manent. Ainsi les 14 amis sus-cités s’installaient avec 
Avdeief dans sa chambre dite la chambre du comj 
mandant ou salle de garde. Ils assuraient le servi 
des postes n°* 1 et 2, soit des deux pièces avoisinante) 
Ils dormaient n’importe comment dans la chambi 
du commandant et dans 1’entrée., sur les meubles otij 
par terre, se servant de matelas pris dans la chambre <U 
débarras, appartenant à la Famille impériale ou peut- 
être aux Ipatief. Ils ont continué leur service jusj 
qu’au 3 ou 4 juillet, lorsque Avdeief, Mochkine 


I toute leur compagnie furent chassés. Voici comment : 

^Avdeief était ivrogne ; lorsqu’il ne trouvait pas d’al- 
il buvait une solution de levure, dont il s’appro¬ 
visionnait à la fabrique Zlokazof. Il s’enivrait avec ses 
amis à la maison Ipatief. Une fois installés dans la 
maison, ils se sont mis à voler les objets appartenant 
à la Famille impériale, faisant de fréquentes descentes 
dans le débarras, dont ils revenaient avec des sacs 
pleins sur le dos, qu’ils emmenaient en voiture ou en 
automobile, chez eux et ailleurs. On jasait beaucoup 
à co sujet, surtout Medvedef. Chez Zlokazof aussi on 


la mitrailleuse placée sur le rebord d’une fenêtre doi* * ™ f^zof aussi on 

. . *j parlait, en indiquant Avdeief et Liuhanof comme 

nant dans le jardin. 1 

Notre déménagement dans la maison Popof fut pro-ij 
voqué par nous-mêmes, surtout par les ouvriers de, 

Sysscrt, car, venant de loin, ils tenaient à recevoir leg; 
visites de leurs femmes, inadmissibles dans la maison 
Ipatief. Après notre départ, le rez-de-chaussée fut oc¬ 
cupé par Hudolphe tout seul. Jusqu’à la mi-juin nota 
veau style, nous les ouvriers de Zlokazof et Sysserj 
desservions les 10 postes ; alors se produisit un chan¬ 
gement, car à ce moment Avdeief cessant d’être con ^™ 


les voleurs. Il en était ainsi assurément. 

Je ne sais qui en avisa le Soviet régional, mais je 
sais que Medvedef avait plusieurs fois annoncé l’inten¬ 
tion de le faire. Le 3 ou le 4, pendant mon service, 
Avdeief quitta la maison, appelé je crois par téléphone 
su Soviet. Un peu après Mochkine aussi partait, mandé 
également au Soviet. Loguinof resta pour remplacer 
Avdeief. Après quelque temps sont venus Beloboro- 
[dof, Safarof, Yurovski et deux autres, dont l’un très 


de ool BUIoborod 0 ?’ ‘"V*? 45 ^ '''“'JT*; 

_•_Beloborodof nous demanda qui remplaçait Avdeief 


qui remplaçait Avdeief 
cl, lorsque Basile Loguinof se présenta, il ajouta que 
lAvdeicf n’était plus commandant, qu’il avait été arrêté, 
avec Mochkine, sans nous dire pourquoi. Medvedef 
Arrivant, sur ses instances Belobodorof lui répéta la 
nême chose. Ensuite Belobodorof nous fit part de la 
[nomination de Yurovski comme commandant et de 
ffikouline comme adjoint. Yurovski assumait se9 fonc¬ 
tions à partir de ce moment. Il donna aussitôt l’ordre 
Loguinof et à d’autres de la compagnie Avdeief de 
■ disparaître ». 

I Je me souviens que Beluborodof, Safarof, Nikou- 
line, \ urovski et les deux inconnus sont allés visiter 
Boutes les pièces, y compris les appartements occupés 
^ar Nicolas Alexandrovitch et sa famille, mais je ne 
















258 


LES UE II.MERS JOURS DES ROM A NO F 


L'INTERROGATOIRE DE YAKIMOF 


259 


les accompagnai pas. Ils n’y sont pas restés long- ■ Joua ces gens venus de l’hôtel Américain furent dé- 
temps. Je suppose que c’était pour avertir les prison.- Jfcs^nés, je ne sais pourquoi, sous le nom de « Lettons ». 
niera de la nomination da Yurovski et Nikou me. qui n’étaient pas des Russes furent appelés ainsi 

Yurovski demanda à Môdvedef qui montait la garde ■par commodité; nous ne savions pas s’ils étaient vrai- 
aux postes n°* l et 2 ; ayant appris que c’étaient les g ment dos Lettons, ils pouvaient tout aussi bien être 
« privilégiés » de la faction Avdeief, il dit que nou«®d e s Magyars. Mais loua les dix. Russes et non Russes, 
devrions les desservir en attendant; u aprèsje demande- «posaient sous le nom de Lettons. Ils s’installèrent dans 
rai des gens de la commission extraordinaire pour gar.«i 09 chambres du rez-de-chaussée, mais ils prenaient le 
der ces postes », ajouta-t-il. J’affirme qu il s est servi ■thé et les repas dans la chambre du commandant. Tous 
des mots « commission extraordinaire » à ce propo$,*j ou j 99a j en i f p une situation supérieure à la nôtre. Nous 
En elfet, quelques jours plus tard, ces gens de la gformions trois catégories : les Lettons, les ouvriers de 
commission extraordinaire sont arrivés à la maisonBSyssert et les ouvriers de Zlokazof. Yurovski traitait 
Ipatief. Ils étaient dix. Une voiture amena leurs ba-*| es Lettons comme ses égaux, et entre les ouvriers 
gages. Tout le monde savait qu’ils venaient de fhôteMdunnait une préréronce marquée aux Syssertiens, nous 
Américain, quartier général de la commission extranr-«co,,*, itérant comme de la partie d’Avdeief. AussiMed- 
dinaire. Cinq étaient des Russes, cinq n’étaient pas dei gvedef y contribuait, en faisant des bassesses devant 
Russes. Un de ces derniers s’appelait Ajax, petit degyurovaki e t Nikouline. 

taille, mal fait, vingt-quatre ans environ, portant toUH Yurovski augmenta le nombre des postes, en pla- 
jours casquette a jockey ». Les autres portaient,*çant une mitrailleuse dans le grenier et un faction- 
commo Ajax, des vêtements civils, des bottines. Deuxg na j re dans la cour do derrière avec le n° 10; le poste 
des Russes étaient vêtus d’effets militaires ; c’étaient de*gp r èa dü i a mitrailleuse dans la chambre du rez-de- 
hommos de quarante ans environ, de taille au-dossu«chaus8ée fut numéroté 11 et le poste au grenier, 12. 
do la moyenne, l’un portant des lunettes ; le troisième,*!),, temps de Yurovski les n°* 1, 2 et 12 furent cou- 
joune, marqué de la petite vérole, avait un pince-nez «fiés seulement aux Lettons venus de la commission 
et un complet noir, avec bottines; le quatrième, uul ei t ra ordinaire, les autres postes à nous, mais généra- 
blondin de taille moyenne, imberbe, était vêtu de noir» e ment nous ne montions parla garde au poste 11, car 
le cinquième, environ trente ans, gros, châtain, etai»ii était dans une des chambres où vivaient les Lettons 
toujours habillé en noir, pantalon et bottines. Je aussi parce que nous étions à court de personnel, 

qu'il s'appelait Kabanof. Quant aux autres Russes, je I Vous me demandez pourquoi je suis allé garder le 
me rappelle les noms de Ermakof, Partine, KostousoMTsar? Je n’y voyais aucun mal à ce moment. J’avais lu 
mais je no sais auxquels appartenaient ces noms. Jj^goute sorte de livres ; je savais distinguer les partis 
cinquième nom m'échappa. Je ne sais si c’est Levatnykhj^fcoli tiques, par exemple les socialistes-révolutionnaires 
Quelquefois Yurovski ou Nikouline m envoyait man les Bolcheviks; les uns considèrent les paysans comme 

l’un ou l’autre en disant : « appelle Ermakof », « a P”gé!ément « travail », les autres les considèrent comme 
pelle Partine », « appelle Kostousof 1 ». | 

1. Yakimof se trompait en parlant des « Lettons Russes »,gwirc d'Isselsk et vonait A la maison au moment de Tassas» 
les noms cités par lui l'indiquent; car Ermakof était commis-®liuat. (Cf. Proskotriakof, p. 296). 











260 


LES DERNIERS JOURS DES ROMAXUF 


élément « bourgeois »,cn reconnaissant les ouvriers seuli 
comme prolétaires. Far mes convictions je me rappro¬ 
chais plutôt des Bolcheviks, mais je ne croyais pas 
les Bolcheviks réussiraient à créer l’existence juste et 
normale par leurs moyens, c’est-à-dire par la violence. 
Je pensais — et je le pense toujours — que la bonne 
vie, où il n’y aura pas de gens si riches et d’autres si 
pauvres, viendra seulement lorsque tout le peuple sera 
assez éclairé pour comprendre que la vie telle que 
nous l’avons actuellement n’est pas la vraie. Je consi¬ 
dérais le Tsar comme le premier des capitalistes, qui 



L'ÏNTERROGA TOME DE YAKIMOF 


serait toujours du côte des autres capitalistes et jamaii autres la chanson des Chérubins, et aussi des chants 


du côté des travailleurs ; ainsi je ne voulais pas de Tsar 
et je pensais qu’il fallait le mettre sous bonne garde, 
afin de préserver la révolution ; mais seulement jus¬ 
qu’au jour où le peuple pourrait le juger et en dispo¬ 
ser selon ses mérites : coupable devant la patrie ou 
bien innocent. Et si j’avais su qu’on allait le tuer, 
comme on l’a fait, je ne serais pour rien au monde 
allé le garder. Selon moi, seulement la Russie tout 
entière pouvait le juger, car il était tsar de toute le 
Russie. Ce qui s’est passé, je le considère comme une 
chose mauvaise, injuste et cruelle. Le- meurtre de 
tous les siens est encore plus mal. Pourquoi a-t-on tué 
les enfants? Je dois dire que je suis entré dans la garde i 
aussi à cause de l’argent. J’étais mal portant ; le tri 
vail n’était pas dur. 

Voici les personnes que nous gardions dans la mai¬ 
son Ipatief : le tsar Nicolas Alexandrovitcb, sa femi 
Alexandra Feodorovna, son fils Alexis et ses fille* 
Olga, Tatiana, Marie et Anastasie, et, en plus de la fa¬ 
mille, il y avait le D r Botkine, la « demoiselle *> Di 
midof, le cuisinier llaritonof et le valet Troupp. La 
Dcmidof était une grosse blonde toujours bien mise, 
on voyait qu’elle portait un corset. U y avait aussi un 
garçon de quatorze ans dont je ne sais pas le nom. 

Comment vivait la Famille impériale? Je ne sais car 


fie ne suis pa* entré dans leurs chambres, et la porte 
conduisant de l’entrée était toujours close ; je n’en- 
•pjdais rien non plus. Medvcdef me considérait avec 
éfiance comme son rival ; Avdeief nous traitait de 
haut en bas, et jamais ne me parlait de la Famille impé¬ 
riale. Leurs repas furent d'abord apportés de chez Lo- 
range (le restaurant des Soviets), mais ensuite — du 
temps d* Avdeief — on permit aux prisonniers de faire 
la cuisine à la maison. Les provisions venaient du So¬ 
viet régional et du monastère, les nonnes fournissant 
du lait, des œufs et du pain. J’ai pu remarquer seule¬ 
ment que les prisonniers chantaient des cantiques, entre 


dont je ne comprenais pas les mots, mais l’air était tou¬ 
jours triste. J’entendais seulement des voix de femme. 
On a célébré le service divin en tout trois fois pendant 
que j’étais dans la maison, deux fois le prêtre Storo- 
jef. une fois le prêtre Meledinc. Je suis allé chercher 
le prêtre deux fois par ordre d’Avdeief, une fois de la 
part de Yurovski. Avdeief assistait au service, Yu- 
Tovski aussi. On entendait, les prisonniers chanter — 
toute la Famille impériale. Je voyais tous les membres 
de la Famille et les personnes qui se trouvaient auprès 
d’elle. Je les voyais dans la maison au moment où ils 
se rendaient dans le cabinet de toilette ou au jardin et 
[ pendant leur promenade dans le jardin. En sortant 
[sans l’Héritier, ils prenaient l’escalier de service con¬ 
duisant à la cour ; si l’Héritier les accompagnait, on 
passait par le grand escalier, le Tsar le portant dans 
scs bras — car il ne pouvait marcher, étant malade — # 
et le déposait dans une voiturette qui attendait à la 
I porte de la place. Tous passaient ensuite par la porte 
cochère dans la cour et de là au jardin. 

Il ne m’est pas arrivé de voir comment Avdeiet se 
Conduisait envers le Tsar et sa Famille, mais je le 
| voyais au moment où il se rendait auprès d’eux. C'était 
un ivrogne grossier et inculte, une âme mauvaise. Si 













LES DK H ME HS JOURS DES ROMANOF 


LIXTRRHOGA TOI H h I)K Y AK/.Mot 


?«2 


le» prisonnier» demandaient quelque chose à Mochkindl 
en l'absence d’Avdeief, il était obligé d’attendre le re-1 
tour d’Avdcief;or chaque foi» qu’il en parlait à celui-jçk3 
la réponse invariable était : « qu’ils aillent au diable 
En sortant de» chumbres des prisonniers, il nous di- ] 
sait fréquemment qu’on lui avait fait une demandai 
quelconque, et qu’il l’avait refusée. 11 disait cela avec] 
infiniment de plaisir. Ainsi il avait refusé de laisser * 
ouvrir les feuétres. Je ne sais comment il nommait loi 
Tsar en lui parlant. Dan» la chambre du commandant ] 
il disait « eux • pour désigner la Famille; le Tsar il J 
l’appelait « Nikolachka ». J’ai parlé des saouleries aux- f 
quelles s’adonnaient Avdeief et scs amis. Une fuit! 
Avdeief s’alTala ivre-mort dans une des pièces du rea-j 
de-chaussée, au moment même où Beioborodof venait 
le chorcher. Quelqu’un a menti à Beloborodofen disant] 
qu’Avdcief était sorti. Juste avant de tomber Avdeiefl 
avait été — ivre comme il était — chez la Famille im- ! 
périale. Il arrivait que la compagnie Avdeief — tous 
ivres, alTalés parmi leurs saletés dans la chambre du I 
commandant — hurlaient de» chansons choquantes j 
aux oreilles du Tsar : « Nous sommes victimes du con- 
flît fatal », » Renonçons à l’ancien monde », « Knsen 
ble, camarades, marchons au pas ». Oukraintaef savait 
jouer du piano, il accompagnait les chanteurs sur un 
pianino qui se trouvait dans la chambre du comman- ' 
dant. Je suis sur que dans sa façon de traiter la Fa¬ 
mille impériale, Avdeief a fait preuve de grossièreté et J 
de brutalité; il était incapable d’autre chose. Il rép+l 
tait ce que disaient les journaux au sujet des relations] 
entre 1 r T»arinc et Raspoutine. 

Je n'ai jamais parlé au Tsar ni aux siens : je le» ren- ! 
contrais, c’est tout. L’ne fois j’ai entendu le Tsar par-] 
lcr à Mochkinc, assis sur un banc au jardin, tandis 
que « eux » se promenaient. Le Tsar s'approcha de lui 
et lui dit quelque chose au sujet du temps. 

Mais ces rencontres silencieuses laissaient une ira- 


iression sur moi. Jo me les ligurais tous d’une façon 
louvolle. Le Tsar n’était plus jeune, la barbe déjà gri- 
unte. 11 portait une blouse sanglée par un ceintu¬ 
ron d’oflicier, muni d’une boucle jaune, la culotte 
ihaki comme la blouse avec des bottes, le tout usé et 
ipé. Ses yeux étaient doux et bons, la ligure aussi. 11 
[|ne faisait l'effet d’èlre un homme bon, simple, sincère 
[et abordable. On avait l’impression qu’il avait envie 
[de vous parler et que dans un instant il allait entamer 
[la conversation. 

La Tsarine ne lui ressemblait guère, on le voyait, 
m regard était sévère, sa ligure et ses manières celles 
l’une femme orgueilleuse, importante.il nous arrivait 
[de parler entre nous à leur propos, et tous nous pen¬ 
sions que Nicolas Alexandrovilch était un homme 
simple, tandis qu’e«le no l’était pas mais paraissait une 
irériluble Tsarine. Elle avait l’air plus âgée que lui, 
beaucoup de cheveux gris sur les tempes, la ligure déjà 
l'une vieille femme. 

Telle la Tsarine, telle paraissait Tatiana, ayant le 
îôme uir sévère et important. Les autres tilles : Olga, 
[Marie et Anastasia n’avaient aucune trace d’impor- 
iucq ; on voyait qu’elles étaient simples et bonnes. Je 
le puis rien dire au sujet de l’Héritier, car étant ma¬ 
lade il restait étendu sous une couverture dans sa voi- 
irette. 

De toutes les pensées que j’avais au début sur le 
[Tsar rien ne restait. Les ayant vus deux ou trois fois 
Je commençais en mon âme à m’apitoyer sureuxeomme 
[sur des simples mortels, et croyez-moi ou non — c’est 
lia vérité que je vous dis — l’idée m’est venue : « qu’ils 
sauvent ; il faut faire de telle sorte qu’ils s'en ail- 
|lent ». Je n’eu parlai à personne, quoique la pensée 
’élait venue d’en parler au l) r DysTialOjgli venait 
lez nous. Mais je m'en suis gardé, je ne sais pour- 
juoi. Sa ligure était trop renfrognée, n’exprimait rien. 
lu début, lorsque les amis d'Avdeief chantaient, je ma 








264 


LES DERME RS JOURS DES ROMANOF 


L'IXTERROGA toire de yakimof 


265 


joignais quelquefois aux refrains révolutionnaires 
mais après, ayant compris les choses à leur juste va 
leur, je cessai ces démonstrations blessantes ; d’aubrvï 
ont suivi mon exemple, en blâmant Avdeief de sa con 
duite. 

Sous Yurovski nous fûmes écartés de la maison, on 
ne s’attardait plus dans la chambre du commandant 
comme du temps d’Avdeief ; on venait de la maison 
Popof au coup de sonnette, on recevait les ordres, puis 
on s’en allait ; mais nous autres sergents n’y allions 
que très rarement, car Medvedef nous communiquait 
les ordres qu’il recevait de Yurovski. Celui-ci noua 
tenant éloignés de la maison, je ne pourrais dire quelle 
était sa conduite envers les prisonniers, mais de son i 
temps il n’y avait plus de scènes d’ivrognerie. Je ne 
l’ai jamais vu ivre. Nikouline recevait une demoiselle 
Siveleva de la commission extraordinaire, mais pas 
dans la chambre du commandant. Yurovski a fait re¬ 
fuser des offrandes apportées par les nonnes. Je ne me 
rappelle pas ce que c'était. Aussi, il ne voulait pas 
que le prêtre Medeline dise la messe, et le fit rempla¬ 
cer par le Père Storojef. Il s’est conduit étrangement 
envers moi. Le 12 juillet j'ai été élu par les gardes à 
la place de Medvedef ; deux jours après je rentrai à 
la maison en retard : alors Yurovski me destitua, et 
nomma de nouveau Medvedef. 

J’ai vu le Tsar et ses filles pour la dernière lois le 
16 juillet. Ils se promenaient dans le jardin ver* 
4 heures de l’après-midi. Je ne me rappelle pas avoir 
vu l’Héritier ce jour-là, certainement pas la Tsarine. 

Le 15 juillet, un lundi, le garçon qui vivait dans la 
maison Ipatief, et traînait la voiturette de l’Héritier, 
est paru chez nous. Moi et les autres habitants de la 
maison Popof en avions fait la remarque sans nous 
rendre compte de ce que cela signifiait ; mais certai¬ 
nement c’était sur l’ordre de Yurovski que le garçon 
avait déménagé. 


Le 16 juillet, j’étais sergent de garde depuis 2 heures 
de l’après-midi jusqu’à 10 heures du soir. A 10 heures 
fait la relève des 8 postes, dont 4 par des ouvriers 
7le Zlokazof et 4 par ceux de Syssert ; ainsi Brousia- 
nine au 3, Lesnikof au 4, Deriabine au 7, Klechtchef 
au 8. Je ne me rappelle pas les noms des Syssertiens. 

[ Ces factionnaires devaient être relevés à 2 heures de 
la nuit, par le sergent Dobrynine auquel je remis 
le service, et m’en allai chez moi. Après avoir bu le 
thé, je m’endormis vers les 11 heures. Dans ma 
K chambrée étaient logés Klechtchef, Romanof et Oso- 
kine, à côté Deriabine, Lesnikof, Brousianine, Smoro- 
[ diakof et plus loin Prohorof, Oustinof, Korzouhine, 
Pelegof. 

Quand je me couchai Romanof et Osokine étaient 
absents. Vers les 4 heures du matin, lorsqu'il faisait 
déjà clair, je m’éveillai au bruit des paroles de Kle¬ 
chtchef. Romanof et Osokine,rentrés tard, s’éveillaient 
aussi. Il dit tout ému : « Les gars, levez-vous ; vous 
apprendrez une nouvelle. Venez dans l’autre cham¬ 
bre ». Nous nous sommes levés et passés dans la 
chambre à côté, là tout le monde était assemblé. Kle¬ 
chtchef a dit : « Aujourd’hui on a fusillé le Tsar ». 
Tous posaient des questions, auxquelles répondaient 
Klechtchef, Deriabine, Lesnikof et Brousianine. Kle- 
' chtchef et Brousianine faisaient le récit en se complé¬ 
tant, les deux autres racontaient ce qu'ils avaient vu. 
Voici comment ils racontaient l’événement. 

A 2 heures de la nuit, Medvedef et Dobrynine fai¬ 
saient le tour des factionnaires et les prévenaient qu’iU 
auraient à rester de faction après 2 heures, car cette 
nuit on allait fusiller le Tsar. Après cet avertissement 
Klechtchef et Deriabine se sont approchés des fenêtre* 
de la maison, Klechtchef de celle qui donne sur le 
vestibule près de l'entrée de la ruelle, à travers la¬ 
quelle il pouvait regarder dans la chambre d’exécution. 

[ Deriabine de la fenêtre de cette chambre sur la ruelle. 









266 LES DERNIERS JOURS DES ROMANOF 


Après minuit, on comptant l’heure solaire, soit après 
2 heures d’après l’heure nouvelle avancée par les Bol¬ 
cheviks, tout un cortège traversa les chambres 
rez-de-chaussée sous les yeux de Klechtchef. D aboru 
venaient Yurovski et Nikouline, après eux l’Empereur, 
l’Impératrice, leurs filles Olga, Tatiana, Marie, Anas- 
tasie, ensuite Botkine, la Demidof, Troupp et Ilarito- 
nof. L’Héritier était dans les bras de l’Empereur. Der¬ 
rière venaient Medvedef et les Lettons, les memes qui 
étaient venus de la commission extraordinaire et habi¬ 
taient au rez-de-chaussée. Deux des Russes portaient 
des fusils. 

Etant entrés dans la chambre donnant sur la ruelle, 
« ils » se placèrent de la façon suivante : le Tsar au 
milieu,ayant l’Héritier à sa droite assis sur une chaise, 
et à droite de lui le D r Botkine, tous les trois faisant 
face à la porte par laquelle ils venaient d’entrer ; près 
du mur qui sépare cette chambre du débarras se te¬ 
naient lu Tsarine et ses filles, entre l’arc du soubas 
sement et la porte du débarras. Le cuisinier et le valel 
se trouvaient dans un coin, la Demidof dans un autre, 
à droite et à gauche. 

Dans la chambre, à droite de la porte du vestibule, 


L'INTERROGATOIRE DE YAKIMOF 


267 


lirait, mais ils voyaient bien Nikouline le faire. Plu¬ 
sieurs Lettons tiraient aussi. Après les premiers coups 
on entendit des cris de femme. Les fusillés 
u tombaient les uns après les autres ; le Tsar tomba 
le premier, ensuite l’Héritier. La Demidof cherchait à 
s’esquiver en se couvrant d’un oreiller : un des deux 
Russes de la commission extraordinaire l’a transpercée 
à coups de baïonnette. 

Comme tous gisaient à terre, on commença à les 
examiner, pour voir s’ils étaient bien morts;on ache¬ 
vait ceux-là qui donnaient encore signe de vie. De la 
Famille seule Anastasie fut achevée par la baïonnette. 
U y avait deux oreillers. Les cadavres étaient fouillés ; 
ion dégrafait les vêtements. Klechtchef et Deriabino 
mentionnaient des ceintures enlevées, disaient-ils, aux 
[femmes. On disait aussi que dans les oreillers il y 
avait une ou deux cassettes. Tous les objets enlevés 
Lux cadavres furent emportés par \ urovski. On ap¬ 
porta des draps de lit dans lesquels on enroula les 
cadavres, et les emporta dans la cour, en traversant 
Uies chambres par lesquelles les victimes étaient venues 
nu supplice. De la cour on les chargeait sur une auto- 
lobile, stationnant devant la porte cochère. Ceci fut 


Dans la enamnre, a arone ne pone uu \o3uuuic,. ■mobile, stationnant devant la porte cocnert . xjcci m 
se tenait Yurovski; à côté de lui, juste devant la porte,'K^servé par Lesnikof et Brousianine. Tous les cada 
a aiu étaient nlacés auelaues Let- nniausia dmu un namion automobile.don 


Nikouline. A ses c5lés étaient placés quelques Let 
tons, d’autres sur le seuil même, derrière eux Medve¬ 
def. C’est ainsi que les voyaient Klechtchef et Deria- 
bine. Klechtchef ne pouvait voir Yurovski; Doriabinq 
le voyait à travers la fenêtre, parlant et agitant les 
bras, sans pouvoir entendre ce qu’il disait ; mais Kle- 
chtchef déclaraitavo.r entendu les paroles de Yurovski 
s’adressant au Tsar : « Nicolas Alexandrovitch, vos 
parents ont essayé de vous sauver, mais ils n’y ont pas 
réussi ; et nous sommes forcés de vous fusiller, nous- 
mêmes ». Aussitôt uprès ces paroles plusieurs détona¬ 
tions retentissaient. On tirait seulement aux revolvers. 
Klechtchef et Deriabine no pouvaient voir si Yurovski 


|vres étaient entassés dans un camion automobile, dont 
le fond était garni par un morceau de drap, puis re¬ 
couverts d’un autre morceau, pris dans le débarras. Le 
[chauffeur était Serge Liuhanof. 11 conduisit sa voiture 
ir le chemin aménagé entre les deux barrières, sor- 
int par la ruelle, qu’il descendit en passant devant la 
jaison Popof. Yurovski partit avec les cadavres, eh 
amenant trois Lettons. Deux autres Lettons, le jeune 
jau pince-nez et le jeune blondin, prenaient des balais 
il commençaient à faire disparaître le sang à l’aide 
le sciure de bois et d’eau. Les factionnaires ne furent 
►as dérangés ; ils sont restés à leurs postes jusqu’à la 











LES DERNIERS JOURS DES ROMANOF 


L'IXTERROGA TOIRE DE YAKIMOE 


269 


26 $ 


Personne ne mettait en doute l'exactitude du récit 
car tous les détails concordaient, et les témoins, sur¬ 
tout Deriabine, étaient fort émus. Deriabine, ou 
appelait les assassins «bouchers », Brousianine n’ayanl 
pu assister longtemps à la vue des cadavres enroulés 
dans les draps tout en sang, s'était réfugié au fond de 
la cour. 

Medvedef ou un autre m'a dit quelques jours après 
que les cadavres étaient emportés au delà de l'usine 
Verkh-lssetsk ; Liuhanof avant conduit l’automobile 
dans la forêt, par des routes marécageuses, avec 
grande peine, à un endroit où il y avait un trou déjà 
prêt, dans lequel on mettait tous les cadavres. Les 
nikof m’avait dit que Yurovski avait emporté avec lui 
des pelles de la maison Ipatief. 

Personne parmi les ouvriers de Zlokazof n’avait 
été prévenu la veille, Medvedef n'étant pas venu chez 
nous. Il ne nous aimait pas. En général les Syssertiens 
et nous faisions bande à part, les chambrées étaient 
séparées ayant des entrées différentes. De même on 
ne nous appela pas pour faire disparaître les traces du 
crime. Je conçois que Medvedef a averti seulement les 
siens, aussi que son intime, André Strekotine, avait été 
placé au poste de mitrailleuse du rez-de-chaussée. 

Yurovski, Nikouline et^ies Lettons avaient tous des 
revolvers. Yurovski en fit venir d'autres dont un me 
fut donné ainsi qu’aux autres sergents. 

Le récit du meurtre du Tsar et de sa Famille m’im¬ 
pressionna très fort. Je restais assis, tout tremblant. Ne 
pouvant plus dormir, j'allai, vers 8 heures, chez ma 
sœur Capitoline, avec laquelle j’étais en bons termes, 
afin de lui parler à cœur ouvert, car j’avais l’àme endo¬ 
lorie. Je l’ai trouvée seule, son mari étant de service 
au commissariat de justice, je m’assis dans la cuisine. 
Voyant ma mine défaite, elle me demanda ce que 
j’avais ; je lui ai dit : « On a fusillé le Tsar. » Sa pre¬ 
mière question fut : « Est-il possible que tu y assis¬ 


tais ? » Je lui racontai ce que je viens de vous dire, 
mais en moins de détails. C’est possible que je lui aie 
On a fusillé la Famille impériale par décision du 
[ Soviet régional. » Je le croyais, et je le crois encore, 

I car il est peu probable que Yurovski ait fait ça de lui- 
même. Et puisque tout pouvoir était en ce moment 
entre les mains du Soviet régional je suppose que le 
meurtre de la Famille fut exécuté par son ordre. Vous 
me demandez si j’ai eu une conversation avec mon 
beau-frère Agafonof, environ une semaine avant l’as- 
IsatisinaL de la Famille, quant au danger la menaçant 
par suite de l’approche de l’ennemi, c’est-à-dire des 
Tchéco-Slovaques ; en effet je me rappelle cette con¬ 
versation. Des propos circulaient parmi les gardes 
.rouges, à ce sujet ; on se demandait ce qui arriverait 
à la Famille impériale si les Tchèques venaient. On 
supposait qu’elle serait fusillée. 

Je n’ai point dit à ma sœur que j’avais assisté au 
supplice de la Famille impériale. Peut-être y a-t-elle 
cru en voyant ma figure bouleversée. Je ne lui ai pas 
dit que la Demidof avait reçu « exactement 32 coups 
de baïonnette » mais qu’elle « portait environ 30 bles- 
Uures ». 

Etant resté deux heures à peu près chez ma sœur, je 
rentrai vers les 10 heures chez moi, et à 2 heures je 
reprenais mon service. Starkof, qui me le remettait, 
m’a dit que le poste 7 était supprimé (c’est le poste 
sous les fenêtres de la maison) ; ainsi je relevai les 
I factionnaires comme d’habitude, sauf au poste 7. Evi¬ 
demment personne n’avait succédé à Deriabine. Nous 1 
comprenions très bien pourquoi la sentinelle n’y était 
plus nécessaire. Ayant vérifié les postes, je rentrai à 
la chambre du commandant. J’y trouvai Nikouline et 
deux Lettons non-Russes. Medvedef aussi y était. Ils 
n’étaient pas gais, mais soucieux et abattus ; personne 
ne disait mot. Sur la table gisaient beaucoup d’objets, 
des pierreries, des boucles d’oreilles, des épingles, des 







LES DERME/IS JOUES DES HOMAXOF I UlXTEHHOGA TOIHE DE YAKIMOF 


co »crs, dans des écrins ouverts ou sortis des écrinsJquo nous avions touché à la fabrique; or, les sommes . 
" a *if° r .* C .^ onnan ^ a ccès aux chambres où vivait lJpue nous avions touchées nous étaient dues pour la 
ami e était close, comme toujours, mais il n’y a^^r^uquidation » des biens des anciens propriétaires. Je 
personne à 1 intérieur, c était clair ; aucun bruit dJlui en parlai le 18 juillet vers 10 heures du matin, 
\oix ou de pas comme avant, aucun signe de vie Jlorsque je vins dans la chambre du commandant. 11 
mais dans I entrée, à la porte des appartements, sejexigcait un certificat de la fabrique ; je suis allé le cher- 
enait leur petit chien qui attendait patiemment qu’onlcher. Un membre du comité de la fabrique, Babouch- 
e disse entrer. Je m en souviens, je me disais à moi-Jkine, me donna une lettre certifiant que nous avions 
meme . « Tu attendras longtemps, pauvre bote 1 » ‘.«reçu les sommes de la liquidation, je remis cette lettre 
ans la chambre du commandant je remarquai un|à Yurovski vers 3 heures de l'après-midi. Il ne cédait 
nouveau lit. .1 ai su que les deux Lettons no vouluicntipa». Alors je suis revenu accompagné de Poutilof ot 
p us ormir en bas et 1 avaient apporté. L’un dormaitlDcriabinc. Il promit d’en référer au Soviet régional, 
sur e canapé. Les autres Lettons étaient disparus,IVers les 8 heures du soir il manda Medvedef et lui re- 
i c ? 8 aU39 * -l e n’en ai plus revu un seul. |mit la somme pour nous. On continuait le déménage- 

e / juillet je suis resté de service jusqu’à 10 heu-lment des effets de la maison Ipatief pendant cette 
-a* solr t commeà 1 ordinaire. \ urovski n’était pasljournée ; les objets précieux étaient disparus de la 
visible do toute la journée. On n’a rien emporté de la| c hambre du commandant. 

maison ce jour-là. Medvedef a averti tous les hommes! Pendant la nuit du 19 au 20 juillet moi et les autres 
(0 !’ Ç ai(0 co juillet que nous serions onvoyé«lg ar des, dont 16 do chez Zlokazof et 18 de Sysserl. 
sur e lont , ainsi le lendemain j’allai à la fabrique«fû moa dirigés sur la gare. 11 est resté 8 hommes pour 
x ?» » aZO< touc ' ier ( ^ e J argent et prendre des effets, otlg ar derla maison Ipatief, entre autres Michel Leteraine, 
eures je reprenais mon service. Ce 18 juillet on«les deux Starkof et Dobrynine. Nous autres avons élé 
empoi ait es effets de la maison Ipatief. J’ai vu por-1 a q* ec tés à la garde de Stogof. Le 2 j, nous étions diri- 
Cr ( H . n J n °f des caisses et les charger sur unelgés sur Alapaievsk et, de là, sur Perm. Sept d’entre 
au omo i e. Liuhanof était le chauffeur et Beloborodofl noua passâmes à la garde du commissaire des vivres 
8! * rvei a,t e convoi. IJ y avait aussi deux voitures âVGorbounof. Je restai avec lui jusqu’au P r novembre, 
c eva ^ chargées. Lesnikof, un des nôtres, me racon<48 a |o ra j c suis parti sans permission à Motoviliha. Lorsque 
ait qui avait porté une petite malle très lourde. Ue*S ce. territoire passa^sous les ordres du Directeur Su- 
o jt s précieux gisaient toujours sur la table dans lalprcme je fus mobilisé ot je pris part aux combats 
c ïam re u commandant sans avoir été dérangés. mconlre les Rouges, ensuite on m'a arrêté. 

Je me rappelle très bien avoir vu Yurovski dans ial J e me rappelle un incident de la vie du Tsar. Un 
maison ce jour-là vers les 6 heures du soir, mais jel jour je trouvai Ntkouline et Kabanof dans la chambre 
pense qui \ resta m instant seulement. Nous aviousMdu commandant. Nikouline demanda à Kabanof de quoi 
un ma entendu d argent; il avait payé les Sysaorticni,« d avait parlé au Tsar pendant la promenade au jardin, 
mais ne vou ait rien donner aux nôtres, sous prétexte «Kabanof répondit que le Tsar lui avait demandé s’il 

^■n’avait pas servi dans un régiment de cuirassiers: celui- 
i. Le « bull » franva.s de iotiaua (v. p. 114). ^«gi répondit affirmativement : « En effet, disait-il, j’avais 











272 LES DERXIERS JOURS DES ROMAXOF 

vu le Tsar une fois quand il est venu passer en revue 
le régiment. » Tous les deux s’émerveillaient de 
mémoire du Tsar. 

Pendant que j’étais à Perm je rencontrai une fois 
Yurovski, qui s’était fait raser la barbe, et Nikouline.! 
La photographie reconnue par Proskouriakof comme 
portrait de Nikouline ne l’est pas. Nikouline ne lui 
ressemble point, il est gros, blondin, imberbe de vingtJ 
quatre-vingt-cinq ans. Ce n'est pas un ouvrier mais; 
plutôt un comptable ou un commis. 

Lo garçon est disparu de notre caserne. Je l’ai vu d 
loin un jour après le meurtre dans la chambre oi 
dînaient les ouvriers de Syssert, pleurant amèrement.. 

Le 17 juillet, tout bouleversé encore par l’affaire, je: 
me rendis auprès de Medvedef pour en avoir le cœur 
net. Dans la chambre du commandant se trouvait un 
homme qui nous apportait les provisions. Je commen¬ 
çai à questionner Medvedef au sujet du meurtre 
Medvedef me raconta qu’entre minuit et une heui 
Yurovski était allé lui-méme réveiller la Famille imp 
riale et dit au Tsar : « Une attaque se prépare sur U 
maison. Je dois vous transférer tous dans les chambrei 
inférieures. » Alors « ils » sont descendus. Je lui deman¬ 
dai qui avait tiré. Medvedef me répondit « les Let¬ 
tons ». Il me confirmait que les cadavres avaient été ; 
emmenés par Yurovski avec les Lettons et Liuhanof 
au delà des usines Verkh-Issetsk, et là, dans un endroit 
boisé, près d un marais, ensevelis tous dans un fo^sév. 
Le garçon d’après lui devait rejoindre ses parentsj 


L’tXTERROGA TOIRE DE MEDVEDEF 


Yurovski ayant donné l’ordre de l’envoyer à PelrogradJ v"!" ,, *" ! >réfé ™ 1 l’accusation prévue 

J fi rlides l.t et 14 j 3 du Code pénal et il déposa : 


L an 11119 le 21 et 22 février siégeant dans son étude 
Ekaterinebourg, le juge du tribunal d’Ekaterinebourg, 
.-A. Sergueiefinterrogeait le sous-nommé accusé con- 
jrmément aux articles 403-405 du Code de procédure 
“iminelle en lui préférant l’accusation prévue par les 


(Signé) : Anatole Alexandrovitch Yakimof. 

Le juge d instruction pour les affaires d f importance 
spéciale , 

(Signé) : N. Sokolof. 


Paul Medvedef 

L’interrogatoire de Paul Medvedef, un des régicides, 
i été fait assez sommairement par le juge Sergueief; 
orsque le juge d’instruction Sokolof voulut se rendre 
ur les lieux pour l’interroger il apprit le décès de 
fedvedef, mort en prison du typhus. Le témoignage 
lue l’on va lire, tout en laissant des points imprécis, 
onne un tableau du crime conforme dans les détails 
sentiels aux dépositions de Yakimof qui précèdent et 
1 celles de Proskouriakof — intime de Medvedef dont 
| tenait beaucoup do renseignements précieux — qui 
îivent le document, traduit ici textuellement. 
Medvedef est un caractère bien différent de Yaki- 
puf, c’est la brute cynique qui trouve son emploi dans 
te basses besognes des tourmentes révolutionnaires. 

I raconte les détails de la boucherie avec un sang-froid 
bsolu. On sait qu’il y prit une part active malgré sa 
rétendue « sortie ». 

Procès-verbal. 


Je suis Paul fils de Spiridon Medvedef, trente et un 
is, orthodoxe, lettré, sans casier judiciaire, originaire 
> paysans des usines Syssert, arrondissement d’Fka- 
rinebourg, province de Perm, marié à Marie fille de 
laniel, ayant une fille Zoé, huit ans, un fils André, 
fois ans, et un fils Jean, un an; je possède une maison 


!R 









274 


les derme rs jours des romanof 


L’ÏX TERROGA TOfRE DE MED VE DEF 


575 


et un ménage à Syssert, je travaillais dans les hauts* 
fourneaux à Pusine Syssert en suppléant à mes gagea 
par des travaux de cordonnerie 

J’ai suivi l’école primaire pendant deux ans, la quit 
tant sans avoir terminé le cours. Au mois de scptcra 
bre 1914, je fus mobilisé comme territorial, et alTeeté 
à la compagnie stationnant à Verhotourie. J’y suid 
resté en tout deux mois, après on me libéra du serH 
vice militaire comme ouvrier travaillant aux munition! 
de guerre. 

Après la révolution la plupart des ouvriers, moi 
inclus, se sont inscrits dans le parti des Bolcheviks. Je 
payais ma cotisation, un pour cent de mes gains, à la 
caisse du parti, ensuite j’ai cessé ne voulant plus 
prendre part à ses travaux. Après la révolution bol- 
choviste, au mois de janvier 1918, je fus enrôlé dan! 


front contre Doutuf sous le commandement du convj 


I (Alexandre) et moi. Des changements se sont produits. 
Drosdof et Emelianof ont rejoint le détachement. Niki- 
of, Lougovoi, Kesarefel Semenof sont partis malades. 
A leur place sont entrés Dobrynine, André Starkof et 
Zaitsef. 

Le détachement formé par Mratchkovski est arrivé 
à Ekaterinebourg le 19 mai (n. s.). Nous étions caser- 
nés au Marché jusqu’au 24 ; pendant ce temps nous 
recevions l’ordre de Beloborodof, président du Soviet 
régional, d’élire deux « anciens ». Les élus étaient moi 
et Nikiforof. Lo 24 mai noua prenions nos nouveaux 
quartiers dans le rez-de-chaussée de la maison Ipalief. 
Tout** la Famille du ci-devant Empereur arriva ce jour 
même, je crois. L’Empereur et sa Famille étaient logés 
au premier étage; ils occupaient tout l’étage à l’excep¬ 
tion d’une chambre à gauche de l’entrée, réservée au 


l’armée rouge ; en février j'étais déjà envoyé sur U commandant et à ses aides. Le commandant était alors 


un ouvrier de lu fabrique Zlokazof, Alexandre Avdeief 


missaire Serge, fils rie \ itali Mratchkovski. Nous con^ et son adjoint Mochkine; il y avait encore deux ou 


battions au delà de la ville de Troitsk, mais la guerr! 
fut malheureuse pour nous ; nous errions par la slepp^ 
plus souvent que nous ne nous battions avec l’ennemi, 
Je revins du front au mois d’avril et me reposai chej 
moi trois semaines. 

Fendant la deuxième quinzaine de mai le coinmii 
saire Mratchkovski, susnommé, arrivait à notre usinfl 
et se mit à enrôler des ouvriers pour former la gardi 
de la maison où on emprisonnait le ci-devant emperetU 
Nicolas II et sa famille. Les conditions du service nu 
paraissant favorables je m’y suis inscrit. En tout on 
enrôlé trente hommes : Nikiforof, Dobrynine, Starki 
(Jean), Strekotine (André), Strekoline (Alexandre), 
Kotof, Froskouriakof, Stolof, Orlof, Tetkine, Podk 


trois ouvriers de Zlokazof dans la chambre du com¬ 
mandant, les frères Loguinof. 

Lo commandant m’emmena comme « ancien » voir 
les prisonniers. Avec Avdeief et Mochkine je passai 
dans la chambre du coin (la chambre à coucher impé¬ 
riale) où se trouvaient les personnes suivantes : l’Em¬ 
pereur, sa femme, son fils, ses quatre filles, le D r Bot- 
kine, le cuisinier, le valet et le garçon, douze en tout. 
" es ayant comptés, nous sommes partis sans échanger 
de paroles avec eux. Dans la chambre à côté étaient 
logées les jeunes filles. Pendant deux ou trois jouta 
elles n’avaient pas do lits ; après on les apporta. 

Le commandant seul dirigeait l’organisation inté¬ 
rieure de la maison; les hommes de la garde ne rem- 


rytof, Touryguine, Lougovoi, Semenof, Popof,Talapof*plig sa ient que le rôle de sentinelles. La relève était 


Sadtchikof, Kesaref, Zaitsef, Starkof (André). Beh 
moine, Letemino, Safonof (Faika), Chevelef, Tchouj 


fuite trois fois puis quatre fois par jour. Nous avons 
r écu dans la maison Ipatief deux ou trois semaines, 


kine, Alcxeief, Yialkinc, Kotegof (Jean), KotegoBnp r ès on nous a logés dans la maison Popof, en face 












276 LES DE RM ERS JOURS 


DES 


'JIOMASOF 


L'INTERROGATOIRE DE MEDVEDEF 277 


Quelques jours plus tard le détachera,^ était renforcé 
par 13 ouvriers de la fabrique Zlokazo. dont je ne me 
rappelle pas les noms. Ils ont aussi chou un « ancie“ 
nommé Yakimof, qui portait le sobriquet e « Lenka ». 

Il y avait 11 postes de garde, dont 2 int r \ e urs, 2 à 
mitrailleuses et 4 extérieurs. La FamillèSjnpériale 
sortait tous les jours pour la promenade aidardin! 
l’Héritier était tout le temps malade, porté par l'Em¬ 
pereur et conduit dans un fauteuil roulant. Les repas 
de la famille venaient d’abord de la table d’hôte sovié- 
tiste, mais ensuite on a permis de faire la cuisine dans 
une pièce du premier spécialement aménagée. Les fonc¬ 
tions des anciens consistaient à surveiller le ménage 
et l’équipement de leurs hommes, à distribuer les cor¬ 
vées et à vérifier les postes. Pendant son tour de ser¬ 
vice l’ancien se trouvait au bureau du commandant. 
Au début il faisait douze heures de présence, après on 
a élu un troisième « ancien », Constantin Dobrynine,: 
et nous faisions huit heures. 

A la tin de juin ou au commencement de juillet, Av- 
deief et Mochkinc furent remplacés. Je crois qu’ils 
s’étaient fait pincer à voler. Le nouveau commandant 
fut Yurosvki, celui dont vous me montrez la photo¬ 
graphie; son adjoint est arrivé avec lui, un gros châtain 
de trente ans, dont je ne me rappelle pas le nom. 

Le soir du 16 juillet je pris mon service, et vert 
8 heures le commandant Yurovski me donna l’ordn 
d’enlever les revolvers aux hommes et de les lui rap< 
porter ; c’étaient des revolvers système Naghan; je lei 
pris aux factionnaires et à quelques autres, en toul 
12 pièces, et les apportai dans le bureau du comman 
dant. Alors Yurovski m’annonça: « Aujourd’hui il fau¬ 
dra les fusiller tous ; préviens le détachement afir 
que les hommes ne soient pas inquiets lorsqu’ils enten¬ 
dront les décharges. » Je devinai que Yurovski par¬ 
lait de fusiller toute la Famille impériale ainsi que le( 
personnes qui étaient avec elle, le D r Botkine et Ici 


domestiques ; mats je ne demandai pas à quel mo¬ 
ment et par qui la décision avait été prise de les fusil¬ 
ler. J’ajoute que le garçon-mitron qui se trouvait dans 
la maison avait été dès le matin transféré par ordre de 
Yurovski à la maison Popof. Dans le rez-de-chaussée 
Ipatief,se trouvaient des Lettons de la « commune let¬ 
tonne » installés ici après la nomination de Yurovski ; 
ils étaient dix ; je no me souviens pas de leurs noms. 

J’avertis le détachement à 10 heures du soir envi¬ 
ron, conformément aux ordres de Yurovski afin qu’ils 
ne s’inquiètent pas à cause des détonations. Qu’il s’agis¬ 
sait de fusiller la Famille impériale, je l'ai confié à Jean 
Starkof. Je ne me souviens pas qui étaient les faction¬ 
naires ce soir-là, ni auxquels j’ai pris les revolvers. 

Yurovski réveilla la Famille impériale vers minuit. 
Je ne sais pas s’il expliqua pourquoi il les avait déran¬ 
gés et où ils devaient aller. J’affirme que ce fut Yu¬ 
rovski qui alla dans leurs chambres. Ni moi ni Dobry- 
nine n’avions reçu la mission de les réveiller. Environ 
une heure après toute la Famille impériale, le médecin, 
la servante et les deux domestiques étaient levés, dé¬ 
barbouillés et vêtus. Encore avant que Yurovski ne fût 
allô éveiller la Famille impériale, deux membres de la 
! commission extraordinaire étaient arrivés à la maison 
Ipatief, dont l’un Pierre Ermakof — j’ai su son nom 
après — l’autre grand, blond, portant des petites 
moustaches, âgé de vingt-cinq, vingt-six ans dont je no 
sais pas le nom. Ce n était pas \ alentin Saharof. 

Entre 1 heure et 2 heures de la nuit sont sortis de 
leurs chambres : le Tsar, la Tsarine, les quatre fiUes 
du Tsar, la servante, le cuisinier, le valet ; l’Héritier 
était dans les bras du Tsar. Celui-ci et son fils étaient 
habillés en blouses khaki et coiffés de leurs casquettes ; 
l’Impératrice et ses filles étaient en robes, sans par¬ 
dessus, les têtes découvertes. L’Empereur marchait en 
avant, suivi par la Tsarine, ses filles et les autres. Ils 
étaient accompagnés par 3 urovski, son aide et les deux 


. 















278 LES DERME HS JOURS DES RQUANOF 


membres de la commission extraordinaire déjà men¬ 
tionnés ; je m y trouvais aussi. Devant moi aucun des 
membres de la 1*amille impériale n’a posé des que? 
lions î il n y avait ni larmes ni sanglots. Descendus par 
1 escalier de la deuxième antichambre, ils sont arrivés 
dans la cour et de U s’engagèrent par la porte de ser¬ 
vice du rez-de-chaussée. Yurovski montrait le chemin. 

On les amena à la chambre du coin, voisine du débar¬ 
ras scellé. Y urovski demanda des chaises. Son aide en 
apporta trois ; une fut donnée à l’Impératrice, l’autre à 
1 Empereur et lu troisième à l’IIéritier. L'Impératrice 
s’est assise près du mur entre la fenêtre et l’arc ; der¬ 
rière elle étaient trois de ses filles, je ne sais lesquel¬ 
les. (Je les voyais chaque jour à la promenade et je 
connaissais tous leurs noms, mais je ne savais pas com¬ 
ment s’appelait chacune d’elles.) L’Empereur et l’Hé¬ 
ritier s’assirent côte à côte presque au milieu de la 
chambre. Derrière la chaise de l’Héritier se tenait le 


L INTERROGATOIRE DE MEDVEDEF 279 


bres do la Famille impériale : le Tsar, la Tsarine, les 
«■L l!ü tre ^Héritier gisaient déjà à terre avec de 

lïs- nombreuses blessures sur le corps. Le sang coulait à 
flots. Aussi furent tués le médecin, la servante et les 
deux domestiques. A mon arrivée l’Héritier, encore 
vivant, gémissait ; Yurovski s’est approché de lui et 
tira deux ou trois coups sur lui à bout portant. L’Hé¬ 
ritier s’est tu. La scène du meurtre, l’odeur et la vue 
du sang me donnaient la nausée. 

Le meurtre accompli, Y'urovski m’envoya chercher 
des hommes du détachement pour laver le sang dans 
la chambre. En allant à la maison Popof je ren¬ 
contrai les « anciens, » Jean Starkof et Constantin 
Dobrynine qui venaient en courant de la caserne. Ce 
dernier me demanda : « A-t-on fusillé Nicolas II ? Fais 
tlention qu’on no fusille pas quelqu’un d’autre à sa 
place ; tu en répondras. » Je lui dis que Nicolas II et 


—.oute sa famille étaiont tués. J’ai amené 12-15 hommes, 
D Bolkine . la servante, une grande femme, près de mais lesquels je ne pourrais dire. Ils s’étaient d’abord 
a porte scellée, à gauche de la quatrième tille ; les occupés à transférer les cadavres sur un camion-auto¬ 
deux domestiques se mettaient dans le coin de gauche 
contre le mur du débarras. La servante tenait un oreil¬ 
ler dans ses bras. Les filles du Tsar avaient aussi ap¬ 
porté des petits coussins, dont un fut placé sur la 
chaise de l’Impératrice, l’autre sur le siège de l’Héri¬ 
tier. Evidemment tous se doutaient du sort qui les at¬ 
tendait, mais aucun ne proféra la moindre syllabe. 

Simultanément sont entrés dans la chambre onze 
personnes : Y'urovski, son aide, les deux membres de 
la commission extraordinaire et sept Lettons. Y'urovski 
me fit sortir en disant : « Va voir dans la rue s’il y a 
quelqu’un et si on entendra les coups de feu. » 

Je suis sorti dans la cour formée par la grande bar-l 
rièro et avant d’arriver à la rue j’entendis le bruit desi 
détonations. Je rentrai aussitôt (2 ou 3 minutes en tout i 
s étaient écoulées) et passant dans la chambre où la 
fusillade venait d’avoir lieu, j’ai vu que tous les mem- 


occupés à transférer les cadavres sur un camion-auto- 
obile qui attendait à la porte cochère. On portait les 
cadavres sur des civières faites avec des draps de lit 
iendus 9ur des brancards de traîneaux remisés dans la 
tour. Les cadavres entassés sur le camion furent recou¬ 
verts avec dos pièces de drap de soldat prises dans le 
fit débarras du rez-de-chaussée. Le chauffeur de 
l’automobile était Liuhanof, un ouvrier de la fabrique 
Zlokazof. Sar le camion sont montés Pierre Ermakof 
jet l’autre membre de la commission extraordinaire^, 
ils ont emmené les cadavres. Dans quelle direction 
pont-ils allés, où ont-ils caché les cadavres, je n’en sais 
rien. Le sang dans la chambre et dans la cour fut lavé 
et tout remis en ordre. A trois heures de la nuit tout 
iait fini ; Y'urovski partit dans son bureau et moi à 
[a caserne. 

Eveillé vers les U heures, j’allai à la chambre du 
iommandant. Là se trouvaient déjà le président du So- 











LES DERNIERS JOUHS DES RO MA NO F 


L'INTERROGATOIRE DE MEDVEDEF 


281 


280 


viet régional Beloborodof, le commissaire Golochtche- 
kinc et Jean Starkof, celui-ci étant de service, ayant él 
élu « ancien » trois semaines auparavant. l T n désoran 
complet régnait dans toutes les chambres ; les objets 
éparpillés, valises et malles ouvertes. Sur toutes Ici 
tables de la chambre du commandant on avait disposé / 
des monceaux d’objets d’or et d’argent. Là se trouvaient 
aussi les objets précieux qu’on avait enlevés à la Fa¬ 
mille impériale avant la fusillade et les objets d’or qu] 
se trouvaient sur eux tels que bracelets, bagues et 
montres. Les valeurs furent emballées dans deux mal*] 
les prises dans la remise. L’aide du commandant s’y 
trouvait. 

Vous me demandez si le nom de Nikouline m’est 
connu ; je me souviens à présent que c’est justement 
le nom de l’aide. Sur le'groupe photographique que 
vous me montrez je reconnais parfaitement l’aide du 
commandant. Par les paroles de Nikouline je sais qu’il 
avait servi à la commission extraordinaire. Vous me 
dites que selon vos renseignements A. Strekotine sé 
trouvait au moment du meurtre en faction près du 
poste-mitrailleuse dans la grande chambre au rez-de- 
chaussée, dont la porte grande ouverte lui laissait voit 
ce qui se passait dans la chambre de la fusillade ; eu 
effet, il y était. Lors de la fusillade même Yakimof 
n’était pas présent. 

Kn faisant le tour des chambres, j'ai trouvé dans l’une 
d’elles sous un livre de catéchisme six billets de 
10 roubles ; je me les suis appropriés ; j’ai pris austi 
quelques bagues en argent et d’autres bricoles. Le ma¬ 
lin du 18 ma femme est arrivée chez moi et je suis 
parti avec elle aux usines Syssert, étant chargé de dis¬ 
tribuer des sommes d'argent aux familles des hommes 
du détachement. Je suis rentré à Ekalerinebuurg le 
21 juillet ; tous les objets impériaux étaient déjà em¬ 
portés de la maison et la garde retirée. Le 24 juille 1 
je suis parti d’Ekaterinebourg avec le commissaire 


Mratchkovski. A Perm le commissaire Golochechkine 
me nomma à la garde des appareils destinés à faire 
Tailler le ponl sur la Kama lors de l’arrivée des « gar¬ 
des-blancs ». Je n’ai pas eu le temps de le faire sau¬ 
ter. Je ne le voulais pas, ayant formé 1 intention de 
me rendre. L ordre de faire sauter le pont m est par¬ 
venu lorsque les troupes sibériennes faisaient feu des¬ 
sus. Je me suis avancé et rendu volontairement. 

Bientôt j’entrai comme aide-intirmier au poste sa¬ 
nitaire numéro 139 dans la ville de Perm, où je me 
trouvais jusqu’à mon arrestation. Je suis entré en con¬ 
versation avec uae des sœurs par hasard, a propos 
d’une observation faite par elle que d’après les jour¬ 
naux on aurait mal traité la Famille impériale. Je lui 
ai dit «que ce n’était pas vrai, et je lui ai raconté ce 
quo je viens de vous dire mais avec moins de détails : 
que j’avais servi avant dans la garde de la maison Ipa- 
tief ; comment vivait la Famille impériale et comment 
elle avait été fusillée. Je lui ai tout dit au sujet de 
Yurovski, son aide, les deux membres de la commis¬ 
sion extraordinaire et les Lettons ; j ai dit qui avait 
fusillé, comment on avait lavé le sang et emmené les 
cadavres en automobile. Cette conversation eut lieu 
bientôt après mon entrée au poste sanitaire. Le fonc¬ 
tionnaire envoyé par vous m*a confronté de loin avec 
cette sœur. 

Ou a-t-on fait disparaître les cadavres ? Je sais seu¬ 
lement ceci après mon départ d Ekaterinebourg, j ai 
rencontré à la gare d Alapaievsk Pierre Ermakof et 
lui ai demandé où on avait emporté les cadavres. Erma 4 * 
kof m’a expliqué qu’on les avait déchargés dans un 
puits de mine au delà des usines Verkh-Issetsk et fait 
sauter le puits au moyen de bombes afin qu ils fussent 
ensevelis. Je ne sais rien et je n’ai rien entendu dire 
au sujet des bûchers auprès du puits. Je n ai pas d au¬ 
tres renseignements au sujet de l’endroit où se trou¬ 
veraient les cadavres. 











282 


LES DERNIERS JOUES DES ROMANOF 


UINTERROGATOIRE DE PROSKOURIAKOF 288 



Quant à la question : qui avait la disposition de la 
Famille impériale et on avait-il le droit, je ne m'y in¬ 
téressais pas ; je remplissais les ordres de ceux-là qîf£* 
je servais. Parmi les chefs bolcheviks venaient souvent 
à la maison Beloborodof et Golochtchekine. Je n’ai pas 
entendu ni par moi-même ni des autres qu'avant la 
fusillade Yurovski aurait lu un papier quelconque au 
Tsar ou aurait annoncé quelque chose au sujet du sup- , 
plice imminent. Je ne sais pas où se trouvent actuelle- Jj 
ment les personnes que j’ai nommées dans mes déposi¬ 
tions. 

Je répète que je n’ai pas pris une part directe dans 
la fusillade. Philippe Proskouriakof se trouvait dans le 
détachement jusqu’au dernier temps ; mais a-t-il pris 
part au nettoyage de la chambre et au transport dos 
cadavres, je ne m'en souviens pas. Je rappelle qu’avant 
mon départ pour Syssert Yurovski me permit d'em¬ 
porter une petite valise ayant appartenu à Botkine. 
Je n’ai rien d’autre à déposer. Mes dépositions m’ont 
été lues ; elles sont bien inscrites. 

(Signe) : Medvedef. 


rrible pour lui et surtout pour ses camarades d’hier. 
1 détruit carrément l’échafaudage de réticences et de 
iufttilités que l’on a discerné dans les déclarations de 
dedvedef. 

Comme document humain, ce récit d’un Bolchevik 
'en herbe nous permet d’étudier la psychologie révo- 
utionnaire dans ses phénomènes les plus néfastes : 
['influence du milieu anarchique sur la jeunesse. Pros- 
ouriakof est un échantillon typique de la jeune Russie 
ui ae jetait à corps et âme perdus dans la mêlée ré- 
olutiontiaire, quille à se reprendre, déçue dans ses 
Illusions, révoltée par le spectacle de la patrie souillée 
ar la horde judéo-bolcheviste, et se lancer aux au- 
res extrêmes. 

Procès-verbal. 


Le juge du tribunal dEkalerinebourg, 

(Signé) : Jean Sergueief. 


Philippe Proskouriakof 

Les éclaircissements apportés au tableau du drame 
impérial par l’accusé Proskouriakof sont d’une grande 
importance, tant par rapport aux détails de la vie des 
captifs à la maison Ipaticf que de la scène de l'assassi- 
iial. La brutalité des geôliers, les souffrances morales 
et physiques des malheureux ltomanof en ressortent 
en couleurs crues. Proskouriakof est un témoin trop 
jeune pour épargner la vérité, même lorsqu’elle est 


L’an 1919, 14-lfi avril, le Juge d’instruction pour 
[es aIfaires d’une importance spéciale près du tribunal 
’Oinsk, N.-A. Sokolof, siégeant à Ekaterinebourg, 
interrogeait, conformément aux articles 403-409 du 
Code de procédure criminelle, le sous-nommé en qua¬ 
lité d’accusé, en lui préférant l’acte d’accusation, et il 
déclara se nommer Philippe fils de Polyeucte Proskou¬ 
riakof, dix-huit ans, d’origine paysanne, né aux usiues 
Syssert, domicilié à Syssert, naissance légitime, ortho¬ 
doxe Russe, trois ans d'école, célibataire, de son métier 
électro-monteur, sobre, sans casier judiciaire, et 
ajouta : 

Je ne me reconnais pas coupable de ce que vous 
'accusez, Monsieur le Juge d’instruction. Voici ce 
que j’ai à répondre à vos questions : 

Mon père Polyeucte fils de Michel habite aux usines 
Syssert ; ma mère s'appelle Euvloxie fille d’Etienne. J'ai 
ncore mos frères : Alexandre, trente et un ans, An¬ 
dré, vingt-huit ans, Etienne, vingt-sept ans, et mes 
lueurs: Pélagie, vingt-cinq ans, Thaïs, vingt et un ans, 










284 


LES DERNIERS JOURS DES ROMANOF 


L'INTERROGATOIRE DE PROSKOURIAKOF 285 


Claude, dix-neuf ans, et mon frère Basile, treize ans, 
L’aîné sert actuellement dans la milice d’Ekaterine- 
bourg ; André est dans l’armée rouge quelque pîrj 
sur le front ; Etienne est prisonnier de guerre en Aile- 
magne ; Pélagie est mariée à Pierre Koriakof à Sys 
sert ; Thaïs et Claude sont en service à Ekaterine 
bourg ; Basile est auprès de nos parents. 



uises par lui. Je m’inscrivis aussitôt. Mratchkovsky 
il un discours, mais je n’y ai pas assisté. 

On enrôla 30 hommes, puis quelques autres pour 
mplacer des maLades. Je me rappelle très bien les 
loms de : Talapof, Letemine, Lougovoi, Safonof, Ni- 
forof, Stolof (Jean), Drozdof, Emelianof, Viatkine, 
Belomoine, Kotegof (Alexandre), Alexeief, Podkory- 


dant 


Mon père est ouvrier métallurgiste aux usines Sysserl |° f *. Chevelef, Sadtchikof, Touryguiae Semenof Stre- 
depuis bien des années. J'y suis né ; je fréquentai peu- M'ne (Alexandre) Strekol.ne (André) kotof Rousa- 

^ tof, Medvedef. Tetkme, Starkof(Jean) Starkof (André), 
Orlof, Tchourkine, Popof, Kesaref, Dobrynine et Zait- 
tcf. Kesaref et Semenof furent libérés. 

trop lourd, et après un an mon frère Parml lcs gens que j’ni nommés, les suivants appar- 
un emploi au théâtre artistique dq paient au part.des bolchev.ks-commun.stes : Safonof. 

Viatkine, André Strekotme. Jean Starkof, Dobrynine, 
setemine, Kotof, Jean Kotegof, Chevelef, Belomoine 
t Medvedef. 

Nous arrivâmes tous ensemble à Ekaterinebourg 


trois ans l’écola de 5 classes sans terminer le 
cours. J’apprenais difficilement, puis mon père est 
tombé malade. On m’a mis à l’usine, aux forges, mais 
le travail était 

aîné m’a trouvé un emploi au théâtre artistique 
« Palais-Hoyal » où j’ai appris le métier d’électricien, 
J’y suis resté un an, puis je m’établis à mon compta 
en prenantles matériaux chez le monteur, Jean StarkofJ 
dont j’avais fait la connaissance. Ensuite je suis enlrt 


à la station électrique à Ekaterinebourg' ;j> travaiill' e " danl ‘ a / luu 1 xièmü < } u '"“ ai “ c de mai 3 > nou8 J ns - 
lai un moia, puis avant les Pâque, de 1018 je sui] lldla,,t d i ? l,ord avuc Iea au marche et 

narti ; i la maison quelques jours plus tard dans la maison Ipatief ou se 

Je me souviens’très bien de ma rencontre, le 22 mat [ rou '' ail la Kamil,c im P érlale ! on nous donna le rel * 

KaTîir atfii/* nifin pamomrlp Ipan Talîinnf nui rr\* Uü*CüflU886C* 


au bazar, avec mon camarade Jean Talapof, qui mi 
dit qu’un certain commissaire Mratchkovsky était ar¬ 
rivé aux usines et enrôlait des ouvriers pour garder h 


-P . „ llrt Aûk _ Q _; zof. Le chef du détachement était Medvedef. Personne 

1 sar. Je ne le conndiss3i8 crue de nom comme dnl # . 

_ - . « n/» 1 aifo 1 1 a! il • mme nnumi il avait inar'nt as 


commandé sur le front contre Doulof. Je transmis Iet 
paroles de Talapof à mon père. Lui et ma mère mi 
conseillaient de ne pas entrer dans cette garde. Moif 
père 


Mais j’avais envie de voir le Tsar ; je n’écoutai pal 
leurs conseils et le lendemain même j’allai m’inscrire] 
L’inscription était faite dans la maison du Soviet par un 
ouvrier de l’usine, Paul Medvedef, assisté de l’adjoint- 
commissaire Tchourkine. Medvedef me prévint que la 
paie serait de 400 roubles par mois ; qu’il faudrait veil¬ 
ler çn faction sans dormir : voilà toutes les conditioni 


Le directeur en chef de la maison et de notre garde 
était Alexandre Avdeief. ouvrier de la fabrique Zloka- 


ne l’avait élu ; mais puisqu’il avait inscrit les hommes, 
il restait le chef. Nous recevions 400 roubles, lui tou¬ 
chait 600. Avdeief restait toute la journée à la maison, 

disait': 7 Ne” va~~pâs,"Philippe, sois p”rudeniri 9e te “ nt dan8 la chambre . du -^mandant. « «rivait . 

0 heures du matin et partait chez lui vers 9 heures du 
soir. Mochkine vivait dans la chambre du commandant; 
Medvedef aussi s’y trouvait en permanence; il y dor¬ 
mait. 

Les postes de sentinelles à l’intérieur de la maison 
étaient : 1° près de la porte cochère ; 2° près de la cha¬ 
pelle ; 3° entre les barrières sous les fenêtres de la mai- 









286 


LES DERNIERS JOURS DES RO MA NO F 


V INTERROGATOIRE DE PROSKOURIAKOF 287 


son : 4° clans la première cour près des portes de la mai¬ 
son ; 5° dans la cour d’arrière; 6°aujardin;à l’intérieur 
de la maison ; 7“ au premier, à côté de la chambre»*^ 
commandant, l'entrée principale ; 8° près des cabinets' 
de toilette et de la salle de bains ; trois postes de 
mitrailleuses ; 9° au grenier près de la fenêtre-man¬ 
sarde ; 10° sur la terrasse donnant sur le jardin ; et 
11° au rez-de-chaussée dans la chambre de milieu. 

Nous montions la garde depuis environ une semaine 
lorsqu’Avdeief amena encore une quinzaine d'hommes, 
des ouvriers de la fabrique Zlokazof, nous aider, car 
les corvées devenaient fatigantes à cause des pluies ; 
or nous étions dos gens peu aguerris. Ils habitaient 
avec nous au rez-de-chaussée. Nous n’avions pas do 
femmes pour le ménage; nous faisions la cuisine. 

Vers les derniers jours de juin (n. s.) ou les premiers 
jours do juillet Avdeief mit aux arrêts Mochkino pour 
avoir volé quelque chose appartenant à la Famille im¬ 
périale, une croix on or, me Bemble-t-il. Mais Avdeief 
lui-même a été renvoyé presque aussitôt. A sa place I 
est venu Yurovski, quo je n’avais pas encore vu. Son 
aide fut Nikouline, celui dont vous me montrez le por¬ 
trait. Je ne sais pas qui étaient Yurovski et Nikouline. 
Ils ont paru en même temps et se trouvaient doréna¬ 
vant dans la chambre du commandant. Yurovski arri¬ 
vait vers les 8-9 heures du matin et pétait à 5-6 heures 
du soir. Nikouline vivait dans la chambre du comman¬ 
dant, et Medvedef continuait à y passer les nuits. Une 
semaine environ après la nomination de Yurovski et 
Nikouline on a transféré les ouvriers de Syssert et de 
Zlokazof à la maison Popof (ou Obouhof) en face de la 
maison Ipatief, et à nos places on installa dans le rez- 
de-chaussée Ipatief, des Lettons ; il y en avait une di¬ 
zaine. 

Jusqu’à leur venue, nous autres ouvriers montions 
la garde dans la maison, au premier où habitait la 
Famille impériale ; ensuite cette partie de la maison 


fut réservée exclusivement aux Lettons. On ne laissait 
plus entrer les ouvriers russes là-bas : tel était l’ordre 
► 8*» Yurovski. Aux mitrailleuses stationnaient les ou¬ 
vriers de Syssert qui en connaissaient le maniement. 

Avant l’arrivée des Lettons je prenais mon tour de 
garde à l’intérieur de la maison près de la chambre du 
commandant et des cabinets, environ six fois à chacun 
de ces postes, à des heures différentes du jour et de 
la nuit. 

Pendant ces factions je voyais la Famille impériale 
tout entière : le Tsar lui-même, l’Impératrice, l’Héri¬ 
tier et les filles : Olga, Tatiana, Marie et Anastasie. Je 
pouvais bien les voir lorsqu’ils allaient à la prome¬ 
nade, aux cabinets ou bien passaient d’une chambre à 
l’autre. Ils se pçtrmenaient tous excepté la Tsarine ; je 
ne l’ai jamais vile dans lo jardin. C’est vrai que j’ai vu 
l’Héritier une fois seulement, lorsque la fille aînée du 
Tsar le portait dans ses bras. L’Héritier était malade 
tout le temps. 

Voici comment ils passaient leur vie ; je le raconte 
d’après les paroles de Medvedef qui les voyait plus 
souvent que moi, bien entendu. Us se levaient entre 
8-9 heures du matin ; ils disaient leurs prières ensem¬ 
ble : ils s’assemblaient dans une pièce et là ils chan¬ 
taient les prières. Le dîner était à 3 heures ; tous man¬ 
geaient dans une chambre ; les domestiques avec eux. 
A 9 heures du soir ils soupaient et prenaient le thé, 
ensuite ils se couchaient. La journée était occupée, 
d’après les dires de Medvedef, comme suit : le Tsar 
lisait, la Tsarine aussi lisait ou bien brodait ou trico¬ 
tait quelque chose avec ses filles. L’Héritier, s’il le pou¬ 
vait, faisait des chaînes avec du fil métallique pour ses 
petits navires. Ils se promenaient pendant une heure 
et demie. Il ne leur était pas permis de faire un tra¬ 
vail physique. Je me souviens de « Pachka », Medve¬ 
def racontant comment le tsar Nicolas Alexandrovilch 
lui avait demandé la permission, à lui Yurovski, de 












288 


LES I)EEMEUS JOUES DES ROMAHOF 


nettoyer le jardin et comment Yurovski ne le lui avait j 
pas permis. Je les ai entendus plus d*une fois. Ils chau- J 
taient seulement des chants sacrés. Les dimanches 
prêtre et un diacre ofthiaient chez eux. Leur manger j 
fut d’abord apporté du restaurant des soviets ; deux 
femmes apportaient les repas ; leur cuisinier les ré- < 
chaulîait. Mais après, on leur permit de cuisiner. 

Kn haut habitaient aussi le docteur, un valet, une j 
servante, le cuisinier et un garçon de quinze ans. Il y 
avait encore deux serviteurs, que j’ai vus seulement une j 
fois au commencement ; Medvedef m’a dit qu’ils avaient 1 
été emmenés en prison, sans expliquer pourquoi. J’avais j 
vu un de ces serviteurs porter un sac en caoutchouc ] 
contenant l’urine de l’Héritier. 

Seule, une personne du dehors fut admise auprès de 
la Famille impériale; je ne connais pas son nom. Il j 
était grand, cinquante ans, la barbe pointue, rougeû- j 
tre, un pince-nez. Il est venu plusieurs fois*. 

Je voyais souvent le bolchevik Beloborodof, qui ve- I 
riait à la maison sans doute pour vérifier comment vi- 1 
va il la Famille impériale, au moins c’est ce que disait I 
Medvedef. Je l’ai bien dévisagé. Il avait vingt-cinq ans, l 
de taille moyenne, maigre, pâle, imberbe. Avec lui 1 
venait un homme de trente-cinq ans assez gros, lesche- | 
veux noirs frisonnants. Tous les deux habitaient à l’hô- 1 
tel Américain. Je le sais par Medvedef. 

Voici cé que je peux vous raconter au sujet de la con- j 
duite des chefs et des hommes envers le Tsar et sa fa- j 
mille. Avdeief était un simple ouvrier, peu instruit ; il \ 
se pochardait des fois; mais de son temps ni lui ni les j 
gardes ne faisaient aucune offense, aucun tort à la 
Famille impériale. Yurovski et Nikouline ont eu une * 
conduite toute différente. De leur temps la Famille 
impériale a eu plus de mal. Tous deux buvaient dans 
la chambre du commandant. Il arrivait des foisqu’après 


1. Le D' Derevenko. 


7.7.V TEHEOGATOIEE LE PEOSKOCEIAKOF 


■•ivo.r bu dans la chambre du commandant ils se met¬ 
taient a chanter. Nikouline pouvait jouer sur lepianino 
l.pius y trouvait. Alors Nikouline accompagnait tandis 

la"ien t U T’ il qU ii llail ^ ^ toos « met- 

■laient a brailler : « «énonçons au monde ancien se- 

IbesrinT * ? ?T a r ° de "° S P ' eds ’ nous “'avons pas 
tebl ! , d °r> le se “il d<> Tsar nous est dé¬ 
lies table s, et ainsi de suite. D'autres fois ils répétaient • 
|« \ ous êtes tombés victimes d’un conflit falaL» Moch- 
Ik.ne se permettait aussi de chanter ces refrains, mais 

fcaD ë” C " ' SCnCB . d ' Avdeief ’ T» ne le savait pas. 
Blais ceux-ci ne se gênaient pas. Du temps d’Avdeief 

■es femmes ne venaient jamais dans la maison. Mais 

Ümns T T Une " la . îlrcsse 9 U ‘ s’y traînait tout le 
iemps et restait avec lu. après le départ de Yurovski. 

I Aussi du temps do Yurovski les services religieux 

tmal'co^if r 3 '"T' ? gardicns com ^ nça Lt à 

■c mal conduire. Faika .. Safonof se permettait des 
«convenances moules. Les cabinets de Voilette étaient 
| , m . cn, « j P-»*-.toute la Famille impériale. Voici qu’à 
■entrée des cabinets Faika s’est mis à écrire des mots 
|abre..x. Le factionnaire près de la chambre du com- 
fcandanl pouvait très bien voir Faika, presqu’à côté de 
B», faire ces inscriptions ; c’était Alexeief; il est venu 
I. us raconter ça. Une autre fois Faika est grimpé par 

Ides éuè a ’" r aU deS ft>nêtrC3 dos ohambresëmpé- 
IndrVi, , 8 '-; m,s <* jouer des chansons mauvaises. 

L - h V„ r k ° ‘ nC | 3 “T"? des ima S es obscènes dans 
ls chambres en bas ; Belomoine l’aidait en lui mon- 
Bnt comment rendre ses dessins plus dégoûtants. J’ai 
F ça moi-meme. Et une fois j ; passais par la rue de- 
inl la maison, et j ai vu la fille cadette du Tsar Anas- 
fcie, penchée par la fenêtre ; or, Podkorytof, de lac- 

r", j 1 “ , * Unt feu sur elle : la halle est allée se 
Ker dans I encadrement. 

P urovski était au courant de toutes ces abominations. 

I sais que Medvedef lui a rapporté la conduite de 


19 









LES DERNIERS JOURS DES ROMWOF 


!'INTERROGATOIRE DE PROSKOURIAKOF 


aile*« C'était bien à 3 heures car Stolof avait sa mon¬ 
tre et il 1 a regardée. Nous nous sommes levés et allés 
eavjuivant Medvedef. Il nous conduisit ans chambres 
inferieures chez Ipatief. Tons les ouvriers gardiens 
étaient la, sauf les factionnaires. Dans les chambres il 


Podkorytof, mais il répondit : « Qu’ils no regardenl 

pas ! » 

A la maison Popof nous occupions tout l'étage 
pé rieur : au roa-de-chausséc habitaient des locataires. 

J'étais dans une chambre avec Stolof : Medvedef par- 

„5u. où.Lei «w *«- 1 — s» -, «... dX™ V:™" ,-r rixxeti 

'toute ta Famille impériale à l’exception de la ^XiUeL'sürt’oot md T'* de ro * 1 T> e * 

Tsarine quelques jours avant leur assassinat. Ils étaient tographio mais il v en -i ' TtH - 8 mC m<mtrez * a P* 10 * 
sortis se promener au jardin. J ai remarque que I Ile ne it da ’ d ba|0rm murs Là 

semblante à celle que vous me montrez. Le docleu, mur8 des gouttes et des ZaZàiurZdé ÜTg ZÏ 

a rzszrzc:i n f:rx mer, & t t 11 * 

croiti, car le lundi nous avions touché la paie, c’étai bsauelle U „ 1 nour aM ■ f**? 1 ™ P" 

le 15 juillet, style nouveau (on nous pavait le !« el 1, P „U deTZmbr f ?T (de la maison 

15 du mois). Ainsi au lendemain de la paie, te manl Eu* va l Zs 168 m *T?? 

15 juillet, j’étais de faction près de la guérite au coil gup j e | a j| i i f tS e San £ semblables 

. J J i n » o c?i Bur ies aalles uc l» cour et sous la norte eochèro fl»; 

des perspect.ve et ruelle de lAscens.on Georges blo romc , lt „„ ava ; t flMj||é ^ P de gens daw fc 
lof, mon compagnon de chambre, était de garde dan Chambra aux hall*»* v™ P gens clans la 

les chambres du bus. Noire faction*terminée, nous pan ^ Stolof cl moi Vti ini* * i em ^ S avan not ^ e arriv ®e 
tîmes avec Stolof boire uu coup chez un milicien norarai ^ onnep \f 0 dvedef oi \l ce a ' 00011116nçai a q«««- 

* !■ 

j avais fait la connaissance par mon frere Alexandre i Louft» la KamilL. • • • » . . ae rusi1 

milicien comme lui. Nous y allumes parce qu’Adolph K ^ 1 , ^ P rr n “ 

nous avait dit qu’il avait de l’alcool dénaturé. Nos [j onna p or( i * q ■ . C . ? SUU . e Medvedef 

nous en sommes enivrés, et vers le soir noua rentrioij ^ tfom " ’ _ a mOÎ . ® ne to y cr l® 3 cham- 
, . . i » . î-i . 9ro *’ nous sommes tous rais à laver les nlanclu»r« 

car je devais mouler la garde a partir de .> heure -, mn ; » . ^ , , P ianu * er3 

Medvedef, voyant notre état, nous mit aux arrêts, < ié préparés VK^dviO * ^ balais a va i en I 

nous enfermant dans la cabane à bains dans la cour < Jj erc h- r de h sciure d » '7"* W* .^ rQnido ^ 

la maison Popof. Nous y dormîmes jusqu’à 3 heur CeVÏu froTdTT, A T ^ 7™™ ,e ^ 

de la nuit, heure à laquelle Medvedef est venunous r i e torchons mouillés 7 ^ ^ mre * aa P ar » c h«r et avec 
n » . i . i -\r u 1 lorenons mouillés aux murs du suDnhce Tous les 

veiller en disant : « levez-vous et venez ! » Nous d f . * loua 103 

, . , .. il icrs y prenaient part sauf les factionnaires 

mandions : « ou • II répondit : « on vous appeLli 0 ., n P . lno . Aa * n , u , o-au- 

t i r oup rangeaient la chambre de la fusillade, y compris 










292 


LES DEH.XfERS JOURS DES ROMANOF 


L‘l\ TERROÙÂ TOIRE DE PROSKOURIAKOF 293 


deux des Lettons, Mcdvedef lui-même et les Smoro- 
diakof, père et fils,aussi Stolof et moi. De même nous 
lavions aussi la cour. Je n’ai pas trouvé de balles »w, 

Lorsque moi et Stolof sommes entrés dans les cham¬ 
bres inférieures il n’y avait personne en dehors des 
Lettons, de Medvedef et des nôtres de Syssert et Zlo- 
kazof ; Yurovski n’y était pas. Nikouline, d après Med¬ 
vedef, se trouvait en haut, la porte de communication 
fermée. Je n’ai vu nulle part dans les chambres infé¬ 
rieures des objets en or ou autres valeurs enlevés aux 
tués. 

Je me rappelle qu’André Strekotine était auprès de 
la mitrailleuse dans les pièces d’en bas. Forcément, il 
avait tout vu. Lorsque j’allai chercher l’eau je m’arrê¬ 
tai à côté de lui et le questionnai, comment les avait- 
on tués? Moi et Stolof questionnâmes aussi Medvedef. 
Celui-ci racontait les choses de la même façon que 
Strekotine. 

Le mardi matin, lors de ma faction, j’avais vu Yu¬ 
rovski entrer vers 8 heures ; quelque temps après ve¬ 
naient Beloborodof avec le gros frisé. Après la relève 
do 10 heures — c’est Medvedef qui me l’a dit — tous 
les trois sont partis se promener en automobile. Ni¬ 
kouline restait à la maison. Les trois sont rentrés le 
soir. 

Alors Medvedef fut averti par Yurovski que la Fa¬ 
mille impériale serait fusillée pendant la nuit ; il lui 
ordonna de piévcnir les ouvriers et d’enlever les re¬ 
volvers aux factionnaires. 

Ceci je ne pouvais pas me l’expliquer ; du reste je 
n’ai pas questionné les hommes; je ne sais même pas 
si on leur a pris les revolvers ; mais pourquoi y avait- 
il besoin de le faire? Je ne le comprends pas. C’étaient 
les Lettons qui fusillaient la Famille impériale ; or, ils 
avaient tous des Naghans. 

Je ne savais pas alors que Yurovski était un Juif. 
Peut-être avait-il, comme directeur de l’affaire, mandé* 


des Lettons parce qu’il n’avait pas confiance en nous, 
les Husses ? Peut-être à cause de cela avait-il voulu 
désarmer les ouvriers russes? 

Pachka Medvedef a exécuté les ordres de Yurovski ; 
il lui a remis les revolvers, et vers 11 heures du soir 
il a prévenu le détachement, ainsi me l'a-t-ii dit. A 
minuit ^ urovski réveillait la Famille impériale, exi¬ 
geant qu elle s'habille et descende dans les chambres 
d’en bas. D’après Medvedef, Yurovski aurait fait com¬ 
prendre à la Famille impériale que la nuit serait « dan¬ 
gereuse » ; j’entends par ces mots qu’il serait dange¬ 
reux de rester dans l’étage d’en haut à cause d'une 
fusillade possible dans la rue ; et c’est pour cette rai¬ 
son qu’il les faisait descendre en bas. Ils exécutèrent 
la demande de Yurovski, et descendirent accompagnés 
par lui, par Nikouline et par le gros frisé. Là étaient 
le Tsar, la Tsarine, l’Héritier, les 4 filles du Tsar, le 
médecin, le valet, le cuisinier et la servante. Yurovski 
avait renvoyé le garçon un jour ou djux auparavant 
dans notre caserneoù je l’ai vu avant le meurtre. Tous 
ont été conduits dans la chambre où il y avait beau¬ 
coup de traces do balles. Tous se sont mis debout un 
peu en biais accotés aux deux murs. Pachka n’a point 
parlé de chaises. Yurovski lui-même s’est mis à leur 
lire un papier. Le Tsar ne l’entendant pas demanda : 
«quoi? » Alors, d’après les paroles de Pachka, Yurovski 
répondit au Tsar : « voilà, quoi », et en disant cela il 
brandissait son revolver, ajoutant : « Vos parents ne 
veulent pas que vous viviez plus longtemps !» Je ne 
comprends pas la signification de ces paroles et je n’ai • 
pas demandé à Medvedef de les expliquer ; je ne suis 
môme pas certain si je rappelle bien les paroles de 
Yurovski. Peut-être a-t-il dit au Tsar: « Votre lignée 
doit s’éte ndre ». C'était ça plutôt. Je me rappelle très 
bien qu’en parlant du document que Yurovski lisait, 
Medvedef l’appelait un « protocol «.Aussitôt après les 
paroles de Yurovski, lui et B doborodof, le frisé, Nikou- 










296 


LES DEHXrtns JOUES DES ROMANOF 


Ica conaria de mon père et de ma mère de ne pas en J 
trer dans cette garde. Je comprends maintenant quel 
c’était une méehante cho3e que de tuer la Famille 
périale, et j ai mal fait en faisant disparaître le sang| 
des victimes. Je ne suis point un Bolchevik ; je ne l’ai I 
jamais été. J’ai fait tout ça par bêtise, par étourderie, 
de jeunesse. Je vous aiderai volontiers à prendre tou* [ 
ceux qui les ont tués. 

Je ne puis nommer un seul des Lettons. Tous ils I 
parlaient mal le russe et se parlaient entre eux pas en 
russe, ht il y avait un qui parlait avec Yurovski pas 
en russe ni comme iis parlaient entre eux mais autre-: 
ment, on aurait dit en jargon juif, mais ja ne sais au 
juste ; je sais seulement qu’un des Lettons parlait à 
Yurovski autrement que parlaient les Lettons entre 
eux. 

Ce « Letton » était petit de taille, trente ans d’âge, 
gros, brun, les oreilles grandes, ressemblant à un Juif. 

Il n était pas dans les chambres lorsque Stolof et moi 
les avons nettoyées; évidemment il était parti avec les 
cadavres. 

Pendant mes factions à l’intérieur de la maison je 
n avais pas une seule fo.s vu l’Impératrice entrer dans 
la chambre du commandant. Je pense qu’elle ne venait 
pas non plus du temps do Yurovski, puisqu’il se con¬ 
duisait mal envers « eux » ; a.nsi je ne sa.s pas com¬ 
ment le rosaire de l’Impératrice a pu se trouver dans 
cette chambre ; peut-être l’ava;t-on oublié au moment 
de 1 emballage des effets impériaux. 

(Signé) : Philippe 
fils de Polteucte Pkoskocriarof. 

Le Juge d'instruction 

(Signé) ; N. Sokolof. 




Pet 


fim * • 


(D* 

















































Petrograd — Tobolsk - Ekaterinebourg 


Environs d’Ekaterinebourg 


'krkhMgtls* 


ÆSmn 


•ooo ki lomètre 


LA PROPRIÉTÉ 1 PATI EF 


i Plan oc ta propriété 


1 ut étage (suite). 

X. Chambre du commandant, 
XI. Salle de bains. 

XII. W. C. 

XIII. Chambre de passage. 

XIV. Vestibule. 

(H p. Poste de garde. 

9 p. m. Poste mil railleuse. 
Poste n* I I" étage ch. XIV. 

— n* J !•' étage ch. XIII. 


Hez-de-chaussèe. 

I. Vestibule. 

Il Chambre de l'assas3inat. 

Itl. Débarras. 

IV. V cl VI. Dortoirs de Gardes 
Rouges, occupés plus tard 
par les ■ Lettons ». 

VIL Cuisine. 

VIII et IX. Chambres inoccupées. 

X. Chambre de Rudolf, planton de 
Yourovski (ancien bureau . 
XL W. C. 

XII. Débarras. 

XIII. Entrée. 

XIV. Vestibule et escalier de service. 

étage. 

I Femme de chambre. 

11. Les 4 Grandes-Duchesses. 

III. LeTsar,la Tsarineetl'Hériticr. 
IV Salle à manger. 

V et VII. Salons (avec arc). 

VI. Domestiques (escalier con¬ 
damné par les RoUges. 

VIII. Cuisine. 

IX. Chambre de passage. 


n* 3 dans la cour, 
n* 4 dedans la lorrière près 
du guichet. 

n» 5 près de la porte en de¬ 
hors. 

n* 0 près de la porte gauche 
en dehors. 

n* 7 dans la déluré intérieure, 
n» 8 dans le jardin, 
n» » !*» étage terrasse, 
n» 10 rc:r.*de-chamwée,rh. n*VI. 

Poste» bu pplé ni en (a/ res. 
n»Il dans la courette. 
nMÎ au grcuier (avec m.). 


ni nt i liées indiquent le trajet ptreouru /mr tu Famille inifPrinle 
oit nu supplice-, In -J- indique la chambre du meurtre. 


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33 




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LES 



DKH.NIEIIS 



VOYAGES 



DES 



BOMANOK 

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298 


table des hat[Eres 


DEUXIÈME PARTIE 
LES DOCUMENTS 

A. — Dk Tsvrskoie Selo a Tobolsk 

La déposition du colonel Kobylinsky . . . . 

La déposition de M. Gilliard. 

La déposition de Mr. Gibbes. 

B. - EKATERniEBOUHG 

( Interrogatoires des Régicides ). 

Anatole Yakimof. 

Paul Medvedef. 

Philippe Proskouriakof. 


TABLE DES ILLUSTRATIONS 


A la page 

Pl. I. La Famille Impériale. 

Portraits trouvés parmi les effets 
des Romanof oubliés par les assas¬ 
sins dans la remise de la maison 
Ipatief. 2 

Pl. IL Nicolas Alexeievitch Sokolof. 

Juge d’instruction chargé par le 
gouvernement de l’arairal Koltchak 
d’enquêter sur le crime d'Ekaterine- 
bourg, sous le travestissement qui 
lui permet de traverser les lignes 
des Bolcheviks. 14 

Pl. III. Les assassins et leurs com¬ 
plices. 

Au milieu ^ ankel Sverdlof, le 
» tsar » rouge qui organisa le crime • 

et donna les directives ; en haut à 
gauche, Isaie Golochtchekiue, sou 
représentant à Ekalerinebourg ; en 
bas, h droite, Yankel Yourovski, 
(l’assassin en chef) nommé com¬ 
mandant de la maison « au but 
spécial >» jH)ur accomplir les des- 















30 * 


TAULE UES ILLUSTRATIOXS 


Pl. VIII. La dépêche 


d’Ekaterinebourg. 


Fac-similé d’un télégramme ex¬ 
pédié par la « présidence » du 
Soviet de l’Oural au Soviet de Mos¬ 


cou, démontrant que l'assassinat des 
Romanof a été organisé par celui- 
ci ea la personne de Sverdlof. 




Pl. IX. a Le Gouvernement central 
des Soviets en 1918. 

Photographie ofiicielle publiée à 
Moscou à l’occasion du 1 er anni¬ 
versaire de la Révolution bolche- 
viste. Les personnages au milieu 
«ont : Lénine ilanqué de Trotski et 
de Sverdlof ; autour, Radek, Po- 
krovski, Kamenef, Lounatckarski, 
Kollontai, Ivrylenko, Zinovief, Rou- 
kharine, Rykof. 


Le Traité de Brest-Litovsk. 


Photographie allemande d’une 
séance des plénipotentiaires. Les 
« Russes » sont assis à droite, Ka¬ 
menef et JotTe en tête ; tous Juifs, 
sauf un Arménien (Karakhan) . . LIS 


Pi.. X. L'Inquisition Rouge. 

Chambre des commissaires Juifs 
à Perm ornée d’inscriptions en hé¬ 
breu acclamant la troisième Inter¬ 
nationale et de portraits de héros 
communistes (Lénine, K. Marx, 
Trotski, Sverdlof). Cliché pris après 
l'assassinat des Romanof. Dans la 


I 


TA R LE DES ILLUSTRA TIOXS 


table sur l’estrade, à côté du piano, 
on trouva tout un attirail de tor¬ 
tionnaire. Beaucoup de victimes y 
périrent au milieu de souffrances 
atroces lors de la grande Terreur 
de septembre 1918.139 

XI. a) Les derniers voyages des Ro¬ 

manof. 

b) La propriété Ipatief. 
r) Carte des environs d’Ekateri¬ 
nebourg .Fin du vol. 


Décalques. 


1. Inscription cabalistique dans 
la chambre du crime. Couverture 
et p.MO 

i2. Inscription allemande de « Bel- 
satzar » d’après le poète II. Heine. 
Faux-titre et p.114 

3. Inscription magyare d’un des 
bourreaux « lettons ». Faux-titre 
et p.149 


4. La swatlika, signe préféré de 
l’Impératrice Alexandra, dont l’ori¬ 
gine se perd dans la nuit des temps. 

On retrouve la swastika dans les 
temples préhistoriques au Mexique 
el ailleurs. Les théosophes y voient 
un symbole de la croix et du cercle. 113